‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 70 sur 138 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

lièrement en Italie, à Rome, sous les yeux des papes?

lie commentaire de Luther sur TÉpître aux Romains, publié ^ Rome comme ouvrage du cardinal Pregoso, y avait eu un grand succès *. Il avait fallu en savoir Fauteur pour y découvrir le poison que le concile allait maintenant analyser. Mais il était infiniment plus facile, comme dans la question du Péché Originel, de condamner que de dire pourquoi, et surtout que de s'entendre sur ce qu'on mettrait à la place des propositions condamnées. Vingt pages ne nous suffiraient pas poiir résumer, aussi brièvement que possible, les avis énoncés dans le cours de la discussion. Pas une idée, vraie ou fausse, qui ne se présentât avec un cortège sans fin de divisions et de subdivisions scolastiques ; pas un seul point, important ou non important, sur lequel il ne se trouvât au moins deux avis tout divers, et, quant aux nuances, il y en avait à peu près autant que de théoloçjens. De là des querelles sans fin ; de là des scènes où on alla unç fois jusqu'à se prendre h la barbe *, et où la dignité de l'assemblée se consumait misérablement k petit feu.

Fidèles i, leur ancienne promesse de retarder le plus posaible la condamnation des luthériens, les légats ne s'inquiétaient pas de |a longueur des disputes ; on ne

> Voir dans Ranke combien 11 s'en fanait pen, \tn des premHh m publicatiooa de l^utlier, que mi deqtnoe d^ ^ juaUftc%ti(ui ne fût celle de tous les ItaUens sayaots et pieux, o Tu as mis au jour cette pierre précieuse, que l'Église tenait à moitié cachée, » avait écrit Polus lui-même à Gontarini, depuis cardinal, mais alors le plus luthérien des catholiques. La peur des conséquences avait seule conduit à renier le principe.

* Pallav. vm, ch. VI. •

paraissait pas s'apercevoir du tort qu'elles faisaient d'avance à l'autorité des décrets qui en sortiraient. Cependant, lorsqu'on vit qu'elles ne pouvaient durer davantage sans que le concile se transformât décidément en une école, il fallut bien songer à Fa rédaction des décrets. Aux évêques donc de se mettre k l'œuvre ; mais leurs précédents embarras n'étaient que des jeux auprès de celui où ils allaient se trouver. Dans la question du Péché Originel, deux ou trois points étaient au moins restés en dehors de toute atteinte ; ici, rien qui n'eût été contesté, ou, du moins, si diversement expliqué, que la variété des formes équivalait à un complet désaccord sur le fond. La Grâce est un de ces problèmes*que le cœur seul peut résoudre ; dès que vous voulez la mettre en articles, elle vous échappe. Vous croyez, n'est-ce pas, à la chaleur, à la lumière? Essayez de la saisir, de l'emprisonner... Ce serait folie, pensez-vous. La nierez-vous, pour cela? Non; ce serait encore plus folie. — Eh bien, croyez à la Grâce comme vous croyez à la lumière, k la chaleur, k la vie, k l'amour. L'amour! de quelque amour qu'il s'agisse, si vous vous mettez k l'étudier en scolaslique, il n'y aura pas quatre hommes sur mille qui soient d'accord sur la définition k en donner, sur les divisions et subdivisions k y introduire. Laissez-lui sa vague et noble largeur, et il n'y aura pas d'homme au monde qui, dût-il le nier en théorie, ne soit forcé de lui ouvrir, sous une forme ou sotia une autre, quelqu'une des mille portes de son cœur.

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