‹ Histoire du Concile de Trente [microform]Chapitre 29 sur 38 · XXI · texte numérisé non relu

XXI

Dira-t-on maintenant que la voie directe n'est pas proscrite, que l'invocation des saints n'est pas ordonnée comme indispensable au salut, que le concile de Trente, enfin, se borne à la recommander comme bonne et utile?: ' H

Sançodoute, quand le soleil est couché, il est utile, il est bon qu'il y ait des étoiles; mais, tant qu'il est sur l'horizon, qu'en avons-nous besoin? Parlons sans figure. C'est j en définitive, comme une ressource aux faibles qu'on représente l'invocation des saints. Nous ne parlions èn--^ëffettou||à l'heure que des^âmes d'élite qui,

352 i^ tô^S TlOi^iliDJl COÎVCILE DE :T RENTE, ,

sans là èondÉÉinérf s'en passëïf^n'y ^él^^nt rien. Les autres -y perdraient-elles beau^rap? Voilà, la question. Qu'un homme, habitué à n'abbrdér Dieu que par lés saints éprouvât'^ au premier moment, assez d'émbaiTaîs à l'aborder seul et en face, c'est possible ; mais ceux qui . ont été habitués, au contraire, à ne jamais prier que Dieu, sont-ils embarrassés, interdits ? Est-il des chpseà -. dontfils n'osent pas lui 'parler? S'il y en ay:!c'est qu'ils " les sentent mauvaises ou indignes de lui^ et, dans ce; cas, ce serait un triste service à leur rendre qiie.de'leur donner à prier des êtres auxquels ils craignissent moins, de s'en ouvrir/ .

Puis, qu'avons-nous à faire de cherçh,er si cette voie est plus ou moins facile, plus ou m6ins;(:làngèreuse ? Le grand point, nous en réviendrons tptijpurs là, c'est que Dieu ne nous l'a pas indiquée. Il ne s'agit pas ici d'un mystère qu'il ait pu avoir l'intention de kisser dans l'ombre. Là question de la prière est précisément celle^ où les Saints Livres entrent dans le plus de détails pra!-^ tiques; et s'ils ont pu en parler deux bu trois cents , fois, sous toutes les formes, dans toutes sortes d'occasions, sans ordonner ni conseiller c^ que le concile déclare utile et bon, — de quel droit ajouterait-on quelque chose à l'ordre pai-tout répété de s'adresser à Dieu, de demander l'intercession du Christ ? Dira-t-on;. qu'il n'est pas formellement interdit d'en demaildér^un&mitre ? Quoi ! Indiquer si formellement Jésus-Christçomme notre intercesseur et notre avocat, le représenter côi^e" ■ toujours prêt à remplir ce divin office, — ce n'est pas défendre implicitement de recourir à de moins. saints et à de moins puissants que M? Nous sommeg%lbin d'accorder, d'ailleurs, que la défehsi^oit seulement im-

plicitè. « Il y a-ûn seul Dieu, dit' saint Paul *, et uii seul méHiateur entre Dieu et les hommes, i savoir *Jésus- CHrist.'» — Oui, (lisent les controversistes romains, un seul médiateur de rédemption ; mais cela n'exclut pas les naédiateurs d'intercession. Où l'a-t-on prise, cette distinction-là ? Ce n'est assurément pas dans la Bible, oii intercession Qi médiation sont constamment /confondus. A. l'endroit même où se lit le passage qu^^pus TChons de citer, de quoi s^|igit-il? De la prière en général et de toutes sortesiie prières. « Je recommande, dit l'Apôtre, qu'on adrèsWà Dieu des prières, des requêtes, des supplications, des actions de grâces pour tous les hommes, pour les rois, pour... etc. » Gomment prétendre, après cçlçij qùè la médiation dont il nous parle deux ou trois ?i^tiés plus loin puisse n'être entendue que de lÉTé- • deinptibri ? ;^

■crQu^ personne, dit-il ailleurs 2^ ne vous engage, sous^ prétexte d'humilité, à rendre un cùltêaux anges. »,' Selon Bossuèt, il ne s'agit là que des anges envisagés, selon la théorie néo-platonicienne^ comnîfccréateurs subalternes de l'univers. Cette opinion peut bien avoir été l'occasion de là défense; mais la défense 'n'en est pas i^oins générale, absolue. Point de cullfeaux. anges, dit TÀpôtre, sous prétexte é^Hximilitè. Or^'Église romaine nevva pas ^jusqu'à enseigner que Dieu s'oit inaccessible aux hommes; c!^st donc par humilité qu'on ^s'adresse àiix saints et aux anges, et on rentre ainsi pleinement dàiis ce que l'Apôtre interdisait.

Citerons-nous encore une ïoi^tApocalypse ? Nous le

1 I Timoth. II, 5.

' Gplossiens, n, 18.

-I# '-y, , ^- ZQ*^

35Zl JHti;STÔfRE DU GONGIliË DE TRENTE^

pomTioris.'Gomment se fait-il que lès saipts,. qui nous y sont représentés autour du trône de 'Cîeu, n'aient aucunement l'air d'avoir des prières à écouler, à transmettre? Qu'un catholique se supgMOse écrivant^ce livre, et qu'il nous dise s'il oublierait ce point. Un seul passage a été allégué. « Alors, est-il dit au chapitre V, les quatne. animaux- et les vingt-quatre vieillards se prosternèrent de*fânt l'Agneau, ayant des coupes d'or pleines de parfums, qui sont les prières di^ saints. » Voilà ce qu'on n'a pas craint d'opposer à l'ëcrasai^ silence des Evangiles, des Épîtres^ de rj^pocalypseTelle-même, excepté dans pé seul endroit, — lequel ;endroit n'en. dit pas plus que le reste. Ces prières des saints n'y sont nullement représentées comme des^;'prières d^pmmes, transmises par les saints. 11 n'est question, dans tout%# chapitre, que des chants de louange dont le ciel retfintit autour du trône de l'Agneau; ces prières ne sont apnc pas autre chose, d'autant plus qu'elles sont oiTertes sOus forme de parfums, dans des vases d'or, ce qui ne s'est jamais dit et ne pourrait absolument pas se dire de prières quelconques, venues de la terre et renfermant toutes sortes de demandes. -- Et voilà, nous le répé-r, tons, ce qu'on|^t réduit à citer en faveur dé l'invocation des saints7%h faveur d'îilfe chose dpiït les auteurs du Nouveau-Testament auraient eu deux pu trois cents fois l'occasion de parler. >

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Maintenant, si l'invocation des saints n'est ni ordoh-

Mo - '

née ni autorisée parrEcrittire, a" plus forte raison le dirons-nous des abus auxquels elle a donné lieu. 6^ Jusqu'ici, eneïfet, selon notre engagement, nous n'avons com^ttu . que.içe que le concile enseigne ; mais nous ne nous étions pas interdit de voir ensuite ce que 4' l'Église a fait ou laissé faire. Dejous les points indiqués ci-dessus, il n'en est presque aucun oii l'on ne se soit autant éloigné des décisions âï'é Trente, que ,ces décisions elles-mêm'es s' élpigîfaient déjà delà lettre et de l'esprit des Saints LiVres.

V)iJnvsystème aurait beau être, entouré de bonnes preu-;?;^ vesi; c'est toujour^un grave ^âéfaut que de ne pouvoir * 3être appliqué sans s'altérer. Nous demanderons donc, en p»remieçyîeUj si Exulte des saints est généralement -^ te^qu'onësf obligé de nous le peindre pour éluder nos objections. . ** - :>. v

i- 4^Gus leur accordez, avons-nous dit, le plus divin de tous les attributs, celui d'être prés^ents partout. » On est forcé d'en convenir; mais, dit Bossueti : a Jamais ^ aucun catholique n'a pensé que les saints connussent par eux-mêmes nos besoins, ni même les désirs par lesquels nousMes prions. » Jamais aucun catholique, nous l'avouons, n'a officielleffiçnt.enseigné que Jes saints eus- ■ sent par, eux-mêmes unM étonnant pouvoir ; mais combien est-il de ge^" qui, en les priant, fassent cette distinction ?•, Combien en est-il qui., à genoux devant l'image d'uEL saint, se, disent, se soient jamais dit : « Il ne m'entend pas. Si ma prière lui arrive, c'est par l^ntermédiaire des an^syou par une révélation de Dieu, ou par une vision ,çi]^t)ieu ! » Car tels sont, en effets les trois

^.xpositiotii-TV .

356 ,hist:oire du concile de trente

moyens que Bossuet Mdjqué. Mais;^ le concile n'en dit rien ; les catéchismes non plus. La présence universelle des saints est implicitement^ posée en fait dans toute invitation k les prier, dans toute prière à e^adresséë'; , et il n'est pas un fidèle sur cent, peut-être "pas un, sur mille, qui, à moins de scrupules inspirés diii dehors j n'omette absolument cette réserve;?sâSs laqùeTief de l'a^ veu de Bossuet, le culte dès saints devient un outrage à Dieu.

De plus, entre l'invocation des saints comme intercesseurs seulement et l'invocation de ces mêmes gaints comme ayant pouvoir d' exaucer, comme tout puissants, comme dieux, enfin, —s'il y a, comme on le prétend, un abîme en théorie, il n'y a, ea^ît, qu'un pas. Ce pas, combien trouvez- vous de cathpliquès 'pieux' qui soient etf:ëtat de s'en gardera et qui^ en eiFet, s'en gatrdént? Nous avons eu occasion d'étudier, sur ce point, un pays où le culte des saints et de la Vierge, quoique très-répandu, l'est cependant encore bien moins qu'en Italie ou en Espagne ; et non-seulement nous n'avons trouvé personne qui, dans lés élans spontanés de son cœur, ne se laissât presque toujours aller à les invoquer, comme tout-puissants, mais les prièrés^mêmes où ils sont nommés comme intercesseurs ri'elîipêchent généralement pas de voir en eux tout autre xîhose.^^ousàybns eu mille preuves que, tout en répétant à'satiété : « Sainte Vierge, priez pou?' nous, » — l'idée d'intercèssiori's'iEibsorbe dans celle d'une protection directe, absolue, k obtenir de la mère du Christ. Au moment même oùïles lèvi'es diront Priez pour woew, le sentiment intérieur n'est pas autre^que celui c^i se traduira, l'instant, d'après, par : (( La sainte Vierge volts bénisse, — la sainte

. ^' LTyiftË-^rSÎXTÈME 357

Yierge vous conduise, —-s'il plaît h la sainte Vierge, » — et cent autres fornaes de langage où la Vierge est ouvertement substituera Dieii>: '■ ■

Mais, dit encore' Bossuet*,; en quelques termes que soient conçues les prières que nous adressons aux saints, l'intention de l'Église et de ses fidèles les réduit toujours à cette forme : a Priez pour nous. » — L'intention de l'Église, cela se peut ; l'intention des fidèles, nous le nions ; et à.quoi peut servir l'intention abstraite de l'Église, quaiid les fidèles sont inévitablement conduits à en. avoir une tout autre? Ce mendiant à qui vous faites l'aumône, et qui vous remercie, comme c'est l'usage en tant.de pays, non pas par un Dieu vous le rende, mais par « /a sainte Vierge vous lé rende , » — qu'importe que concile de Trente, dont il n'a de sa vie entendu parler, ait réduit d'avance sa prière à une demande d'intercession ? La Vierge ou Dieu, dans son esprit, c'est tout un. Il accolée à' la créature, sans aucune réserve, ce qui n'appartient qu'au créateur ; et si c'est là, comme pti l'a'^ toujours dit , ce qui constitue l'idolâtrie , sa

;fprière à la Vierge^t évidemment un acte idolâtre. Dans cessons, nous îè répétons, est-il beaucoup de prières aux saints dont nous ne puissions en dire au~» tant?^ . ;^ -(ï5 }^- SB

,'; Notre nie^ur auxiliaire, ici, c'est, un des plus zélés cliampionsÉû catholicisme, l'homme qui aie plus contribué, de nos jours, à le faire ce qu'il est. Chateaubriand enfin. Sans s'inqiïiéter dé ce que les conciles ont défendu ou permis, il ne discute pas, lui, il peint, et

"ses tableaux; ne^prësentent presque aucun trait qui ne

-^ .Eccpositio)i,ÏV.

358 HISTOIRE DU Cd.ItjG ILE DE TRENTE

confirme nos critiques. (rLepeuplevlè-plâl spirituel et le plus brave pétait consacré par ïa^TeligioitàJa fîUé de la simplicité'ét de la paix, à Geneviève. » -- « Ces bergères transformées par leurs vertus en: divinités bienfaisantes. » -7- (( Il njy a pas jusqu'au- faible avantage de la différence des sexes et de la forme visible que nos divinités WQ, partagent avec celles de la Grèce. » —a La divinité d'un saint commence avec son bonheur dans les régions de la lumière éternelle. » — a II était convenable que la sainte des forêts /ïf des miracles. » — « Ces martyrs qui ont mérité de monter- au rang rfe^ 'puissances célestes. » — « Pour l'homme de foi, la nature est une constante merveille. Souffre-t-il ? Il priesa petite image , et il est soulagé. Il se prosterne; il prie le saint de lui rendre un fils, de sauver une épouse. » — « Jamais peuple ne fut plus environné de divinités amies que le peuple chrétien. » — « Ces hommes qui ont mérité d'être adorés, n — -Voilà le catholicisme. t§r qu'il est; voilà ce qu'il ne peut manquer d'être, et toujours plus.

Voyons-nous, en effet, que l'Église ess^e au moins de lutter contre cet irrésistible penchant "dés peuples à' adorer ce qu'elle ne leur donne, dit-elle, qu'à vénérer? Insiste-t-elle beaucoup, auprès de ses fidèles, sur cette distinction qu'elle fait sonner si haut quan4 il s!agit de répondre à d,es adversaires'f-r- Nous l'ignorons; nous voulons croire, tout en ayant de fortes raisons d'en douter, qu'il n'est aucun catholique à qui la chose n'ait

':^ .,j,ï LIVRE SIXIÈME * . 359

été claireiiii^^iitë, -aiiinoiris une fois. Mais autre est la parole, autre éw l'exemple ; autre est le rare et froid 'i enseignement^-d'unè distinction subtile, et l'entraînante , contagion des;pratiquê||de tous les jours. Il est tel pays oii vous passeriez lix aiïs, vingt ans^ ;sans rien voir qui ne mène droit k l'erreur que l'Eglise prétend ne pas enseigner. Quand un ancien Romain renaîtrait au mj^j; lieu de Rome, qu'f trouverait-il de changé, si ce n'est le nom des dieux et la forme des sacrifices? Pourrait-il douter que les saints, qui donnent leurs noms aux temples, qui ont leurs autels, leurs fêtes, ne soient les divinités du pays ? Ce Panthéon qu'il avait vu consacré à -stousles dieiityil le retroiive consacré à tous les saints,>î^ ces colonnes, ces piédestaux sur lesquels il avait laissé^' Jupiter, Romulus, Trajan ou tel autre empereur divinisé, il y voit Pierre ou Paul, Jean ou Marie *. Lui di-r rez-voùs; ators comme quoi ce temple de Saint-Pierre n'eçt pas W temple à Saint Pierre? L'explication ne sera^as très facile à saisir, pour peu que votre païen ait remarqué le pied du saint usé sous les lèvres des fidèles ; heureux encore s'il ne reconnaît pas dans cette image celle d'un ancien Jupiter! Quand il verra la Vierge sur l'autel et tout un. peuple à genoux devant elle, quand il l'entendra appeler, — car il sait le latin, lui, et il aura au moins, ce que tant de chrétiens n'ont pas, l'avantage de comprendre ce qui se dit chez eux, — quand il l'entendra nommer, disons-nous, de tous

1 Le titre même de Dfm/s, ordinairement remplacé dans les pièces officielles par celui de Béaltis, n'en est cependant pas banni. On le rencontre une ou deux fois dans les actes de Trente. Ce mot aurait-il passé dans le langage, si l'idée qu'il renferme n'eût existé dans lés esprits?

360 HISTOIRE dId ; C N G llrE : D E T RE Jf T E i-

ces magnifiques noms que l'Église lui -^^igue, com-

ment;|flmprendrait-il que vous préteffdiez, -avec tout cela, lie; pas en faire une déesse? Gomment comprendrait-il, surtout, qu'elle n'en^^soit pas une pour le peuple? Il entendra chanter Ora pro nobis; mais lui aussi, de son temps, il s'adressait souvent aux divinités inférieures pour leur demander;;leur intercession auprès des princes du ciel, et ces divmitésïâe second, de troisième ordre, ne cessaient pas pour cela d'être considérées comme des divinités. Qua^le pieux Énée invoque sa mère Vénus, il sait très bien qu'elle ne peut rien par elle-même, qu'il faudra qu elle aille, prier Wûpiter ; en est-elle moins, à ses yeux et à ceux de saâ^euple, uneyv haute divinité? Gesse-t-on, pour célâi^^àe^lûi élever des temples, de lui offrir des sacrifices, de^là traiter habituellement sur le même pied que Jupiter ? L'adoration directe n'est miUement incompatible, en fâifr,(àvec l'idée d'intercession; celle-ci fût-elle génér^^ment aussi bien comprise qu'elle l'est peu, l'adoration resterâîî|,Et' que de prières aux saints, d'ailleurs, soit dans les recueils les plus répandus, soit'dans lé culte inême, où l'intercession n'est pas mentionnée! Que d'autres où elle ne l'est qu'à la fin,* eii deux mots et comme à la dérobée, h la suite de longues et ferventes invocations ! Ce fameux Sub tuum, que vous entendez répéter matin et soir dans toutes les écoles de la catholicité, qu],à-t-il de plus ou de moins qu'une prière à Dieu ? « Nous nous ' réfugions sous votre garde, sainte mère de Dieu. .^Ne méprisez pas nos supplications, mais délivrez-nous îoiijours de tout danger, Yierge glorieuse et bénie i.*»

* Sub tuum prassidium confugimus, sancta Dei genitrix, Nostras

^^ LIVRE SIXlil^ttÈ^ ^ .; 361

Dansiine pai^eiUe^atllïospiièrè, il n'est pas, -^ous en àvons^ir là^rètiye, — il n'est pas jusqu'àj^jïaison Dominicale que Tinstinct faussé des fidèles^Se transfoime tout bas en une prière à la Vierge *. Quand Julienne * de Liège vit sa fameuse échancrure à%à lune, et eâ'^onclut que Dieu était peiné de ne pas avoir sa fête tandis que tous les saints, avaient la leur,— c'était, à part la bizarrerie de la forme, une bien grande venté ; mais cette fête que l'on se hâta d'établir, cette Fête-Dieu dont Liège a récemmei^ célébré le six-centième anniversaire, — • ést-elle au moins restéeïune véritable fête à DieuJ.#ùllêinent. Il, est des pays; et- ce sont les plus catholiqi|es| bu elle n'en a que le tfôm. En Italie, en Espagne, eii Provence, la Fête-Dieu n'est qu'une nouvelle fête de la Vierge. ;■

Ainsi, partout oii' le culte des saints s'est développé librement et sans contrôle, le culte de Dieu s'est de plus eii plus élfacé. « On leur volerait Dieu qu'ils ne s'en apercevraient pas, » disait quelqu'un, peignant le catholicisme italien. Rien de plus vrai. Il n'y aurait qu'à ôter le nom de Dieu des quelques prières latines où il est encore, et toM iï'^it sans qu'il y eût aucun vide dans le culte, saôsîque le gros du peuple se doutât d'ailçun changement. Quand un nouveau concile déclârerâft que Dieu n'est plus, qu'il n'y a d'autre divi-

deprecationes ne despicias, sed à periculis cunctis libéra nos sem- ^;- Virgo gloriosa et benedicta.

^êétte prière, selon le Catéchisme Romain, peut être récitée devant toute image de saint, pourvu qu'on ait le sentiment que le saint la répète à Dieu. — Combien y a-t-il de gens qui l'aient, ce sentiment, ou seulement qui comprennent bien qu'on doit l'avoir? i.

362 HISTOIRE D:ti;c6NCILE DE TRENTE

nité que la Yierge, — il ne ferait que mettre en loi ce qui exilte en fait dans la grande majorité de certaines populations.

Ce décret sacrilège, nous savons bien qu'on ne le fera jamfàis; mais il faut avouer qu'à moins de le faire^on ne pouvait accorder à la Vierge plus qu'on ne lui a accordé de nos jours, et cela, au centre de l'Europe, en France, tin face du protestantisme qui s'indigne et de l'incrédulité qui raille. Au lieu de retenir les peuples sur cette dangereuse pente, l'Église les y a poussés de sonLmieux. Lh, corume en tant d'autres choses, tout ce qu'elle n'aurait pu détruire sans se fermer des sources d'influence, elle a Mouvé plus simple et su|t()ut plus avantageux de s'en emparer hardiment; tous les élans qu'il ne lui convenait pas d'arrêter, elle s'est misèJi la tête. 11 ne tiendra pas ë, elle que la France, sous ce rapport, n'ait bientôt plus rien à reprocher aux derniers hameaux de la Galabre. Nous voudrions citer en entier le fameux mandement par lequel un cardinal * a inauguré cette nouvelle ère ; en entier, disons-nous, y compris les quelques lignes dans lesquelles l'auteur proteste contre toute assimilation entre la Vierge et Dieu. Que nous font-elles, ces lignes? Nos oHjèctions, telles que nous les avons présentées, ne sauraient en être atteii^s. Nous n'avons pas dit que l'Église enseigné"^ 'la divinité de la Vierge ; nous avons dit qu'elle pousse à y croire, ou, tout au moins, à ne plus prier, à ne plus remplir aucun devoir, h ne plus vivre et à ne plus mourirj enfin, que comme si on y croyait, — et, dans ces termWi!^ que pourrions-nous citer qui confirmât mieux - notre

* L'archevêque de Lyon. Novembre 18/i2.

dire? En quoi quelques détails, en quoi une distinction si délicate en théorie, si impossible en prat^e, gênerait-elle aucunement l'essor des tendances prêchées dans l'ensemble de cet écrit? Dès les premières lignes, voilà le culte de la Vierge qui remonte, selon Fauteur, aux tout premiers jours du christianisme. « Le Sauveur a donné à la religion, rfè^ le berceau, une compagne dont la douceur devait tempérer sa sévérité, . . Cette compagne fidèle, ce fut la dévotion à la sainte Vierge. » "Dès le berceau! Elle ne s'est pas séchée, votre main, quand vous avez tracé un si impudent démenti au-silence de l'Écriture ! Mais l'auteur y revient, |i il s'y complaît; il semble craindre que l'expression ne soit pas encore assez précise, et qi^en lisant <( dès le berceau, » on entende par là (( désjes premiers siècles. » La religion et la déyotion à la Vierge « sont descenduigs ensemble f dit-il,më la montagne sainte, pour aller faire ensemble la conquête des^âmes. Dès lors, partout où fut arboré l'étendard du saluî, on vit se déployer les enseignes de Marie. » Quoi ! les enseignes de Marie avaient été déployées dans ces églises auxquelles les apôtres ont adressé tant et de si longues épîtres sans leur en dire un mot! Cardinal de Bonald, vous le dites, — mais vous neJe croyez pas.

Et comn^iit sont-elles allées ensemble, la religion du Christ et la dévotion à là Vierge, à la conquête du monde? a Unies par le lien d'une commune origine et d'une ^ même vocation, ces deux sœurs. se donnaient la main.» Vëilà déjà l'égalité, sinon entre Dieu et la Vierge , du moins entre les deux cultes, ce qui est, quoi qu'on dise, pour l'immense majorité des fidèles, l'égalité des deux êtres auxquels ces cultes s'adressent. L'égalité ! S'y tien-

'éim,''i

dra-l-on, àù moins?'Le 'mandement ne renferme pas une phrasPqui ne revienn% à dire : a Voyez-^combien le culte delà Vierge est plus agréable, plus facile, plus poétique, plus rassurant que tout autre! » L'auteur avoue que « dans nos Livres saints, l'esprit de Di,eu jeite im voile à peine transparent sur, la céleste vie de la mère V du Sauveur.» Le tour est adroit, pour dire qu'il n'y est presque jamais question d'elle. Mais quand l'auteur, quelques lignes plus loin, s' emparant du fameux récit des noces de Cana, en conclut qu'on peut, qu'on doit* prier la Vierge pour les besoins du corps aussi bien que pour ceuxide l'âme, — dirons-nous encore que c'est adroit? Citer le trait sans citer les mots qui le couronnent 1, et qui en changentitotalement le sens, -rr c'est une adresse que nous n'aïQns pas l'habitude d'^^éler

dl ce nom. Et que de détails,,en outre,j sur ce dont on peut demander le soulagement à la Vierge ! Mais les besoins spirituels, il en est à p:gme question ; les besoins temporels, Marie est d'un bout a l'autre annoncée comme tout particulièrement prête à y pourvoir. Plus vous en aurez, de ces besoins-là,, plus il vous sera aisé d'fjtee pieux ; plus vous aurez peur des épreuves..et de la mort, mieux vous pourrez, à vous juger sur la vivacité de vos prières èi Marie, vous croire un chrétien accompli. Le culte de la Vierge, dans ce point de vue, c'est l'hôpital des incrédules, — car on sait quë^l' Écriture appelle sou-, vent incrédules, non ceux qui ne croient à rien, mais >;. ceux qui croient sans avoir la force d être chi^tiens.

Mais laissons ce nouveau danger, qui. nous mènerait à rentrer dans la discussion générale. Tout ce quenôus; .

1 « Femme, qu'y a-t-il entre toi et moi? Wi-- ,.'"

venons de'-iUre, ïroiis aurions pu l'appuyer, par des citations; tous- les résultats que nous indiquons, le mandement lés avoue, mais ayec des chants de triomphe. « Les vrais calhbliques, dit-il, ne prient plus, en quelque sprlPi Jésus que par Marie. Pour eux, il n'y a plus dé îfêtés sans elle; on dirait que, -loin d'elle, il n'y a plus pour eux d'espérance. Sonndin se trouve sans cesse sur leurs lèvres, et son image sur tous les ccèiirs. L'Église applaudit. à ces élans de leur piété filiale'!, loin de lés conlrarier. De sa barque agitée, Pierre tourne constamment ses* regards vers l'étoile de la mer. // semble que Dieu ait remis à sa mère sa ioute-puissfince.,.n Oui, c*est ce que nous ne cessons de répéter, il semble ^.^ Voir le mbn'd^ catholique, qu'il n'y ait plus d'autre divinité que la Vierge. N'est-ce qu'à l'extérieur? On le prétend. Eût-on raison de le prétendre, ce serait déjà une singulière manière d'honorer le Dieu « forfet jaloux » qui ne veut « poiutd'autres dieux devant sa face *. » Mais écoutez endcft'e l'archevêque, lorsqu'il devient, sans y songer, l'interprète des vrais sentiments du peuple. a|PQurrionsT-nQus , dit-il, ne pas tourner nos regards vers ce sanctuaire célèbre, d'où une tendre mère veille avec a.mour sur sa famille, oiijsjé.ge une reine puissante, dont la main a posé une diguea l'impétuosité des flots? n Voilà, en. :dépit de toutes ;les distinctions, voilà le dernier mot. Ce n'est plus Digu,.comme jadis dans la Bible, qui dit- aux flots : «Vous viendrez jusque-là, et vous n'i^z.pas^iplus loin ; >)* — c'est la Vierge.

Giterons-n^s maintenant quelques-unes des innombrables pages où les papes se sont faits, avec encore

■ Premier commandement.

plus de franchise ou d'imprudence, lés intei'prëtes des mêmes sentiments? Que dire, en particulier, des formules, si fréquentes dans leurs décrets, où les saints sont représentés punissant, vengeant^ foudroyant? Nous ne remonterons pas jusqu'à Jean XXÎI excommuniant Louis de Bavière, et disant : a Que la colère de Dièwet des apôtres Pierre et Paul s'enflamme sur lui dans^^ ce monde et dans l'autre! » Nous n'irons pas chercher Léon X excommuniant Luther : on sait que le morceau, admimblemént écrit, d'ailleurs, où le pontife adjure tous lés saints de se lever contre l'hérésiarque, est calqué sur celui où Cicéron, dans son fameux De signis, appelle le courroux des dieux sur le profanateur.de leurs autels. Toutes les bulles relatives au concile dé'T^hte sont terminées par ces mots : (( Quiconque aura contrevenu. . . qu'il sache qu'il encourra l'indignation de Dieu et de ses apôtres Pieri-e et Paul. » Or, cettejormule, usitée encore aujourd'hui, — vous ne pouvez lui donner quedeux sens : ou Pierre et Paul, indignés contre le coupable, le puniront de leur chef, et, dans ce cas, les voilà dieux ; ou bien, impuissants par eux-mêmes , ils demanderont à Dieu de le punir. Beau rôle, alors, en vérité! Une seule fois, dans l'Évangile, les apôtres s'avisent de parler contre des coupables. « Vous ne savez, répond sévèrement le maître, de quel esprit vous êtes animés. » Et les voilà qui, dans le ciel, se r§me,ttent à faire les dénonciateurs, les conseillers de vengeance! Mais non; ce n'est pas ainsi qu'on l'entend. On rougirait de cdSïievoir un saint Pierre, un saint Paul, une Marie, surtout, s' approchant du trône de Dieu pour lui désigner des têtes à foudroyer. Malgré soi, on s'en tient à la première alternative ; forcé d'en faire ou des délateurs ou des dieux,

on ne saurait hésiter. On rie se dit pas nettement : « Ce sont des dieux; ils ont le pouvoir de punir ; » mais c'est comme dieux qu'on Ifes craint, comme dieux qu'on les fait craindre.

Voilà pour les formules dans lesquelles la divinité des saints est sous-entendue, et qui, n'excitant aucune défiance, ne conduisent que mieux à y croire sans ^n douter. Que si nous voulions maintenant des déclarations plus directes, les bulles.papales nous en 'fourniraient encore à foison. Là, le plus souvent', point de restrictions ; point de ces protestations prudentes, qui,^ comme dans le mandement du-^ardinaf de Bonald, si elles ne préviennent sérieusement' aucun écart, permettent au moins, ensuite, d'en décliner la responsabilité. L'idée d'intercession y est presque aussi souvent omise qu'indiquée. Prenez, par exemple, une pièce que nous avons déjà souvent citée, l'Encyclique de 1832. Dieu y est invoqué, mais à la fin, en quelques froides lignes, comm^on-ment^nner^l^ dans un^§. lettre, un grand personnage inutile, trop grand, pourtant, pour le laisser entièrement dé côté. Mais, dès le début : « Cette lettre vous est adf esS^ en ce jour heureux où nous solenni-^ sons l'assomptiori de la Vierge dans le ciel % afin que

1 On sait que les théologiens romains ne sont pas d'accord sur -; cd^u'il faut.:%^ndre par^Jà. Les, uns veulent que^la Vierge ait eu, comme Jésus-Christ, îiSe véritable ascension j les autres, qu'elle soit ressuscitée et montée- au ciel, mais non corporellement, quarante jours après sa mort. Dans les deux cas, on -est convenu d'employer le mot assomption, indiquant qu'elle a été enlevée au ciel, non celui d'ascension^ qui signifierait qu'elle s'y est élevée eire-miôme. Le peuple, cela va sans dire, n'y voit aucune différence^ et l'ascension de Marie, le 15 août, est une bien plus grande fête que l'ascension du Christ. — Notez que l'assomption

celle qu'au milieu des plus grandes calamités nous avons reconnue comme patronne et comnae libératrice, nous soit aussi favorable àu^ moment où nous écrivons, et que, par son souffle céleste, elle nous inspireîr^ , etcJ» Donnez cette lettre à uir homme qui ne sache rien du christianisme : il l'aura lue aux trois 'quarts avant de se d^ôiiter que la Vierge ne soit pas la divinité des chrétiens, et que le pape ne soit pas son grand-prêtre. Un an après, en rappelant c|tte pièce,.- le pape dit qu'il l'a; écrite : (( Mdé du secourstd'en-haut, et particulièrement

#sous les auspices de la Vierge 2. » Enfin, la même année, dans un bref à' l'évêque^e Rennes : « Après avoir im- >; ploré la protection de la très-sainte Vierge, mère, 5omveraine, guide et maîtresse de tous les hommes 3. » Allez soutenir, après cela, que vous 11 enseignez pas au peuplé"^ la divinité de la Vierge ! Quand le concile de Trente aurait ordonné de l'enseigner, que pourriez-vous dire de plus? En 1849, les évêques des États du pape, réunis à Imola, écrivent une Igttre à Pie IXïSur^ rétablissement dé vson autorité, et îe pape j dans sa réponse, les loue d'avoir eu soin de reconnaître, avant tout, que

fçet heureux événement est dû à la^proteclion de la Vierge, On pourrait bien, sans être protestant, trouver

n'a pas encore été érigée en, point de foi; l'Église conseillé d'y croire, mais ne l'ordonne pas. Instituei* une fête éitfinémoirè d^Sn événement qu'on n'ose pas affirmcE|ayoir eu lieu,. — c'est plus étrange encore qu'il ne le serait d'en décréter franchement la réalité. ^ . ' %.-

* Utquam patronam ac sospitam persensiinus... ipsa et sçribentibus adstet propitia... mentemque nostram caslesti afflatu suo in ea inducat consilia... -^ï^^/i ,:. -,

' Bref à l'archevêque. de Toulouse. ?;^i^îyyJ; :. -

2 Qua3 omnium mater est, domina, dux et màgisïra. t;"

l'idée bizarre, caï|j3^est presque; avouer que, sans la ' Vierge, Dieu aurait bien pu laisser Je^àpe en exil et la^^ république à Rome ; mais une' absurdité, de plus ou de '

"moins, que leu^ importe? L'essentiel est de consolider un culte dont ils attendent tout. La même années dans son encyclique aûf sujet de l'Immaculée Conception : « Vous savez, disait le pape, que le fondement de notre coiifiance est en la très-sainte Vierge, puisque c'est en

; elle que Dieu a placé la plénitude de tout bien,ide telle sorte que, s'il y a en nous quelque espérance, s'il y a quelque faveur, s'il y a quelque salut ^ nous sachions què^c'est d'elle que nous le rectuQMs, parce que telle est la volonté de celui qui a voulu que nous eussions tout par Marie.»— ^ lierait difficile, on le voit, d'aller plus loin, * le'^salut, en particulier, n'avait encore jamais été si ouvertement attribué à la Vierge.

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