LIVRE GIKQDEÈiME
■ jour, il tenâiC chez lui une asseûiblée où les évêques ' frâniçais "wMènt'^uaanimmènt l'épiscopat de droit divin ; un autre purj il renouvelait dans l'assemblée générale sa pfopositidîi de laisser ce pomt. Le l^"" décembre, h la suit^du tumulte occasionné, comme nous l'avons vu plus iiautjj^r la hardiesse de l'évêque à qui des Italiens crièreT^&athème , il *parut vouloir' se prononcer ; mais son discours , comuiencé par une vive sortie contre ceux qui. avaient ainsi porté atteinte à la liberté des votes , se'îermina encore dans les nuages. IL^n'en resta que la 'proposition d'ôter les mots droit divin, pour dire simplement que les évêques t sont mstitués0ir Jésus-Christ. Cependant, les légats en ayant -. aussitfét référ#à Rome, lexîardinal osa faire un pas de plus et s^plaindre assez ouvertement de cette manière
. de procéderi'iÉes Raliens , de^leur côté, s'aigrissaient
* '%è jour.en jour davantage. «'Nous voilà, tombés, di-
saientrilsf%u mal espagnoMans'le mal#ançais. » Les Français riaient du bon moPet en rendaient la monnaie avec usure ; les Espagnols, qui ne savaierit pas rire, en gardailint une>^,rofonde rancunei^
* - Aitoute cetté'âgitation se mêlait encore celle des nou-
celles politiques , auxquelles la présence d'un membre
^He la -inaison de Guisê^dpnuait un immense intérêt. Le
7 déc^bre';^n ;^Çrit^#'mdrt du roi de Navarre, et
ijpërsonne'rfîgtf^^^ cet événement pouvait appeler
le calpnal df LorrainéPà la lêtp des affaires*^ de la
France. Lui-mremë, iUlaissait assez voinqu'il regrettait
'' de n'être pas surlës lieux, pour rejqueillir plus sûrement
rhérit%es de son rivalî "ï: #
■ En'Allemfgnes, MaximiMlnf^fils de l'.emperéur et déjà roi de BohêméV venait d'être "élu roi des Romains, héri-
212 HISTOIRE D,U COipiILE ^E TRENTE '
tier de la dignité impériale. A l'occasion de son couron-
nement (30 novembre), l'empereur avait^ëumes conférences avec les princes protestants pourries engager encore une fois h accepter le conpile, et ces tentatives , comme toujours, n'avaient servi qu'à provoquer des demandes qu'on savait bien ne pouvo^être^ accordées , celle, en particulier, de déclarer nm Irîion avenu tout ce qui s'était fait àM^Trente. Pourtant, soit politique, soit sympathie secrète, l'empereui^j^ n'en avait témoigné aucun déplaisir. Il leur avait mlmê^ offert de se -reiiâre à Trente pour présenter leurs .demandes, Hà la seule condition qu'ils ^adoucissent un peu ce qu'elles avaient de trop blessant pour l'assemblée^et pour le p|pe. Tandis que le canon sur l'institutioli des é^êques--
était en route pour Rome avec l'amendement proposé X par le cardinal, on était, retombé éticêj|B une fois dansj; la question de la résidence. Le cardinal, contre l'avit de plusieurs prélats français , persistait à dire qu'rt n'était pas nécessaire d'y mêler celle du droit divin. Quant à la résidence en elle-même, il paraissait médiocrement désireux de la voir devenir o]^ligatoir§, selon le plan des légats, au moyen de règles fixes et i^'une" pénalité proportionnelle. Outre qu'il ûe voulait pas §è, condamner, lui , prélat de cour' à végéter dans' son diocèse de Reims , il avSit l'air peu^î)nvamcu dés bons résultats qu'on attendait d'une loi-sùr^cette matière. Il
comprenait que tout le .monde s'était plus oi^moins monté la tête au sujet de la résidènèe, .et que ce remède, pas plus qu'un autre,, ne pouvait être un remède àjoùs les maux. "^ * % .
,. Malgré ce demi-abandon Ues principales difficultés de la question, il avait le chagrin de voir que personne,
LliVRK GINQUrjÈME 213
OU presque personne, ne se rangeait de son côté ; il savait, de plus, que l'on commençait à en faire la remarque, et à se demander si c'était là l'influence toutepuissante qu'il s'était flatté d'exercer. Le mal français était prompternent redevenu le mal espagnol, c'est-àdire que lès prélats espagnols s'étaient remis à la tête de l'opposition, poste où il est toujours facile d'attirer les regards et de se donner de l'importance. C'était à eux, non au parti français, que se joignaient les Italiens détachés^u parti papal. Les Français mêmes étaient quelquefois assez disposés à murmurer contre leur chef. Ils lui en voulaient pour sa demi-défection sur le droit divin. « On voit bien, disaient-ils, qu'un cardinal n'est pas facilement un bon Français. »
Vers le même temps, enfin, les légats ayant présenté uu projet de décret sur divers abus relatifs au sacrement de l'Ordre , les Espagnols se plaignirent de n'y voir à peu près aucune des choses dont ils avaient toujours demandé qu'on s'occupât; et aussitôt, unis aux prélats allemands , ils reprirent avec une nouvelle vigueur l'afi^aire de la^résidence au point de vue du dro^t divin. — Avions-nous tort de dire qu'on croirait se tromper de page, relire ce qu'on a déjà lu et relu? On Voudra bien se souvenir, pourtant, que. nous abrégeons de notre mieux, et que nous mettons souvent en quelques lignes plusieurs pages de Sarpi et de Pallavicini. ■^ Le concile n'avait encore jamais plus parlé ni moins fait.
Dans la congrégation du 16 décembre, un des légats crut devoir se plaindre de l'extrême prolixité des avis. On remarquait, eh eflet, qu'un assez grand nombre d'évêques, habituellement muets jusque-là, avaient pris goût à la parole. Tout le monde ayant eu le temps , et
au delà, d'approfondir la question, il y en avait peu xjùi n'opinassent longuement, ne fût-ce que pour répéter ce que vingt autres avaient dit. De nouveaux arrivaiifs, peu au courant de ce qui s'était dit et fait, venaient encore tous les jours se jeter à la traverse, renouvelant, sans le vouloir, des débats de détail qu'on avait pu croire vidés. Bref , le concile était comme un vaisseau battu de vents tellement opposés quUl ne fait que tournoyer sur lui-même, et se retrouve, le soir, à ,1a même place que le matin. Mais les légats avaient grand tort de s'en plaindre. La lassitude était leur plus sûr auxiliaire. Elle avait déjà sauvé bien des fois les affaires du pape ; ' elle seule pouvait les sauver encore.
Le pape , cependant , s'impatientait tout de bon. Quoiqu'on le tînt jour par jour et heure par heure au courant de tout ce qui se disait au concile , il ne pouvait arriver à se faire une idée juste de la position des ' légats. Habitué à régner, il lui semblait qu'à leur place rien ne lui eût été plus facile que d'être le maître. Ses courtisans partageaient la même illusion ; l'impatience avait passé jusqu'au peuple. C'étaient les vieux Romains Inurmurant des lenteurs, de Fabius! A tous les soucis des légats se joignait donc celui d'avoir sans cessé à faire leur propre apologie auprès du pape et dé leurs collègues de Rome. Ils demandaient qu'on leur envoyât au moins des ordres formels; mais, -mis au pied" du ' mur, le pape se trouvait tout aussi embarrassé que ses., ministres. 4- .« :
Il avait été très-peiné, en particulier, 'd'avoir à émettre un avis sur la formule proposée par le cardinal de -^ Lorraine. Après beaucoup d'hésitation, fort du côi^entement de ce prélat, ilse.hasarda à se proffoncer contre
."v LIVRE CINQUIÈME , 215
lardoctrine du. droit divin^ou, du moins,iContre l'insertion de ce mot dans -fê décret. S'ëmparant donc de l'idée qàe les;évêques^sont institués "par Jésus -Christ, idée assez vagu^ pour que l'on pût espérer de la' tourner d'une manière favorable au sens ultramontain *, il arrêta trois ^projets de formule , élaborés dans une commission de cardinaux. Une de ces formules , la plus vague, portait, simplement anathème à qui dirait que les évêques nçjsont en aucune manière institués '-par Jésus- Çkrist;mie. autre., un peu plus claire, mais qui sortait tout à. fait delà question, anathème à qui croirait que le grade épisçofai n'a pas été institué par Jésus-Christ; la "troisième, enfin, anathème h qui enseignerait que les éveqites choisis par le pape, et sur lesquels il se décharge d'une' portion de sa sollicitude , ne soîit pas choisis par le Saint-Esprit ^pour ^çonduir:e. la portion de l'Eglise
•^ qui- leur ht confiée. — Cette dernière ,*la meilleure seloffles Italiens , était naturellement la pire selon les autres,* car elle équivalait à la négation positive du droit divin. Rien n'eût été plus facile que d'en tirer dans la suite universalité de l'épiscopat romain, dans le sens
^ le plus absolu , savoir que l^ pape est seul ^évêque d'institution divine, et que les -autres^ne lejont que par luif 'On aurait même pli, aubesoin'^en faire jaillir une prérligative noi^elle..,Si les évêques choisis" par le
' papëlorifr choisit par le Saint-Esprit, c'est^ comme une
. nouvelle branche d'infaillibilité-accordée au successeur de %aint Pierre. Comment cela se serait concilié' avec le fait qu'il y a* de nsauvais évêques, c'est ce qu'on ne V
fl - s •
1 -Ea disant, comme Lainez, que les évêques, le corps éptscopal, • •existent de droit divin, mais que chaque évêque, individuellement, . n]existe que de droit papal. <*'.-« «
216 HISTOIRE DDjc:^iqNKCILE DE •TR#N^
voit pas trop ^ mais qu'imjwrtè ?â|i|ii|pfe0î^ est-il embarrassé pour concilier l^nfailliÉilité* papale avec l'existence des mauvais papes? ^ --■■'■':, - * Un mois entier, signalé par divers événements dont .
nous dirons bientôt un mot, s'était iécôulé à attendre \a^
réponse du pape. Les fêtes de Noël, célébrées à dessein avec une grande pompe, avaient un moment distrait les prélats ; mais les premiers jours de l'année 15.63 les r^ trouvèrent impatients, aigris, découragés! ^% .^
Le courrier*arriva enfin. C'était le 15 janvier. Dès le lendemain, on se remit à*rouvi'age,*et la troisième fdi^ mule, comme la plus développée et la plus claire, devint le texte principal de la discussion. Les efforts des Français et des Espagnols se concentraient surtout cMïtre la partie dé' la phrase où les évêques sont dits choisis par le pape pour être chargés par lui d'une portion dét sa sollicitude. ' L'expression latirië In partem sollicitudinis se trouvait chez des auteurs resp^ëctés ; mais on faisait observer qu'autre chose est d'employer cursivement certains mots, ou de lés insérer dans l'énoncé rigoureux d'un système. D'ailleurs, disaient leg opposants, la meilleure preuve que noifs ne devons pas employer cette expression, c'est que nous,neiSommesjiéjà pas d'accord sur le sens, et que, par conséquent^ après nous, on le sera encore moins. , v. . ^
Les Italiens, en effet, tâchaient de montrer que /w partem sollicitiidinis ne renfermait pas^, nécessairement l'épiscopat universel du pape; les autres répondai^nt que si ces mots n'avaient pas cette portée, il fallait le dire, et ^donner, dans le décret même, une garantie à ceux qui craignaient qu'on ne les interprétât dans ce sens. Plusieurs offraient de se déclarer satisfaits si on '