‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 67 sur 138 · LIVRE DEUXIÈME i · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME i

oracles du Saint-Esprit. Ajoutez h cela la perspective de tant de questions difficiles, obscures, insolubles, dont on avait déjà eu maint échantillon ; de tant de réformes demandées, promises, et qu'on n'avait nulle envie d*ac» corder; — et vous n*aurez nulle peine à comprendre que Paul III brûlât d'en finir.

C'était, du moins, une opinion tellement générale, qu'on ne se faisait aucun scrupule d'interpréter dans ce sens tous ses actes, tous ses discours, toutes se^pensées. Les légats, jusque-lk, n'avaient rien fait que d'acord avec lui : quand on lesi entendit, prétextant la proximité des armées, proposer une chose qu'on savait être un de ses VGBTux les plus chers, la translation du concile dans ses États, — qui pouvait douter que ce ne fftt par son ordre? Pallavicîni affirmé que non, et ses raisons, nous devons l'avouer, ont quelque force. Mais s'il prouve assez bien que les légats avaient agi de leur chef, il prouve aussi, sans le vouloir, que la crainte de Tempereur avait seule empêché Paul III de se prononcer dans ce sens. D'ailleurs, dans un pareil moment, transférer le concile c'eût été le dissoudre ; sans concile, plus d'espoir que la guerre qui allait commencer prît la couleur ^'une. guerre de religion. En conséquence, les légats furent désavoués et blâmés; mais, dit l'historien, « pour adoucir l'amertume des reproches, il leur fut mandé que le pape voulait bien croire qu'ils avaient cédé moins à une crainte honteuse, qu'à leur empressement excessif pour la translation ; que cependant, autant il était honorable de la désirev, autant il était hors de saison d'en parler dans ce moment. » En effet, Tempereur n'avait parlé de rien moins, assurait-on, que de faire Jeter dans TAdige quiconque remettrait l'affaire sur le

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tapis. — Force fut donc de s'en tenir à renvoyer de six mois la session indiquée pour le 29 juillet.

Les armées restèrent assez longtemps en présence. Si les protestants n'avaient eu deux chefs, chose toujours fâcheuse, surtout à la guerre, ils auraient pu prendre l'offensive ; leurs forces réunies furent un moment supérieures à celles de l'empereur. Une fois même, ils s'avancèrent jusqu'à quelques lieues de Trente. L'empereur s'était engagé à pourvoir à la sûreté de l'assemblée; s'ils avaient poursuivi, l' aurait-il pu? Le concile pouvait être dispersé ou prisonnier, avant qu'il arrivât pour le défendre. — Ils s'en allèrent. Ils ne voulaient pas, disait-on, rendre au pape un pareil service que de le débarrasser du concile.

Malgré la mésintelligence de l'électeur et du landgrave, leurs affaires marchèrent d'abord assez bien. Jusqu'à la fin d'octobre, les succès furent à peu près partagés. Mais alors, les Impériaux ayant envahi la Saxe et la Hesse, les deux chefs furent obligés de courir à la défense de leurs États, et l'empereur, presque sans avoir combattu, se trouva maître de toute la haute Allemagne. Cependant, plus jaloux d'abattre ceux qui résistaient encore que d'écraser ceux qu'il avait abattus, il n'imposait à ces derniers que des contributions en argent et en hommes. La religion restait libre, ou presque libre ; il promettait ouvertement l'électorat de Saxe au duc Maurice, dévoué à l'Autriche, mais tout aussi luthérien que celui à qui on allait l'ôter.

Le pape ouvrit alors les yeux, ou, pour mieux dire, — cai il n'était pas homme à les avoir eus fermés, — il osa enfin laisser voir qu'il les avait ouverts. Il rappela ses troupes. L'empereur eut la mauvaise foi de s'en

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