LIVRE DEUltlÈME
Quant à l'acte en lui-même, on n'en avait expliqué ni la natufe ni le but. Le premier eanon portait anathëme contre qui refuserait de l'appeler sacrement, et le second contre qui prétendrait qu'il n'y a aucune vertu da<!8 l'huile consacrée avec laquelle on l'administre. C'est Ik-dessus que le Catéchisme Romain est d'une naïveté, où plutôt d'une impudence, dont sûrement beaucoup de catholiques seraient tout aussi stupéfaits que nous. «Afin que les fidèles, dit-il, soient plus pénétrés de la sainteté de ce sacrement, il faut leur montrer, non-seulement cpie JésUs-Christ en est l'auteur, mais que c'est lui qui, comme l'atteste le pape saint Fabien, a prescrit l'usage du Chrême. Quant à la consécration du Chrême, pouN silît le Catéchisme, c'est l'évêque qui la fait avec des cérémonies particulières, et ces cérémonies, comme l'atteste le pape Fabien, ont été prescrites aux Apôtres par Jésus-Christ dans la dernière Cène, oii il les instruisit de la manière dont se dirait faire le Chrême. » — Si nous n'avions le texte sous les yeux, en latin, en français, dans deux éditions différentes, nous craindrions de ne rapporter, en citant ces derniers mots, qu'une mauvaise plaisanterie de quelque pamphlet anti-romain. Et ce Catéchisme, redisons-le, c'est le commentaire officiel des décrets de Trente ; c'est le manuel authentique de renseignement religieux dans tout l'unifers catholique !
L'autre congrégation, celle du cardinal ^1 Hontcf,
avait pris les mêmes questions au point de vue disciplinaire *. On avait assez bien coordonné, sans discussions sérieuses, les anciens règlements des conciles et des papes. Seulement, après avoir mis en tête du projet de décret que l'administration des sacrements serait p-atuite, on se trouva très-divisés d'opinion sur ce qu'il fallait entendre par là. Quelques-uns voulaient que le prêtre , non-seulement ne demandât rien , mais n'acceptât rien, a Vous avez reçu gratuitement, disaient-ils avec l'Écriture, donnez gratuitement. » On répondait, avec l'Écriture aussi, que a celui qui sert à l'autel doit vivre de l'autel, » et que la défense d'accepter aucun salaire, bonne à la rigueur dans les églises assez riches pour entretenir leurs prêtres, ne pourrait évidemment s'appliquer à celles qui n'avaient pas de revenus. On citait k l'appui un canon du quatrième concile de Carthage, lequel permet d'accepter ce qui est offert par les parents d'un enfant qu'on baptise; on citait aussi le concile de Latran, sous Innocent III, qui autorise et même approuve l'usage de faire des offrandes à l'occasion des sacrements. Malgré cela, il fut impossible de s'entendre. Les rédactions proposées disaient toujours trop ou trop peu, ouvraient la porte au trafic des choses saintes ou la fermaient à de légitimes ressources. L'affaire fut reprise en congrégation générale, mais on ne s'entendit pas mieux, et on renonça à prononcer. — La grande majorité des prêtres, on le sait de reste, n'a pas pensé qu'il lui fût interdit d'interpréter ce silence dans le sens d'une autorisation.
* Il n'est pas sûr que cet examen ait eu lieu à cette époque ; mais la date précise importe peu pour ce que nous avons à en dire.