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II. fe

386 HISTOIRE DD COIf'ciLE DE TRENTE

d'ailleurs , l'enseigné afsez. Un ouvrigg^iielque dévouement qu'il mette à sa tâche, ne sàii]^it;%agner en un jour le droit de sereposer trente ans, Entre l'éternité et les soixante%u quatre-vingts ans de cette vie, la disproportion est cent fois,, mille '-lois plus grande encore. Remplissez-les, ces soixante ou quatre-vingts ans, d'autant de vertus que vous voudrez, — il n'en est pâli^ moins évident que ce ne saurait, être le prix d'achat d'un bonheur éternel et infini. Cela posé, vous aurez beau avoir eu un peu plus de vertus qu'un autre; comment auriez-vous k lui en prêter? Vous n'avez pas payé la millième partie de votre acquisition ; que?yous em^ prunterait-on qui ne soit dû à votre créancier, comme à-compte du prix%tal? Deux hommes ont chacun une somme énorme à payer. L'un apporte cinguante éçus, l'autre vingt-cinq, et la dette leur esWèmise à tous deux. Direz-vous pour cela que le premier ait donné audelà de ce qui était nécessaire, et que'sès vingt-cinq écus surabondants couvriront la dette d'un troisième? Quand nous enseignerions, en opposition avec l'Écriture, que le salut s'achète 4j)ar les œuvres, — il faudrait encore avouer que le plus grand et le plus accompli des saints n'en a jamais payé qu'une imperceptible partie. Si on peut dire, à la rigueur, que Dieu l'eût sauvé à moins, — cela ne prouve en aucune façon qu'il ait trop fait, trop payé, et que la surabondance de ses efforts soit réversible sur autrui. Ces saints, ces "martyrs que saint Jean nous peint, dans l'Apocalypse, priant pour rÉglisé au pied du trône de Dieu, est-ce là ce qu'ils disent? Quelle humilité, au contraire, jusque dans leurs chants de triomphe ! Quelle ardeur à se^reconnaître sàuvéspar le sang de l'Agneau ! Gomine ils sont loin de paraître

penser qùepprs raérites puissent sauver ou coniribuer à sauver qui':qu(e ç||: soit ! VoilèP pourtapt ce qu'on ose prêcher. « Que dg; choses attendrissantes dans cette doctrine! — dit G^eàubriand. Ma' vertu, fetnoi chétif mortel, devient ù^^ièn commun pour tous les chrétiens; et de même que j'ai été^atteint du péché d'Adam, majusticeesf passée en compte aux autres. » Il serait diffi|iïe d'imaginer quelque chose de plus radicalement anti-chrétièn. Écoutons plutôt Innocent III, le plus sage et le plus évangélique des papes, toutes les fois qu'il ne parlé pas; eh pape, a Nul n'est justifié devant Dieu, disait-il i-a^Kle mérite de ses œuvres, mais par le don de ra grâcel Devant^a pureté du Créateur, toute pureté de là créature est de l'impureté. » — Luther disait-il autre chose ?i?^t quand il eut dit cela, n'eût-il pas tout dit? ^';' ^::

" Revenons maintenant, pour n'en glus sortir, aux dernières délibérations du concile.

Deux décrets dé réformation accompagnaient les décrets dogmatiques que nous venons d'analyser. -.Dans le preuipr, relatif aux ordres religieux, on se heurtait, en maint article, aux droits de l'autorité civileV'Dans le cinquième, par exemple, il est enjoint aux ^^gisti^ats et aux princes, sous peine d'excommunication, de prêter main-forte aux évêgues pour maintenir

* Coiîimentaîre sùrle^ Psaumes.

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en clôtu*e>lef religieuses qui préténdraiëffl^tre libi-esi?^ Or, lès gouvernemeiits^es plus di|^siés, par catholicisme, à agir (Ms ce sens, n'ont jâmàisMmis que TÉ- ^ glise eût levdroit de l'exiger d'eux^^; ^^ "

Le concile fixe à seize ans le m^rarfum d'âgé'requis pour la validité des vœux. G- était un milieu entre' l'usage de les prononcer beaucoup plus tôt, et le'terme de dix-huit, de vingt, même de vingt-cinq ans, quedeiifândaient généralement les princes ; mais cette règle,tpléjà si insuffisante , n'a jamais été sérieusement- oï)siervée. Les jeunes filles destinées au cldîlre continuèrent à y entrer enfants, et leur liberté était de fàit>e^^gée bien avant le moment des vœux. Un aut^e article énjpigffàit, à la vérité, qu'avant de les admettre k la profession, solennelle, l'évêque s'assurât si elles y fenaîent de leur plein gré ; mais qu' avait-on k craindrë^di&fces volontés façonnées et comprimées*? Le concile avait beau excommunier quiconque /brcerait une jeur^ fille Veinbràsser la vie religieuse; le champ restait et restera toujoiirs/ libre aux violences indirectes, aux circoiiventions ha- y biles. Il était dit, enfin, que les renonciations et donations des novices en faveur de leurs couvents né seraient valables qu'après leurs vœux. Règle très-sage, inais qui n'allait servir non plus qu'a redoubler l'ardeur des monastères i^ur. retenir ceux dont ils convoitaient le patrimoine. Dans un état de choses qui pèche p^j la base , tous les correctifs " de détail foitft " autant de#i||j:que de bien, et ne servent, en somme, qu'à légali^^les'abus. Plusieurs prélats firent, à ce sujet, des obse|var-; tjons très-justès ; mais on était trop pressé pour s'y^ar^"^ rêter. ,,,;.. ' ■■':-^' r^.- ^ "^ %^':-.

Le décret de réformation générale se ressentait èn-

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feCore ^s âe la;:]^ atec laqûîÉfê^^^J'aVait

préparer Des vingt-aiticles dont il se composffitf il y en

^vait ■peu>quï;Éëifù;ssen^ trop vagues' pour avoir des résultats sérieux, Qit.trop mêlés de inatières civiles pour ne pasVoulever, de^ïapârt des princes, d'invincibles oppositions. V ^ m- .

Parmi lés articlestrop vagues, mais qu'il n'eût guère

fendaiit aux' évéques- d'enrichir de biens" ëccrésiastiques leurs parents^tleurs;îfamiliers, leur recommandant, en même temps^la^lus grande modes^ dans leurs habits, ',i,, leurs meubles j leur table, leur train en général; celui ,^? dans lequel on proscrivait t^ôute hérédité et toute appa- . rence.d'liéïëdité dans les bénéfices; celui, enfin, dans Ml^eJ il était prescrit de n'accorder des dispenses qu'avec maturité et connaissance de cause, et, de. plus, sans auMûe:^rètribution. Voilk bien des fois que nous rencq^rons cette-idernière clause. Nous ne pouvons que ' répéter qu'elle n'a jamais été observée', et à Rome moins que-partout ailleurs.

Quant aux articles dans lesquels le concile empiétait

sur î'afftôrité civi^, il y en avait de tout genre.

,. Daîis. le troisième, à côté de sages avis sur le danger

#vet rihconvenance de prq^gïier l'excoj^^nication, l'é-

yêgue est maintenu en pouvoir d'excommunier, dans

W?tef tains cas, pour affaires civiles-et criminelles^

Dans lé huitième, il esJ:autorisé à changer, lorsque . la ^hôse lui paraîtra nécessaire, la destination des biens ^ des hôpitaux. sfejét *

BDans le neuvième, il est étaKl^éul jiige.de la légitimité des patronages, c'est-à-dire des titres en vertu des- '- ■''" 'ii.':r ^ %^^'' 33'

390 ^ ja^S T I R E DU, ' C d « G I L E b E T R E K T E

quels l^sèigneurs noijnaaient, comme pàtrorispi cértaines'^cïires et bénéfices. . # : v .. -..,

Dans le dixième, les légats et liônc^ du pape sônt^ supposés avoir, dans tout pays, une juridiction iiïclépeudante de celle des souverains et des évoques: :

Dans le dix-neuvième, enfin, on pipscrivait le duel * , mais en joignant aux peines canoniques celle de la confiscation des -biens, peine civile totalement en dehore de la compétèïïc^te, l'assemblée. :^ ,

Tous ces artiëlls sont du nombr&de ceux qui ont empêché le concile, après sa clôturë^«d'êtr,e -accepté sans restriction dans aflBun État dfe rEufope^^ En France, comme nous^l' avons déjà jdit, il n'a jamais été officiel- .. lement reçïi, ni avec ni ^ans restrictions , malgré les sollicitations réitérées des évêques auprès de Charles IX j de Henri III, de Henri IV et de Louis XIH. Ceux d'aujourd'hui soutiennent que les instances de leurs prédé-^^ , cesseurs équivalaient à la réception régulière du piicile par le corps du clergé français. Ils peuvent a^ir

raison; mais ces sollicitations Sèmes , et surtout les termes dans lesquels elles étaient conçues, prouvent eh même temps, avec la plus grande évidence, que le clergé d'alors ne regardait pas le Wncile comme reçu en France tant qu'il ne l'avait pas été par le gouverne-

* (I Cette coutume detestabl^lait- le décret, introduite par le, diable, sôii auteur. i Deieslabids' iisus-, fabricante diabolo introductus. Détestable et diabolique tant qu'on voudra ; mais il est curieux de voirie concile attribuer au diable un usage que tout le monde sait avoir été ou introduit, ou certainement adopté, au moyen«âge, par'l'Église ellerméme. Qu'est-ce que lé duel, sinon la continuation dégénérée dû fameux Jugement de Dieu ?

2 Voir V Histoire de la réception du concile de Trente^ par l'abbé Mignot. 1756.

iiVRE SIXIÈME V' 391

ment français, a Le concile de Trente est reçulpar tous les roisVèt ne Teste que ce royaume qui.... Tellement

"^que demeure â votre royaume une marque et reproche par les autres nations du crime de schisme*. » — «Les autres royaumes l¥nt reçu, et ce royaume qui, pardessus tous les autres, a le titre de très-chrétien, est à le recevoir 2. » — « Toute' la Jerre a reçu ce concile. Nous rendrons-nous ennemis de Juda et de Benjamin ? Empêcherons-nous , cpmmê les infidèles, la réédificatiôn de nôtre templej?>5^ Aux états-généraux de lôlZi, mêmé:langag€;ii©6nc, cinquante ans après le concile, le

J^^^ê^l'ayant pas reçu, les évêques fraiiçais ne le con-* sapaient pas côtnme reçu.^^ , %

Cette qùéstioii,: du reste'^ est beaucoup plus grave entre cat^iques qujiau point de vue des attaques à diriger contre eux. Nous ne voulions que l'indiquer en passant, et faire observer combien le clergé français, 4 s^çë point tomme sur tant d'autres, a changé d'avis depuis le seizième siècle.

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