LIVRE DEUXIÈME
core en vain. Charles n'était pas homme h se laisser mettre au pied du mur. A l'exemple du pape, ou, pour mieux dire, à l'exemple des papes, tous les obstacles qu'il ne pouvait renverser, ou que, pour le moment, il ne lui convenait pas de renverser, — il passait à côté sans avoir l'air de s'en apercevoir. Huit jours après la célébration du jubilé , il met tranquillement l'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse au ban de l'empire, sans changer un mot aux formules en usage dans ces cas. Il leur reproche, h la vérité, entre autres méfaits, de s'être emparés des biens d'églises, mais il ne paraît pas savoir qu'ils l'aient fait par système et par hérésie.
La position du pape était de jour en jour plus pénible. Non-seulement l'entreprise ne prenait pas le caractère qu'il eût voulu , à tout prix, lui donner, mais ses efforts inquiétaient et mécontentaient la plupart des princes d'Italie. Bons catholiques, mais extrêmement las de la tutelle impériale, ils s'intéressaient malgré eux aux princes allemands qui avaient osé s'y soustraire; ils comprenaient que Charles-Quint ne pourrait redevenir absolu en Allemagne que son joug n'en devînt aussi plus dur en Italie, et ils voyaient avec douleur le pape travailler à lui en fournir les moyens.
Est-il vrai, comme le prétend Sarpi, que la ruine des protestants ne fût pas le seul but du rusé pontife, et qu'il espérât trouver encore , dans les préoccupations de la guerre, un prétexte pour se débarrasser honnêtement
du concile? — Quoiqu'il ne s*y fût encore rien fait dont il eût positivement lieu de se plaindre, et que, d*aUleurs, toutes les mesures fussent prises pour qu'il en tînt jusqu'au bout tous les fils, c'était avec une angoisse croissante qu'il se sentait sous le regard de ce rival jusque-là bénévole, dont les droits assoupis pouvaient se réveiller un jour, au moindre vent venu de Ratisbonne ou de Spire. Puis, quoique l'habileté des légats, et plus encore le sentiment de l'intérêt commun, eussent réussi jusque-là à écarter les orages, plus d'un nuage noir s'était montré à l'horizon. « Le concile n'est pas libre ! » — s'était écrié un évèque. « Le concile n'est composé que de trois membres ! » — s'était écrié un autre, en *" montrant les légats. Cent fois ces derniers avaient été ouvertement attaqués ; et comme le système de la responsabilité des ministres n'était encore admis ni dans les lois ni dans les mœurs, leur maître s'était senti bien et dûment atteint de tous les coups dirigés, en apparence, contre eux seuls. « Il ne faut pas se figurer, lui avaient-ils écrit confidemment dès la première session, que les évêques soient ici ce que nous avons coutume de les voir à Rome. Ils sentent leur importance ; ils veulent la faire sentir. » Et en effet, quoique le grotdes^^. Italiens fût d'un dévouement à toute épreuve, c'était paimi eux que se trouvaient -quelques-uns des plus inquiétants. A ceux qui Tétaient par esprit d'opposition, par âpreté de caractère, se joignaient* ceux qui l'étaient par conscience et par piété. Il n'y en avait pas de plui^ dangereux pour la cour de Rome que ceux qui croyaient de bonne foi à l'autorité divine du concile : ceux-là, nul moyen de leur faire entendre qu'en votant contre leur raison ou contre leur conscience, ils fussent encore les