‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 63 sur 138 · LITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LITRE DEUXIÈME

reste encore indécise. Sixte IV n'affirme pas ; il défend seulequent de condamner ceux qui affirment.

Tel était donc, en 1546, l'état de la question. Si elle n'était pas encore assez avancée pour qu'on osât la trancher dans le sens ouvert par Sixte IV, elle Tétait déjà trop pour que les Jacobins tentassent de la faire trancher dans l'autre. Ils se bornèrent donc à demander qu'on ne mentionnât aucune exception et la loi du Péché Originel. Plus hardis, parce qu'ils se sentaient plus populaires ) les Gordeliers demandaient que la Vierge fût formellement exceptée* Les légats, quoique divisés sur ie fond S étaient d'accord sur la nécessité de se taire ; toutefois, pour mettre leur responsabilité à couvert, ils en référèrent au pape, et, sur l'avis du pape, on prit encore un milieu. Le décret demeura tel quel ; on y ajouta seulement que la question restait intacte, que la Vierge n'était ni comprise ni exceptée, qu'on s'en tiendrait, enfin, à la bulle de Sixte IV.

S'y est-on tenu ? — L'Jmmaculée Conception avait été votée à Bâle^, et ce fut sans doute une des raisons (jui rfempèchèrent de l'être k Trente. C'était donc, en réalité, un pas en arrière. Mais le temps a marché et l'idée a fait son chemin ; il a suffi de l'abandonner h elle-même pour qu'elle regagnât, et au delà, ce qu'on lui avait ôté en refusant de la proclamer orthodoxe. Pendant longtemps, voici ce qu'on a fait. Point de décrets positifs ni généraux; mais tout évêque pouvait demander au pape l'autorisation d'établir,^ dans son diocèse, le culte de l'Immaculée Conception, et le pape

* Dd Monte était potifi, G«rvini contre, et Polus balaaçait* 2 Session xxxfi*.

id2 HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE

accordair. Pie IX a fait un nouveau pas, même deux. 11 a donné d'abord Tautorisation générale d'introduire le nouveau culte; puis, par une bulle de Î849, il a prescrit des prières universelles pour demander à Dieu une solution définitive. On impfime à Rome les préavis des évéques, tous, cela va sans dire, favorables, et il y en a déjà plusieurs volumes ; de sorte que nous pouvons, dès à présent, considérer la chose comme faite.

Donc, encore quelques années, peut-être quelques mois seulement , et il y aura hérésie à nier ce qu'on aura pu jusque-là nier ou croire. Mais n'est-ce pas là la marche qui a été suivie dans l'établissement de tous les dogmes romains ? — Une idée surgit. On la défend, on l'attaque. Elle flotte deux ou trois siècles, quelquefois cinq ou six, quelquefois plus, au milieu des désirs, des craintes, des intérêts qui l'appellent ou la repoussent ; puis, un jour, quand l'Église en paraît assez imprégnée pour qu'il n'y ait pas à redouter de réclamations trop vives, la voilà article de foi. Et alors, au moins, on sait à quoi s'en tenir ; mais, jusque-làj quel inconcevable mélange de certain et d'incertain , d'asservissement et de liberté ! La Vierge a-t-elle été exempte de la souillure originelle ? On vous invite à le croire , mais sans vous affirmer que ce soit vrai. Peut-être l'affirmera-t-on demain, et, alors, analhème àqui le niera; peut-être ne l'affirmera-t-on jamais. Voilà une Église infaillible qui sera restée mille ans, peut-être deux mille, avant de régler — quoi? Une question sur laquelle le temps n'apporte aucune lumière nouvelle. Si on peut la trancher demain, on doit le pouvoir aujourd'hui, on a dû le pouvoir au seizième siècle ; si on ne l'a pu au seizième siècle, on ne doit le pouvoir ni aujourd'hui ni demain.

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