‹ Histoire du Concile de Trente [microform]Chapitre 26 sur 38 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

"^^ A force d'omissions, on commençait à espérer que la session^ppurrait avoir lieu au joui* fixé, savoir le 15 juil- *;'Met lôW. Le cardinal de^Lorraine en avait fait son affaire ; il jie tint pasiî^à lui que tout ne fût prêt plusieurs^ jours avant cette époque.

^ .....Malheureusement, les Espagnols ne s'étaient pas enf^£èrtous rendus et ne parlaient pas de se rendre. Dans lâ'congrégation du 9, l'archevêque de Grenade se prit encore à dire que c'était une chose indigne d'avoir si longtemps amusé les Pères sur la question du droit divin, pour la laiëséfeenfin sans solution. Il déclara que ni lui ni les !,-^ siens ne'^hangeraient jamais d'avis ; que c'était, à leurs ; yëlÉ;^ non-seulement une erreur, mais une hérésie que : defpnser autrenient. Il savait pourtant bien que cette Aie'rViïe était r opinion de la cour de Rome et de la majorité du concile. Comment arrangeait-il cela, dans sa .conscience, de catholique et d'archevêque ? Et quand il y.^5ipsrlait de ne jamais changer d'avis, que se proposait-il ^jgdÉMic de faire si le concile, d'accord avec le pape, eût ^Éjanché la quegtion^. un sens contraire au sien? , L'avant-veille'rde la session, il se rendit encore chez le H comte de Luiîa pour l'exhorter à protester, au nom de

30Zl s fllS^OIRE DïD ^aNCILE DÉi^RENTB^ :

-l^Espagne^contre l'omission du décret%i'il ètaiÉ dë^ïÉ?' ^ à réclamer, lui et ses collègues, jusqu'aiî dernier^ ino-^^ ment. C'eût été un curieux spectacle que celui d'iiù amrlv bassadeur réclamant en faveur d'un dogme; c'en ^ déjà, un assez curieux que de voir des évêques lub'^^ mander une pareille démarche, et npus:,pourrionsf]*6iji|!dre ce fait h tous ceux qui nous onpparu ç^montrer combien on s'entendait peu, à cette époque, "suKïa nature et l'étendue de l'autorité d'un concile. Le ConSteïS'y refusa. Il essaya même, mais en vain, de détoiifiier ses compatriotes de leur projet de protester. • *- >

Les légats ignoraient cette conférence ; ils se croyaient au bout de leurs travaux. «Au moment de féffier les-it dépêches qu'ils envoyaient à?;-Rome pour y annoncer l'heureuse nouvelle, ils reçoivent un message de l'ambassadeur espagnol. Il a fait en vain les plus grands efforts, dit-il, pour engager ses compatriotes à cédeji'^;croit, en conséquence, qu'on ne pourrait tenir la session sans s'exposer à blesser l'Espagneentière '. » Lés légats persistent. Ils convoquent une dernière congrégation générale. Italiens, Français , Allemands et autres, excepté six, adoptent unanimement les déc|feî||tersx qu'ils ont été arrangés ; les Espagnols sont inébfânlables;i^ils:^j^ votent silencieusement; c'est en pleine session :x|^'ils ; protesteront. L'anxiété est au comble; les légats'^èlibèrent ; ils n'osent plus ni tenir ni renvoyer la session. Que faire ? On suppliei'a l'ambassadeur de tenter un dernier effort auprès des prélats rebelles. Il les revoit ;, donc encore une fois ; il prie, presse, conjure, et leur • . arrache enfin, dans la soirée, la promesse de ne pas.prx)^^. tester le lendemain. ^- ^ ''^^ a"

* Pallavicini, h XXI, ch, XI. "^ ^ ' ::

'^ >î - ;:y^; LIVRE SIXIÈME % - — 305

Laissons parler Pallavicini. Le bonheur :des légats, à cette .nbùvelle, semble être devenu le sien; son style tourne àl'épopée : «Les légats, dit-il, se disposaient à .prendre un repos qui se fait longtemps attendre, même ëùr un lit de plume, quand l'esprit est tourmenté par un aiguillon cuisant, au moment où ils reçurent cette joyeuse nouvelle. Elle fut pour eux la liqueur enchanteresse dont Homère enivre ses héros. Ils goûtèrent ; quelques instants de sommeil, jusqu'à, l'heure où l'aurore les appela à une session, fruit de tant de fatigues et de sueurs, objet d'espérances si vives et si diverses. Bien ignorant ou bien calomniateur serait celui qui accuserait la nature, comme une injuste marâtre, d'avoir^,^ mis le plaisir au prix de tant de travaux et de peines!"* De même que l'abeille distille la douceur de son miel dé l'amertume du thym, de même, par les labeurs actuels, nous préparons le sujet de nos joies pour l'avenir. » Voilà de bien grands mots pour dire qu'on a eu grand peur, et c'est bien la première fois, à notre connà^issance, qu'on s'est avisé de chanter victoire pour avoir obtenu qu'il n'y eût pas de combat.

Elle eut donc enfin lieu, après dix mois de délais, cette fameuse vingt-troisième session. Les Espagnols tinrent parole. Ils ne protestèrent pas, et la plupart même votèrent sans observations. Trois ou quatre, pour ne pas paraître abandonner leur ancienne opinion, déclarèrent voter dans l'espérance qu'on développerait plus tard II. 26*

306 HISTOIRE DU CONCILE îDae^TIfENTE:''

ce qui en avait besoin. Ils savaient ^ien qu'on ne; le ferait pas. ,; , ^.

Le décret de réformation contenait dix-huit chapitres.

Nous avons parlé du premier, celui de la résidence. Plein de bonnes choses, mais d'exhortations plutôt que d'ordres, il ne pouvait avoir et n'a réellement pas eu plus d'effet que celui de la sixième session. Parmi les motifs légitimes de non-résidence, on avait.mis « le ser-, vice de l'Église ; » h quoi le cardinal de LÔrrame, qui ne s'oubliait jamais, avait fait ajoutêi; « le, service de l'État. » On avait pourtant ^obtenu, non. sans beaucoup :: d'opposition de la part des ultra-romains, que^ l'obligation de la résidence fût étendue aux cardinaux;'/

Les chapitres suivants réglaient les conditions et formalités disciplinaires de l'ordination, soit pour les évoques, soit pour les prêtres. Le douzième déterminait que nul ne serait sous-dikcre avant vingt-deux ans, diacre avant vingt-trois et prêtre avant vingt-quatre. Le sixième, qu'on ne pourrait obtenir aucun bénéfice avant quatorze ans. Comme il s'en donnait fréquemment à de tout jeunes enfants, cette règle était un progrès ; mais il est clair qu'en même temps elle sanctionnait un grave abus. Un enfant de quatorze anè n%ètpas plus capable d'être abbé qu'un enfant de douze ou de six. On avait mis dans le premier projet que lès évoques nommés par les princes seraient, avant d'être institués par le pape, examinés par le métropolitain ; mais cette garantie avait été repoussée par, les Italiens comme contraire à l'indépendance du pape, et, par les prélats étrangers, comme blessante pour les princes. — Ces chapitres, en somme, renfermaient un grand nom-

::£. ■ ■■-''yîp'.-J^.-

rLtVRE SIXIEME

iSr'^'^î!^^

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V tfre^il^^cellen tes dispositions auxquelles il n'a manqué .^ que d'être^ieux exécutées.

'^^-'^;;:^aiis^e quinzième, il était dit qu'aucun prêtre, soit

<-, Séculier, sgijt régulier, rie confesserait dans- un diocèse

"sans l'autorisation de l'évêque. Loi importante, que

les évêques' avaient sollicitée en vain dans les premiers

temps du concile. ...

V Le seizième portait qu'on n'ordonnerait aucun prêtre

''"sans l'attacher à une église. Beaucoup de prélats avaient

demandé qu'il en fût de même des évoques ; mais le

T parti romain' avait tenu h conserver au pape le droit de

conférer l'épTscopat à titre honorifique, v^;^. Le dix-septième traitait des ordres mineurs. Nous en avons parlé plus haut.

; Dans le dix-hWtième, enfin, il s'agissait de l'institution des séminaires. Arrêtons-nous-y un moment. I Le concile de Trente n'eût-il produit que ce décret, il aurait, a-t-bn dit, des droits éternels k la reconnaissance de l'Église. Gela se peut. L'idée était belle, grande ; nous ne nous arrêterons pas h rappeler combien d'inconvénients s'y trouvent cependant joints à d'incontestables avantages. Nous demanderons seule- ; ment;Çiimment il se faisait qu'un pareil décret fût en- . côre ili'fàîré. Avec tant de puissance et de richesses, l'Église ne s'était encore jamais sérieusement occupée d'assurer, à ses ministres -ûiie éducation digne d'eux. Tout se réduisait, sur ce point, h quelques injonctions vagues, h quelques anciens carions fixant le minimum de sà\^ir, ouj^i^our mieux dire , le maximum d'ignorance que les candidats pourraient apporter ; encore ces règles étaient-elles constamment violées. Le peu de culture de tant de prêtres actuels, surtout dans lés'pays

vi. - ■■■.#-•■: ■■ V ^ "'.-' ii^fes2a^ ■■ - "'

308 H I S TJO I R E D D C ITC t L E D E T R E N TE W5|ï% . '^

totalement catholiques et sans contact av.ec lèsii&ljoïîs , instruites, montre assez ce qu'ils devaient être aVSni, les; ' séminaires , à une époque oii il suffisait dé^'savoir lire> pour être au-dessus des neuf dixièmes dé la population. A toutes les époques, il yen a eu" de savants; mais' combien? Hors des universités et des hautesi- charges, c'est-à-dire dans la presque totalité du clergé iiiférieur, à peine trouvait-on çà et là ub homme initié même aux faibles lumières de son siècle. La Réforme, au con-5| traire, n'avait pas plus tôt joui de quelques moments de paix, qu'elle avait donné tous ses soins à s'assurer des ' pasteurs instruits et capables. Si elle n'avait pas établi des séminaires , — qu'elle a toujours trouvés, avec;; raison, beaucoup trop semblables à des couvents,-^ elM" avait partout fondé des écoles, devenues, en peu d'années, les rivales des vieilles universités. L'Église s'en était émue. Elle se sentait entraînée, comme le siècle, vers une époque où les ignorants auraient tort. Sans attendre les ordres ou le secours d'un concile, plusieurs évêques avaient déjà, fait des efforts pour se procurer des prêtres un peu moins au-dessous de leur vocation. Il existait, en fait, des séminaires ; le concile n! avait qu'à en généraliser l'établissement.

Les évêques furent donc autorisés à lever sûr les revenus ecclésiastiques de toute espèce les sommes nécessaires pour couvrir la dépense. On arrêta, en. même temps, que tout chanoine théologal serait tenu de remplir dans ces écoles les fonctions d'enseignement '" jadis attachées à ce titre, ou de s'y faire remplacer, à ses frais, par un professeur capable. Tout ce décret est fort bien entendu; aussi nous a-t-il paru important de constater combien la Réforme avait

..V J^.»*r LIVRE^v, SIXIÈME 309

contribué à le rendre nécessaire et à en préparer l'exéciïtionv

^it;V

L'utilité n'en était cependant pas encore tellement r^iévidente, que le public ne se récriât sur la stérilité -d'une session si longuement et si laborieusement préparéei-La*querelle du droit divin avait tenu pendant tout Cèé temps en éveil tous les théologiens, toutes les universités, toute l'Europe. On l'avait vue, avec un redoublement d'intérêt, arriver peu à peu sur le terrain de la papauté même; amis et ennemis étaient dans une inexprimable attente. Aussi avait-on depuis plusieurs jours les décrets sous les yeux, qu'on se demandait encore s'il était vrai, s'il était possible que le concile eût osé se taire sur un pareil sujet.

A Trente, comme il était fort à craindre que la discussiori: ne, recommençât , on se hâta de reprendre le décret sur le mariage, déjà élaboré par l'assemblée. On l'avait laissé de côté, en dernier lieu, non-seulement parce que l'autre avait absorbé toute l'attention et tout le temps, mais aussi à cause des difficultés qu'on y rencontrait.

Il n'y avait encore eu, en effet, aucun sujet où le • dogme et la discipline se trouvassent plus mélangés, et nous avons déjà vu plusieurs fois combien ce mélange avait d'inconvénients. Dès qu'on s'y fut remis , les mêiiiesdifficultés se présentèrent, grossies de tout ce jqûiiih^qng délai avait laissé préparer d'arguments pour

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310 HISTOIRE DU CONCILE DE TR^iÈ#l;E.;5K>;; -..-

ou. contre chaque opinion. La question là plus déïiçiate^ avons-nous dit , était celle de la validité des mariages contractés sans l'interventioif du pouvoir civil. On*n'osait les déclarer bons ; et cependant, ei^^épit de tMtigs les distinctions imaginées pour expliquer comment tin sacrement peut être nul quand il ne lui a mangfué'-aucun de ses éléments religieux, la logique revenàii^toujours à la charge. On se disait malgré soi que, si le mariage est un sacrement, l'omission de formalités civile^ ne peut pas plus le faire considérer comme nul;;|[u!^eM' ne pourrait empêcher la transsubstantiation de s'accomplir. On aurait même pu aller encore plus loin, câi si l'Église ne peut faire que l'hostie consacrée redevienne pain, on ne voit pas comment le sacrement de Mariage, dès qu'il est accompli, peut, en aucun^cas, être réduit à néant. Ce qui effrayait, non sans raison,, c'étaient les conséquences ; c'étaient aussi les réclamations des princes, car ils n'avaient cessé de protester contre les mariages clandestins , et les ambassadeurs, français, en particulier, avaient formellement demandé ■ qu'on lés déclarât nuls. On pouvait bien défendis aux ; prêtres d'en célébrer de semblables; mais il fallait prévoir le cas où les prêtres passeraient outre , et comment se dispenser, dès lors , de déterminer ce qu'il adviendrait du sacrement ainsi administré? ,..£:.:; - Après quinze jours de contestations, il n'y eut d'autre / moyen de s'entendre , ou de paraître s'entendre, que-de rédiger un décret ou chaque parti retrouvât plus ou moins ses vues , sauf à, en laisser l'interprétation pra- < tique aux évêques et au pape. Ou commença donc par simplifier la question en décidant de n'en paMfï^'^ùe dans les articles disciplinaires, où l'on espèràit-?|>M^6ir,

^ . ; "^ ^^^ ,^i, 'LiVRE;SIXIÎfM'ï; ' ■/-. 311

':/^':b. la rigùeufjjù&pas prononcer par oui ou non sur la

t:\- ^^alidité des mariages clandestins. Ce premier embarras levé, voici le tour qu'on prit. «Quoiqu'il soit certain que les mariages secrets ont été de vrais et valides mariages,

.:^iant\ que l'Église ne les a pas annulés, — quoique le \ concile%nathématise, ceux îjui ne les tiennent pas pour

%telsf comme^ussi ceux qui pré tendent que les pères et mères peuvent annuler ceux qui ont eu lieu sans leur

; . consentement, — néanmoins l'Église les a toujours dé-

. iendus et détestés. » Viennent ensuite diverses près-

-cïiptions sur les formalités publiques à remplir avant

flS^célébration du mariage ; mais de l'intervention du

pouvoli* cij^, pas un mot.

Il n'y ^^à qu'un point qui soit bien clair : c'est que

: les pères et .mères ne. doivent pas se croire le pouvoir d'àbiiuler, par un simple refus de consentement, un mariage célébré sans leur participation. L'annulation ne peut procéder que de l'Église. L'Église annulera-t-elle d^ç tout mariage que les pères et mères refuseront de ratifier? Si elle en prenait l'engagement, elle laisserait rentrer par une p'orte l'idée qu'elle a chassée par une autre : les pères et mères ne pom-raient pas ne pas croire, en fait, ou que ce sont eux qui annulent, ou, du moinst qu'ils ont droit d'exiger l'annulation. De là cette obscurité étudiée. Les mariages de ce genre sontils .valides ? Oui, tant que L'Eglise ne les a pas annulés. L'Église peut donc les annuler ? Sans doute. Les annulle-t-elle dès h présent? Point de réponse. On va

i^ seulement faire en sorte qu'il ne s'en fasse plus. }^ Encore un point, par conséquent, où le concile n'osa pas exprimer sa pensée, et recula devant l'application rigoureuse, de ses principes. Cette ambiguïté déplaisait

312 HISTOIRE DD CONCILE DE^ilESiEN TE

à beaucoup d'évêques. Cinquante-six^-'ô'piiièrent poui* 1^ qu'on s'en tînt franchement à la légalité théologiqul^—sans s'inquiéter de la légalité civile. Cette opinion, à la fois la plus logique et la plus favorable à l'autorité sacerdotale, souriait beaucoup au parti roinain;|^les lér* gats eurent fort à faire pour qu'elle ne j||ssât pas ou- >î verteinent dans le décret, ce qui eût amené les plus;' dangereuses protestations. De cette manière, une place était tacitement ménagée à la législation civile ; mais, cette place , l'ensemble des articles tendait à la faire aussi petite, aussi incommode que possible. Nous nq|er;. rons plus loin ceux de ces articles qui contribuèreiït'¥ empêcher, en France et ailleurs, la récep^i^du concile. D'autres faits, que nous ne pouvons laisser en arrière, réclament notre attention, s/

Aussitôt après la session du 15 juillet, les légats avaient fait remettre aux ambassadeurs une quarantaine d'articles disciplinaires, sur lesquels on voulait avoir leur avis avant de les mettre en discussion. Ces articles, quoique combinés de manière à ne porter aucun préj|,dice au pape, et même, comme nous le verrons, k favoriser son autorité, étaient généralement bons ;^sila fin du concile eût été moins proche, on aurait pu les accepter avec joie, comme acheminement à des réformes ^ plus graves et véritablement telles que l'Europe l^s . voulait. Mais le parti romain parlait d'en finir en uiie session, en deux au plus ; ces articles risquaient doiic

* LIVRE SLXIÈME 313

d'être les derniers, et il n'y etf avait qu'un petit nombre qui répondissent directement aux vœux des rois et des

.^peuples. . —

(^est ce que firent observer tous les ambassadeurs. Le 31 juillet, ceux de l'empereur présentèrent un mémoire où ils. montraient combien l'on était encore loin de. cette réformation dans le chef et dans les membres^ tant sollicitée, tant promise depuis un siècle. Ils indi-"

, quaient une douzaine de points omis ou repoussés ■^^jusque-là, et sans^lesquels, selon eux, tout ce qu'on avait fait ou ferait n'aboiutirait à rien ; ils mettaient en première ligne une révision sévère des lois et usages relatifs aux cardinaux et aux conclaves. Les ambassadeurs français, dont la réponse ne parut que^ trois jours après, n'insistaient pas moins fortement sur ce dernier article. Ils demandaient, entre autres choses, que le nombre des cardinaux fût réduit à vingt-quatre, que le pape ne pût élever à cette dignité ni ses frères, ni ses neveux, ni les neveux ou les frères d'un cardinal vivant; qu'ils eussent tous un revenu égal et fixe; enfin, qu'il ne pût y en avoir à la fois plus de huit de même nation. De tout temps, en effet, il y a eu des murmures contre le privilège exorbitant accordé, sur ce dernier point, à l'Italie. Pourquoi tant de cardinaux ita- ^ : liens? Tout récemment , è. la mort de Grégoire XVI , il s'en est trouvé cinquante-trois, tandis que tout le reste de la catholicité n'en comptait que neuf, dont aucun n'a eu part à. l'élection du nouveau pape. De plus, pourq;uoi toujours un Italien pour pape ? Il n'y a guère accord, ce semble, entre l'universalité que l'Église

§ s'arroge, et cette prépondérance absolue indéfiniment accordée à une même nation.

31/i HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE

L'ambassadeur %Espagiie, qui ne r(%)ndifqu^ le 7 août, commènçaitpàr' se déclarer tcflintént des quarante articles/|:Taais insistait ensuitêliiiplûs fortement encore que les^'autres, sur l'insuiffisance et la nullité' d'une réforme qui s'arrêterait là. Il demandait^Sussi; que l'on nommât, parmi les prélats de chaque nation/ un comité chargé de proposer les réformes dont leur

% pays aurait spécialement besoin. Il déclarait , enfin', ce qu'avaient déjà déclaré les ambassadeurs français et allemands, que ses présentes rém^fues ne devaient pas;ï^ être considérées comme son dernier mot ; qu'il attendait, pour se.,. prononcer déffioitivement , les ihstruc-

. lions de sa coui\

Il s'agissait, en effet, de plusieurs choses sur lesquelles leô' princes devaient tenir à ne se prononcer qu'à bon escient. Si les évêques travaillaient à reconquérir sur le pape les anciens droits dont on les ^yait frustrés, les'princes, de leur côté, avaient à prendre garde que ces conquêtes ne tournassent au détriment de l'autorité royale ; ce,s prétentions qu'ils auraient aidé à ruiner au fond de l'Italie, ils ne voulaient pas les retrouver au sein de leurs États. Aussi , à leurs demandes en faveur des ' évêques, les ambassadeurs de Charles IX avaient ajouté celle qu'il leur fût interdit de s'immiscer en aucune façon dans les affaires séculières. Les autres ambassadeurs, sans aller ouvertement aussi loin, en avaient dit assez pour laisser voir que ni Ferdinand^'iii Philippe n'oublieraient de prendre leurs précautions. On né voit pas qu'il en fût résulté aucun refroidissement sensiïje entre les ambassadeurs et leurs prélats ; mais il est pèr^ mis de penser que c'était pour .-ceux-ci un nouveau : motif d'être plus accommodants avec le pape, et' dé ne

*- LIVRE SIXIÈMJ^^Ii-.:.:. 315

if

pas trop protestgr contre la clôtur.fe]pJx;Mné*4u

Pie IV yépussaîÊ^vement. PlusieùfsC foisj dans ces derniers temps, lorfqùe . le danger lui -^paraissait aiig- .menter, il avait été question entre les légats et lui de W^spendre ou de dissoudre l'assemblée. Après l'heureuse conclusion des débats sur l'Ordre, les légats le lui avaient presque conseillé; puisqu'on ne pouvait se

..fpiatter,- pensaient-ils, de ne^pas être obligé d'en venir ;'*:'là, il n^allàitpas attendre un nouveau danger pour

iSJ^ avoir ensuite la horite de le fuir. Le pape en avait jugé aiitre^pt. Il leur avait ordonné de ne plus songer à la suspension, à moins d'une nécessité présente, absolue ; mais il leur avait mandé, en même temps, d'en finir au ■ plus vite et 4ï|p-t prix. En conséquence, ils retranchèrent d'aboriSé leurs quarante articles six de ceux qui leur paraissaient ,. d'aprèsUes observations dés ambassadeurs, pouvoir amener de longs débats ou des décisiônsiGontestées. Ce qui restait ne fut mis en délibération que le 21 août, et tout ce qui soulevait ou paraissait devoir soulever des difficultés, les légats se

" hâtaient dè'^le retrancher. Les quarante articles se trouvèrent réduits à vingt et un.

Sur ces entre]|iïtes (27 août),' les ambassadeurs de l'emperem' reçurent de lui un mémoire sur ces mêmes articles. Il se plaignait vivement qu'ils ne renfer-. massent rien dé bon, rien de conforme aux vœux des prin^^sV qm ne fût accompagné de clauses contraires à :^^s Mroits. Il semblait , disait-il , qu'on voulut leur

•.;r rendre cette réformation insupportable, afin qu'ils la

. rejelâssent et que la honte de l'avoir fait échouer retorç^âtsur eux, tandis que la cour de Rome perséyéreralt^ènpai:%^ns ses. désordres. -^ "'^

316 HISTOIRJE-n)0 CONCILE DE TRENTE

Les àmbassadêi^S€i*aLnçais reçurent aussi (11 septembre) des lettres': de: leur roi. Ignorant^ coÊme l'empereur, qu'on avait déjà retranché lâ%lus grande partie^ de ce qui pouvait déplaire aux princes, il enjoignait à ses ministres de déclarer qu'il n'y souscrirait jamais;iif|^ Mais ce qu'il leur ordonnait surtout d'attaquer, c'était le projet, toujours annoncé, toujours tenu en réserve, depuis Paul IV, d'un décret spécial de réformàtion sur les princes 2. H protestait d'avance contre tou^ppiéte- ' ment sur les droits de l'autorité civile, enjoignit à ses ambassadeurs, à ses prélats, et nommément '^àu^cardi^ nal de Lorraine, de quitter Trente, le jour mêm^^ù les légats proposeraient ce décret.

.Les légats ne paraissaient pas en avoir envie ; mais il s'était formé parmi les Italiens un parti puissant et hardi, avec lequel tout le monde était forcé de compter. Plus papiste que le pape et que ses ministres, ce parti avait décidé de s'oppos.er à toute réforme intérieure" tant que le décret sur les princes n'aurait pas été fait et voté. Ni les prières des légats, ni cilles du pape, rien ne pouvait les déterminer à se tàirè. Ils ne se tairaient,

1 < Je suis bien loing de ce que j'attendois de l'issue du concile, si les Pères procèdent au jugement de ces articles... qui.&çait rongner les ongles aux roys et croistre les leurs, chose què;yé"ne suis pas pour endurer. » 4- - " ■ .• ';

3 « Puisque chacun tombe sur nous, Sa Sainteté est d'avis titfé, pour l'amour de Dieu, vous laissiez ou fassiez chanter' encore le concile sur l'air de la réformation des princes... Vous ferez aussi en sorte qu'on ne croie pas que la chose vienne de nous.» ,;

çK (Leilredu cartl. Borromèe aux légàtSi Juin 1563;)

disâMiitrils, que si on le leur ordonnait 'oj^ertement. Et côHlnierit faire cet affront à des serviteurs "aussi dévoués? — Ils étaient environ unp centâmfe. -- De ce côté donc, comme des autres, le pape, né voyait

r plus de salut que dans l'intervention du cardinal de Lorraine. Mais quoique ce prélat, depuis deux mois, marchât avec le parti romain, il était encore loin d'en être le maître. Il fallait donc qu'il brûlât ses vaisseaux.

. Aceprixseulement, il serait sûr d'être écou'té. Le pape l'invitait à venir k Rome ; c'était un pas décisif. Il hésita, puis promit. La session ayant été indiquée pour le 1 5 .septembre, les légats eurent un moment l'idée de la tenir avec les articles du Mariage , seuls prêts ou en voie^^d'être prêts ; inâis les ambassadeurs s'y opposèrent, craignant non sans raisonuque, si les décrets de réformatiéii étaient omis une fois, on ne les omît, une,, seconde et peut-être jusqu'à la fin. Ne voulant donc pas différer le départ du cardinal, les légats demandèrent qu'on s'ajournât jusqu'à son retour, soit jusqu'audl no^..

- vembre. La majorité y consentit , et le cardinal se mit aussitôt jn route.

-."-aAV - --,3.

Il fût reçu à Rome comme peu de princes l'avaient, été. Le pape le^ logea dans son palais, et, chose sans exemple, M fit publijjuement une visite. Que se passait entre eux? Est-il vrai, comme le bniit en courut, • que Pie IV lui promit de le désigner pour son successeur j de ne rien négliger pour assurer son élection? Quoi qu'il en fût^ nous verrons qu'on avait raison de les croire. ■entièrement d'accord.

Peu de jours après sondépart de Trente, les légats avaient dû céder aux ultra-romains et proposer le décret sur les princes. En voici la substance.

On commençait par établir qu'uù-çlere, danli^guel^ue occasiorLet dans quelgjie cause qua^^^ç^^ mêime'cri-

minelle, ne peut être jugé par dès laïques, sans l'assentiment préalable de son évêque. - > -

L'incompétence des tribunaux laïques était ensuite > étendue h toute espèce de causes, non-seulement spirituelles, mais touchant, de près ou de loin, aux choses spirituelles^ aux clercs, aux bienf et aux privilèges de l'iÈglise. ;-ïi-"', ■■""

En conséquence, — à tout laïque qui se sera établi ou laissé établir juge d'un clerc ou d'une cause ecclésiastique, — excommunication; ^^-V? n

A tout clerc qui aura accepté dii pouvoir civil la commission de juger un clerc, — suspension comme prêtre, privation de ses bénéfices, incapacité d'en possé- .^der^'autres. *-- . j^;';

Un prince a-t-il Mt jm édit ou une ordonnance con- ^ cernant les clercs, les' affaires ou les biens d'église? — *=L'édit est nul, et le prince, excommunié. .

Èxpommunié aussi celui qui essayera d'apporter lef moindre obstacle à la publication et à la circulation des -sentences ecclésiastiques, notamment de celles qui. émanent du pape. ^ : *^

Excommunié encore celui qui prétendra lever de son chef aucune esjpéce d'impôt ou de subside sur les biens des ecclésiastiques, même sur ceux qui ne leur- appar— tiennent pas comme biens d'église, mais en patrimoine ou par achat.

Ce n'était donc pas seulement l'indépendance religieuse, mais le droit d'être un État dans l'État, qu'on" allait chercher à s'assurer. Espérait-on réussir ? Arrivât-on à voter le décret, pouvait-on se flatter qu'il fût

^ - ~ "^"^ ,, OVR^ SIXIÈME 319^

jamais accepté par Jés pjinces ?, It aurait "fallu qu'on se crût au âouzièiné**sîècle, car de. pareilles pi-étèntions, au seizième , n'étaient (Jéjà guère pflus admissibles ..Qu'elles ne le paraîtraient liginotre temps. Ge princ^ ■ '^que (( unç'jBlerc ne peut être jugé que par des clercs,'"» . l'Église eri avait fait un |xiorae, et longtemps on l'ad- ; mit sansi discussion. Mais quand on se fut avisé, là. commë%illeurs,'^|^rvouloir des raisons, que/trouva-t-onT^ qui pût raisonnablement servir de base à cette doctrine? Sous l'ancienne loi, d'abord, rien de semblable. Les prêtres juifs 'étaient justiciables des tribunaux du pays. Hors de, leurs fonctions religieuses, ils reconnais- saient pleinement l'autorité des rois; et nous ne voyons pas que les prophètes, gardiens des droits de la religion, aient réclamé à cet égard. Après lés prophètes, les apôtres. Gomme leur Maître, ils prêchent la soumission a;ux||mssances ; saint Paul se'sôumet, sans murmure, à être-jugé par un Néron. Dira-t-on qu'il ne pouvait faire autrement? Sans doute. Mais il pouvait , dans ses lettres aux Églises, poser au moins le , principe" contraire, et il ne l'a pas fait. Après lui, sous les empereurs païens, même soumission ; sous les empereurs chi'étiens, il se" passe encore bien du temps avaiil^que le clergé ait l'idée de se soustraire^! pour les choses, temporelles, à l'autorij,^- du prince./Que cette indépendance, acquise enfin dans la décomposition de l'empire, ait eu quel- " " ques avantages, ^"^bus ne le nierons pas; mais, comme nous l'avons déjà dit dans une autre question, la posr^, session humaine d'un privilège ne saurait établir un dr^it divin. ,>" ' . '

La protestation- dès ambassadeurs français ne se fit pas attendre. Du Ferrier en était chargé. C'est un mor-

ceau piquant que nous citerions volontiers d'un bout à

l'autre, non pour l'approuver sans-Mserve; câf^il est çk

et là fort inconvenant et fort injuste, mais comme

échantillon de ce qu'un Jibm'me d'esprit, de ce qu'un

ambassadeur du roi de'f^irahce pouvait encore penser?'

et dire du concile, à la face,du pape et de l'Europe.

« Les Juifs étaient bien heureux, en vérité ;,^:;ëux qui

l^n'eurent que soixante et dix ans ct'pleurer én^^lhdant leur délivrance ! Nous , voilà cerif quarante ans que

^ nous attendons la nôtre, et, au lieu de cela, on parle de serrer le joug. Où a-t-on yu, dans les premiers siècles de l'Église, cette indépendance des clercs ? Constantin, Théodose, Justinien et tant d'autres princes, n'ont-ils donc jamais fait de lois que pouf les laïques? N'avonsnous pas d'eux, au contraire, une foule de décrets du genre de ceux qu'on prétend anathématiser?Avez-vous donc tant fait pour la réforinâlîon de l'Église, qifô);VOus ayez le droit et le temps de vous mettre à ce que vous appelez celle des princes? Voyons, où en êtes-vous? » '■ — Et l'ambassadeur s'était mis à récapituler tous les décrets déjà; faits, montrant, ce qui n'était pas difficile, qu'il

i^^'était aucune question où l'on fût sérieusement allé aux racines du mal^.Puis, passant en revue les derniers décrets proposés : «Est-ce là, dit-il, est-ce là ce baume salutaire, dont parle Ésaïe,qui^ pourra cicatriser lès

■ plaies de la chrétienté? N'est-ce pas plutôt |!appareil d'Ézéchiel, qui dérobe la blessure aux regards, et la rouvre si elle est fermée ?» — Ainsi parla Du Ferrier, et « sa diction vive, ornée de sentences, était à la fois mordante et âpre '. » - *

1 Pallavicini, 1. XXIII, ch. I,

■ ■ i» ^ EIV^mrE SIXIEME 321

La forme avait gâté le^folftd.;. Les* prélats français furent obligés de désavouer urtf^scours qui n'était qu'un long sarcasme. Le cardinal dé' Lorraine, alors à Rome, en fit ses excuses au pape. ^'.

Cependant, sarca^e h, part, il restait toujours un .^fait : la protestation du roi.' L'empereur venait, quoique avec plus de ménagements, d'y joindre la sienne; l'ambassadeiir d'Espagne, en présentant celle de son maître, avait saisi cette occasion pour demander encore une fois- d'effacer ou d'expliquer la clause proponenti- ":. busj avec laquelle, disait-il, les décrets ne seront jamais réputés ceux d'un concile libre et conforme aux anciens canons. D'autres États, en particulier Venise, sollicitaient aussi, les uns par de simples prières, les autres par' des protestations, selon qu'ils osaient plus ou moins exprimer leur pensée, l'adoucissement ou l'omission du décret sur les princes. Quant aux protestants, ils pouvaient^faire des vœux pour que ce décret fût voté, "car rien n'eût été plus propre à rompre les derniers -lien s entre les souverains et Rome.

Les ultra-romains persistaient. La délibération.âajilait s'ouvrir. Alors, on sut que les ambassadeurs allaient s entendre pour protester tous ensemble, et on ne se sentait pas ,en état d'affronter une manifestation pareille. On- consentit donc h. s'en tenir, pour la session prochaine, îiûx décrets dù^iMariage, joints à ceux des décrets disciplinaires sur lesquels on^^^tait à peu près d'accprd. En attendant, on préparait les matières du Purgatoire, des Indulgençes,^du culte des saints et des images, c'est-à dire tout ce qu'il restait à examiner pour compléter l'enseignement doctrinal. ■ 7 .^I)es commissions, fuçen t'en effet nommées pour éla-

322 #7 HISTOIRE D U ; C q N CI LE lÎEC^ ;TR E NS%

borer ces divers sujets ;|mai^ l'assemblée eut très peu de temps pour s'en oceîgper. -Le mois d'octobre et les premiers jours de m^^embre se passèrent en discussions, soit sur les points d^P prêts mais^^on encï)re votés, soit sur le froponentibus. Le pape était journellement appelé à intervenir, soit ouvertement, lorsqu'on se troii-' vait arrêté par des obstacles qu'il pouvait seul lever, soit en secret, lorsque les légats lui demandaient des conseils ou des ordres.

Ils en avaient plus besoin que jamais. On ne saurait se figurer en quel état de confusion, de dïïaos, se trouvait alors l'assemblée. Gomme on s'était un peu formé à ce que nous appelons les usages parlementaires, les séances étaient moins tumultueuses qu'autrefois ; mais ce calme et cet ordre ne servaient qu'à faciliter, la mise au jour de toutes les diversités d'opinion. Il était rare que les légats parvinssent à concentrer la discussion sur un point. Discipline, dogme, mariages clandestins, pï'oponentibuSf querelles de préséance, griefs des èyêciuès, griefs des princes, tout revenait constamiiient, à propos de tout, en tout, partout. Aux discussions qùf rio,us avons racontées ou indiquées;,'; s'en mêlaient enc^^ plusieurs autres dont nous,n'a;ypfls rien dit i. La tèîé vous tourne en parcourant, dans Pallavicini, l'inextricable histoire de ces derniers temps du concile. Vous n'apercevez ni fil qui vous guiâe, ni jalons définitivér ment plantés, nr^fin probable ; il vous semit impossible de dire si le concile va se tirer de là dans un an ou dans un mois, dans quelques^jÔur^ ou jamais.

1 Démêlés de l'empereur avec le pape, au sujet de l'élection de son fils comme roi dés Romains; affaire du patriarche de Venise, Grimani, accusé d'hérésie; etc., etc A- , -ii^i.

■^^FPlIVJIB? SIXIÈME :v,323

Peu probable, à n'en juger que par là situation des : débats et la multiplicité des^ffaires, la clôture prochaine du concile l'était cependant, au fond, soit d'après la

; résolution prise, comifie nous l'avons vu, d'abandonner tout ce qui serait trop long, soit surtout par la lassitude

^ extrême des partis en général et de tous les prélats en particulier. On y prépara encore les voies en consentant, sur l'avis du pape^^à expliquer le proponentibus dans un sens libéral. Que risquait-on maintenant? Tout le monde était si pressé de terminer et de s'en allerj ;qu'ilétait peu à craindre qu'aucun parti fit sérieusement usage de, ce droit dé proposer, confisqué jusque-lii au profit des JÉpf ésentants du pape. On ajouta donc aux décrets une déclaration portant qu'on n'avait pas eu l'intention de rien changer, par ce mot^ aux usages reçus dans les^^ conciles généraux; mais comme plusieurs docteurs aivaient précisément soutenu que, dans ces conciles, le droit dé proposer n'appartenait qu'aux légats, cette déclaration était trop vague pour que les Espagnols s'en contentassent. Ils la rejetèrent donc, mais sans pouvoir obtenir qu'on s'exprimât plus clairement; et enfin, sur les sollicitations du cardinal de Lorraine, qui arrivait de Rome, ils se décidèrent à l'accepter. ^^

. Rien ne s' opposant plus à la tenue de la session, fixée"" au 11 novembre, on se l'éunit, le 10, en congrégation i^ 'générafê, pour arrêter définitivement les décrets. Gette dernière séance faillit tout perdre. Les plus disposés à

32/!l HISTOIRE DU CONCÏLE DE TUEKTE

céder semblaient se croire tenus d'e^iprimer encore une fois leur opinion tout entière. Tout semblait à recommencer ; et si les légats n'avaient su combien tout le monde avait envie de s'accorder et d'en finir, jamais ils ne se seraient/hasardés à tenir là session lé lendemain. Cette session, au reste, a|Mit offrir à peu près lemême spectacle, u Tandis que'dans les autres, dit Pallavicini*, on était tout étonné si par hasard quelques prélats, en très-petit nombre, ne donnaient pas leur adhésion pure et simple à toutes les propositions arrêtées en congrégation générale, — dans celle-ci, au.*con traire, il y en eut fort peu qui ne trouvèrent rien à^epre§dre. n— «Les plus notables acquiescèrent, » ajoute l'historien ; et il rapporte en même temps de longues observations faites par le cardinal de Lorraine et le cardinal Madrucci, observations qui ne sont rien moins qu'un acquiescement. Bref, les décrets ne purent être arrêtés séance tenante. Le président déclara qu'il y serait-fait des modifications aussi conformes que possible au vœu du pliîs grand nombre ; ces changements auraient la même valeur que s'ils avaient été votés en session publique. L'heure était avancée ; la session durait depuis le matin ; on en vota unanimement la clôture. Sur quoi, nouveau chant de triomphe de Pallavicini. « En voyant ce succès f le concile crut entrevoir l'entrée du port vers lequel il se sentait poussé par un véîit propice, mais non sans craindre que quelque ouragan furieux ne vînt encore l'en éloigner. » Quant au pape : (( On ne saurait exprimer de quelle joie il fut transporté en recevant cette heureuse nouvelle... Il manda qu'elle l'avait comblé; -lui et sa

1 Liv. XXIII, ch. xn.

, LIVRE SIXIÈME '"'fi' 325

cour , d'me joie i^pie, et marqua qu'il régardait ce succès coiniae le ^ge d'une prochaine conclusion. » Succès, toujours succès... Comme si quatre mois^e déchirements et de chaos n'étaient pas, au contraire, le plus ru^^chec que pussent subir des faiseurs de lois infailliMf^ * ■ - ï^^

.* Jetons m^^ehant un coup d'œil sur l'ensemble de ;;pe|les qui^=*^ffiQènt d/i^tre promulguées.

Le décret doctrinal -que nous avons examiné ailleurs, est accompagné de douze canons, avec anathème à qui enseignera :

Que le Mariage n'est pas un des sept sacrements institiiés par Jésus-Christ ; — qu'aucune loi divine ne défend la polygamie; — que l'Église n'a pas le droit de diminuer où d'étendre le nombre des empêchements matrimoniaux établis par la loi de Moïse; — queJ'Église a erré dans ceux qu'elle a établis ; — que le mariage peut être dissous à cause de l'hérésie, des défauts ou de l'absence volontaire de l'un des conjoints ; — que le mariage célébré, mais non consommé, n'est pas dissous par l'entrée de l'un des conjoints dans un ordre religieux;— que l'Église a erré en enseignant que le lien lï' est pas dissous par l'adultère ; — qu'elle a erré en autorisant, dans certains cas, la sépai'ation des époux, tont en maintenant le mariage; — que les clercs et les religieux peuvent se marier, s'ils rie se sentent pas capables de persévérer avec honneur dans le célibat ; — que l'état ;< II, 28

326 HIST0rRE2tt^^

de mariage est préférable à la yirg|nitév et que le célibàf^lau contraire, n'est pas supéfï^r au îh^age ; — que la prohibition des noces en certains temps est une superstition tyrannique ; — que les causes patrimoniales ne regardent pas les jugea ecclésiastiques.

Tous ces points fourniraient matière à;.bieiî^^,observations. Plusieurs ont déjà été faites. Ajoutons-en rapidement quelques-unes.

Saint Paul, qui a parlé plusieurs fois du mariage pour en relever la sainteté, ne ^Ûit nulle part qu'il ait été institué par Jésus-Christ. C'eût ét^ppurtant la première et, la meilleure des raisons à doimç^; ; : .^-

Défendre la polygamie comme contra^pti-esprit^ïuf: ? christianisme, rien de mieux. Affirmer qu'une, loi divine l'a formellement défendue, c'est outrepasser ta vérité. :■

Une loi venue de Dieu, la loi de Moïse, a fixé certains empêchements. Jésus-Christ, en modifiant cette loi sur d'autres points relatifs au mariage, n'a pas parlé de celui-là, ni les Apôtres non plus. L'Église ne saurait donc imposer comme articles de foi les modifications qu'elle y a faites. ^ ,^v. ""

La loi divine parle du marîâgè et ne parle pas des vœux monastiques. Sur quoi se fonder pour recïjnnaître à ce dernier engagement une supériorité telle que l'autre puisse en être rompu ? ^

Sur quoi se fonder, enfin, pour enseigner coiame article de foi et sanctionner par anathème la prohibition des noces en certains temps? Après un pareil décret, il n'y a plus de raison pour que toutes les lois de l'Église ;;^ ne soient pas aussi des points de foi. Mettre celle-ci parmi les canons, et reléguer parmi les articles disci-

iilTRÈ SIXIÈME - 327

plinaiïes celui des mariages clandeètins, si intimement lié au dôgiiié, — c'est un renversement dont.pBi trouverait peu d'exemples dans les lois civiles les plus informes.

Sans revenir sur la grande question de l'indissolubilité du imàriage^ remarquons encore de quelle manière ce dogme est ici enseigné. « Anathème, est-il dit dans le septième canon, à qui prétendra que l'Église erre en enseignant que le mariage ne peut être dissous à cause . de l'adultère de l'un des conjoints. » Pourquoi cette forme détournée? Si l'Église n'a pas erré en enseignant que l'adullère, n'autorise pas le divorce, pourquoi n'avoir pas simplement énoncé la chose avec anathème k qui la nierait? — C'est ce qu'on avait fait d'abord; mais r ambassadeur de Venise ayant remontré que sa république a^it des sujets appartenant h l'église grecque, où cette opinion n'est pas admise, on "chercha k en adoucir l'énoncé. De Ik cette simple déclaration que l'Église latine n'a pas erré en l'enseignant. C'était plus sage; mais alors, que signifie l'anathèrae? Comment ana^ihatiser une opinion, tout en évitant de déclarer qu'elfe' est fausse ? Un principe disciplinaire peut être mauvais en Occident, bon en Orient ; mais ce qui est de foi est nécessairement partout vrai ou partout faux. Toujours la même confusion entre la discipline et Je dogme, entre le faillible et l'infaillible ; toujours même influence des choses de la terre sur ce qui va être enseigné au ^^om du ciel. Si le concile s'abstient de déclarer absolument l'indissolubilité du mariage, — ce n'est ^jpâs,parce que Jésus-Christ a enseigné le contraire, c'est parce que les Vénitiens possèdent les îles de Chypre et de Candie/zèt qu'il ne leur convient pas, pour le mo-

328 HISTOIRE DU ÇONCliiîîiB DE TRENTE'

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ment, d'inquiéter les négociants gréés qui y démeurent.

Passons aux articles disciplinaires.

Nous avons, parlé du premier, celui des mariages clandestins et des formalités publiques.

Les trois suivants roulaient sur les empêchements, du' mariage. On apportait d'utiles adoucissements au desiîotisme saris bornes que l'Église s!était arrogé dans ces matières.

Le cinquième ordonnait' que les dispenses matrimoniales fussent accordées rarement et gratuitement. — On sait comment cette dernière clause est obsédée.

Le sixième et les deux suivants traitaient du rapt et du concubinage. Le fond était bon , mais l'autorité civile y était fort maltraitée. ^On réduisait les magistrats au rôle d'agents de police, sous la direction suprême des évoques. ^5

Le neuvième excommuniait tout prince ou seigneur qui aurait contraint un de ses sujets à se marier contre son gré. '^^ ^'

Le dixième, enfin, réduisait h. l'Avent et au. Carême'' les époques auxquelles aucun mariage ne pourrait " être célébré. ""^

Le premier des articles dits de réfoimation renferme " d'excellents conseils sur le choix des évêques, des curés . et de tous les fonctionnaires de l'Église. La minonté avait obtenu, non sans peine, que ces règles fussent déclarées applicables à l'élection des cardinaux; on avait

- 1g. LiVRÊismiÈME '329

même ajouté que le pape les cliôisirait, autant que possible, parmi toutes les nations catholiques. — Nous ;; avons vu ce qui en' est. - ,'; f ;^ v V: ; ;; ;,?'

IL Les conciles provinciaux s'assembleront tous" les ^ trois ps. — N'a jamais été observé. Les papes n'y ont " pas tenii la main ; l'isolement des évêques était plus favorable au siège de Rome que l'union dont =;Ges colloques pouvaient être la source. Les conciles^ diocésains, selon lé mêm#article, doivent avoir lieu tous les ans; cèJqui n'a pas été mieux observé, les évêques ayant les' mêmes raisons que le pape pour ne pas vouloir au-dessous d'eux d'assemblées délibérantes.

m. Tous les ans, ou tous les deux ans au moins, Uévêque fera la visite générale de son diocèse. Règles à observer dans ces visites. s .

IV. Additions au décret de 1546v%r la prédication. Le concile répète que c'est la principale charge des évêques. ;^ r

V. L'évêque accusé d'un crime grave sera jugé par le pape. — N'a pas été admis en France. L'usage gallican, fondé sur l'ancien usage général, attribue aux conciles provinciaux le jugement des évêques. '"-(| oi

yi. L'évêque pourra absoudre eh secret de toute cen- , sure encourue pouf crimes secrets, sauf l'homicide.

VIL L'évêque aura soin qu'avant d'administrer les sacreihentsyon en explique au peuple la signification et la vertu." L'explication se fera d'après un catéchisme ré^gé par le concile et traduit dans toutes les langues. — f Ce catéchisiné ne fut pas fait à Trente, et, au point oii on en était, on savait bien qu'on ne le ferait pas. C'est le Catéchisme Romain, ou Catéchisme de Trente, que nous avons souvent cité. Nous avons vu qu'on y -'' II. 28*

330 HISTOIRE DU CONCILE DÉi^^N TE

fait dire au concile beîfiicôup plus qu'il n'a dit, et quelquefois tout le contraire.

Vin. Les pécheurs publics seront soumis à des pénitences publiques, toujours susceptibles»d'être converties par l'évêque en pénitences secrètes. L'excep^6n,a continué d'être la règle. Il n'y a pas de pénitences pup bliques obligatoires. S ^fï

IX. L'évêque inspectera, mais comme . délégué du pape, les églises de son voisinage qui se trouveront n'~être d'aucun diocèse.

X. Dans les affaires de mœurs, la sentence de l'évêvêque sera immédiatement exécutoire, même en cas d'appel ail pape.

XL Nouvelles applications du droit d'inspection des évêques, toujours en qualité de délégués du Saint-Siège.

XU. Que nul ne soit élevé avant vingt-cinq ans à aucune dignité ayant charge d'âmes. Que les archidia-^ cres, les chanoines, ainsi que les. curés des paroisses importantes, soient, autant que possible, docteurs ou licenciés en théologie.

XIII. Diverses mesures à prendre pour que les curés, inférieurs aient partout un salaire convenàible. — Mal observé. Nous avons vu que le clergé inférieur continua à n'avoir aucune part aux richesses de l'Église.

XIV. Le concile réprouve et interdit l'usage de payer quoi que ce soit pour l'acquisition des titres et les prises de possession. — Quoique cet article emportât l'abolition des annates *, les papes n'ont jamais voulu l'ent!^-^ dre dans ce sens. « -^

1 Somme à payer au pape en prenant possession d'un bénéfice. C'était ordinairement le revenu d'une année. De là ce nom..

' *- ; livré: SIXIÈME 331

XY. Diverses mesures cohcernant les chanoines et leurs revenus. ■'^

*XVI. Devoirs des chapitres, iSurant là vacance du siège épiscôpalï

XYn. Que nul ne possède plu§ d'un bénéfice à résidence. — Souvent violé ou éludé, comme On l'a Vu, 'jusqu'à ce que l'opinion publique, plus puissante que;: le décret, y ait mis ordre. , /:

XVIII. Les cures se donneront air concours. Un jury, nommé par l'évêque, fera subir aux candidatsTun examen public. — Bonne intention, mais grands inconvé

"nients en pratique. L'homme lé plus capable de briller dans un: examen le serait souvent le moins d'être un bon cjiré. La règle est restée sur le papier.

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