‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 48 sur 138 · LIVRE DEUXIÈME i · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME i

OU d'ignorance pour la déclarer authentique , même dans le sens indirect et affaibli qu'on a été forcé plus tard de donner à ce mot.

Un quatrième point j enfin, avait été soumis à rassemblée. A qui appartient-il d'interpréter T Écriture?

Encore ici, les docteurs allaient se montrer plus larges et plus raisonnables que les évêques. Quelle que fût leur haine contre les réformateurs, ils ne pouvaient, eux, hommes d'étude, proposer d'interdire l'étude de la Bible ; tout au plus pouvaient-ils chercher un moyen de concilier cette liberté avec l'autorité de l'Église et le maintien de ses dogmes. Il est vrai que ce n'était pas facile. Les uns disaient qu'on ne devait pas rejeter les interprétations nouvelles, pourvu qv^ elles ne fussent pas contraires à la foi; d'autres voulaient qu'on ne s'effrayât pas des interprétations diverses, pourvu que cela n'allât pas jusqu'à la contrariété. Comme s'il était possible, une fois l'examen permis, de s'engager à n'être jamais en contradiction avec les idées reçues ! Remercions les théologiens de ces velléités de libéralisme ; mais ils auraient dû voir que c'est un point où il n'y a pas de moyen terme. Asservissement — ou liberté. Il faut choisir.

Ainsi en jugèrent les évêques ; et nous n'avons pas besoin d'ajouter de quel côté ils penchèrent. (( L'Écriture ayant été expliquée par tant de gens éminents en piété et en doctrine, leur disait le cardinal Pacheco, on ne saurait espérer de rien ajouter de meilleur. Les nouvelles

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hérésies ne sont-elles pas toutes nées des nouveaux sens que Ton a donnés à rÉcriture ? » En effet, les progrès d« la réforme étaient peu propres à recommander le libre examen aux yeux de quiconque voulait le maintien de Rome; pour accepter un principe dont on était forcé de regarder les conséquences comme si fatales et si impies, il eût fallu une largeur plus qu'humaine. Les évêques de Trente étaient donc ici sous le coup d'une nécessité vitale, absolue. Ce qu'ils firent, il fallait le faire ou périr.

Déplus, une fois là, il fallait aller jusqu'au bout. Défendre d'enseigne)* aucune opinion nouvelle, c'eût été permettre tacitement d'en chercher, d'en concevoir, pourvu qu'on ne les publiât pas. Mais il n'y a pas loin du cœur aux lèvres. En interdisant d'enseigner, si vous ne prenez en même temps vos mesures pour empêcher de penser, vous n'avez rien fait. Défense donc, — ce sont les propres termes du décret, — défense d'interpréter l'Écriture « dans un sens contraire à celui qu'a tenu et tient l'Église, » et cela « quand même on aurait l'intention de tenir ces interprétations secrètes *. ))

Cette dernière clause anéantit évidemment le peu de liberté qu'on pouvait croire accordée dans d'autres parties du décret. Si je ne puis sans crime, non-seulement enseigner, mais même concevoir, au plus profond de ma conscience , des interprétations contraires à celles de l'Église, quel moyen ai-je donc de me maintenir sans reproche ? Un seul : c'est de ne jamais ouvrir le livre où je risquerais de voir, à tort ou à raison, ce que l'Église ne veut pas que j'y voie. « Il ne faut donner l'É-

* Ëliamsi hujusmodi interpretationes nutlo unguam tempore in iucem edendœ forent.

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