LIVRE DEUXIÈME
Grimaux? Il se met à leur expliquer comme quoi, vu les charges qu41 a à supporter, il se croit autorisé à enfreindre ce qu'il prêche. Cet évèque, c'était pourtant Bossuet. La liberté qu'il se donnait pour des motifs que nous pouvons croire fondés, d'autres, moins austères que lui, étaient tout aussi maîtres de la prendre. Quand Fénelon, nommé k l'archevêché de Cambrai, résigna sa seule abbaye , Saint- Vallery : « Vous nous perdez ! — lui dit l'archevêque de Reims, qui en avait au moins une douzaine.— Que chacun suive sa conscience, dit Fénelon. — Eh bien, reprit Le Tellier, ma conscience m'ordonne de garder ce que j'ai.»— Écoutez encore Jean Carrero, racontant au sénat de Venise, en 1569, cinq ans après la clôture dtf concile, ce qu'il vient de voir en France. « Les choses, dit-il, en sont venues au point que l'on fait pu- « bliquement commerce d'évéchés et d'abbayes , comme si c'était du poivre ou de la cannelle. Il est rare que la collation d'un bénéfice ne donne beaucoup à gagner à celui qui le fait connaître, k celui qui l'obtient , et au courtier qui s'en occupe... Le plus souvent, on les confère avant qu'ils soient vacants. Ainsi , de mon temps, quelqu'un eut beaucoup de peine à persuader qu'il n'était pas mort*. » Et un écrivain catholique», après avoir rapporté ce passage , ajoute : <( Il y avait un peu plus de pudeur à Rome ; mais, au fond, les choses ne s'y passaient pas autrement. »
Dans l'origine, on avait soin de n'unir dans les mêmes mains que des bénéfices dits compatibles, c'est-
< C'est ainsi que Jean de Médicis (Léon X), âgé de sept ans, fat nommé par le roi de France à rarchevèché d'Aix. On apprit^ Quelqoes jours après, que le titulaire vivait encore.
' L'abbé Prompsault.
262 HISTOIRE DO GOlieiie DE TRENTE
à-dire sans cure d'âmes et sans obligation de résider. — Depuis longtemps, toute distinction s'étdt etTacée. La pluralité des incempatibles se payait seulement nn peu plus cher.
Souvent, par un curieux subterfuge, on faisait prononcer à Rome l'union de deux bénéfices, et on était alors censé n'en avoir qu'un. Le pape exigeait ordinairement que ces bénéfices fussent voisins ; mais la distance n'était pas un empêchement absolu. Tel bénéfice était moitié en France, moitié en Italie ou en Allemagne. A la mort du bénéficia, Funion cessait, sauf à recommencer par un nouvel acte de la volonté du pape.
Rappelons enfin les crnnmenées^ la plus féconde de toutes ces sources d'abus. Au milieu des désordres du moyen âge, il était souvent arrivé qu'un bénéfice en danger de périr, par usurpation ou pillage, f&t remis, recommandé {commendatum) ^ soit à un seigneur, soit à quelque autre personne en état de le protéger. Cette espèce de tutelle n'était onginairemcnf donnée que pour un temps, et jusqu*à réfection d*un titulaire; mais comme le commendataire, en attendant, touchait les revenus, on avait pris goût à ce rôle. Les papes, de leur côté, avaient vu là un excellent moyen de se faire des créatures ; le commendataire, d* ailleurs, achetait twijeurs volontiers d'une portion des revenus la prolongation indéfinie de son droit. Les commendes étaient donc devenues k vie ; tous les jours on en érigeait de nouvelles, et il y avait fongtemp» qu'on ne s'inquiétait ph» d'en justifier Vérçction par la nécessité de protéger le l)énéftce. (< Si ih» leAym vctnaÂi (^e« nous, dit Stoote^--^ quieu *, il fa«drait fkx mam f%m hn f»r« compreoér»
* Pensées diverses.