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de rendre toujours pure et canonique l'élection de. nos successeurs, et d'en éloigner même tout soupçon de simonie. Nous nous en sommes préoccupés ; et déjà nous avons fait, sur ce sujet, une bulle dont nous vous envoyons un exemplaire , afin que vous puissiez voir que nous avons prévenu vos désirs.
» Nous ne pensons pas à augmenter le Sacré-Collège ; mais si nous avions des cardinaux à créer, nous choisirions des hommes tels que vous les demandez ; c'est-à-dire , recommandâmes par la sainteté de leur vie , par la pureté de leurs mœurs, et capables, par leur science et leur expérience, de partager les soins et les travaux du Pontificat.
» Yotre Majesté juge très-sagement que les archevêques et les évêques doivent être tels qu'ils puissent édifier leurs peuples et par leur doctrine et par l'exemple de leur vie. Déjà le concile a pourvu à ce point par un décret qui sera exécuté •; car nous aurons soin qu'on ne confie les églises qu'à des prélats qui en soient dignes , et qu'on prenne auparavant sur leur vie et leurs mœurs des informations sévères...
» Quelque chose que le concile décide sur la résidence des évêques , nous l'approuverons , et nous le ferons exécuter. Mais cette question a été vivement débattue ; et elle n'est point encore décidée. Qu'on décide qu'elle est de droit divin , ou de droit humain ; nous avons résolu de forcer les évêques à résider dans leurs Eglises , sans en excepter les cardinaux qui en ont quelqu'une à gouverner. La résidence nous a toujours paru nécessaire; mais surtout dans un temps où les fidèles, à cause du fléau de l'hérésie qui se propage dans presque toutes les parties de la chrétienté , ont un plus grand besoin de la présence et des soins de leurs pasteurs.
92 (Pie IV.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 1563)
» Nous arrivons maintenant au passage de sa lettre, où Votre Majesté dit qu'il faut laisser leur liberté aux Pères du concile. Nous avons toujours voulu que le concile fût libre, et jamais nous n'avons fait en sorte qu'on nous référât les questions sur lesquelles il avait «à statuer. Plusieurs fois, il est vrai, les Légats du concile ont cru devoir 'nous consulter sur les affaires les plus graves; et nous ne pouvions pas, nous ne devions pas leur refuser notre avis; mais en cela nous n'avons point gêné la liberté des Pères. Et d'ailleurs , il ne serait ni étrange , ni indigne de la dignité du concile , que les Pères eux-mêmes recourussent au Saint-Siège, chef de l'Eglise, et dépositaire de sa doctrine ; et l'on ne pourrait pas dire qu'il y eût deux conciles, si le concile voulait agir de concert avec son chef. 11 ne serait pas plus juste de nous reprocher que nous traitons ici des graves affaires du concile avec quelques cardinaux d'une vertu et d'une capacité reconnues, et que nous prenons leurs «avis, puisque nous ne prétendons point par là gêner la liberté de l'assemblée, ni l'empêcher de décréter, de statuer ce qu'elle veut.
» Votre Majesté pense qu'il serait plus sûr, touchant certains points de réforme , comme celle du conclave , de nous en rapporter au concile , plutôt qu'au jugement de quelques cardinaux. Les disputes sur la résidence nous avertissent au contraire que, dans ce qui regarde la réforme de notre Cour, il est plus sage et plus facile de ne pas attendre le consentement d'un si grand nombre d'opinants, sur ce que nous pouvons opérer par nous-même après de mûres réflexions.
» Nous reconnaissons la piété de Votre Majesté , dans le conseil qu'elle nous donne d'assurer par une bulle notre dignité et notre autorité et celle de nos successeurs; mais il y
(An. 1562) DE TRENTE.— LIV. V. (Pie IV.) 93
a longtemps que nous mettons en pratique l'exhortation qu'Elle nous fait de défendre notre autorité de manière à prouver qu'en cela nous n'avons en vue que l'honneur et la gloire de Dieu, l'accroissement de la foi, le bien de l'Eglise et de tout le peuple chrétien ; car nous ne cherchons pas nos intérêts, mais ceux de Jésus-Christ dont nous sommes le représentant et le ministre... (1). »
Ces deux'réponses exprimaient toute la pensée du Saint Père , mais elles ne pouvaient pas la rendre avec ces précautions de forme, avec cette convenance, cette douceur ou cette force de paroles qu'auraient décidées , dans un entretien particulier, les circonstances ou les dispositions de l'interlocuteur. C'est pourquoi le Souverain Pontife les retint après les avoir préparées : il se contenta d'écrire à l'empereur un bref très-court où il louait son zèle et sa piété, et lui annonçait que le cardinal Morone , récemment nommé président du concile, lui porterait sa réponse à Inspruck, d'où il reviendrait ensuite exercer sa charge à Trente (2).
La présence de Morone était ardemment désirée dans cette ville ; mais personne ne la réclamait plus instamment que les trois Légats. Ceux-ci, importunés sans cesse par l'impatience des Impériaux et des Français, ne pouvaient faire aux uns et aux autres que des réponses évasives , qui ne les délivraient pas de nouvelles sollicitations. Ainsi , aux premiers qui voulaient qu'on adjoignît un autre secrétaire à Massareîli, et aux seconds, qui demandaient qu'on s'occupât activement et exclusivement de la réforme, ils répondirent
(1) Raynaldi, ad ann. 1563, n. 38.
(2) Raynaldi, ad ann. 1563, n..60.— Pallav. , lib. xx, cap. 8.
94 (Pie IV.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 1563)
qu'on ne pouvait rien entreprendre avant l'arrivée des nouveaux Légats (1).
Enfin le cardinal Morone arriva à Trente, le 10 avril. Il reçut des Pères et des ambassadeurs un accueil aussi brillant qu'empressé. Tous voulurent lui témoigner, par l'expansion enthousiaste de leur joie, les grandes espérances qu'ils avaient fondées sur son expérience et ses mérites (2).
Le lendemain il reçut en audience particulière les ambassadeurs et plusieurs évêques de toute nation qui se présentèrent à lui. Les ambassadeurs français n'attendirent pas une autre occasion pour renouveler les instances qu'ils faisaient sans cesse auprès des Légats, pour qu'on activât l'œuvre de la réforme , et qu'on présentât au concile leurs trente-quatre articles. Le cardinal Morone répondit à la première demande que la réforme était dans les intentions et les vœux du Souverain Pontife, et qu'on s'en occuperait sans retard ; à la seconde , que les articles présentés par les Français étant, conformes aux propositions de l'empereur, il convenait qu'il vît ce prince, avant de les soumettre aux délibérations des Pères, afin qu'on pût satisfaire à la fois aux unes et aux autres.
Les impériaux ne se pressèrent pas moins de lui demander la concession du calice. Morone leur rappela que le concile avait abandonné cette affaire à la décision du Souverain Pontife ; et que l'empereur, avant de renouveler cette demande , voulait en conférer avec les autres princes (3).
fl) Pallav., lib. xx, cap. 9.
(2) Toreili , Diar. ap. Martene , Veter, Script., ampliss. Coll. , t. VIII, toi. 1325. — Gabriel Paleottus, ap. Raynald. ad ann. 1563, n. 62.
(3) Pallav.,lib xx, cap. II.
(As. 1563) DE TRENTE. — LIV. V. (Pie IV.) 95
Enfin le nouveau Légat sut répondre à la joie commune sans s'y livrer, confirmer l'attente de tous, sans la flatter, et s'abstenir de-ces promesses imprudentes, qu'arrache quelquefois un accueil enthousiasle , mais qui enchaînent la liberté de l'homme public qui les fait.
L'arrivée de Claude Quignonès , comte de Lune , ambassadeur du roi d'Espagne , n'excita pas les mômes sentiments parmi les Pères. On lui accorda les honneurs dus à son rang ; on lui fit un accueil brillant, mais dépourvu de cette spontanéité que l'étiquette ne saurait remplacer. On connaissait la fierté de son caractère , ses prétentions à la préséance , et l'on vit moins en lui le représentant d'un grand prince que l'auteur de graves embarras. Ces appréhensions préoccupaient tous les esprits; mais les Légats les dissimulaient avec d'autant plus de soin qu'ils en étaient plus fortement saisis et qu'il y avait un plus grand danger à les manifester. Ils affectèrent même avec l'ambassadeur un certain abandon qu'inspire ordinairement la confiance, mais que la prudence seule leur imposait. « Hier, écrivaient-ils au cardinal Borromée, le comte de Lune vint nous visiter, et nous remit, de la part du roi catholique , une lettre datée du 20 octobre (de l'année passée). Il excusa d'abord l'ancienneté de cette date , et en rejeta la cause soit sur la longue maladie qu'il avait essuyée , soit sur des occupations qu'avait nécessitées le service de son souverain ; en sorte qu'il n'avait pu ni se mettre en route, ni arriver aussitôt qu'il l'aurait voulu. Puis, nous ayant salués au nom du roi catholique, il s'étendit longuement sur les bonnes dispositions dont ce prince était animé à l'égard du concile et du Saint-Siège, et sur l'espérance qu'il nourrissait que ce concile remédierait enfin aux
'■)l3' (Pie 1\ HISTOIRE DU CONCILE (ÂX. 1563)
maux de la chrétienté ; car , à ses yeux , le concile était le moyen particulier que Dieu avait laissé à son Eglise pour de semblables circonstances. Arrivant ensuite à l'objet spécial Je sa mission, il ajouta que, pour la remplir, il devait aider le concile à accomplir la sienne, le favoriser dans une entreprise d'où dépendait le bien public, et employer même le nom et l'autorité du roi d'Espagne, pour amener un résultat que le monde attendait avec une si juste impatience. Nous fîmes une réponse convenable à chaque partie de sa communication. Nous lui témoignâmes combien son arrivée nous était agréable soit à cause du grand monarque qu'il venait représenter, soit à cause de la personne honorable de l'ambassadeur. En dernier lieu, comme si nous eussions voulu prendre de lui des avis, nous invoquâmes l'expérience qu'il avait des hommes et des choses de l'Allemagne, puisqu'il avait longtemps vécu à la cour de l'empereur; et nous le priâmes de nous dire quel serait, selon lui, le moyen le plus propre pour rétablir, dans ce pays, l'empire de la véritable religion sur les esprits. Il ne sut, ce semble, nous en si: d'autre , sinon qu'on y envoyât de bons
prédicateurs, et qu'on y développât le plus qu'on pourrait l'action de la Compagnie de Jésus. Il s'étendit beaucoup sur ce sujet, et sembla éviter de faire mention de la communion sous les deux espèces. Enfin, il prit congé de nous en nous promettant de nous faire une autre visite avant le départ du cardinal Morone il). »
Le cardinal Morone, en effet, devait aller remplir, auprès
: Et Annota. kigoraars. in ~, . . t [11, p
vAN. 1563) DE TRENTE.- LIV. V. (Pie IV.) 97
de l'empereur, la mission qu'il avait reçue du Souverain Pontife, avant d'entrer dans ses fonctions de Légat ; mais il ne voulut pas attendre plus longtemps pour s'installer dans son emploi.
La congrégation du 43 avril, témoin de cette cérémonie, reçut des circonstances actuelles une solennité grave et sévère : les plus puissants princes de la chrétienté harcelaient sans cesse le concile par leurs exigences; les Pères eux-mêmes, selon l'expression d'un historien , étaient lancés par la discussion sur un océan de difficultés, dont on n'apercevait ni le terme, ni le résultat; et, pour comble de malheur, la mort, en frappant le cardinal de Mantoue, leur avait enlevé l'homme le plus capable de résister aux princes sans les irriter, et d'apaiser les disputes sans blesser la liberté de la parole. Tous étaient pénétrés de la grandeur du péril ; tous tournaient leurs regards inquiets vers le successeur de celui dont ils pleuraient encore la perte, et attendaient avec anxiété que ses premiers actes leur donnassent des garanties pour" l'avenir. On rendait hommage à ses grandes qualités de cœur et d'esprit; mais il n'avait pu encore développer celles qu'exigeaient la présidence du concile et les circonstances qui la rendaient si difficile.
Le cardinal Morone comprit sa position : il lut dans la
physionomie de l'assemblée le besoin, l'anxiété, les regrets,
les espérances, les vœux des esprits; il comprit ce qu'on
demandait de lui, ce qu'il devait être, ce qu'il devait dire
et faire pour répondre dignement à sa mission et à l'attente
générale. Et, pour ne pas laisser plus longtemps les Pères
sous le poids de leurs préoccupations, il leur expliqua dès
ce moment la ligne de conduite qu'il voulait suivre, et l'idée ir.
98 (Pie IV.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 156$)
qu'il s'était formée de son emploi. Lors donc que le secrétaire eut donné lecture de la bulle qui accréditait le nouveau Légat auprès du concile , Morone se leva au milieu du plus profond silence, et, de cet air de majesté qu'il avait dans toute sa personne, il prononça un discours conçu en ces termes :
« Vous savez tous, très-révérends Pères, dans quel état se trouve la république chrétienne ; vous savez tous quels orages ont éclaté sur l'Eglise, dans quel mépris est tombée la discipline ecclésiastique, au milieu de quels troubles , de quelles séditions s'agitent les peuples ; de quelles calamités nous a affligés sur terre et sur mer le Turc, cet implacable ennemi du nom chrétien, et de quels dangers il nous menace encore, si nous ne cessons de le favoriser par nos divisions intestines. C'est pour ces raisons, connues du monde entier, que Pie IV, Pontife suprême, a convoqué le concile dans cette cité : dans son amour pour le bien, il a pensé que cette assemblée, avec le secours divin, apporterait enfin quelque remède à tant de maux. Dieu nous les a envoyés dans sa colère; nous l'apaiserons, si nous rétablissons la foi catholique dans son intégrité , si nous rendons à l'Eglise son .unique splendeur ; et les guerres et les séditions s'éteindront partout, et les dangers, suspendus sur nos têtes, s'éloigneront enfin de nous. Voilà pourquoi est ici rassemblé ce nombreux et illustre concile, où nous voyons tant de personnages éminents, deux cardinaux-princes, moins remarquables par la grandeur de leur naissance que par leurs qualités personnelles, les illustres ambassadeurs de Sa Majesté Impériale, et de tant de grands rois, de villes libres, de princes et de nations, tant de prélats distingués par leur
(An. 1563) DE TRENTE.— LIV. V. (Pie IV.) 99
science, leur sagesse et leur vertu, tant de savants et de célèbres théologiens, tant d'hommes enfin qu'on ne saurait trop louer. Hélas ! le concile, si noblement composé, poursuivait activement son œuvre, lorsqu'une mort funeste est venue interrompre de si glorieux travaux et nous arracher le cardinal de Mantoue et le cardinal Seripandi, ces deux hommes si habiles et si sages dont la perte excite notre douleur et nos regrets. Ils jouissent maintenant, j'en ai la confiance, du bonheur de ceux qui meurent dans le Seigneur; mais je plains la chose publique, qui, dans ces temps calamiteux , avait un si grand besoin de leur appui ; je regrette deux nobles amis avec qui j'entretenais des rapports si doux et si intimes. A la nouvelle fatale de leur mort , le Souverain Pontife, de l'avis et du consentement du Saeré-Collége, me nomma, moi le dernier de tous mes collègues, à la place du cardinal de Mantoue, et m'adjoignit dans cette légation le très-révérend cardinal Navagero, prélat recommandable par son érudition et par sa prudence. Je vous l'avoue, mes Pères, je me méfiais de mes forces, je redoutais le poids de cette dignité ; et je l'ai refusée autant qu'il m'a été permis , autant que j'ai pu. Mais la nécessité d'obéir l'a emporté sur mes appréhensions : il a fallu me soumettre au Vicaire d<* Jésus-Christ, qui a confié à saint Pierre et à ses successeurs le soin et le gouvernement de son Eglise.
» C'est doncpar l'ordre du Saint-Père que je suis venu. Une mission auprès de Sa Majesté impériale m'éloignera momentanément du concile; mais j'y reviendrai bientôt, avec la grâce de Dieu , et alors je me livrerai tout entier avec mes illustres collègues aux travaux que demandent de nous le salut des peuples, l'honneur de l'Eglise et la gloire de Jésus-
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Christ. Je me sens dépourvu des qualités nécessaires pour cette entreprise; mais j'apporte avec moi deux choses essentielles : la volonté du Saint-Père et la mienne. J'ai interrogé l'intention du Souverain Pontife ; je la connais', j'en suis assuré : il ne désire rien plus ardemment, il n'a rien de plus à cœur que la doctrine catholique soit débarrassée de toute opinion hérétique, que les mœurs soient corrigées , que les abus soient extirpés, qu'on pourvoie aux besoins des provinces où la piété fut autrefois si florissante ; enfin, que te paix se rétablisse partout, que la concorde règne entre tous, même avec les adversaires, si elle peut s'opérer sans blesser la piété, sans entamer les droits du Saint-Siège. Quant à ma volonté propre, vous la trouverez toujours ardente à faire, avec le secours de Dieu , ce que Sa Sainteté veut et commande. C'est à ce but que tendront toutes les ressources de mon esprit, quoique modiques, tous mes soins, tous mes efforts. Quels seront les effets de ces dispositions? C'est de vous qu'ils dépendent, très-sages Pères : oui, votre prudence*, votre autorité, votre science peuvent amener l'heureux résultat pour lequel le concile est assemblé et que tout le monde désire. C'est pourquoi, je vous exhorte, mes trèshonorables Pères, à éloigner de vos délibérations ces débats qui ont, dans le monde, un si triste retentissement, des questions inutiles qui tendent, non à affermir la vérité, mais à troubler vos réunions, et à consumer, sans fruit, un temps précieux. Je vous conjure, par le Seigneur, de concentrer votre attention et vos soins sur les questions nécessaires. Prenons garde que le vent d'une vaine science ne nous jette loin du port de l'humilité. Pourquoi sommes-nous ici ? pour y faire l'œuvre de Dieu ; mais dans une pareille entreprise^
(An. 1563) DE TRENTE.— LTV. V. (Pie IV.) 101
nous avons surtout besoin d'une prière continuelle et d'une grande humilité ; car Dieu résiste aux superbes, et donne 8a grâce aux humbles. Soyons humbles, soyons unis dans l'Esprit saint, et un heureux succès couronnera notre œuvre ; et l'Eglise de Dieu retirera les fruits les plus abondants de nos travaux, de nos voyages, de nos sacrifices, de nos dangers. Et vous, mes Pères, vous allumerez et vous élèverez c*brillant flambeau des sciences divines qui éclairera nonseulement les pas des hommes qui vivent maintenant , mais encore ceux de leurs descendants , et leur montrera le port du salut où ils doivent tendre ; vous ferez louer et glorifier le nom du Seigneur; vous participerez vous-mêmes ici-bas à cette gloire, et recevrez, dans une vie meilleure, la couronne de l'immortalité (1). »
Ce discours, à la fois si simple, si habile, si doux et si ferme, produisit une grande sensation dans l'assemblée : il leur révéla dans le cardinal Morone un Légat dont le génie avait mesuré la grandeur de sa mission , et la nature de ses devoirs, qui, par une longanimité prudente, par son caractère conciliant et énergique tout ensemble, saurait maintenir la suprématie du chef sur les membres, Tordre dans les délibérations, l'union dans les efforts, et les diriger avec vigueur vers la fin du concile.
Le cardinal Morone devait bientôt développer dans l'exeîcice de ses fonctions, les grandes vues qu'il avait annoncées dans son discours. Le 14 avril, il partit pour Jnspruck, où se trouvait la cour de l'empereur. Pendant son absence»
(1) RaynaMi, ad ann. 1563, n. 64. •— Labbe? t. XIV, col. 1598.
102 (Pie IV.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 1563)
les autres Légats eurent à statuer sur une nouvelle prorogation de la session : on approchait du 22 avril, jour où elle devait avoir lieu ; et les matières qu'on avait résolu d'y décider n'étaient point encore prêtes ; car la mort des cardinaux de Mantoue et Seripandi, les honneurs funèbres rendus à la mémoire du duc de Guise, que le calvinisme avait assassiné parj les mains de Poltrot, les négociations sur la place qu'il convenait de donner à l'ambassadeur espagnol , avaient interrompu les délibérations et retardé la solution des points proposés. Les deux Légats présents jugèrent qu'un mois et demi pourrait suffire à l'expédition des affaires qui étaient restées suspendues, et proposèrent de différer la session jusqu'au 3 du mois de juin. Mais les Pères craignirent que si on précisait le jour de la session , on ne fût encore exposé à la honte d'une nouvelle prorogation ; car des circonstances imprévues pouvaient interrompre l'assemblée dans ses travaux, et l'empêcher ainsi de préparer les matières convenues. 11 fut donc résolu que la session serait prorogée à un jour incertain , sauf ensuite au concile à le déterminer, lorsque ses travaux seraient assez avancés pour pouvoir le faire sans inconvénient (1).
Les Pères ne sortirent de la séance où la prorogation venait d'être résolue, que pour assister aux funérailles de Pierre Soto, qui avait succombé, la veille , à une courte, mais cruelle maladie. Aussi inflexible dans ses opinions qu'austère dans sa vertu, ce savant et vénérable religieux s'était toujours rangé du côté des prélats espagnols dans la
(I) Pallav. , lib. xx, cap. 12. — Lettre des Légats au card. Borromce cites par Lagomars., Epist. et Orat. Pog., Annot. illustr., t. III, p. 285.
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question de la résidence et de l'institution des évoques , et avait soulenu, comme eux, que l'une et l'autre sont de droit divin. 11 trouva même, au milieu de ses souffrances, assez de force et de présence d'esprit pour dicter l'expression de ses sentiments qu'il adressa au Souverain Pontife. 11 le priait, en termes qui se ressentaient un peu trop de la ténacité de ses convictions , ou peut-être de la violence de ses douleurs, de faire en sorte qu'on définît de quel droit est la résidence des pasteurs, et qu'on décidât que l'institution et la juridiction des évoques sont de droit divin. Mais, afin que personne ne se méprît sur ses intentions , il ajoutait : « Au moment de rendre le dernier soupir, j'atteste que Votre Sainteté est supérieure à tous les conciles, et qu'elle ne peut, en aucune manière, être jugée par eux ; et je crois qu'il est très-important que ce point devienne, dans l'Eglise, une vérité de foi ; car l'opinion contraire tend manifestement à la sédition , à Ja guerre et au schisme (I). » Et comme si une- protestation si énergique n'eût pas suffi à sa conscience, il terminait sa lettre par un humble abandon au jugement du Vicaire de Jésus-Christ: « Voilà, Saint-Père, ce que, de mon lit de mort, je dépose humblement et sincèrement à vos pieds. Je demande très-humblement pardon pour la liberté que je me permets ici, et que j'ai prise d'autres fois, en protestant néanmoins que je n'ai consulté que ma conscience, la gloire de Dieu, l'utilité du Siège apostolique et le bien de Votre Sainteté (2). »
(1) Ego igitur vivens et moriens testor Sanctitatem Tuam superiorem esse omnibus conciliis, nec posse ab eis ullo modo judicari, idque ut apertè definiatur in Ecclesiâ , credo plurimùm expedire; quia contrarium manifesté >ergit ad seditionem, bella atque schismata in Ecclesiâ.
(2) Cette lettre est intégralement rapportée par Raynaldi sous l'an 1563,
104 (Pie IV.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 1534)
L'arrivée du cardinal Navagero adoucit la douleur que causait aux Pères la perte d'un homme dont ils avaient si souvent admiré les lumières et les vertus. Le nouveau Légat avait prévu que les cérémonies de son entrée donneraient occasion à quelque dispute sur la préséance entre les ambassadeurs français et le comte de Lune. 11 préféra la paix aux honneurs dus à son rang , et entra dans la ville en litière, après le coucher du soleil, la veille du jour où les Pères devaient lui faire une réception solennelle (1).
En ce moment, les affaires les plus importantes du concile n'étaient point traitées à Trente, mais à Inspruck, entre l'empereur et le cardinal Morone. Les instructions que le Légat apportait de Rome roulaient sur la lettre secrète de ce prince au Souverain Pontife, et se divisaient en autant de chapitres qu'il y avait de chefs dans la demande de Ferdinand. Pour mettre dans notre récit plus de précision et de clarté , nous rapprocherons ici de chaque chef la réponse qu'y opposa le cardinal.
I. L'empereur s'était plaint de la longueur du concile, qui entraînait de grandes dépenses , retenait les évêques loin de leurs diocèses, au grand préjudice des peuples, et pouvait devenir plus fatale encore , si la mort frappait le chef de l'Eglise, ou celui de l'Empire.
Deux causes principales amenaient ce retard, répondait Morone : D'abord les princes eux-mêmes y contribuaient
n. 71 ; — par Lagomars., Annot. in Epist. Jul. Pog. , t. III, p. 289; — par TorelU Phola, Diar. concil. Trident, ap. Martenc , Voter. Script, amplist. Collecta t. VIII, col. 1339, etc.
(\) Lettre de l'archevêque de Zara au card. Cornara, du 29 avril. Bahiz., Miscellan., t. IV, Appcnd. p. 307. — Pallav, lil>. xx, cap. 13. <
(An. 1563) DE TRENTE.— LIV. V. (Pie IV.) 105
beaucoup par leurs exigences et par les propositions que leurs ambassadeurs portaient sans cesse de leur part au concile. Ensuite les Pères étaient très-nombreux et fort longs dans l'exposition de leurs sentiments. Il ne tenait qu'aux princes de détruire la première cause ; quant à la seconde , les princes eux-mêmes étaient souvent obligés de la subir dans leurs conseils. L'empereur reprit que , pour l'éviter, on pourrait diviser les Pères en plusieurs comités qui seraient chargés chacun de la discussion d'une question particulière. La réponse n'était point difficile : déjà plusieurs fois on avait formé de ces comités, et on en formerait encore toutes les fois que l'abondance et les difficultés des matières l'exigeraient.
II. L'empereur, persuadé qu'on voulait suspendre le concile , en avait témoigné son mécontentement au Souverain Pontife. Le cardinal Morone protesta que jamais la suspension du concile n'était entrée dans la pensée de Pie IV; qu'il avait toujours eu au contraire la volonté de le conduire à Jbon terme, plus par zèle pour le bien public que par la crainte des fâcheux résultats que pouvaient avoir les synodes nationaux; car les diètes et les pragmatiques, auxquelles les princes ne cessaient de recourir, apportaient encore plus de maux à l'Eglise.
III. L'empereur disait qu'on ne laissait une assez grande liberté, ni aux évoques sujets du Saint-Père , ni à ceux dont il payait l'entretien , ni aux autres en général; que les Légats envoyaient les décrets au Pape , avant qu'ils eussent été publiés dans le concile, ce qui faisait penser à plusieurs que le concile se tenait plutôt à Rome qu'à Trente.
L'expérience démentait cette accusation : les Pères expri-
106 (Pie IV.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 1563)
maient leurs opinions avec une liberté telle qu'elle semblait quelquefois sortir des bornes de la modération et même de la décence. Les évêques italiens, ou les évoques pauvres, opinaient même avec plus d'indépendance que les prélats les plus riches, ou sujets d'autres princes; car ceux-ci avaient plus à craindre de leurs souverains, que ceux-là , du Souverain Pontife, et les uns avaient plus à perdre, que les autres, à espérer, ou à gagner; et d'ailleurs il était notoire que plusieurs des évêques incriminés, avaient soutenu des opinions auxquelles le Pape , disait-on, était opposé.
Les Légats, ajoutait Morone, avaient dans leurs attributions une puissance générale, mais souvent il se présentait des cas imprévus, et alors, non-seulement ils pouvaient, ils devaient même déférer au Souverain Pontife ceux qui étaient d'une importance majeure, comme les ministres des princes avaient coutume de le faire à leur égard. D'ailleurs le Pontife ne faisait point de décrets sur les matières traitées à Trente; ils s'établissaient toujours dans le concile à la pluralité des voix. C'était donc à tort qu'on prenait pour un concile les consultations qui se tenaient à Rome. Quant à la résidence , si elle n'avait pas encore été définie, il fallait s'en prendre non au Souverain Pontife, mais au partage des opinions dans le concile.
IV. L'empereur n'approuvait pas la fameuse clause : Proponenlibus Legatis; mais il changea de sentiment lorsqu'il sut que le concile l'avait adoptée. Toutefois il se réserva le droit de faire présenter ses demandes par ses ambassadeurs, si les Légats refusaient eux-mêmes de les proposer.
V. La cinquième demande de l'empereur roulait sur la réformation de l'Eglise dans son Chef.
(AN. 1563) DE TRENTE.— LIV. V. (Pie IV.) 107
Le Souverain Pontife, selon Morone, avait déjà entrepris cette œuvre ; il la poursuivait avec zèle, et il agréerait avec reconnaissance les conseils que l'empereur voudrait bien lui suggérer. Aurait-on voulu que le concile opérât cette réforme? Mais jamais on n'avait vu dans l'Eglise que son Chef reçût la loi du concile; et le concile ne pouvait pas la lui faire, puisque ses décrets n'avaient eux-mêmes force de loi. que lorsqu'ils avaient été approuvés et confirmés par le Souverain Pontife.
L'empereur reprit que son intention n'avait jamais été que la réforme tombât sur le domaine temporel du Pape, ni sur la personne de Pie IV, qui méritait son estime et celle de tout le monde ; que dans ce Chef, il avait entendu comprendre les Papes en général'; car sous quelques-uns, des dispenses trop fréquentes, des immunités trop larges, des collalions de plusieurs bénéfices à un seul , des créations trop nombreuses d'évêques et de cardinaux, avaient été une source féconde de maux, et la cause des abus qui avaient coutume de se glisser dans l'élection des Papes; qu'à la vérité, le Pontife pouvait lui-même appliquer le remède que réclamaient tant de maux, mais que s'il laissait ce soin aux Pères de Trente, il en acquerrait plus de gloire', le concile, plus d'autorité, et la réforme, plus d'efficacité.
Le cardinal Morone demanda et obtint que, dans l'écrit présenté par l'empereur , on substituât des expressions générales à ces mots : dans son chef, parce que les Hérétiques pouvaient l'interpréter en mauvaise part , contrairement à la pensée de l'empereur. Sur les autres points, il répondit que Pie IV avait laissé au concile le soin de la réformation ;
108 (Pie IV.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 1563)
qu'il ne s'était réservé que deux choses : l'élection du Pape et la promotion des cardinaux; et pour de bonnes raisons. D'abord, quanta l'élection du Pape, Pie IV avait déjà fait une constitution pour la régler; mais elle ne pouvait pas être présentée au concile, de crainte qu'elle n'interrompît les délibérations courantes , qu'elle n'occasionnât des dissidences parmi les Pères , et d'autres inconvénients qu'il était sage de prévenir. D'ailleurs, cette élection serait plus régulière, plus paisible et plus facile si les princes ou leurs ministres voulaient s'abstenir désormais d'y intervenir, ou s'ils consentaient à se soumettre aux peines portées par la bulle.
Pie IV n'avait pas eu des motifs moins justes pour se réserver la promotion des cardinaux. D'un côté, le Pape ne pouvait pas être contraint à prendre pour conseillers ceux qui avaient eu la confiance de son prédécesseur; il devait par conséquent pouvoir en créer de nouveaux. De l'autre, il n'était pas possible d'en restreindre le nombre, comme le proposait l'empereur; car le Pontife choisissait dans le Sacré- Gollége des Légats , des gouverneurs de provinces , que leur mission tenait éloignés de Rome. La vieillesse et les infirmités empêchaient les autres de prendre part aux travaux de leurs collègues. II fallait bien qu'il en restât quelquesuns auprès du Saint-Père. En outre les mérites éminents de certains personnages , et souvent les exigences des princes ne permettaient pas de diminuer le nombre des cardinaux.
VI. L'empereur avait demandé s'il n'était pas à propos qu'il se rencontrât à Trente avec le Pape ; mais le Souverain Pontife n'ayant pu se rendre dans cette ville , ni l'empereur
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à Bologne, où il avait été invité à venir recevoir la couronne, ce double projet de voyage fut abandonné (1).
La justice était du côté du cardinal Morone ; il sut la faire triompher. Il restait cependant trois points sur lesquels Ferdinand ne lui avait pas donné raison. Le jour même de son départ, le Légat fit remettre à ce prince par le nonce Delfini, un écrit où il priait l'empereur de ne pas persister à demander le vote par nations, d'où il résulterait que le suffrage d'un seul Irlandais , par exemple , équivaudrait aux voix de vingt, trente, quarante Français, ou Espagnols, etc., ni la suppression de la clause proponenlibus Legatis , qui accuserait quelqu'inconslance dans les Pères, et affaiblirait ainsi l'autorité de leurs décrets ; ni enfin la présentation au concile de la bulle sur les conclaves , car il ne convenait pas que le Pape soumît au jugement d'autrui ce qu'il avait établi après un mûr examen , et de l'avis d'hommes, plus versés dans ces sortes de matières que la plupart des membres du concile.
L'empereur accueillit cette lettre avec bienveillance, et dès le lendemain il y fit une réponse empreinte du même sentiment. Il y disait 1° qu'il ne demandait le vote par nations que dans les réunions particulières, et seulement comme une préparation aux congrégations générales , dans lesquelles il n'entendait pas qu'on changeât le mode de voter ; 2° que, satisfait de la liberté dont jouissaient ses agents de faire parvenir ses demandes au concile, il n'insistait plus sur la suppression des mots proponenlibus Legatis ; 3" que la
(I) Pallay.,lib. xx, cap. 13-14. — Ma Torelli, ap. Martene, Veter. Script, ampliss. Collect,, t. VIII, col. 1361 et seqq.
ii. 10
bulle sur les conclaves avait son approbation , qu'il désirait seulement qu'elle fût observée, consentant même pour cela à ce que les peines qu'elle portait fussent appliquées aux princes et à leurs ambassadeurs.
Cette réponse complétait le succès de la mission de Morone. Le Souverain Pontife en conçut une joie d'autant plus vive qu'il attachait à cette négociation une plus grande importance (1).
L'absence de Morone avait ralenti les délibérations de l'assemblée, mais sa négociation avait suppléé à la stérilité des séances. Deux questions seulement leur avaient rendu quelque animation. Le 12 mai, on porta à la congrégation générale le projet de décret, qu'une commission , nommée à cet effet , avait été chargée de dresser sur les abus , relatifs au sacrement de l'Ordre. On l'avait communiqué auparavant aux représentants des puissances. Ceux-ci toujours les premiers à hâter l'œuvre de la réformation , étaient aussi les plus empressés à s'y opposer, dès qu'elle menaçait de les atteindre. L'ambassadeur d'Espagne, auquel se joignit celui de Portugal, ordinairement si modéré dans ses demandes, se récrièrent contre le premier chapitre, parce qu'il exigeait sur le mérite et les qualités des candidats de sévères informations, qui pouvaient, disaient-ils, gêner le choix des souverains. Tel était le sort que les ambassadeurs faisaient au concile : ils se plaignaient sans cesse de la corruption du clergé, et accusaient le Pape et ses Légats de'ne pas pourvoir à ces scandales; et lorsque l'assemblée prenait des mesures rigoureu-
(!) Pallat., 1. xx., cap. 15.
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ses pour les détruire, les ambassadeurs se plaignaient qu'on voulût faire tort à leurs maîtres. Mais l'assemblée avait conscience de sa mission, et elle la poursuivit malgré les réclamations du comte de Lune.
Le cardinal de Lorraine ouvrit les délibérations sur ce projet, par une éloquente critique des abus qu'on se proposait de corriger. Le projet lui paraissait incomplet; les mesures, impuissantes. 11 suggéra donc à la commission une matière plus abondante, et des moyens plus efficaces. Quant à l'élection des évoques parle Pape, il la trouvait défectueuse. La nomination faite parles Chapitres ou par les princes, lui présentait des inconvénients encore plus graves, car elle était souvent inconsidérée, ou inspirée par des vues humaines et des considérations personnelles. 11 ne voulait cependant pas qu'on abandonnât cette élection au peuple ; mais il concluait qu'il fallait revenir au mode suivi par Jésus-Christ et par ses Apôtres. Voilà ce qu'il pensait de l'élection; voici son opinion sur les élus. On ne devait plus nommer d'évêques in partibus infidelium ; car, contre le serment qu'ils prêtent à leur consécration, ils ne peuvent ni par eux-mêmes, ni par d'autres, annoncer l'Evangile dans l'Eglise dont ils portent le titre. Ils n'ont pas même l'intention de remplir leur promesse. D'ailleurs, par suite de cet usage, il y avait souvent, pour un seul siège, deux évêques dont l'un le possédait de droit, et l'autre de fait; et quoique celui-ci fût schismatique, il administrait néanmoins validement les sacrements de l'Ordre et de la Confirmation. Le cas serait devenu bien plus embarrassant , si le prélat schismatique s'était converti.
11 ne convient pas davantage, ajoutait-il, de donner des
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évêchés à des cardinaux-diacres : n'est-ce pas un scandale que celui qui ne veut pas être évêque, possède un évêché ? Prenant de là occasion de parler de la promotion des cardinaux, l'orateur dit qu'on ne devait jamais en créer un avant l'âge de vingt-sept ans , ou au moins avant l'âge requis pour le diaconat, à moins qu'on ne pensât que la majesté de la pourpre pût suppléer à la maturité de l'âge. 11 voulait encore qu'on obligeât ceux des évoques du concile, qui étaient seulement nommés, de se faire sacrer sans retard , ou qu'on les privât du droit de suffrage; qu'on renonçât désormais aux dispenses, ou qu'on s'en abstînt au moins pendant deux ans , enfin qu'on remît en vigueur les fonctions des quatre Ordres mineure, qui avaient été si sagement établies (1).
(1) Le cardinal de Lorraine déploya dans cette occasion l'éloquence qui excitait toujours l'admiration des assistants sans jamais la lasser. « Le premier à dire son avis, écrivait l'archevêque de Zara, fut le cardinal de Lorraine... On l'écouta avec une très-grande attention, parce qu'il parla avec autant d'éloquence que de force. Il n'épargna pas même son roi quand il le crut à propos. Il s'étendit longuement sur l'article relatif aux abus qui accompagnent l'élection des évêques ; il les attaqua avec beaucoup de vigueur, et signala de même les inconvénients qui en résultaient. Il se proposait de combattre un article sur le même sujet qui avait été arrêté à Poissy ; comme cette disposition ne lui plaisait pas, il voulait la faire rejeter par le concile. Je crois qu'il aura réussi, car cet article ne paraît pas plaire davantage à la majorité des Pères... » (Lettre du 12 mai.)
Dans une des congrégations suivantes le cardinal s'expliqua sur les autres articles du projet, et il le fit avec un succès que l'archevêque de Zara constate en ces termes : « La congrégation toute entière fut consacrée à l'entendre. Il faut avouer que c'est un des plus rares sujets que son Ordre possède de nos jours : esprit vif, il saisit de suite ce qu'il doit dire, et il le dit avec tant de facilité, avec tant de grâce et de charme qu'il semble que les belles choses fleurissent sur ses lèvres; pare che tutte le cose belle g li fiorîscam in bocca. » (Lettre du 17 mai. Baluz. Miscell., t. iv, Append,, p. 309.)
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L'archevêque de Grenade appuya l'opinion du cardinal <le Lorraine, et l'amplifia avec cette véhémence qui était dans son caractère. Il attaqua surtout les réserves et les exemptions qui soustrayaient des prêtres , quelquefois trèséloignés de Rome, à l'autorité desévêques , pour les mettre sous la dépendance immédiate du Pape. Dom Barihélemy- Des-Martyrs s'éleva avec beaucoup de zèle contre les abus qu'il s'agissait de corriger, et insista surtout sur la nécessité d'employer des remèdes vigoureux pour les détruire (l).
Dans la congrégation du 17 mai , l'archevêque de Lanciano, exposant son sentiment sur le même sujet, fit une sortie contre lesévêques allemands, surtout contre les Electeurs , qui , refusant de venir au concile, ne daignaient pas même s'y faire représenter par des procureurs. L'évêque des Cinq- Eglises interpellé sur la cause de leur absence , répondit que la crainte de laisser leur troupeau sans défense contre les hérétiques, les avait tous retenus dans leurs diocèses; que s'ils ne s'étaient pas fait représenter, c'est qu'ils l'avaient jugé inutile, puisque leurs procureurs ne devaient pas avoir voix délibérative au concile. El ici, il demanda à son tour pourquoi les procureurs n'avaient pas sous Pie IV le droit dont ils avaient joui sous Paul III, celui de donner leur suffrage (2).
Ces récriminations entraînèrent les Pères hors de la question et les jetèrent dans une autre qui pouvait entraver la marche régulière des affaires. Drascovitz n'avait peut-être
(1) Pallav. lib. xx, cap. 16. — Lettre de l'archevêque de Zara au cardinal Cornara, du 17 mai, 1. c.
(2) Acta Torell. ap. Martene, op. cit., t. VIII, col. 1141.
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pas l'intention de la soulever, mais ses paroles fournirent à des hommes qui l'avaient, l'occasion de jeter cette affaire au milieu des délibérations. Arnaud du Ferrier se leva et dit que plusieurs évêques français n'ayant pu quitter leurs diocèses pour ne pas les livrer sans secours aux embûches des hérétiques, avaient envoyé au concile des hommes de talent et de mérite pour les représenter ; il pria donc les Légats de leur donner voix délibérative(l).
La question s'engagea aussitôt sur les droits des procureurs, et il ne fut plus possible aux Légats de l'étouffer. Avant de raconter les discussions auxquelles elle donna lieu, nous devons en exposer l'état.
Paul III, affligé delà négligence de quelques évêques à se rendre au concile et du peu d'aptitude qu'y apportaient souvent ceux qui les représentaient, priva les procureurs, par un bref de l'an 1545, de tout droit ou de tout privilège qu'ils auraient pu avoir, de donner leur suffrage dans le concile , et ne leur laissa que celui d'exposer les raisons qui motivaient l'absence de leurs évêques. Cependant, à cette époque , les diocèses des évêques dont on se plaignait , étaient menacés par l'hérésie, et environnés de bandes de sectaires armés. Les Légats prièrent donc le Souverain Pontife de rendre, par un autre bref, aux procureurs de ces prélats le privilège de donner leurs suffrages. Le bref fut accordé ; mais les Légats eurent ordre de s'en servir sans le faire connaître, pour ne pas occasionner des troubles parmi les autres et des abus parmi les Allemands. Fidèles aux intentions du Pape r
(i) PallaY.,1. jx, cap. 17.
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ils ne donnèrent le droit de suffrage qu'aux procureurs du cardinal Othon Truchsess , évêque d'Augsbourg et de l'Electeur de Trêves. Le cardinal Simonetla qui assistait alors au concile, affirma, dans la circonstance dont nous rendons compte, que ces procureurs avaient seulement voix consultative. Massarelli ajouta qu'il se souvenait bien que ce privilège avait été accordé , mais qu'il ne pouvait pas dire qu'on en eût fait usage; il assurait au moins que sous Pie IV, il avait reçu dans une congrégation générale , le suffrage des procureurs des évêques de Saltzbourg et d'Eychstadt; mais que le pape mécontent de ce procédé, publia une bulle pour le défendre , et révoqua la concession de Paul III (1).
Ces détails, loin de désarmer les prétentions des ambassadeurs , leur montrèrent la possibilité de les faire triompher , et ils n'épargnèrent rien pour obtenir ce succès.
Force fut aux Légats^de vider la question : ils la partagèrent en quatre articles, qu'ils soumirent à l'appréciation d'habiles canonistes :
1° Doit-on accorder aux procureurs, comme tels, voix délibérative dans le concile ?
2° Ont-ils de droit voix consultative ?
3° Ont-ils du moins le droit de siéger dans les congrégations générales?
4° Un évêque, procureur d'un autre évêque, a-t-il double suffrage, le sien et celui du prélat qu'il représente (2)?
Les canonistes , tout en tenant compte de la variation de
(1) Pallav., lib. xx, cap. 17.
(2) Pallav., lib. xxi, cap. 1.
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la coutume, répondirent négativement sur les trois premiers points, parce que, disaient-ils, les décrets auxquels les Pères prennent part dans le concile , se font avec l'assistance et par l'inspiration de l'Esprit-Saint , que cette assistance n'a été promise qu'à ceux qui ont une prélature certaine , et que ceux-ci ne sauraient la déléguer à d'autres.
Le quatrième point leur parut douteux , à cause des raisons qui militaient également pour et contre.
Les Légats n'osèrent pas baser une solution sur les raisons des canonistes : ils l'abandonnèrent au Souverain Pontife ; en lui soumettant toutefois trois expédients pour la faciliter.
Le premier consistait à publier son bref et celui de Paul III qui étaient ce privilège aux procureurs.
Le second était de remettre cette affaire au jugement du concile. Et par le troisième, il aurait promis aux ambassadeurs que , dans l'intention de les satisfaire , on accorderait aux procureurs et à quelques-uns des théologiens les plus distingués de leurs nations, à leur choix, l'entrée des congrégations, mais sans leur donner droit de suffrage.
Le premier parti pouvait donner lieu à de vifs débats, à d'ardentes récriminations de la part des évêques étrangers à l'Italie. Le second semblait devoir amener violemment une solution négative; car les évêques présents qui avaient supporté les fatigues et les dépenses d'un long voyage pour se rendre à Trente , ne souffriraient pas que les absents eussent autant d'autorité qu'eux-mêmes [dans le concile.
Le troisième tendait à concilier les divers intérêts'; et ce fut à celui-là qu'on s'arrêta; les évêques présents y consentirent; les ambassadeurs se montrèrent satisfaits. Il était plus difficile, de prendre un parti à l'égard des Allemands, de ceux
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d'entre eux surtout qui étaient princes de l'empire. Les Légats conseillèrent au Pape d'accorder le privilège auxpro^cureurs des Electeurs ecclésiastiques et à ceux de l'archevêque de Saltzbourg, que de graves difficultés empêchaient de venir au concile , et Pie IV suivit cet avis , mais il n'accorda aux procureurs des autres évêques que l'honneur de voix consultative. 11 parait toutefois que ni les uns, ni les autres ne profitèrent de la concession du Souverain Pontife, car parmi les souscriptions recueillies à la fin du concile, on ne trouve point celles des seconds, et les premiers signèrent sans la formule definiens employée par tous ceux qui avaient droit de suffrage.
Tandis qu'on débattait à Trente cette question, le cardinal Morone y arriva, le 17 du mois de mai. Le concile s'était réservé jusqu'au 20 pour décider quel jour la session pourrait enfin se tenir. Mais trop de questions incidentes avaient embarrassé les délibérations ; les matières proposées n'étaient pas encore assez préparées pour qu'on pût alors pré* ciser ce terme. Les Pères se réservèrent donc jusqu'au 15 juin pour désigner d'une manière définitive le jour d'une session si souvent renvoyée (1).
Les Pères en refusant de fixer une époque précise pouï la session, avaient bien jugé la position : chaque jour apportait de nouveaux obstacles au cours de leurs délibérations ; et il était impossible de prévoir le moment où l'on pourrait décider des matières dont la discussion était sans cesse interrompue.
(1) Acta Torelli, apud Martene, Veter. Script.... ampliss. Collecta t. VUS, col. t342.
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Longtemps même avant son arrivée, le comte de Lune avait troublé le concile par les conditions qu'il avait voulu lui imposer. Il les renouvela ensuite avec une hauteur qui ne souffrait ni tempérament, ni conciliation. Admis à présenter ses titres , dans la congrégation générale du 21 mai, il lit son entrée au concile , entre les deux ambassadeurs de Ferdinand; et avant de prendre la place qu'on lui avait préparée à part, il fit lire en son nom , par l'auditeur de la chancellerie de Grenade, une protestation solennelle dans laquelle il déclarait que, comme représentant du roi d'Espagne, il devait occuper la première place après les ambassadeurs de Sa Majesté Impériale, mais que, pour éviter des contestations nuisibles au bien public , il consentait à occuper celle qu'on lui avait réservée, et qu'il en agirait désormais ainsi, pour la même raison, sauf le droit de son souverain. Puis il se mit à sa place.
Il l'occupait à peine, lorsque l'ambassadeur français se levant à son tour, protesta que de ce qui venait de se passer ou de se dire, on ne pouvait rien conclure qui dérogeât aux droits de la France (1).
Pierre Fonlidonio, théologien de l'évêque de Salamanque, débita ensuite en termes aussi prétentieux que la pensée du comte de Lune , un éloge emphatique du roi des Espagnes. Ragazzonî, coadjuteur de l'évêque de Famagouste, fut plus digne et plus vrai dans la réponse qu'il adressa , au nom du concile, à l'ambassadeur de Philippe IL Après l'avoir entendue, le comte se retira, sans attendre la fin de la séance,
(1) Mém. de Dupu'y, p. 435 et suivv.— Labbe, t. XIV, p. 1160 et seqq.
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pour prévenir toute contestation avec les représentants des autres cours sur le rang qu'il aurait dû occuper, en sortant, à côté des Légats (1).
Il fallut ensuite faire droit aux réclamations des Allemands, des Français et des Espagnols qui voulaient qu'on adjoignît un autre secrétaire à celui qui en faisait seul les fonctions. La maladie dont Massarelli était alors attaqué fournit l'occasion de contenter tant d'exigences, sans qu'on parût céder à des menaces. Antoine Fumano , chanoine de Vérone, fut donc chargé de remplir les fonctions de secrétaire , conjointement avec Massarelli , dont la place fut momentanément occupée par un prélat.
Puis, ce fut l'ambassadeur bavarois qui apporta aux Pères de nouveaux embarras. Celui-ci sollicitait du Pape l'usage du calice pour sa nation. Renvoyé au concile, il pressa cette affaire auprès de l'assemblée avec une ardeur qui ne laissait aux Légats ni trêve, ni repos. Morone, voyant qu'il ne gagnerait rien sur un ambassadeur qui avait ordre de ne point se désister de sa demande, jugea plus opportun de négocier cette affaire avec le souverain lui-même , plus libre dans sa volonté. Chargé de cette mission , Nicolas Ormanetto , plus tard évêque de Padoue , trouva dans ses connaissances , ses talents et son habileté , assez de ressources pour vaincre la résolution du duc, et le dissuader de poursuivre une pareille demande (2).
(1) Patlav., lib. xxr, cap. 1.— Lettre de M. de Lansac à M. de l'Isle, du 26 mai. — Mém. de Dupuy, p. 437 et suivv.
(2) Pallav. , lib. xxi, cap. 2. — Lettre de l'archevêque de Zara , au card. Cornara. du 31 mai ( Baluz, MiscelL, t. IV, Append., p. 313), et de Visfonti, du 27 juin (t III, p. 474).
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11 n'était pas si facile de s'entendre avec le gouvernement tançais. Catherine de Médicis, qui voulait jouir sans honte du bénéfice de sa politique, avait dépêché trois envoyés: l'un au Pape, l'autre à l'empereur, le troisième au roi catholique. Ils avaient pour mission d'excuser auprès de ces princes la paix qu'elle avait faite avec les Huguenots, et en rejeter le blâme sur l'iniquité des temps. Et cependant, comme si elle eût voulu se faire pardonner cette démarche parles hérétiques, elle demandait, en leur faveur, que le concile fût transféré dans quelque ville d'Allemagne, comme Spire, Worms, Constance, où tous les princes de l'Europe enverraient plus volontiers des représentants, même ceux dont l'absence de Trente, disait-elle, enlevait à ce concile son caractère d'universalité , menaçant, dans le cas contraire , de pourvoir aux affaires religieuses de la France par un synode national.
Le roi d'Espagne répondit à d'Oisel, qui lui faisait cette proposition, qu'il était inutile et même dangereux de transférer le concile hors de la ville de Trente ; que la légitimité et la solennité de la convocation , et non la présence des évêques de toute nation, rendait un concile œcuménique , que rassembler un synode particulier, pendant la célébration d'un concile général, c'était provoquer un schisme dans l'Eglise, et compromettre les intérêts religieux de la France, au lieu de les servir; qu'on ne pourrait pas y décréter des articles de foi, et que les discussions sur les autres matières n'auraient d'autre résultat que d'enflammer les partis; que les hérétiques ne se soumettraient jamais aux décisions prises contre eux ; et que si on décidait quelque chose en leur faveur, ils n'en deviendraient que plus insolents.
(Ax. 1555) DE TRENTE. — LIV. V. (Pie IV.) 121
Le président René deBirague, envoyé à l'empereur, avait 3a même mission à remplir auprès du concile. 11 arriva à Trente, le 28 du mois de mai, et alla aussitôt prévenir les Légats qu'il avait à présenter à l'assemblée une lettre du roi son maître. L'audience lui fut accordée, et, dans la congrégation du 2 juin, le secrétaire lut la lettre de Charles IX, qui priait les Pères d'accorder leur confiance à son envoyé. Birague prit ensuite la parole, et développa, avec une grande éloquence, les raisons pour lesquelles Catherine de Médicis avait fait la paix avec les Huguenots. Leur rébellion, dit-il, avait puisé dans l'effervescence de la guerre civile une fureur telle qu'ils bravaient également et la loi humaine et la volonté divine : ils blasphémaient le Seigneur; ils en avaient renversé les autels, et menaçaient la religion de nouveaux malheurs. On ne pouvait les prévenir qu'en recourant à des moyens de conciliation, à une paix qui , eu calmant les rivalités, disposait les esprits à revenir à la foi de l'Eglise, au sein de laquelle Leurs Majestés voulaient vivre et mourir. Puis l'orateur pria l'assemblée de mener promptement à bout l'œuvre de la réforme ; mais il ne dit rien de la translation du concile; car il attendait, pour s'en expliquer, le succès de la négociation du seigneur d'Oisel , auprès'du roi catholique (1).
Le discours de Birague roulait donc presque tout entier sur la paix conclue par la reine-mère avec les Huguenots; c'était cependant le point sur lequel les Pères ne voulaient
(1) Acta Torelli , ap. Martene, Veter. Script., ampliss. Coll., t. VIII, coi. 1354 et seqq. — Lettre de Yisconti au card. Borromee, du 3 juin — Baluz. Miscel. t. III, in appcnd. pag. 467.