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ce que c'est qu'un abbé conunendataire qui bat le pavé de Paris. » Ces abbés, en effet, n'étaient pas prêtres. Ils étaient seulement ce qu'on appelait dans les Ordres; ils pouvaient en sortir et se marier, à condition de quitter leurs commendes ; encore avait-on des moyens de ne pas les quitter. C'est ainsi que, sous Louis XIII, le comte de Soissons avait plusieurs abbayes sur la tête d'un pauvre abbé poitevin, son précepteur, à qui il donnait mille écus par an pour en retirer cent mille. Des évôchés même avaient quelquefois été mis en commende entre les mains de laïques, moyennant un coadjuteur ad sacra, c'est-k-dire chargé des fonctions ecclésiastiques. — Bref, l'imagination la plus féconde ne saurait rien inventer, en fait d'abus de ce genre, qui n'ait existé quelque part, et souvent partout^ Les souverains, nous le savons, étaient pour beaucoup dans ces désordres. Sera-ce une excuse? — On Ta vu : « Il y avait un peu plus de pudeur à Rome ; mais, au fond, c'était la même chose. » La plus respectueuse objection avait toujours été plus mal reçue que les demandes les plus exorbitantes, toujours flatteuses, en un sens, pour celui à qui on reconnaissait par là le pouvoir de les accorder.
Enfin, si l'abus des commendes éidlt un peu moins excessif en Italie que dans d'autres pays, celui des pensions assignées sur les bénéfices y était poussé plus loin que partout ailleurs. Un ûècle après le concile, en 1663, nous voyons un évêque d'Urbino se plaindre que son riche évêché, pensions déduites, lui rapportait soixante écus. Vers la même époque, les sièges d'Ancône et de Pesaro restent vacants plusieurs années, personne ne voulant les occuper aux conditions onéreuses qui étaient faites. En 1667, il y avait àNaples vingt-huit évêques
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OU archevêques qui avaient mieux aimé quitter leurâ sièges que de s'y ruiner à payer les pensions imposées. Il en était de même des curés. Le titulaire d'une riche paroisse avait quelquefois à peine de quoi vivre, et il n'était pas jusqu'aux curés de campagne dont l'humble revenu ne fût quelquefois grevé de redevances de ce genre. Voilà l'état de choses que la papauté avait établi ou laissé établir en Italie. Nous renvoyons, pour les détails et les preuves, à Ranke.
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Jamais la pluralité des bénéfices, sous toutes ses formes, n'avait été plus vivement stigmatisée qu'elle ne le fut en plein concile ; et tout ce qu'on en disait était tellement vrai, tellement incontestable, qu'il n'y avait rien à répliquer. Les légats laissaient passer le torrent ; ils sentaient que toute objection ne servirait qu'à provoquer des détails toujours plus précis. Déjà, on ne pouvait dire un mot qui ne fût une allusion à des faits généralement connus, et n'appelât des noms propres «sur toutes les lèvres.
Mais un nom que nul n'osait prononcer, et qui n'en était que plus lisible dans l'abattement des uns comme dans la joie des autres, c'était celui du pape. Sur trois cas signalés à l'animadversion de l'assemblée, il y en avait toujours au moins deux où il était en cause, et réellement seul en cause. Ces innombrables dispenses qui bouleversaient tout, de qui les avait-on achetées? Du pape. Ces commendes scandaleuses, qui les éri-
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^eait? Le pape. Ces bénéfices sans fin du cardinal Ridolfi, que Ton citait sans cesse comme le type des prélats nés pour accaparer et ne rien faire, qui les lui avait octroyés? Le pape. On ne pouvait donner un coup sur les épaules de ces gens, que le coup ne tombât de tout son poids sur les siennes.
Mais comme on avait affecté de critiquer tout particulièrement ces abus chez les cardinaux et les officiers du pape, les légats s'emparèrent habilement de ce fait pour obtenir de rassemblée Tordre de lui en écrire. Lui seul, disaient les Italiens, est apte à réformer sa cour. C'était vrai ; les mieux intentionnés ne sentaient que trop qu'on ne pouvait rien sans lui. Après avoir longuement discouru sur le mal, on avait fait un tour de préconsultation sur les remèdes à fixer, et les canonistes les plus sévères n'avaient rien pu proposer qui n'eût été maintes fois décrété par d'autres conciles, par des papes même, sans qu'il en fût jamais sorti aucune amélioration vraie et durable. Ce qui compliquait encore la question, c'est qu'il y avait plusieurs points qu'on ne pouvait songer à régler par des lois précises, plusieurs portes qu'il était impossible de fermer. Quelque scandaleux que fût l'abus des dispenses, il n'eût pas été raisonnable d'ôter absolument au pape, à supposer qu'on le pût, le droit d'en accorder ; quelque mal que fît la pluralité des bénéfices, il y avait des cas où elle était naturelle et nécessaire : il fallait donc qu'elle restât permise. A quelles conditions? Rien n'empêchait d'en fixer un certain nombre. Mais qui en serait juge? Le pape, toujours le pape. Si donc on accepta la proposition de lui renvoyer l'affaire, ce fut par embarras tout autant que par déférence. Puis, pour prévenir les murmures,
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les légats affirmaient que Paul s'en tiendrait à la réforme de sa cour, et abaadoDnerait le reste aux délib^ations de rassamblée.
II n'est pas besoin de montrer ce que cette distinction avait d'illusoire. « Pourrons-nous faire un seul règlement, disaient les libres parleurs» que quelques officiers du pape ne s'y trouvent intéressés? Il faudra donc sans cesse ou reculer et se taire, ou demander au pape la permission de poursuivre 7 » C'est ce que Ton vit encore mieux quand arriva le bref par lequel il autorisait l'assemblée k régler certains points relatifs aux bénéfices, et notamment à restreindre les unions. Les légats n'osèrent même pas en donner officiellement connais^ sance. L'autorisation supposait par trop nettement l'in* fériorité, la dépendance du concile; et les plus hardis sentaient cependant que, dans des choses de ce genre, le concile ne pouvait réglementer seul* Gè tiraillement est sensible à tous les articles du décret que nous verrons sortir de ces délibérations.
Mais, avant d'en sortir, il devait passer par bien des phases. La discussion n'aboutissant d'abord qu'à augmenter le vague et l'embarras, quelques évêques demandèrent s'il ne vaudrait pas mieux que chacun ap« portât son plan. On aurait au moins des idées nettes; on saurait sur quoi discuter. « Pour eux, disaient-ils, ils allaient se mettre à l'œuvre. » Or, ils étaient vingt, et des moins timides, les uns, dévoués à l'empereur, les autres, ce qui était encore plus inquiétant, décidés à ne reculer devant rien pour en finir avec un état de choses qu'ils regardaient comme la mort de la religion et de l'Église. Grande était donc l'anxiété des légats.
Ces évêques tinrent parole. Après plusieurs réunions.