LIVRE DEUXIÈME
fond*, avment raison , et cette discussion vint pleinement à Fappui d'un des plus grands reproches que les protestants faisaient à TÉglise. Ils l'accusaient d'avoir
* laissé périr, dans tout le clergé ayant charge d'ânes, l'habitude d'instruire et de prêcher ; et il leur était fa-
' cile de montrer, soit par l'Écriture, soit par l'histoire, combien cette négligence était contraire aux lois et à la pratique des premiers siècles. Qu'on voie , d'après les épitres de saint Paul, si un pasteur, si un évèque n'est
- pas, avant tout, un prédicateur. Rome en avait fait un prêtre, dans le sens païen de ce mot, dans le sens hébreu, tout au plus, un sacrificateur, un lévite, un ordonnateur de cérémonies. Il y a eu , à cet égard, cerises améliorations ; encore n'est-ce pas dans les pays où le catholicisme domine sans contrôle ; mais, au seizième siècle, ce reproche embrassait la presque totalité du clergé.
Il aurait donc fallu, avant d'attaquer les moines prêcheurs, se mettre en état de se passer d'eux. D'ailleurs, leurs privilèges ayant émané des papes, on sentait que le pape seul pouvait y toucher; la moindre décision contraire eût été un empiétement sur ses droits , et eût conduit à la vérification de ces droits mêmes , c'est-àdire au plus dangereux des procès. Plus il était incontestable qu'un pape du sixième siècle n'aurait pas eu l'idée d'envoyer dans un diocèse des gens qui dussent être indépendants de l'évêque, plus il eût été imprudent
. de le déclarer par un Vote, car c'eût été ouvrir la porte à l'examen historique de tous les droits, et il y en avait beaucoup dont les évêques les plus indépendants ne voulaient pas plus que le pape qu'on entamât la vérification. Ainsi, les uns par dévouement, les autres par nécessité
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OU par raison, tous s'accordèrent à penser qu'on ne pQu? vait rien faire, sur ce point, sans son autorisation.
Il déclara, en effet, que les privilèges des niQiq^s ne regardaient pas le copcile ; mais , son droit réservé , il autorisa les légats à accorder aux évêques tous les dé-; dommaçements qui n'iraient pas à ébranler ce principe. On en trouifll deux ; l'un, qu'aucun religieux ne pourrait prêcher, sans la permission de l'évêque, hors des couvents de son ordre ; l'autre, qu'il y aurait dans cbaqite cathédrale un docteur en théologie, nommé et dirigé par l'évêque. On décréta aussi d'en avohr un dans les principaux monastères ; mais on ne savait trop quel droit l'évêque pourrait exercer sur lui sans attenter h l'indépendance de l'Ordre. On imagina donc de le mettre so^ la surveillance de l'évêque, agissant non comme évêque du lieu, mais comme délégué du pape ; distinction qui, comme nous le verrons , fut d'un grand secours dans la suite. C'était ce qu'il y avait de mieux pour rendre aux évêques, sans toucher aux droits du pape, une partie de ceux dont le Saint-Siège les avait dépouillés ; mais nous verrons aussi qu'ils ne se prêtèrent pas toujours de bonne grâce h recevoir comme une laveur ce qu'ils pouvaient réclamer comme un droit.
Au reste, les abbés eux-mêmes, si embarrassants pour les évêques, n'étaient pas plus qu'eux à l'abri des empiétements romains. En dépit du vœu d'obéissance, tout moine pouvait acheter l'intervention du pape, et échapr per de fait à l'autorité de ses chefs. En 1517, quelques abbés d'Allem£^gne ayant défendu à leurs moines d'accepter les scandaleuses indulgences de Tetzel, celui-ci, en vertu d'une eommission papale, leur envoyait de force des confesseurs chargés d'absoudre, môme contre les rè-