‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 84 sur 138 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Toutefois, à prendre la chose en général et en dehors des abus qui s'y sont mêlés, nous ne saurions reprocher au concile de n'avoir pas défendu l'acceptation de toute offrande. A une époque où le clergé n'avait nulle part un salaire fixe, il y avait beaucoup d'églises qui, sans le casuel, n'auraient pu être desservies. Là, tout ce qu'on pouvait raisonnablement exiger des prêtres , c'était qu'ils ne refusassent pas les sacrements à ceux qui les voudraient gratis. Même dans les églises riches, l'acceptation d'offrandes volontaires n'avait , en soi, rien de contraire au bon ordre, à l'esprit du christianisme, à la dignité de la religion et de ses ministres.

Le mal, mal inévitable, c'est que les offrandes de ce genre finissent promptement par n'être plus ni volontaires ni libres. Avez-vous un enfant à présenter au Baptême? on ne vous fera pas, il est vrai, payer d'avance, et, vous sût-on hors d'état de payer, on baptisera votre enfant ; mais pour peu que vous ne soyez pas entièrement et absolument incapable de rien donner, vous donnerez ; vous vous soumettrez, fût-ce en murmurant, fût-ce en maudissant le prêtre et peut-être la religion, à ce malheureux tarif où tout ce qu'il y a de plus saint au monde est coté en francs et centimes. Votre père, votre fils est mort. Bon catholique, vous voudriez bien faire dire une messe pour le repos de son âme ; mais le tarif est là, et vous n'avez pas d'argent. Eh bien, il est très possible que le prêtre à qui vous vous adresserez consente à dire pour rien la messe que vous ne pouvez payer ; mais il est très possible aussi qu'il vous la refuse ; il est très possible, surtout, que vous n'osiez pas la lui demander. Qu'il refuse ou qu'il accorde, il n'en sçra pas moins reçu, reconnu, universellement admis dans TÉ-

i^ HISTOIRE PU COHCILS PS TRENTE

gUse romaine que, si Ton. veut aae messe, il tèxA la payer; et plus vo«3 serez convaincu de Fefficacité des messes pour tirer des flammes du pui^atoire une âme qui vous est chère, plus il sera monstrueux k vos yeux que rinégalité du pauvre et du ricbe, déjà si triste et si déplorable en ce monde, se perpétue au-delà du tombeau.

Voilà pour les inconvénients naturels de ce dangereux état de choses. Or, nous avons jusqu'ici supposé lès prêtres aussi accommodants et aussi charitables que possible, aussi désireux qu'on doit l'être d'amoindrir par des concessions le mal que cette prganisaiion peut faire. En est-il généralement ainsi? Le plus dévoué champion de l'honneur catholique n'oserait l'affirmer. Partout où le catholicisme n'a pas été obligé de modérer, sous l'œil de la Réforme ou l'active surveillance de la presse, les trafics éhontés qu'on lui reprodiait,— combien voiton de prêtres ayant seulement l'air de se douter qu'il puisse y avoir le moindre mal, la moindre inconvenance, à faire ouvertement argent de tout? Là, il est vrai, le peuple n'en est pas plus scandalisé que les prêtres n'en rougissent ; mais cet accord entre l'abrutissement des uns et la cupidité des autres, ce silence des peuples en présence de tels abus , cette absence de tout soupçon que ce ne soit pas là l'état normal , — ce n'est qu'un plaidoyer de plus, et un plaidoyer permanent, contre lu religion qui leur a ôté à ce point, aux uns comme mk autres , le sentiment des plus vulgaires convenances. Ailleurs, du reste, avec un peu plus de pudeur dans les foimes, c'est toujours le même système. En France, par exemple, pour peu qu'on écarte un pli du voile, il n'y a pas de jotir que l'on ne découvre encore des chose»

Page 1