LIVRE DEUXIEME
Le pape actuel va plus loin qu'on ne l'avait encore fait ; pourquoi ce progrès? A-t-on découvert des preuves nouvelles? Non. Il n'y en a pas même d'anciennes, nous l'avons dit , car, s'il y en avait , il y a longtemps qu'on se serait décidé. Le pape affirme, dans sa bulle, que « des hommes éminents ont jeté sur ce sujet une vive lumière ; » et un de ces hommes éminents , Tabbé de Solesmes, Guéranger, dans son récent mémoire sur l'Immaculée Conception, avoue qu'il est impossible d*en avoir la preuve ni dans l'Écriture, ni dans aucun des dogmes révélés. Pie IX aurait-il donc reçu quelque révélation de plus que ses prédécesseurs? Il ne le dit pas. Comment concevoir, d'ailleurs, des révélations successives, graduelles, sur une question de fait? C'est oui ou c'est non ; pas de milieu. Absurdité donc , nous le répétons, que ce demi-oui dans lequel on est resté jusqu'ici, et que ces exhortations à croire ce qui n'a encore jamais été déclaré vrai.
La cinquième session eut donc lieu le 17 juin. Pallavicini, selon sa coutume, après avoir aigrement relevé quelques erreurs de Sarpi, en dit plus que lui sur les divisions de l'assemblée. Voici un passage extrait mot à mot, et seulement abrégé dans quelques endroits.
« Le décret sur le Péché Originel fut approuvé, malgré l'opposition du cardinal Pacheco et de ceux qui, dans la congrégation, avaient désiré qu'on exprimât en termes plus favorables l'exception qui regardait la Vierge. Quelques-uns de ceux-ci demandaient qu'au
moins on imposât silence aux partisans de Topinion contraire, soit généralement, soit seulement dans les prédications publiques. Il y en eut qui furent d'avis de déclarer que, des deux opinions, celle qui voulait Tex ception en faveur de la Vierge était simplement pieuse ; d'autres demandèrent qu'on la déclarât la plus pieuse. L'archevêque de Sassari prétendit que.... Ce décret ne plut pas à l'évêque de Cava.... On ne manqua pas non plus de réclamer contre le titre du concile.... etc. * »
Et quand on songe que tout cela se passait en pleine session, dans une assemblée de soixante personnes au plus, aux regards d'un public nombreux, ou, pour mieux dire, aux regards de toute l'Europe, après tant de séances particulières où l'on avait pu s'entendre, après tant d'exhortations sur la nécessité d'être unis, sur l'immense inconvénient de ne pas l'être, — on peut juger de ce qu'était, au fond, cet accord en vertu duquel on allait fixer la foi de l'Église, et anathématiser tout ce qui n'était pas elle.
Peu de jours après, arrivèrent les ambassadeurs de François P'. C'étaient Claude d'Urfé, Jacques de Lignons et Pierre Dan es, plus tard évêque de Lavaur. Que venaient-ils faire ? Le rôle des ambassadeurs auprès du concile ne fut jamais bien défini. Nous les y voyons faire un peu de tout, depuis la haute politique, qui n'aurait jamais dû y avoir accès, jusqu'aux plus petiles querelles de dogme, où ils protestaient n'avoir pas à intervenir. Selon que leurs maîtres sont bien ou mal avec la cour de Rome, les voilà réprimant ou encourageant l'opposition de leurs évêques. Ce même ambassadeur
* Pallav. 1. VII, ch. xiii.