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Revenons maintenant. Il y aurait k compléter, çg, tableau par celui des débats d'un autre genre qui n'avaient cessé d'entraver la longue élaboration du décretrvNous avons vu l'empereur, jusqu'à la guerre, retarder de son mieux la condamnation des luthériens, avec lesquels jl ne désespérait pas de s'accorder. Aiî' moment de mar- ^ cher contre eux, il avait paru désirer que les foudres de "' Trente se tinssent prêtes; vainqueur, il avait trouvé que |; c'était assez des siennes, et il avait recommencé àrar ^
i Le concile a prophétisé, disait-on, comme Caïp'he, qui prophétisa sans comprendre ce qu'il disait. — Et le plus piquant déjg. l'affaire, c'est qu'on ne faisait là que reproduire une des imag^^l^ de l'évêque de Bitonte, dans ce fameux sermon oii il prpuyait que, bon gré, mal gré, le concile serait l'orgàhe de Dieu.
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lentir le feu. Q^i| à la translation., il persistait à ne
pas y consentir ,' et le pape, par conséquent, à ne. pas avoir l'air de la vouloir. Lés légats la voulaient, nous l'avons vu ; sûrs que âa pape la'voudrait dès qu'elle se- ^; raiï possible, tous leurs efforts tendaient à préparer le consentement dé l'empereur. En attendant, ii Trente, ils en .combattaient hautement l'idée; ils retenaient, ils menc^^ent de l'iiidignation du pape ceux qui parlaient de s'en aller ; mais leurs sentiments étaient troi^ connus pour que ce ne fût pas tous les jours à recommencer. Géux qui revenaient à la charge savaient bien à qui ils faisaient leur cour.
Dé là un mélange continuel des discussions les plus hétérogènes. Un jour, on s'assemblait pour un des articles les plus abstraits du décret sur la Grâce, et la séance était à peine ouverte qu,^pn recommençait h peser les chances de la guerre, l'urgence de quitter la ville, les moyens de diminuer la cherté des denrées, etc. Un autre jour, l'esprit tout plein de ces préoccupations et de ces craintes, on se remettait bravement à peser les ^ syiîàbes du chef-d'œuvre d'obscurité qu'il fallait bien terminer une fois.
il s'agissait enfin, et toujours en même temps, d'élaborer le décret sur la résidence. Nous avons dit à quelles difficultés il touchait. — Donnons quelques explications^ de plus.
Dès le quatrième où cinquième siècle, et peut-être même avant, l'usage s'était introduit d'ordonner des prêtres sans les attacher à aucune église. Ces prêtres ne recevaient aucun salaire ; ceux mêmes qui appartenaient t. nominalement à une église, mais sans y demeurer ou sans y remplir de fonctions, n'avaient aucune part aux
revenus de leurs collègues .actifs. ;^^i revenus étaient si bien regardés comme uniquement destinés à ceux qui les gagnaient, que les économies d'un prêtre ne lui ^p-, partenaient pas : elles rentraient, à sa mort, dans le fonds général. Il ne pouvait les léguer par testament, et on regardait comme une fraude d,'en disposer, pour éluder la loi, sous forme de donation entre vifs j.,; Peu h peu, h mesure que l'Église s'enrichissait et que ^charges devenaient^des dignités, dans le sens mondain de ce mot, les princes s'arrogèrent le droit de les donner en récompense de services rendus à l'É^at^ou à eux. De là~ ce nom de bénéfices (bénéficia, faveurs) , sous lequel on finit par désigner toutes celles dont le revenu était audessus d'un simple salaire proportionné au travail ; de là aussi la coutume de laisser le travail à un ministre inférieur, en lui payant -.strictement sa peine, et d'aller vivi'e ailleurs avec le reste. Du sixième au treizième siècle, les charges ecclésiastiques se multiplient h l'infini. Les dons faits aux églises étaient généralement convertis en fondations de places à pouvoir; c'était, le plus souvent, le vœu exprès des donateurs. On aimait à emporter au tombeau l'assurance qu'il y aurait, à perpétuité, un prêtre entretenu sur ce qu'on avait donné, En fondant des chapelles — et qui alors n'en fondait pas ? — on aurait cru ne faire que la moitié de l'œuvre si on n'avait laissé de quoi y mettre un ou plusieurs desservants. Dans la plupart des cathédrales, le nombre des chanoines allait fort au delà, nous ne pouvons pas dire des besoins, puisqu'on aurait pu s'en passer, mais de ce qu'on pouvait raisonnablement accorder aux né-
* Voir Hurler, [nslitulions de rÉglise,\.JW.
cessités extérieures du culte. A Rouen, à Clenoorit, h Saiùtes et dans beaucoup d'autres villes, il y en avait jusqu'à quarante ; à Autun, cinquante ; à Toul, soixante ; à Blois, quatre-vingts. Le nombre des vicaires attachés aux mêmes églises était généralement encore plus grand : la cathédrale de Toul en avait prèsde cent. De simples églises paroissiales étaient dans le même cas. Celle de Saint-Alban, à Namur, avait vingt chanoines et vingt vicaires; Gampelt, village à, trois lieues de Pétris, avait aussi vingt chanoines. Au commencement du siècle passé, le nombre des prêtres, en France, était d'environ cent soixante mille, quatre fois plus qu'aujourd'hui, quoique, la population fût moindre de plus d'un tiers. Aucune loi, enfin, aucun ordre, ne réglait la répartition de ces armées de prêtres. A côté d'un village muni de vingt chanoines, vous en trouviez où le curé avait à peine de quoi ne pas mourir de faim ; souvent c'était dans un même village que l'opulence de vingt moines contrastait avec la misère du seul prêtre utile et honoré. Les donateurs semaient où ils voulaient ; rien ne les forçait de songer aux besoins réels des populations. Souvent, c'était une circonstance fortuite qui enrichis- <^sait une église et multipliait ses prêtres. Un seigneur, partant pour la guerre, est pris d'un accès de piété. Il s'arrête au premier village venu, entre h l'église, fait un vœu, et, s'il revient sain et sauf, l'humble cure sera peut-être un riche bénéfice. Un petit pâtre savoyard veut entrer dans les Ordres. Il part pour Avignon. A Genève, il convoite une paire de souliers. Comment la payer? Il n'a rien. « Prends-les, lui dît le cordonnier; tu me les payeras quand tu seras cardinal. » — Et quarante ans après , sur l'emplacement de la boutique,
s'élevait une somptueuse chapelle * desservie par /mze prêtres. C'était le caMinal de Brogny qui payait sa dette. ' ' • ' ■ ^^
A Dieu ne plaise donc que nous prétendions critiquer, en soi, ces actes d'une piété quelquefois peu éclai*^ rée, mais souvent "vive et sincère. L'histoire dés fondations pieuses est remplie de faits touchants, de légendes admirables; mais autant ces faits, pris chacun à part, vous intéressent et vous désarment, — autant il y a lieu d'ètrê' frappé, si ce n'est scandalisé, des abus de tôiit genre qiii n'avaient pas pu ne pas en sortiri-îLa plupart des bénéfïciérs n' ayant- littéralementTien à faire,rien, dii moins,- qu'ils ne pussent faire partout 2, il eût été absurde de les forcer U résider. De là, pour tous les autres, un encouragement perpétuel à la négligence, à i'oisiveté, aux désordres qu'elle 'amène. S'ils avaient tous été ou absolument liés ou absolument libres^ le mal eût peut-être été moins grand ; mais, du bénéficier sans fonctions au curé chargé de travaux, il y avait une foule de degrés, dmit aucun n'était assez loin du degré voisin pour que la non-résidence, une fois établie dans célui-ci, ne s'établît aussi dâiis celiii-là. Enfin, malgré la sévérité dés règles générales de temps en* temps renouvelées par les conciles et les papes,' il n'y avait plus de bénéfices où l'on ne pût'soit'S'exempter, soit sefa:ire exempter de la résidence. Les évêques, surtout, s'étaient an-ogé pleine liberté^ et leur indal-
1 La chapelle dite des Macchabées, à côté de là cathédrale. Au commencement du seizième siècle, Genève, peuplée de quinze ou seize mille .âmes^.noumssait, plus de quati-e ç.e,uts,,prôtres.
? Beajiçoup.;n'élaicnt soumis qu'à réciter ïé brévraïre, et l'on pouvait encore s'en faire cliSpehscr/ -"■ -
gepçepo^r eux-mêmes., les forçait de fermer les yeux sur itousJes désordres de ce genre. .
.Unanimes à. reconnaître qu'iky avait là un mal, et un grand mal, les membres du concile ne le furent bientôt plus dès qu'on voulut,- pour y chercher un remède, en déterminer la nature. ^
. Là-résidence est-elle de droit divin ou de droit ecclésiastique 1 — En d'autres termes, quand uu éyêque s'en dispense, à qui, désobéit-il, à Dieu ou au pape ? Et s'il s'en dispense avec l'autorisation du pape, peut-il être considéré comme coupable envers Dieu ?
Encore une de ces questions dont l'énoncé seul est .un plaidoyer contre l'Église dans laquelle elles ont élé possibles. Qu'un pasteur, appelé à. la tête d'un troupeau, puisse l'abandonner sans désobéir à Dieu, ou que, après s'y être. fait autoriser. par un homme, il soit, devant Dieu, exempt^de reproche, r— c'est une idée que les anciens chrétiens n'auraient pas même condamné^ coiunie une erreur^.Ceiui qui J' aurait eue leur «ût semblé plus à plaindre comme insensé que coupable comme hérétique.
.A Trentg, pon-seu],ement cette opinion fut émise, mais ellejeutde chauds défenseurs. ,; ~ . Leurs a.dv.ersaires , à vrai dire , ne savaient trop qu'objecter.j^puvçnt, plus une v,érit,é,;§§tpl.aii:e, plus. U est diflScile de la démontrer dans les formes. Si on nous demandait pourquoi nous pensons qu'un prêtre offense Dieu, directement Dieu, et non pas le pape ou Dieu dans
le pape, lorsqu'il abandonne son église et garde les revenus, — en vérité, nous ne saurions que répondre. Nous dirions que c'est tout simple, que le gros bon sens le montre assez ; mais des arguments, des preuves, où les prendrions-nous? Tout au plus pourrions-nous citer saint Paul : « Veillez sur le troupeau que Dieu vous a confié * ; )) ou saint Pierre : <( Paissez le troupeau de Dieu dont vous êtes chargés 2 ; » encore nous répondrait-on peut-être, sur ce dernier passage, que, puisqu'il est de saint Pierre, c'est-à-dire du pape, il doit prouver plutôt le droit papal.
C'était, en effet, dans ce sens que raisonnaient, à Trente, les partisans de l'opinion chère aux papes. On aui'ait pu, sans sortir du même chapitre, les défier d'y montrer un seul mot où Pierre ait l'air d'ordonner de son chef. (( Je m'adresse, dit-il, aux pasteurs qui sont parmi vous, moi qui suis pasteur avec eux... Paissez le troupeau de Dieu... Et lorsque le souverain Pasteur paraîtra, vous recevrez la couronne incorruptible. » Mais comment convaincre avec l'Écriture des gens qui en avaient assez secoué le joug pour bâtir le système doiit ils osaient s'appuyer? « L'épiscopat, disaient-ils, n'est d'institution divine que dans le pape; chez tous les autres évêques, par conséquent, il est d'institution papale. Puisque c'est au pape à leur assigner le nombre de brebis qu'ils ont à. paître, c'est à lui aussi de leur en prescrire la manière ; et puisqu'il peut, s'il le trouve, bon, leur en ôter le pouvoir, ne peut-il pas aussi leur permettre de ne pas l'exercer? » Donc, n'est-ce pas? t—
* Actes XX, 2 1'* épître, V.
s'il plaisait à un pape de se considérer, à la lettre, comme le seul évêque nécessaire, de casser tous les autres et d'éteindre avec eux tout le clergé inférieur, de rester seul et unique pasteur de toutes les paroisses catholiques de l'univers, — il en aurait le droit ? C'est absurde. . . mais c'est logique ; et l'on a déjà vu si ces deux mots ne sont pas souvent synonymes quand on presse les conséquences du système romain.
Or, cette absolue concentration, dans les inains du pape, de tous les pouvoirs de l'Église, — c'est, quoique beaucoup de catholiques l'ignorent ou le cachent, c'est le système romain, c'est la pure et invariable doctrine ultramontaine, celle de la cour de Rome, celle des papes. Nous le prouverons plus tard, et nous n'aurons, pour cela, qu'à laisser parler les théologiens et les évêques qui étaient regardés , à Trente , comme les procureurs du pape, les représentants avoués des doctrines papales.
Cependant la querelle s'envenimait. Les légats virent le moment où l'autorité même du Saint-Siège, en tant que source du pouvoir épiscopal, allait être mise en question ; de tous les postes à défendre, il n'y en avait pas de plus mauvais. « On y reviendra, dirent-ils ; allons au plus pressé. » On y revint, en effet, mais au bout de quinze ans, tout à la fin du concile, et l'orage n'en fut que plus terrible.
Le pape étant ainsi en dehors de la discussion, la partie saine du concile ne pouvait plus guère avoir foi en l'efficacité de ce qu'on allait ordonner sur ces matières. A quoi bon prescrire la résidence, tant que la cour de Rome sera libre d'en exempter qui bon lui semblera, ou de fermer les yeux sur toutes les contraven-
tion&? On prit le p^rtidç poser Içs i-ègles, sans s'jyaquiéter et surtout sans, paraître s'inquiéter de ce qu'il en adyiençlrait. Ges,r§gles, d'ç4UeuçSj ^'étaient^pas^ Le prélat qui, sans raisoi^ siiffiqante, resterait six mois de suite absent.de spn diocèse, perdrait le quart de son reyenu.; une absence d'un an j lui. en ôterait^Ja mpitié. Rien de plus facile, par çionséquentj que de resterdans la règle : il n'y avait qu'à résider un mois sur six, ou même un mois sur douze, po]irvu que ce fût en deux quinzaines convenablement, espacées. Puis, ce quart, cette moitié à retrancher du reyenii, qui la retranchei^a ? Le; inétropolitain ? Il est douteux qu'il le yeuille, et,, s'il IÇ; veut, qu'il le puisse. Le fpape ? Mais, aux termes du4jéGi'et, l'affaire ne doit arriver, ^au pape qu'après avoir passé par„ le métropolitain. Et si c'est ce dernier qui pèche, où sera la sanction? — r On le voit : autant eût valu ne^i rien dire et ne rien faire, i Quand tous les membres du concile eussent été profondément désireux de, remédier au mal, quQ,pouy aient-ils ? Ils avaient les mains liées, la langue aussi ;xar s'ils étaient individuellemein| libres, jusqu'à un certain point, de dire toutice qu'ils pensaient, — en corps, ils ne l'étaient pas. De toutes parts, on lem' montrait des abîmes ; on leur di^ sait : (( Prenez garde ! si le pape y roule, vous y. roulez avec lui ! » Et, c'était vrai. Pour corriger l'abus dont nous venons de parler, ils ne pouvaient s'appuyer, en définitive, que sur le pouvoir même qui en avait été la cause première et permanente ; et quant à ces grandes idées d'ordre, de piété, de moralité, de devoir, quL seules aur raient pU;former une digue contre de semblables désorr dres, il ne leur eût pas été .possible d'y faire sérieusement appel sans entrer eu lutte avec celui dont on voulait