‹ Histoire du Concile de Trente [microform]Chapitre 4 sur 38 · fit · texte numérisé non relu

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là plus d^un exemple de ces retours passagers au bon sens et à VÉvangile. Retours .involontaires, illogkpies,.. Que voulez-y ous? Quand on part (le principes faux, ce n'est qu'en raisonnant mal qu'on a quelque chance d'être raisonnable. ^ ■ .

L'évêque de Bitonte, dans son sermon, avait raisonné beaucoup mieux, beaucoup plus logiquement, du moins. « Le moment est venu , avait-il dit ; il faut que Dieu parle, et il parlera. » Puis , comme les légats, il avait exhorté tous les évêques à se repentir, à s'humilier. « Mais, avait-il ajoiité, quand vous resteriez dans l'impénitence , n'allez pas vous imaginer qu'il dépendît de vous de fermer par là. la bouche à Dieu. Bon gré, mal gré, le Saint-Esprit saura bien ouvrir la vôtre et s'en servir. » En d'autres termes : Si vos cœurs sont purs, tant mieux ; s'ils ne le sont pas, la voix du concile n'en sera pas moins la voix de Dieu. — C'était absurde. Disons mieux : c'était impie. Était-ce anti-catliolique ? Au contraire. Écoutez Pallavicini : (c Si on ne peut attendre l'illuininàlïon du Saint-Esprit que dans un concile d'hommes sanctifiés intérieurement, cette sainteté étant invisible et incertaine , leur autorité et leurs décisions dentêùi^ent pareillement incertaln,es *. n Le sermon de Cornélio Musso n'était donc, après tout, que l'expression franche du système en vertu duquel on allait fixer

1 L. V, ch. xvin. . ....

72 HISTOIRE D*b CONCILE DE TRENTE

et Commander l%foi. — On en fut pourtant généralemêit choqué. .«^;:

On ne li|fut pas nipfls dei||iiées ultramontainés que . l'auteur y avait semées, avec accompagnement de concetti et de bizarreries de tout genre. A Rome même, on lui sut assez mauvais gré de cette lourde et intempestive franchise. Dans une apostrophe aux montagnes des environs de Trente, il invitait les rochers, -les bois, les torrents, à faire entendre à l'univers que tout devait se soumettre au concile; faute de quoi, ajoutait-il, «on pourra dire avec raison que la lumière du pape est venue dans le monde ^ , et que le monde a préféré les ténèbres h la lumière. » C'était avouer nettement, et, de plus, ridiculement, qu'on entendait n'avoir à Trente qu'une commission consultative, un astre opaque éclairé des rayons de Rome. Pallavicini ne voit pas, dit-il, pourquoi l'on s'est tant indigné de cette expression , lumen papa. Ne sait-on pas que papœ, en latin, est tout simplement une exclamation signifiant hélas ? Quoi de plus naturel, dès-lors, que d'avoir dit : a La lumière, hélas!... est venue dans le monde, et le monde..., etc.? — Que nos lecteui-s prononcent sur la justesse de cet éclaircissement. Dussent-ils l'accepter, il n'en restera pas moins, et Pallavicini l'avoue , un détestable jeu de mots. Il y en avait bien d'autres. « Ouvrir les portes du concile, c'est ouvrir les portes du ciel, d'où doit descendre Tèau vive qui remplira la terre de la science du Seigneur. » Jésus-Christ y assistera. Comment refuserait-il cette faveur à saint Vigile, le vigilant patron de cette ville bénie ? Ailleurs , grand éloge du pape, de

* Lumen papaa vcnit in mundum. :^ ^ , ,' ..: •

remperétir, du M dé France, de plusieurs autres souyeçàms,. dés légats aussi; mais quant à ces derniers, cersiqiïit ïèurs^oms ef|lj^É'.s prénoms qui en' foiirniront là matière/ Voilà le cardinal </e^ Monte, « portant son cœm* et ses yeux vers la montagne qui est Christ ; » voilà son collègue de Sainte-Croix, « Politien ^^ et depuis longtemps appliqué à la réforme de la politique chez les chrétiens ; « voilà le vertueux Polus, a anglais de naissance, mais qu'il faudrait appeler Angélus plutôt (\}\Ç!, Âriglus. y> Enfin, puisque le concile est ouvert, que tous cèix qui en ont le droit se hâtent de s'y rendre, comme dans le cheval de Troie. Ce dernier trait d'éloquence avait sans doute un sens profond qui nous échappé, et que nous ne prendrons pas, comme Pallavicini, la peine de chercher. Seulement, à la lecture de ce singulier fatras, nous nous disions qu'un homme dé goût doit avoir de grands efforts à faire pour agréer au nombre des arbitres suprêmes de sa foi celui qui iut capable de penser, d'écrire ainsi, et qui exerça cependant sur ses collègues une très-grande influence 2. En vain nous dirait-on : «C'était le goût, c'était l'éloquence du temps. Luther a fait pis quelquefois. » — Pas en chaire , pourrions-nous faire observer. Et quand cela serait, qu'importe ? Entre les jeux de mots de Luther, faillibléj et ceux qu'il nous faudra entendre dans une assemblée infaillible, il ne saurait y avoir parité. Lu-

i-Politianus, né à Polizio, eh Sicile.

s a C'était lui qui, sur ce théâtre de la chrétienté, avait comme levé la toile eu prononçant le discours d'ouverture, et depuis, toujours employé dans les délibérations les plus graves, il n'était pas un membre ordinaire : c'était le bras droit de ce corps. » Pallav. 1. VIII.

74 HISTOIRE CLf CONCILE DE TRENTE.

Hier, par lui-îllétae ^ n'est rieiii Quand* vous ttcepteiî ses croyances, c'est que^ examen faitj vous les trouvez acceptables; S'il y en a de grossièrement ^assaisonfléts) tant pis ; mais cela ne prouve ni pour jii contre; Aveô l'infaillibilité, tout devient grave; Gelui qui vous dit s Crois l ^- la plus petite aberratioii d'esprit^ isur quélqtïé objet que te soit, est un argument contre le pouvoir qu'il s'arroge. Celui qui prétend bâtir pour l'éternité^ — toute imperfection dans les matériaux compromet plus ou moins son œuvre.

L'ajournement au 7 janvier avait déplu h. la plupart des évoques. Après une si longue attente, ils trouvaient singulier qu'on n'eût pas même songé h faire un plan, à préparer des questions. On leur proposait, à la vérité^ de commencer par un décret sur la conduite privée des membres du concile. Ils trouvaient l'idée bonne -; mais ils trouvaient aussi que c'était bien peu pour un moiSj d'autant plus qu'ils ne voyaient pas à quoi l'on se mettrait ensuite. Le décret fut cepeiidaiit fait avec entrain; Ilest rempli d'excellentes prescriptions, d'excelleiits conseils ; et nous pouvons dès à pi'êsëht ajouter quej dans ce qui tenait aux mœurs, il fut religieusement observé. La Réfonnation commençait à porter ses fruits. Les scandaleuses débaiiclies du concile de Coiistarice il' étaient déjà, plus ni permises, iii possibles ; uiie faible partie de ce qu'on avait toléré alors eût suffi pour déconsidérer, pour dissoudre l'assemblée.

fe LIVRE PREMIER 75

Les lii'élats n'eurent donc aucune peine h s'entendre suF la teneur du décret.; mais il s'agissait de le publier, et là eommençait l'embarras. Celui de la première ses^ sion avait été rédigé sous forme de procès-verbal : « Vous plaît-il de déclarer ouvert... le saint concile général de Trente? •— A quoi les prélats ont répondu : Oui^. » On avait ainsi évité toute explication sur la nature et les droits de l'assemblée , en particulier sur sa positipn à l-égard du pape. Il fallait maintenant un décret en forme, un préambule. Au nom de qui parler? Au iiom de qui publier le décret? Au nom du concile seul, au nom du pape, au nom du pape et du concile, ou du concile et du pape, car l'ordre même, en cas qu'on mît lés deux, était une grave affaire ? Quelque forme qu'on adoptât, c^était toujours trancher, dans un sens ou dans un autre, une question qu'on sentait ne pouvoir être tranchée sans tuer le concile. La supériorité de cette assemblée sur le pape, — Paul avait dit qu'il mourrait plutôt que de la laisser proclamer. La supériorité du pape, — on Scivait qu'en la décrétant on s'attirait d'Allemagne et de France les plus dangereuses protestatipps. Trpis siècles ç({\\ passé, et 1^ question pst encore indécise. Ce que \Q^^ pQuv??; lire en tête {le toutes les constitutions politiques, même les plus incomplètes, savoir, d'Qii émana l'autorité^ -^ voil^ une église infaillible qui n'a jamais pu réussir à le mettre en tête de la sienne. Elle qui a si hardiment tranché tant de points mystérieijx, Iniitilos, ellp au nom de qui tant â^e gens ont été brûlés pour avoir voulu rester libres dans des m;sère§5 — la voilà laissant les opinions libres, sur (juoi?

1 Placetnevobis?... Responderunt : Placet.

Sur la question où il eût été le plus naturel, le plus nécessaire, qu'elle prononçât nettement i. On serait curieux de savoir ce que répondrait un docteur romain à un bon paysan de son Église, qui, ayant-par hasard appris ces détails, viendrait naïvement lui dire : « Au lieu de tant chercher comment ^tourner son décret, pourquoi ne commençait-il pas par décider une bonne fois la quesrtion, ce concile à qui onvenait de dire que Dieu parlerait par sa bouche ? » Ah ! pauvre paysan, c'est que dire et croire sont deux. Se dire infaillible, s'en donner l'air, c'est facile , tant qu'il ne s'agit que de condamner et qu'on est sûr d'être d'accord; mais se croire infaillible, agir sérieusement comme tel, quand on sent qu'on n^, peut parler sans soulever, au sein même de son Église, des luttes qui la dissoudraient, — c'est autre chose,. et les plus bardis reculent. — Mais nous aurons aussi à revenii' là-dessus.

Le pape y avait songé. Une commission de cardinaux^' récemment créée par lui pour diriger, de Rome, les opé-

' « Que faut-il penser de cette fameûsé'sessioii où le Concilium de Constance se déclare supérieur au pape ? La réponse est aisée : l'assemblée déraisonna... De beaux génies des siècles suivants n'ont pas mieux raisonné. » De Maistre. Du pape.

Ces beaux génies qui ont déraisonné^ c'est Bossùet, Arnauld, Pascal...

« Et si certaines gens persistent, poursuit l'auteur, nous, au lieu de rire seulement de cette session, nous rirons de cette session et de ceux qui refusent d'en rire. »

Unité! unité!...

rations de l'assemblée, avait longtemps cherché une formule de décret qui pût contenter tout le monde, ou, du moins, ne blesser personne. Elle croyait l'avoir trouvée. Le très-saint, concile de Trente, légitimement assemblèsous la conduite du SaintrEsprit, les trois legats du siège apostolique y présidant^, décrète..., etc. Aux rnoX^ très-saint concile seraient ajoutés, si on l'exigeait, ceux de œcuménique et général. 1

La majorité parut satisfaite ; mais une minorité nombreuse demandait, sinon un aveu formel" de l'infériorité du pape, du moins une déclaration plus claire de l'égalité des deux pouvoirs. Les mots prœsidentibus legatis pouvaient en effet très-bien s'entendre, non-seulement d'une simple présidence, dans le sens ordinaire de ce mot, mais d'une autorité supérieure, suprême, indispensable à l'existence du concile ; et l'on savait assez, d'ailleurs, que les Italiens ne l'entendaient pas autrement. Il fut donc proposé de remplacer le mot œcuménique par représentant l'Eglise universelle 2. Ces mots étant placés avant prcesidentibus legatis, la présidence des légats cessait d'être nettement indiquée comme indispensable à la légitimité du concile. Un Italien traita de renards 3 ceux qui soutenaient cette rédaction ; et, à vrai dire, au milieu de ces luttes où personne ne disait son dernier mot, c'était une épithète qu'on pouvait, en toute justice, se donner mutuellement tous lés jours *.

* Sacrosancta Trîdentina synodus, in Spiritu sancto légitimé congregata, in ea prsesidentibus tribus apostolicaB sedis legatis.

2 Ecclesiam universaleoi reprœsentans.

3 Fu^pecu/as. Mémoires de Vargas.

4 a II arrivait, dans cette occasion, ce qui a coutume d'éterniser les débats : la raison que les légats exprimaient n'était pas celle qui les touchait le plus, de sorte que combattre contre eux avec

78 HISTOIRE Ijq CONCILE DE TRENTE

I^a, majorité inclinait cependant à-.ft&çûMer, sinaft'k cliose, du moins les inot^ ; mais, siir l'ordre du pape, les légats firent tant, qu'oij refusa, Biep plus, on effaça œcuménique: et généval^ a A quoi serviraient ces mots? --^ disaient les légats. N'est-il pas suflisaHmient dit, dans la bulle du pape, que ce concile est oçuniénique et général? )> -^^ Bref, la première Yelléité d'indépenr dance leur faisait retirer jusqu'aux concessions àé]^ faites. Nous retrouvons pourtant ces înotg dans le décret de la troisième session.

Les opposants ne se tinrent pas pour battu?. Le 7 janvier, en pleine cathédrale, après la lecture du décret, ils répétèrent leur demande et forcèrent les autres de répéter leur refus.

Or, c'était chose grave, surtout au début, que cette protestation publique contre un arrêt de la majorité, Il avait été entendu que tout se passerait comme au Gon=' çile de Latran, sous Jules II, c'est-à-dire qu'en dehors des congrégations, ou assemblées à -huis clos, on s 'inr terdirait toute discussion, L'assemblée publique, ou sesr, sioUf devait n'avoir d'autre objet que la publication des décrets élaborés et voté? dans les autres. Seul moyen, en effet, de dérober au public la connaissance des divirsions qui pourraient exister parmi les membreg, et de se donner au moins, à défaut d'une autorité plus réellej celle de l'unanimité.

des arguments, c'était s'attaquer à l'ombre et non au cQrps. Ils mandètent eux-mêmes au pape que ce qui leur avait fait rejeter avec horreur cette dénominatioB {représentant C Église universelle), c'est qu'ils songeaient à cette addition qu'on y a?ait faite à Constance et à Bàle, savoir que le concile a reçu imtné4i9tement de JésuS'Christ une ptiismnce à laquelle tome tfignUé, même celle du pape, est tenue de §§ SQttmtfre, n PallAV, j, V, ch. ij.

■ LIYRB ERIMIBR 7?

Aussi, 4ans la êQftpégation suJY&nte {i$ j^i^viey), les légats ,se plaignirent amèrement. Ils j^piitrèrf nt g^gs sipeine que les plus grands ennemis du concile lui ferajggj; moins de mal que ses propres membres, pour peu qu'on renouvelât de tels éclats. Rien de plus vrai; mais, en sauvant les formes, que ne pouvaient-ils aussi sauver le fond ! Ces congrégations à huis clos, — nous savons à peu près tout ce qui s'y est passé. Les révélations de Sarpi, souvent inexactes, ont forcé pallayicini à pid^lier une foule de faits qui seraient restés enfouis aux arrr chives du Vatican^ les rectifications du cardinal nous ont déjà fourni et nous fourniront plus-d'armes que les assertions du moine *. Nous abrégerons beaucoup ; mais pas de discussion, pas de votation sur laquelle iiqus m pussions donner mille détails, et ce np serait pas sans nous demander maintes fois, comme nous l'avons déj^ fait, où (Jonc on pourra voir une différence quelconque entre les délibérations du saint concile et celles d'une assemblée tout ordinaire, tout humaine. Et sans l'intérêt immense que tous. Italiens, Français, Allemands, avaient à paraître unis, sm-tout dans les questions de dogme.

1 Pp,llavicini, en cet endroit même, est beaucoup plus curiejix que Sarpi. Dans l'exposé des raisons alléguées contre les titres que la minorité voulait donner au concile : « Imitez, fait-il dire au premier légat, imitez plutôt le pape, qui, pouvant prendra avec raison les noms les plus sublimgs, ajme mieux c'en tenir au titre si humble de serviteur des serviteurs de Dieu... « — f< D'ailleurs, fait-il dire à d'autres, l'emphase de cette épithète (œcuméniqm) irgit rpai à Bije assemblée composée de si peu de prélats et si p^uyjte .,eq ambassadeurs. J^es lutliériens pe jnanqueraient pas de rappeler l'ancien proverbe, que c'est le propre des hommes petits de se dresser sur la pointe des pieds. » Pallav. 1. V, oh. vi.

^vonsraous djt autre chose?

— qui peut douter que les diversités de vues ne se fussent manifestées avec bien plus de persistance et d'éT. clat? x*

xxvm

Revenons au 13 janvier. — On s'attendait à discuter un plan d'opérations; les légats s'étaient occupés, disait-on, d'en poser les bases, et ils allaient le soumettre à l'assemblée. Grande fut donc la surprise lorsqu'ils se bornèrent k rappeler les trois points marqués par le pape dans la bulle de convocation : extirper les hérésies, réformer la discipline, rétablir la paix. Et comme on leur demandait leur avis sur la marche à suivre : « La vôtre sera la nôtre, dirent-ils. Réfléchissez; priez que Dieii vous dirige. . , » Excellent conseil ; mais il était malheureusement beaucoup trop clair qu'on voulait, avant tout, gagner du temps. Les légats n'avaient rien reçu de Rome. Ils ne savaient que proposer ni que faire, et c'était là, comme plusieurs évêques le dirent en pleine assemblée, tout le secret de leur humble déclaration. En attendant, contre l'avis presque unanime des membres, ils obtinrent que le concile ne scellât pas ses décr'é^et ses lettres avec un sceau k lui. « Il n' y a pas de graveur ; à Trente pour en faire un. Il faudrait envoyer à Venise ; ce serait trop long. Plus tard, on verra. » Et il n'en fut plus question. Le sceau du premier légat servait à tout.; Jusque dans les plus petites choses, le concile était condamné à n'exister que par et pour le pape.

Le 18 janvier, même ilence des légats, même indë-

cisi^n dans l'assemblée. La discussion s'engage, mais pour n'aboutir à rien. Les Italiens veulent que l'on commence par les dogmes; les impériaux objectent, comme toujours, qu'il ne faut pas songer à extirper les hérésies avant d'avoir extirpé les scandales. On s'ajourne au 22, et la séance est levée.

Une majorité commençait à se dessiner, mais dans le sens allemand. Si on eût voté sans délai, c'en était fait : on commençait par les réformes ; elles 'devenaient la grande affaire. Le pape savait ce qu'il y avait de plans contre sa cour, contre lui. Une fois le concile lancé dans cette voie, que faire? « Céder honteusement? Souffrir que le concile qu'il avait lui-même assemblé contre l'hérésie, lui fît plus de mal que l'hérésie elle-même ? Ré-' sister ? Oter tout crédit à cette assemblée qui n'avait pour arme contre les hérétiques que la vénération publique? Général, se mettre mal avec son armée au moment d'engager le combat? Renouveler les troubles de Bâle, dont les résultats seraient d'autant plus h craindre que, la matière étant encore plus prête qu'alors à prendre feu, elle s'enflammerait à la moindre de ces étincelles * ? )) Tout son espoir était dans les légats, qu'il traitait, du reste, fort mal, pour avoir si imprudemment remis la décision à l'assemblée.

J5]|fe22 janvier, on se trouva presque unanimes : les "réformes d'abord ;"le dogme ensuite. Force fut alors aux légats de lever le masqpie, et d'avouer que telles n'étaient pas les vues du pape. On aurait pu leur demander pourquoi donc le pape ne s'en était pas expliqué plus tôt; mais ils n'eurent garde de se laisser ajnener sur ce

4 Pallav. 1. V, ch.vii.

§3 HISTOIRE nV C Q PJ'C ; L E DE TRENTE

teiT?iiq, « L'empereii.r n'M-il P^? P^rié d'asseînjilef|pii^ Pleine iiii fipncileî ppijr flae|trê fin g^ix qu^fgjle^? 0\U V^n ppapêçhera, si ppus TpijYOyQns les pfisjiiQii^ (Je. M}% Çpt ^rpineiit l'çiïipoyl^, ïîïdiïepte^en]; pipe^^és de n'écarter les ^jT^ires de dpgifle que po]ir n^éna^er ^ l'eniTr pereur l'occasion de trancher du Pfipe, \e^ impériaux n'qsèrerit plus r^si^ter. (c Joiir ^e combat ! jour glorigux ppur Ig giiége apostolique! ]). écrivaient les légats ei^ transipettapt au cardinal Far^èse les détails ç|e Ipur vj^s tpire. Tant le danger leur avait paru grandi

Gette yictoi^'e n'était cependant pas cpmplète. Il avait fallu accorder que les que^tipns de discipline seraient, autant que ppssitile, entreinêlée^ avec les questiqps d^ dpgme. Lps éyêques s'étaieut rappelé Gpnstpcp et Pise, pu, ufie fois ces dernièves décidées, qn avait été çpn-; gédié sans ppuvpir s'oGcupe^; des aufres, Ils avaient pris leurs précautions ; c'était au pape ^ prejidr^ a^^gj l^s sienues.

4u^ dangers qu'il eptrevpyait s'pii jplgnait un auquel il ne spngeait guère, mais que le temps a fflls eu évidence,

Ce danger, c'est celui qu'allait apaener le mélange des deux espaces de dépvets, peux dP disciplipe et cpux 4^ foi. Si vous les croyez tpus infaillible^, Ip mélange est sans inponyénient ; piais si vpus rejetez l'infaillibilité

dispjplinaire, r= et e'e§|i ce que font, malgré le papp? de§

millions depatlioliques5--quel eiubaTVas, alprs, Pi qwplle ipprpyable bigarrure ! Voici un arrêté disciplinaire ; faillible, ypilà un décret dpgmatique : infaillible. Ils .spnj;

l'uu ^ Pôté 4e l'autre, parallèles, iuiiipeiiîeut liés.,,

N'importe! L'un est l'œuvre de l'homme, l'autre est l'œuvre de Dieu. Celui-ci, il y va dv^ galpt ^ Ip repeypir ;

LivftÉlpRËMIËR M

ëfelui-ià, bii petit iiB rejëtiBf* Et doublions pas qu'il ëii est -^iitiUs éh VértôtiS jiltisieurs^^ où quelques arlifeles sont dôgtiiàtiqties, ^^elqués auti^s disciplinaires. Albi's-, voilà ïè faillible et l'infàilllbië, lé inuable et l'inimuàbléj qtii Se inêleiit, s'ëtitfelàêfeiit, se cOhfOtident, dans un même chapitre, dans uriê iïiêihè page, dans Une même phrase quelquefois. Non, pas dé iniliëu ! Oli sôyel fran^ chèifient ultramontaiiis, et iious sautons à qUindUsàVons affaire; où avouez que éi un èbncile est faillible dàhs rUilë dés iiioitiés d'un chapitré, d'une page, d'Une phrase, — il né peut être iriiâiîliblë daiis l'auti-e.

La troisième session, fixée au k février, approchait; et rien, absolument rien à y faire. Se fût-on mis immédiatement à l'œuvi'e, il était impossible d'avoir pour cette éjpoque aucun décret suffisamment mûri. Les évêques murmuraient. Ils étaient quarante. Si c'était peu pour un concile, ce n'était plus lapetite assemblée qu'on avait pu si longtemps tenir oisive. Déjà, pour prévenir les écarts qu'on redoutait, « on avait adroitement séparé les Pères, dit Pallavicini % en trois congrégations particulières, qui devaient se tenir chez les trois légats. La raison apparente que les légats en avaient apportée, c'était que, dans trois lieux dijfférents, on traiterait plus de

matières en moins de temps Mais au fohd de leur

cœur, ils se proposaient trois autres avantages. L'un,

1 L. Y, ch. vil.

c'était de conduire la multitude, qu'on affaiblissait en la divisant en tant de ruisseaux, au lieu de la laisser former un fleuve. L'autre... etc., etc. » Voilà un jésuite bien franc. Aussi ajoute-t-il que, pour quelques esprits faiblesj il aura l'air de fournir des armes aux ennemis.de l'autorité du concile. Nous sommes de ces esprits fair blés qui ont le malheur d'appeler l'intrigue intrigue, et de penser que, là où il y a intrigue, il n'y a pas Saint- Esprit. « Mais, dit l'auteur, est-ce qu'il y a donc intrir gue au pape à vouloir conserver intacte cette souverain neté de puissance dont Dieu l'a fait dépositaire? Que si une telle conservation doit être blâmée parce qu'elle lui est en même temps agréable, il faudra blâmer aussi celui qui mange pour vivre, puisqu'on ne peut manger non plus sans qu'il y ait jouissance des sens... Et quant à ses ministres, plus ils y travaillèrent avec adresse, plus ils sont dignes d'éloges ; car la prudence, cette reine des vertus morales, n'est autre chose que l'art de paiv venir à une fin honnête, en n'employant que les moyens permis. » Oui. Reste seulement à savoir si tout ce qui est permis en politique l'est dans un concile, et si la politique même autoriserait tout ce que les légats eurent à faire. C'est à eux-mêmes que nous aurons plus d'une fois occasion de le demander ; et les cris de leur conscience, leurs remontrances au pape, kurs aveux dans l'intimité, nous prouveront assez ou qu'ils ne regardaient pas la prudence comme la reine des vertus, ou que, même à leurs propres yeux, ils avaient été autre chose que prudents.

Déjà, malgré la décision prise de traiter simultanément les dogmes et la discipline, ils avaient eu l'art d'empêcher que ce plan ne fût indiqué dans un décret. « A

quoi bon l'écrire? Ne suffisait-il pas qu'on le suivît? » On débuta cependant parne pas le suivre. Rien n'étant prêt pour la session, il fut proposé de la consacrer à lire et à accepter solennellement la confession de foi, dite symbole d'Athanase, qui fait partie du canon de la messe. « Plusieurs conciles, disait-on, en ont ainsi usé. C'était comme un bouclier dont ils s'armaient, avant de marcher h l'attaque- des hérésies. » Plusieurs conciles, en effet, l'avaient mis en tête de leurs décrets ; 'mais il était sans exemple qu'on y eût consacré une session, surtout après avoir eu deux mois pour préparer autre chose. Outre la singularité d'aller lire en grande pompe ce qu'on entendait tous les jours dans toutes les messes, plusieurs objectaient que ce symbole n'était pas attaqué par les protestants et ne fournissait nulle arme contre eux, si même, entre leurs mains, il ne risquait pas plutôt d'en être une contre l'Église. Et ceci avait sa gravité. Qu'un symbole admis à Nicée, maintenu sans additions, lu encore tous les jours dans toutes les églises (ie la catholicité, que ce symbole, disons-nous, ne renfermât rien ou presque rien de* contraire aux doctrines protestantes, ne mentionnât rien ou presque rien de ce qu'ils avaient nié, c'était un fait singulièrement en leur faveur. — Mais ce qu'on objectait surtout, c'était qu'après avoir promis de mener de front la discipline et le dogme, on allât commencer par s'occuper du dogme seul.

Comme toujours, les légats l'emportèrent. On rédigea up préambule où il était dit que les Pères, sentant l'immensité de leur tâche, éprouvaient le besoin de s'exhorter les uns les autres à prendre, selon la parole d'un apôtre, « le bouclier de la foi, le casque du salut et le

8ë HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE

glaive de l'espfit. )> Eh côiisétjuènce, ils Groyaiënt ne pouvoir niieux faire qiiô de fépétef mot à mot * èet dn^ tique et vénérable syriabôle « par lequel seiil, quelfjuefois, des infidèles ont été convertis^ des hérétiques attables. )) Pure fanfaronnade ett ce ifloîtient, puisque les hérétiques actuels ii'attàquaiënt point la foi de Nicéés

Là Session eut donc lieu, et l'on fixa la suivante àU 8 avril.

Deux mois, c' était îjien long. Beaucoup d'évêques s'en plaignirent ; mais on leur répondit que plusieurs prélats étrangers étaient en route, et qu'il convenait de les attendre. Effectivement, on parlait d'une douzaine d'évêques espagnols envoyés par l'empereur.

Le pape, de son côté, allait envoyer à. peu près autagt d'Italiens. Nous verrons que l'Italie ne cessa jamais d'être en majorité dans l'assemblée,, mais que jamais, non plus, le nombre de ses évêques n'y dépassa de beaucoup celui des évêques étrangers. Comme un habile général, qui sait au juste ce qu'il lui faut de soldats dans chaque affaire, Rome envoyait ou rappelait les siens selon les besoins du moment. Sûre de vaincre, elle ne voulait pas se donner l'air d'écraser 2.

< Totidem verbis. ^

2 Nous avons calculé, à cette occasion, le chiffre total des évoques ou abbés qui ont figuré à trente. Il ôst d'enVirôil 7j5b, doilt i'éO étrangers et 27D italiens, soit 27 cotitî'e 18^ ^ta 3 cônti* 2. '

Malgré cette précaution , et quoiqu'il y eut toiiJQui'S ' p^rmi les ItsUcns quelques hommes indépendants, — r il n'est pas ^e fait que le§ annales du temps nous montrent plus fréquemment et plus uflivcrsellement allégué, soit contre le CQUeile, spit contre le pape. Au moiudfe échçip, les évoques étrangers écrivent k toute l'Europe qu'ils ne. peuvent rien, qu'ils ne sont rien, que les ïtaUeps ont voté comme un seul homme ; au moindre méconteutement poutre le pape, les princes crient enpore pjiis haut qu'il est le maître, le seul maître, et que ses Italiens éçrasiBnt tout,

Nous, que devons-nous en penser?

Eu drojt, ce ne pouvé^it être upe objection. Le concile était ouvert ^ tous les évêques ; tous, dans la bulle de convocatiou , y avaient été invités. N'y eût-il eu qu'uu évêque contre çeut Italien^, rassemblée etq.it régulière, et ses décisions, légales.

En fait, c'est autre chose. Si on était injuste envers, les Italiens quand on les accusait d'être toujours Italiens avant tout, il est cependaut incontestable qu'ils venaient {lyec des idées plus ou moins particulières ^ lem- natiop, et dont le triomphe constant, dans un concile général, pouvait aisément paraître contraire au but et ^ l'essence même 4'un tel concile, L'iRdépendançe dont quelques^ uns firent preuve p'alla guère au-delà, des premiers mpi.S: Passé ce t^rine, upus Ips voyons former ouvertement un parti. Réunions intimes, votations compactes, repro^ ches de trahison à qui ne suit pas le torrent, rien n'y manque. Au reste, en accusiant les Italiens, nous n'entendons pas disculper les autres. Chaque nation montrait assez que, pour en faire autant, il ne lui manquait

que d'être eu nombre : « Ne compte?; D§§ les pères gp

sont à Trente, dit un des apologistes du concile *; «e leur demandez pas de quel pays ils viennent : le pays* d'un chrétien, c'est l'univers. » Belle parole, dont toute l'histoire du concile n'est qu'un perpétuel démenti ; et qui devons-nous en croire, ou celui qui vient, après trois siècles, nous peindre cette magnifique unité, ouïes membres mêmes du concile, qui ne passaient pas un jour sans s'accuser mutuellement de la rompre ? Et ils avaient tous raison. Impossible d'être plus Français que ne l'étaient les Français, plus Allemands que ne l'étaient les Allemands, plus Italiens, pour en revenir à eux, que ne l'étaient les Italiens.

Pouvaient-ils ne pas l'être ? Les luthériens, il est vrai, demandaient l'impossible , quand ils voulaient qu'on' commençât par délier les évêques de tout serment envers le pape; mais le serment qu'avaient dû prêter beaucoup d' évêques italiens renfermait, même aux yeux des autres, des clauses incompatibles avec la liberté dont doit jouir tout membre d'une assemblée délibérante. « Je m'engage h conserver, à défendre, à augmenter, k pousser en avant les droits, les honneurs, les privilèges et l'autorité de la sainte Église et de notre seigneur le pape ; à ne prendre part à aucune délibération, à aucun acte, à aucune tractation dans laquelle se machine, contre notredit seigneur ou ladite Église, quoi que ce soit de contraire ou de préjudiciable à leurs droits, à leui's honneurs, à leur position et à leur autorité 2. »

1 L'abbé Prompsault, aumônier des Quinze-Vingts.

2 Jura, honores, privilégia et auctoritatem Sanctse Rom. Ecclesise et domini nostri papse conservare, defendere^ augere et promovere curabo. Neque ero in consilio, vel facto, vel tractatu in quibus contra ipsum dominuni nostrum vel eamdein Rom- Ecole-

Voilà ce qu'avaient juré, le jour de leur sacre, les nombreux prélats des États du pape; et la même fonntile était en usage, à quelques mots près, dans d'autres États d'Italie. Ces jprélats étaient donc dans la main du pape, non-^seulement comme le sont des sujets qui ont simplement juré d'être fidèles, et restent libres de voir, dans leur conscience, en quoi la fidélité consistera, — mais pleinement, absolument. Tout ce qui déplaisait pu pouvait déplaire au pape, tout ce que ses ministres combattaient ou seulement ne soutenaient pas, ils ne pouvaient, sans parjure, ni l'accepter ni le laisser passer. Cela ne prouve pas qu'ils se soient toujours tenus, en fait, dans cette absolue incapacité de rien faire, de rien vouloir par eux-mêmes ; mais il n'est pas nécessaire qu'un juge ait été réellement privé de sa liberté : il suffit, pour que la décision soit légalement récusable, qu'il ait pu l'être. Aussi voyons-nous que, dans tout ce qui a été écrit, au point de vue légal, contre le concile de Trente *, ce serment des Italiens est une des premières nullités alléguées. Difli-t-on, avec un auteur déjà cité 2, qu'ils restaient libres dans la discussion des choses de foi ? Mais le pape, chef dogmatique , était alors plus mêlé, plus confondu, plus un que jamais avec ce même pape, chef de la hiérarchie. Si ces évêques restaient libres sur quelques points non encore définis, il est clair qu'ils ne l'étaient plus dans ceux où le pape avait prononcé. La moindre résistance à ses décisions doctrinales eût été

siam aliqua sinistra vel praejudicialiajuris, honoris, status et potèstàtis eorum machinentur.

' * Gentillet, Dumoulin, Ranchin, Spanheiio, Heidegger, Jurieu, Lêibnitz, etc., etc.

8 Prompsaùlt.

une injure, |ine rébellion J)ien autrapient grave quefoufr ce qu'on p,0ïjiy3,it dire o^ faire ^e plus fort poutre se^ usurpatiflns jle SQuvej'3,in. ]Et cet asseryisseiijient de la' foi n'était pas tellement propre ^.ux éyêi^jues italiens^ qu'on ne pût en tirer, coptr^s les iaptes dp pppGJl;e,^une nuHj[té juridique encore plus générale, Tous, ils avaient juré de croire ce qu'enseignait l'Église ; tous, ils .étaiept liés d'avance et sur l'enseinble et sur les détails ^ii procès.

Pour nous, ces considératipps nous importent peu ; d'autant plus qu'elles ne sont pas sans réplique. Illéjgfil ou non lors de sa tenue, le concile a été reçp- par l']Êglise. Irrégularités, intrigues, npllités de fond ou |de forme, n'a-t-elle pas tout recouvert du manteau de sop infaillibilité? Si donc nous javions à arguer de l'asservissement des membres du tribunal, c'est d'un autre as-^ servissement que nous parlerions : c'est de celui jqpi pèse sur le pape, comme sur le dernier dies jéyéques op des prêtres, Il y a quelque chose de plus fort qu'un sep? ment et même que la conscience. Habitude, intérêjl, esprit de corps, vraie pu fausse honte, impossibilité à^ se révolter sur un poipt sans se révolter sur beaur copp d'autres , besoin d'unité pour domiper et de do? mination pour conserver l'unité, ^ voilà ce qui noiis expliquerait, bien mieux qu'un serment au pape, et le concile, et ses votes, et le maintien idu systèpie rppjain. Quelle dérision, soit dit en passant, que cette prétendue approbation de l'Église, dernier sceau de l'infaillibilité ! Lors du sacre des rois de France, au moment pii ja couronne venait d'être posée sur leur front, un héraut s^avançait à la porte de l'église : a Le peuple est-il content, criait-il, du roi qu'on vient de lui donner? >> Et la

lojile de crier ; Oui; et le héraut 4e rentrer, en 4i3&wt pe le peuple ^v^it approuvé, yoil^ riîjstpjre 4e beaucoup d'artiples 4e foi, à cela prè§ que la loule pe s'est pas mên^e entendu demander ce qu'elle ^ pensai t. ^llç s'est tiie ; p'est asse? : fille a consenti,,. Cloinpie si, dès qu'une i4ée a fait quelques progrès et que Rpflae pai'aît la favoriser, il n'était pas moralement impossil^îe qu'un éyêqne se pît à éerjre, h parler contre ! Car t'Église, on le sait, ce sont les évêques. Rpme n''a4n)et à protester jjne le;s hopmeg dont la position lui garantit gn'ils ne protesteront pas, Elle ne leur en a mêpie jajnais recpnpu le droit. Les papes ont subi, quand il l'a lallu, la doctrine 4n consentenieut 4?^ évêqiaes, mais ils ne l'pflit pas reconnue, ni, encore napins, enseignée. Les pltranïpntains purs s'en spnt moqués, u Ce droit, dit M, 4e Maistre, fut exercé, 4ans l'affaire de Fénelon, fivec uïiç pgmpe tmt à fait ammante. ?) Voilà ce qu'est i'épiscppat Ini-même dan,s le système romain.

j^ntin, pour la première fois (c'était le 22 février) on §'assei]aj?le ppnr délibérer tout 4e bpn. lies légats sont radieux. Pflurqnoi? On l'ignore. Serait-ce 4e ypir que le (îonpile ya en^n se mettre h marcljier, et qu'après avoir fait une session pour le Cv^do^ on pe ^era pas pbljgé 4'Pn faire nnP pPUr Is^ Pater, cpiBîne l'ont 4it les mauvais plaisants? Mais les légats n'pnt pas en i'air, jusqu'ici, 4e désirer bien yivemept que le concile marchât. Serait-ce que l'empereur consent enfin à dé-

clarer la guerre aux protestants? Peut-être... Un courrier d'Allemagne est arrivé ce matin même Non:

C'est autre chose; c'est plus... Luther est mort.

Il est mort, le vieux père de la Réforme. . . si là Réforme a eu un autre père que Dieu, une autre mère quela#arole de Dieu. Il est mort ; mais après avoir souri de pitié aux grands projets et aux petites intrigues de ces hommes qui vont essayer d'arrêter avec leurs décrets les flots de la pensée humaine et le souffle même de Dieu. Et les voilà qui se réjouissent, ces hommes! Faible, mourant, l'ancien moine de Wittenberg les effrayait en-^ core. On eût dit que leurs yeux ne pouvaient se tourner du côté de l'Allemagne sans rencontrei: les siens^ sans s'abaisser devant ce regard d'aigle qui avait jadis enserré l'Europe du haut des donjons de la Wartbourg. A Trente, à Rome, à Vienne, en quelque lieu que se trouvassent des partisans et des champions du papisme, ils ne pouvaient se réunir deux ou trois sans qu'une voix, en même temps grave et railleuse, semblât percer la muraille pour dominer la leur, et leur imposer silence. A votre aise donc maintenant, oracles du concile. Fermez, fermez la Bible... Luther n'est plus là pour l'ouvrir... Ahl pauvres insensés! Ne voyez-vous pas qu'une fois ouverte, nul pouvoir humain ne la fermera? «Bons princes et seigneurs, disait-il peu avant sa mort, vous êtes en vérité trop pressés de me voir mourir, moi qui ne suis qu'un pauvre homme. Vous vous imaginez donc qu'après cela vous aurez vaincu? » — Mais non, ils ne le pensaient pas, puisqu'ils allaient serrer leurs rangs et marcher plus fort que jamais à l'assaut de ce livré ,dont il avait fait son bouclier et celui des siens, •

Maintenant donc, ouvrons-la, cette Bible, et que nos yeux ne s'en écartent pas, nous qui venons, aprp trois siècles, raconter les travaux de cette assemblée fameuse qui a tant fait pour la fermer. Si c'est par l'histoire et par la riaison que nous ébranlerons l'autorité du concile de Trente, ce n'est que par la Bible que nous pouvons espérer de l'abattre.

Ici se terminerait ce premier livre. Le concile va commencer ; des questions d'un tout autre genre se présenteront à nous. C'est h dessein que nous avons réuni dans cette première partie , au risque d'en affaiblir l'intérêt, toutes les objections préliminaires se rapportant à la convocation et k la composition de l'assemblée, à ses relations avec le pape et avec les souverains , à sa positioriy en un mot^ et à son rôle dans l'Église. Mais il est une autre question qui les domine toutes, et par laquelle nous ne pouvons nous dispenser de clore cette première série d'aperçus. Cette question, c'est celle de l'autorité.

Disons franchement, dès l'entrée , qu'il y a un peu d'exagération , si ce n'est beaucoup, dans l'importance qu'on lui donne. Une chose nous frappe dans les prédications et les écrits du catholicisme actuel : c'est le soin avec lequel il évite les discussions de détail, les controverses positivement dogmatiques. Prêcher l'autorité, l'Église, puis supposer admis tout ce que l'Église enseigne, voilà la marche à peu près invariable des grands

9Zl HISTOIRE DU CONCIJjE DE TRENTE

prédicateurs du jour *. Ces milliers d'hommes qu'ils réussissent quelquefois, dans les grandes villes, à faire communier, croyez-vous qu'ils leur aient prouvé la transsubstantiation ? Nullement. Après de longs discours sur l'autorité de l'Église, ils ne leur ont pas même dit : « Elle enseigne la transsubstantiation ; donc vous devez . y croire. » Ce vous devez aurait tout perdu. Ils sentent que la plus petite objection de détail dont ils ne seraient pas pleinement victorieux ôterait sur-le-champ toute va- > leui", toute force, aux principes qu'ils ont si laborieusement posés. En vain aurez-vous amené les geps à dire, comme vous qu'il faut une autorité, qu'il y en a une, et que c'est celle de l'Église : s'il se trouve , dans ce que vous leur enseignerez en son nom, un seul point qu'ils ne puissent décidément pas admettre , c'est comme si vous n'aviez rien fait.

. Voilà dans quel sens nous disions qu'on exagère aujourd'hui l'importance de la question d'autorité. On part de l'idée que c'est tout, et, en bonne logique, ce n'est rien. Quand nous débuterions ici par confesser que nous n'avons pas un mot à répondre, en théorie, à tel ou tel livre où ce système est éloquemment exposé,— un docteur catholique n'en serait pas moins tenu , sous peiiie de nous rendre d'une main la victoire emportée de l'autre, de répondre à, tout ce que nous objecterons plus tard , en détail, contre les décisions de Trente. Qu'il spit alors battu sur un seul point, et nous aurons le droit de lui dire : (( Votre autorité s'est trompée ; ce que vQus nous avez dit de son infaillibilité est donc néeess^iremept

1 C'est aussi généralement celle de Wiseman dans ses Çonféy rences. « Cette seule démonstration, dit-il, suffit pour rendre inaittaquables tous les points sur lesquels on nous a accusés d'errer.»

faux. L'infaillibilité ne répond pas aux objections ; elle n'existie, en fait, que pour qui l'énonce à objecter. »

Discuterons-nbus en détail, après cela, les textes que rÉgliisé romaine apporte à l'àppiii de son infaillibilité? ((Elle est, dit-elle, selon saint Paul, la colonne et l'appui dé la vérité, «-^u Les portes de l'en fer, û dit Jésus- Christ lui-même , ne prévaudront jamais contre elle. » Et n'est-tjé pas encore Jésus-Christ qui a promis à saint Pierre de prier pdur lui, afin que sa foi ne tiéfaille point ?

Il y aurait beaucoup à dire sur le sens inême de ces déclarations ; la dernière, qui semble là plus forte , est pèiit-être la pliis faible, car le mot foi, dans les discoUi"s de Jéstis-Christ, signifie généralement confiance , fidélité, dévouement, et non pas croyance à tels ou tels dogmes. Ce Senâ est même particulièrement clair en cet endroit ' , où il s'agit du reniement de saint Pierre.

N'ëussions-nous rien à objecter sur les citations ellesmêmes, nous ferions encore observer que c'est une question où des passages scripturaires ne prouvent , à priori^ pas plus que les raisonnements. Si Jéstis-Christ a dit k ses apôtres qu'il serait avec eux jusqu'à la fin des siècles, il a dit aussi que partout où deux ou trois personnes seraient cissembîées en son nom, il serait au milieu d'elles. S'il a promis le Saint-Esprit à l'Église , il a dit aussi, par là bouche d'un de ses apôtres : ((Dieu accorde le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent, » Oùé répondrez-vous à im homme qui, s* emparant de ce dernier passage, prétendra être infailliblement dans le vi'ai ? Ltli Objècterez-voûs qu'il a demandé le Saint-Esprit, maîë qu'il ne peut jpàs affirmer l'àVOir obtenu ? Là promesse est formelle, pourra4-il vous répondre : ((Dieu

» s. Luc, XXII, 32.

96 HISTOIRE fin GONGILÉ PÈ TRENTE

/'accorrfe à qui le demande, » et Jésus-Glirist. a dit, d'ailleurs : « Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l'accordera. »— Encore une fois, par l'É-^ criture, que répondrez-vous à cet homme ? On vous citera plus de passages en faveur de l'infaillibilité' individuelle que vous n'en citez en faveur de cellç de l'Église. Si les premiers ne peuvent être pris à la lettre, s'ils sont évidemment figurés, les autres peuvent l'être, aussi. Donc, pour prouver qu'ils ne le sont pas , que: Dieu a promis à l'Église de ne la laisser jamais errer, il faut toujours en revenir à prouver qu'elle n'a pas erré.

Que peut valoir, enfin, dans cette question, un appel quelconque à l'Écriture? Nous la citer, c'est supposer, précisément le contraire de ce qu'on veut établir ; c'est nous appeler à exercer le droit qu'on nous refuse. Nous devons renier, dit-on, notre jugement individuel; à l'Église seule appartient le droit d'interpréter la Bible... Et voilk qu'on débute par nous la donner k interpréter. Si les passages allégués nous paraissent insuffisants, allégués à tort, que fera-t-on? S'ils nous paraissent concluants, si l'Église , heureuse de nous voir entrer dans son sens, nous dit que nous avons bien jugé , — arrive alors une conclusion toute simple : c'est que, si nous avons bien jugé une fois , nous ne pouvons pas nous croire incapables de juger bien une autre fois.

Ainsi, toute démonstration de l'infaillibilité est, euj soi, un cercle vicieux. L'infaillibilité s'impose, mais nese démontre pas.

Nous pouvons donc demander d'abord si l'autorité ro-; maine, si une autorité quelconque, dans le sens romain de ce mot, peut être autre chose qu'unniot, un malen^ ■ tendu, une illusion. ; vxt^v;

« Mon corps est entre tés mains, disait un philosophe à un tyran. Tu peux me coudre la bouche, m'enfermerj mé'charger dé chaînes, me réduire à une éternelle immobilité; mais mon âme est libre et restera libre. »

Voilà vingt siècles et plus qu'on admire ces paroles, non pas seulement comme courageuses, mais aussi et surtout comme profondément vraies. Eh bien!; si ce philosophe avait raison devant un tyran païen, aurait-il donc eu tort devant un inquisiteui' ?

Le seul être à qui nous ne puissions tenir ce langage, c'est Dieu. Pour l'homme, dans tout ce qui est de la pensée, le seul moyen qu'il ait d'agir sur l'homme, c'est là persuasion. Ajoutez-y deux moyens indirects : l'un, d'habituer l'intelligence à se taire; l'autre, de la contraindre par des violences extérieures.

Montrons d'abord,— et ce ne sera pas long, — qpi' aucun de ces trois moyens, les seuls possibles, n'est réellement Trtwron'te.

Logiquement, avons-nous dit, il n'y a de possible que la persuasion. Aussi ne voyons-nous pas que nos adversaires répugnent à la mettre en première ligne, pour peu que la chose soit faisable ou qu'il n'y ait pas moyen de faire autrement. Ils ne diront pas à un athée de croire en Dieu parce que l'Église l'ordonne ; et même, quelle que soit la personne à convaincre, — avant d'en venir au grand argument « l'Église l'a dit, » ils mettront toujours en avant, au moins pour la forme, quelques arguments rationnels.

Alors, de deux choses l'une : ou ces arguments suffisent pour vous convaincre, ou ils ne suffisent pas.

S'ils suffisent, vous vous rendez; mais comment?

■'àm.

98 ' HISTOIRE DÙGONCÎLÉïiDE TRfiNlpf

Absôitllûônt coinnie vôiisVoUs seriez rèndti à ùù siiflple homme qui, tout seul, armé de sa seule râiis'on, travail-, lerait à vous inculquer ses idées. Sur ce Wterjfâin, l'autorité du prêtre n'est pas atitré que Celle dé tbUt homme qui argumente. Celle de l'Église reste en dehors.

Si lés arguments sont insuffisants, vous résistez. Alors : « Croyez ! -- voUs dit-on; l'Eglise l'ordonne. » Mais, encore ici, de deux choses l'une : ou vous votis déciderez à croire, ou vous persisterez à ne pas croire.

Si vous persistez à ne pas croire, l'homme qui vous à parlé au nom de l'Église se trouve exactement dans la même position qu'un homme qui vous eût parlé èrt son propre nom, et qui finirait par rester court, fauté d'arguments nouveaux.

Si vous vous décidez à croire, sera-^ce, au fond, parce qu'on vous l'a ordonné? -^ Non; il ne dépend ptis de vous d'obéir à, un ordre de Cette nature. Que s'est-il donc passé? :

Il est possible, d'abord, que le témoignage de l'Église iait renforcé, à vos yeux, les raisons que vous aviez précédemment trouvées trop faibles. Mais alors, c''èst toujours aux raisons que vous vous rendez ; îê rôle de l'Église s'est réduit à celui dé toute personne grave, en position d'augmenter par son exemple et ses paroles la probabilité d'.une opinion. C'est une autorité, dans le sens vulgaire du mot; ce n'est pas faù^onVc, dans le sens romain.

il peut se faire, en second lieu, que, sans cesser de trouver les raisons faibles, vous arriviez à vous défier de vous-même, h trouver plus prudent, .^plus conforme à l'humilité chrétienne, plus commode aussi, de courber la tête et de vous taire.

ïtfI:¥RE PREMIER 99

; C'est lâyt^ Rome ne s'en cache pas, r^ c'est IH suy- 'tout ladisposition 4'esprit qu'elle demande, qu'elle 8^ -ll^; çQï|st£tininent cherché ^ entretenir, soit chez les individus^'^^it'chez les peuples. Nous arrivons dorjç au geçpnd des trois nloyèns indiqués cirdessus : liabituer rintelligence h se taire et à se tenir à l'écart.

C'est" le plus sûr des trois ; l'Église en a largement et; habilement ugé. Elle y trouvait deux avanfages : régner, d'abord ; puis, régner sans ojjstacle, sans avoir l'aire' opprimer, sans s'appuyer, en apparence, sur au-r tre.cl^ose que sur l' assentiment unanime de ses membres. Estr-çe à dire qu'il y ait réellement eu, chez ses . docteurs et ses chefs, un plan régulier, positif, iiiva-ï^^ riat)le, pour l'asservissement du genre humain ? — N<)^^. Les docteurs, les chefs eux-mêmes, nous l'avons d^jà- ' remarqué, ne faisaient qu'obéir à, ce mystérieux espritsous l'influence duquel leur rôle était à la fois actif et passif, orgueilleux et humble. S'il y avait calcul, c'était un calcul tout d'instinct. Ils sentaient assez que, poiu' ) pouvoir exiger la soumission, il fallait coinmencer par l i.se soumettre. De là, l'étonnante docilité dont tant de / génies supérieurs ont fait preuve envers l'Église ; de là \ leur respeptueux silence sur tant de difficultés que nous \ ne pourrions concevoir qu'ils n'aient pas vues comme j nous, et mieux que nous.

. Mais, ce silence, Rome ne l'a pas souvent obtenu tellement complet que nous ne puissions l'analyser et eu découvrir le vrai sens, « I>ieu a permis un mauvais succès, » écrivait FénelOn *, en apprenant sa condamnation par le pape. Certes, celui qui dit : « Dieu a permis

< Lettre à l'abbé de Cbanterac, son agent à Rome.

100 HISTOIRE DU CONCILEaDE TRÈ>'TE

que je fusse condamné, » cçlui-là n'est pas près^d^ôirjîf abjuré, au fond du cœur,, les idées pour lesquelleMra' été condamné. « Je me tais... Mais, .je n'en reste pas moins convaincu que j'f^^ais raison, » .voilà; d'après cette lettre et plusieurs autres ',à quoi, se rédùisaîf la -soumission de Fénelon. .-

Écoutez Luther, en 1518 : « Je m'offre et me jette à vos pieds, très-saint père, moi et tout ce qui est en moi. Donnez la vie ou la mort; appelez, rappelez^.^àpprouvez, désapprouvez... Je reconnais votre, vqig .pour la voix du Christ qui parle et règne en vous. » L^^jvoix parla... Et Luther n'en devint pas moins Luther.

Écoutez Lamennais, en 1831 : « père! daignez abaisser vos regards sur quelques-uns de vos enfants qu'on accuse d'être rebelles à votre infaillible autorité. Si une de leurs pensées, une seule, s'éloigne des vôtriésy^. ils la désavouent, ils l'abjurent. » La voix pa]pla..;^tv Lamennais n'en est pas moins devenu... cégû'iLestj — un incrédule. . ,, v.;^.

Donc, nous le répétons, l'autorité n'existe que pour qui veut, que pour qui peut s'y soumettre. D'influetice^ directe, elle n'en a pas. Avec le plus ardent désir d'y être docile, vous pouvez encore ne pas l'être. Alors, ou vous vous soumettez, mais d'une soumission tout extérieure, tout apparente, comme celle de FéneloUj des jansénistes et de bien d'autres 2; ou, comme Luther, comme tous ceux dont la raison, droite ou non, les a empêchés d'obéir, vous résistez.

* On les trouvera dans sa Vie, par le cardinal de Bausset.

2 « Le pape nous menace de constitutions fojâHroyantes. Une bonne intention avec peu de lumières, c'est un grand mal dans de si hautes places. » Bossuet, Lettre à l'abbé de Bàncé.

^49aus ce cas, reste le troisième moyen, la contrdntè. C'estie complément natm^el, indispensable, du système romain; et Je système romain l'a toujours accepté, ce cbmpliéméiit, toujours demanijp. Sans le concours d'aune Wtorîté tempqréllé^il est clair que l'autorité de l'Église

• est dans les mêmes conditions que toute autre autorité intellectuelle et morale : un peu plus faible, un peu plus fôrtte ; t'seloni les individus , — voilà tout. Que le plus humble homme du peuple se mette dans l'esprit une idée nôûyelle : vingt papes, vingt conciles , le monde chrétien ligué contre lui, ne cfiangera pas sa conviction en lui ordonnant d'en changer. S'il s'obstine à vouloir dès, preuves , il faut que vous lui en donniez; si vous n'en avez pa^u qu'il les trouve mauvaises, que pouvez-vous? L'emprisonner, le torturer, oui; le convain-

;:^xireV non. Aussi, de nos jours, qu'est-ce que l'autorité

*" de>l'Ê^^e .dans les pays où le pouvoir séculier n'est 'phisls^^èrvice ? Arrête-t-elle l'essor d'une seule idée? Ou) s'impriment le plus de livres immoraux et incrédules,' à Londres ou h. Paris? Où se moque-t-on le plus de la religion et de ses ministres? Quand Rome viendrait à reconquérir, sans aucune aide extérieure, tout le pouvoir qu'elle n'a eu que par le concours de la force, — ^ ce ne serait encore qu'un fait qui ne prouverait rien en droit. Quand vous nous montreriez le monde entier prosterné devant l'infaillibilité romaine, nous n'en dirions pas moins : « Le monde peut se relever demain, et, s'il se relève, il vous échappe. »

En résumé :

... . Si vous me persuadez par des raisons, — vous traitez avec; moi d'égal à, égal. Ge n'est pas là Y autorité. Si vous iri'habituez à me passer de raisons, — vous

tf exercez non plus aucun empire sur mon intelligêiice, Elle se tient à jlécart, mais elle ne se soumet pas. La preuve, c'est qu'à chaque instant elle peut se réveiller avec tous ses droits, toutiisson .audace, tous ses doutes. Ce n'est encore pas là l'aMfonf^. :^4^.

Si vous recourez à la force, — vious voilà aux prises avec mon corps. L'âme est libre et reste libre. C'est, encore moins Vautoritè. ■'■.

Donc, le meilleur moyen de combattre rautorité,"téllB que Rome se l'arrogé, c'est de la nier. Légitime ou non, infaillible ou non , il y a un mot qui tranche tout : elle est impossible. Ou c'est la persuasion, ou ce c'est rien, rien qu'une force brutale que le premier tyran venu peut exercer tout aussi bien au profit d^yquelque idée, de quelque ambition que ce soit. Mais si l'auforité de l'Église, quoi qu'on fasse , se réduit nécessairement à deux moyens tout humains , la persuasion lyiiâa. con-*' trainte, — n'est-ce pas déjà une preuve que^llglise ne l'a pas reçue de Dieu? Dieu se serait joué d'elle s'il lui avait donné le droit d'imposer des croyances, sans lui donner en même temps le pouvoir d'agir intérieurement sur les âmes pour les leur faire accepter. Or, ce pouvoir, l'Église n'a jamais prétendu en être douée. Elle n'avait que celui de persécuter, et, celui-là, il est clair que Dieu ne le lui avait pas plus donné qu'à Dioclétien ou à Néron. Il la laissait faire, comme il les avait laissés faire. Patiens quia œterniis.

Après cela, que deviennent les argumentations « ■priori? Que prouvent-elles , au fond , quand même ce que nous venons de dire ne prouverait rien ? S'il y a eu une révélation, dit-on , il doit y avoir une autorité. « Comment concilier l'idée d'une révélation donnée par

LIVRï; BRf âlIER iP^

un Dieu, et celle que cettéèeuvre n'ait pas été prémunie, dès l'origine, contre toute altération ? Comment Luther a-t-il pu croire à la divinité de Jésus-Christ, et douter un seul instant que ce même Jésus-Christ ait dû et su précautionner sa religion contre tout ce qui... etc. * » —-Voilà ce qu'on nous répète, sous toutes les formes, dans lès chaires, dans les livres, partout.

Voyons. Nous aussi, raisonnons. <( Comment Goneir lier l'idée de la sainteté de Dieu avec l'idée que sia créature de prédilection, celle qu'il a faite à ^on images l'homme, enfin , n'ait pas été prémuni, dès l'origine, contre toute invasion du mal moral ? » ^r- Eh bien, si le, mal n'était là , évident , palpable , nous défions qu'on nous montrât en quoi ce raisonnement est moins juste que le premier.

Dieu a -put Sans doute. Dieu^ïc^it/ Qu'en savezrvous? ÎS'est-il pas a^sez d'autres .choses qui , à nos pai^vji-es yeux humiajns , seraient nécessaires , et que Dieu n'a pourtant pas faites? Saint, il permet le désordre piorj|l, le mal; sage, il permet }e désordre intellectuel, l'erreur; vrai, il promet le Saint-Esprit à 9Mi7e demanderq,, et beaucoup le demandent sans l'obtenir. Qui expliqj^era ces contradictions? -Quel sera, de même, le s,ens ex9,Gt des promesses faites à l'Église? Que faut-il aitendre précisément par cette protection constante qui a ^été si peu m qu'on se serait figuré , puisqu'elle n'a pas mipêehé tant de déchirements et ,de scandales ? Dieu le sait. Dieu seul. Laissons-lui le soin de sa gloire. Il sait ce qu'il a promis. Ce n'est pas à nous de ^ui prescrire quand et comment il doit tenir ses promesses.

f .Robelot, Influence dfi ta réf/ormatim de Luther ,

'Iftl:;

XXXUI

Une autorité esl nécessaire! Pourquoi? — Poùr^tmis choses , dit-on. Pour régler la foi. Pour ja conserver. Pour maintenir l'unité. — Un mot donc sûr chaciih dé ces trois points.

Pour régler ta foi.— Cela suppose : 1° L'insuffisance de la révélation écrite ; 2° la possibilité d'y sup-

pléer. , :-f;;

Reculez de dix-huit siècles. Vous êtes àRomé,pàïen^; mais soupirant , comme Platon ^' après une lumière ve-' nue d'en haut. L'histoire des Juifs , du Sauveur, des Apôtres, vous est entièrement inconnue. Un livre vous; est annoncé. « Là, vous dit-on, est renfermé cequè vous cherchez. »

Quelle idée s'en fera-t-bn, sans le connaître, de ce livre tant désiré ? — Les uns se le figureront comme un ' traité de philosophie; les autres , comme ûff dialogué" entre Dieu et l'homme; ceux-ci, comme ung. cours de théologie ; ceux-là, comme un code positif et serré. Bref, chacun bâtira l'édifice à sa manière';" chacun y inettrà ses idées, ses goûts, ses passions .peùt%re... Mais S^ÏF est une idée qui, selon toutes les probabilités, në^f iendi'a à personne, c'est que ce livre rie soit pas'pour tout 1 le monde , et qu'il doive y avoir des hommes exclusi- / vement chargés de le lire, pour imposer aux autres ce ( qu'ils auront cru y trouver. « Il y en aura sans doute, Vpensera-t-on, qui en feront^ ime étude spéciale. Géùx-jèi,

LIVR*ff PREMIER 105

.Usera naturel qu'on les écoute avec la déférence qu'appelleront leurs lumières et lemè^avaux; mlisle livre n'en restera pas moins la propriété de tout le monde?^ L'étudier sera le droit de tous, le devoir de t^us. »

Yoilà aussi, nous l'avouons, un raisonnenîént à prtwH". r- N'en concluons rien. Voyons seiîlëi^nt ce qu'en penseront plus tard ceux qui l' auront fait.

Ce qu'ilsen penseront? Ils n'auront pas même pcca- \ sion d'y revjenir. Quand ils liront ce livre, y trouv'eront^^ \ ils un seul mot qui leur inspire des* doutes sur l'idée | qu'ils s'en étaient faite k cet égard? Un seul mot indit- / quant que les instructions qu'il renferme doivent néces- [ sairenent passer par la bouche de certains hommes? I Un" seul mot , enfin , qui ne paraisse pas s'adresser à j tout le monde, pour que chacun y prenne ce qu'aura 1 trouvé son intelligence, sa conscience, son cœur? Non; .^ n à fallu plusieurs siècles et toute la,,j)erspicacité de \ l'ambition pour découvrir, dans quelques-unes des paroles du maître, les germes du pouvoir que Rome s'est arrogé. Quand nous accepterions comme 's'adressànt^à» / elle toutes les promesses d'assistance et d'inspiration / faites à l'Église en général, elle serait encore loin d'en ' avoiir reçu autant que l'Église juive , dont Dieu fut si | longtemps le chef, et presque le chef visible jetant il in- \ tervenait directement dans les moindres détails de sa l d^stmé^. L'Eglise juive a-t-elle été pour cela exempte d'ei|^e^r? Jésus^.Christ ne trouva-t-il rien k lui repro- . cher? Ouvrit-elle les yeux à cette nouvelle lumière qu'on lui annonçait depuis mille ans? Les Juifs se di- j saient « la race élue, » et en concluaient que la vérité / ne pouvait s'être retirée du milieu d'eux. Quelle raison / avaient-ils de moins que Rftme aujourd'hui? S'ils ont '

erré, rien ne démontrera que Roine ne puisse errer, Quand donc l'insuffisance delà Bible serait aussi feien prouvée qu'elle l'est peu, rien ne prouverait éiîPQre que l'Église romaine soit cliargée et seule chargée d'y pour^ voir. Et que serait-ce si, passant aux faits;" nous cherchions maintenant comment elle y a pourvu? Avec quoi les a-t-elle comblées, ces lacunes qu'il lui a plu d'àper^r cevoir dans la révélation écrite ? Ces dogmes dont il n'y a, selon elle-même, que peu de traces dans la Bible, et, seloii nous, aucune, — sont-ils , au moins, assez d'accord avec l'esprit du reste, pour qu'on puisse les croire émanés de la même source? Quoi! I^e pieu qui a pu dicter plusieurs'centaines de pages sans qu'il y eût un mot sur tels et tels dogmes romains, c'est lui qui a dicté plus tard les décrets en vertu desquels ces dogmes ont pris place — et quelle place !... la première, souvent, r^ parmi les dogmes chrétiens ! Mais n'anticipons pas. Nous sommes ici dans une question de principes, Ne disons rien que la preuve ne suive.

Ce serait pourtant par des faits que nous pourrions encore le niieux répondre h la seconde allégation : l'autorité est nécessaire pour conservei^ la foi. Nous nous demanderions comment elle l'a conservée ; nous la sommerions de justifier, un à un, les changements, les altérations de tout genre auxquelles elle s'est prêtée, et, comme nous le disions au commencement de ces ré^ flexions, il suffirait d'un seul point non justifiable pour anéantir tout ce qui aurait été dit de plus fort en faveuiv de l'autorité. C'est là. précisément ce que nouis avons eu surtout en vue dans la rédaction de cette histoire, et nous ne pouvons ici qu'y renvoyer.

Aussi longtemps que l^s jlogmes chrétiens gardèrent

"^^f . LIVRE P^MIER ^ 107

letlf siiripîicité primitive, qiie l'Écriture fut entre les mâihs de tout le îflônde, que toutes les chaires retentirent d'iiivitatipns h l'étudier, —nous ne voyons pas ■■ qu'on ait Mtiiâéé d'ériger cet être abstrait, rÉglise, en régulateur et conservateur de la doctrine, ni, encore moins, de lui accorder aué'un droit sur la conscience et la raison de ses membres. Il y avait des conciles, soit; encoïe n'y en eut-il aucun pendant les trois premiers siècles. Mais autre chose est de s'assembler pour s'entendre sur cj^qu'on aura à enseigner, pour condamner àccidentèUement telle ou telle opinion qu'on croit mauvaise, — ou de s'arroger, de par Dieu, le droit absolu d'enseigner et de condamner. Ce droit, nous nions qu'on se l'arrogeât. S'il y avait eu au troisième, au quatrième, même au cinquième siècle, rien qui ressemblât k celaj -^ que signifieraient ces constants" appels des Pères k la. lecture, à l'étude, à l'examen des saints livres? Ce ne fut donc qu'après avx)ir admis plusieurs articles de foi, "sinon entièrement faux, du moins hasardés et contestables , qu'il fallut trouver un moyen de les lier ë. ceux que personne ne contestait : protéger ce que ne protégeait pas assez l'autorité des saints livres, voilà le besoin d'où est née l'autorité de l'Église. Peu à peu, sa protection s'étendit sur la Bible même : ce ne fut plus des mains de Dieu , mais des mains de l'Église, qu'il fallut croire avoir reçu le volume sacré. Dès lors , les deux autorités n'en firent qu'une. Cette fusion, toute aii profit de l'Église, fut de jour en jour plus complète; la Bible disparut, comme disparaissent, quand un édifice est achevé, les premières pierres enfouies dans ses fondations. Aujourd'hui même, trois siècles après la Ré^ forme, il y a des gens qu'un appel à la Bible étonne

108 HISTOIRE DO djQJi CI L E D E T R'E^S^T É.

profondément, qu'line citation de la Bibley lors même qu'ils n'ont rien.k y répliquer, n'ébranle en aucune façon. Ils ne vous diront cependant ni qu'elle ait tort, ni

c'est une nouveauté qui les confond. De quoi se mêlet-elle, cette Bible ? Quelle est cette musique nouvelle ? L'instrument est bon, sans doute ; mais, précisément parce qu'il est bon , pourquoi rendrait-il d'autres sons que ceux que l'Église en tire? Noufadmettons, sur la foi de la science, des choses tout à fait^iontraires au témoignage des sens , le mouvement de la terre autour du soleil, par exemple ; pourquoi donc n'admettrionsnous pas, sur la foi de l'Église, autre chose que ce qui paraît dit dans la Bible? — Et voilà comment on arrive à rester catholique , tout en voyant clairement dans la Bible le contraire de ce qu'on croit *.

* C'est une observation que nous prendrons la liberté de recommander aux controversistes protestants. Ils oublient trop, en général, qu'ils'ont affaire à des gens pour qui la Bible n'est rien, rien du moins par elle-même, dès qu'elle n'est plus d'accord avec les doctrines de Roms; ils en font trop leur unique massue, et ne s'aperçoivent pas du peu d'effet de leurs coups les mieux dirigés. Si ce n'étaient que des coups tombés à côté, passe encore ; on en serait quitte pour mieux ajuster une autre fois. Le pire, c'est qu'à force de recourir à la Bible contre des gens qui n'en reconnaissent pas encore l'autorité suprême, on les habitue toujours plus à ne pas la considérer comme prononçant en dernier resfort. Ainsi, dans toute polémique avec ces gens, ne l'appelez à votre secours qu'après les avoir en quelque sorte acculés contre elle par tous les autres arguments que vous aurez pu trouver; n'exposez pas l'épée de Dieu à battre inutilement l'air. — Que cette observation soit en même temps notre excuse auprès de ceux qui accuseraient notre livre de n'être pas assez biblique. Pour les protestants, il l'est assez ; pour les catholiques, il ne devait pas l'être davantage.

i^ iJ^lVRE PligBMiER 109

Oui, saris doùteyiil fallait Une autorité, il la fallait absolument pour conserver tant de choses dont la raison, la conscience', l'Évangile surtout, auraient si facilement fait>î}usticè ; mais ce même Évangile, abandonné à: luimême, livré aux hommes tel que le laissèrent lès Apôtres, sans autre défenseur que sa divine beauté, sans autres moyens de contrainte que la majesté de ses dogmes et Firrésistible attrait de sa morale, — risquait-il donc de se perdre ? N'eût-il pas toujours été là, guide inspiré, régulateur immuable, pour maintenir ou ramener dans le chemin du vrai ? Ces innombrables sectes qu'on reproche à la Réfonne, mettez en bloc leurs variations, leurs divergences, toutes les modifications que l'Évangile a pu subir chez elles, — et qu'on nous montre. Bible en main, si elles l'ont plus altéré, toutes ensemble, que le catholicisme ne l'avait fait à lui seul. Avec l'autorité, la Bible était éclipsée; avec la liberté, jamais, quoi qu'on ait pu dire et faire, jamais les yeux n'ont cessé d'être fixés sur elle. Au plus fort des disputes, des troubles, des représailles avec la plume ou l'épée, elle resta sur l'autel, toujours entourée d'hommages, toujours étudiée, toujours méditée, toujours prête à produire ses fruits de paix et de salut. Ces éloquents conseils d'un Ghrysostôme, d'un Basile, d'un Augustin, de tous les Pères, enfin, sur l'obligation de chercher dans le livre de vie le pain quotidien des âmes, — qu'on nous cite une éjpoque où ils aient été mieux suivis qu'aux premiers temps de la Réformation. On nous répond par le tableau dès écarts auxquels donna" lieu, en quelques endroits, cette surabondance de vie théologique et religieuse ; mais si quelques intelligences, émancipées par la Réforme, ont pu enfanter çà et là des choses qui n'en embellissent pas

110 HISTOIRE ^î>U-GO«CIL£ DE'TREJiTE *

l'histoii;^) serait-U donc si difficile di^iSouvi^l^lpïijè du eatholijcisnïev des divagations q#^|TOiMçaiti|^àtf ôter? Abattre ralitoritéi dités-vôusi, c'ést^)ç9iîa|^à ? tous les capïices de l'intelligence humaine ;%ftls|^âfâ'' remuerez longtemps les annales de la fiéfôiiae ûYaflt 'd|| rien trouver d'égal aux élucubratious de Vos mystique^V aux extases de l'un^ aux inacérations de l'autre, aiixëtip mates de celui-ci, aux prétendus ïQffâglesçdé çfeluî4&v Quand l'incrédulité du deiuier siècle raïhassait aVèiÈ tant de soin tout ce qui pouvait ridiculiser le Christian nisme, dans quel champ trouvait-elle le plus {inioisS^^iï?ner? En outre, ne l'oublions pas, ce qu'on a iiUglâiier alors dans le champ delà Réforme n'avait -jamais rëçu d'elle aucune sanction qui l'en rendît l'esponsabie ;• les écarts étaient restés propres à chaque secte,"à, chaque, individu. Mais vos illuminés, vos innombrables rêveùi'è de tout siècle, de tout pays, de tout sexe, vous^les âVéz canonisés par centaines ; et si ce ne fut pas liwé xi-ppîô^ bation positive donnée à toutes leurs folieSj c'est toujours une attache que Rome ne rompra jamais, Toùtéïi interdisant de discuter le f ond, des dogmes, oft laissait h l'esprit une effrayante latitude pour les analyser^.. les creuser, les broder de mille manières. Ge qiï^ié|i àvftit perdu de liberté dans un sens, on le regâigûàiti, tant bien que mal, dans un autre, et l'Église femiait lel yeux, comme un souverain qui laissé ^Miter 'polirHl qu'on obéisse et qu'on paye. Quel livre ne serait-ce piàs que celui où l'on recueillerait les produilide ^ettè demî^ liberté passive et entravée! L'esprit humain iie^^p; rester oisif. Si l'autorité prévenait quelques écarts à droite^ eHe était forcée^ par \h mêîne, d'en toléW beaucmip à gauche. ^v' ^ .-^^

-V: LIVfi.E lUlEMIER . 111

;atest^(Sj dit Bossuet, savaient k fond avec (âe'vari^ma leurs confessions de foi ont été vdrJessé^s, cfpè Réforme dont ils se vantent ne leur inspi- "iSBïpIque du mép^^^ » Nous voudrions bien qu'on nous Impliquât, un^fois pour toutes, ce que prouve, en bonne logique, l'argument tiré des variations du protestantisme, ^ànd on aura montré, par exemple, que les protestants '^^Pmït pasLtous et toujours été d^accord sm" l'Eucharistie, qu'aura-.kon ôté à un seul de leurs arguments directs cç)»tr^ la Messe? Quand on aura prouvé qu'avec un pape ils auraient été plus unis, en quoi aura-t-on affaibli leuré attaques historiques et dogmatiques contre la papauté? « Avant de nous accuser de variations, dit enreoVe Bossuet 2, qu'ils commencent par s'en purger eux- -v. niême§^ A quoi bon?. La position est tout autre. Apros gyoir éciit quatre volumes sur les variations du prolestafitisme, système de liberté, vous êtes moins avancé que celui 'qui en aura trouvé une seule dans le catholicisme, système d'autorité et d'infaillible unité.

Avec la liberté, quiconque, soit individu, soit congrégation, soit peuple, perd momentanément les vraies doctrines de la Bible, ne perd jamais, du moins, le fil qui p.ourr^||. ramener. Le catholique, — pour rejeter une ^^^ seule dës^rreurs de son Église, il lui faut rompre avec / un passé de douze siècles, répudier tout un monde de V tradition^s, britèr des liens de tout genre; l'enfant de la ?

SéÎQvme.^T-. si ses aïeux ont erré, rien ne l'enchaîne à \

leurs i^éès : ilPh'avaient pas à leiu's côtés, comme ceux J (Ippatholique, un pouvoir immuable prê), à couler en ' bronze toutes leurs imaginations. Dans toutes les Églises,

^ PréfsLCQ des Variations.

112 HISTOIRE DU CONCILE DK TREWTE

il peut constamment se faire que le chrisùai^isme|spit mêlé déplus ou moins d'alliage, séiôn les tempset les lieux. Avec l'autorité, l'alliage et le métal ne font qu^in; vouloir les séparer, c'est rébellion, sacrilège. Ayëf la liberté, l'alliage, s'il en reste, est toujours dans le creur set de la Bible, toujours sous l'action de ce feu divin qui seul peut le séparer et le chasser.

Ce travail que Rome ne veut pas laisser faire avec le secours de la Bible, il faut bien, partout oii elle n'est pas maîtresse des corps comme elle veut l'être des âmes, il faut bien qu'elle le laisse faire, et cela, trop souvent, sous l'empire des plus fâcheuses passions. Si Voltaire, dès son enfance, avait eu la Bible entre les mains, croit^ on que, même devenu incrédule, il l'eût si impitoyablement poursuivie? Voyez Rousseau, qui n'y croyait, au fond, pas plus que lui. Un protestant peut devenir incrédule, mais il ne devient pas impie. Il abandonnera, il attaquera le christianisme, mais il ne le haïra pas; il ne l'appellera pas fm/flme-; il ne demandera pas de V écraser. Sans la solidarité déplorable que l'autorité avait établie entre celui de la Bible et celui de Rome, jamais l'ignorance, jamais la mauvaise foi ne serait allée jusqu'à mettre sur le compte de la religion ellé-niême.çe qu'il pouvait y avoir de ridicule ou d'odieux dans son histoire. Établie pour conserver, l'autorité a dû tout conserver ; c'est le plus grand mal qu'elle ait fait à la religion et à elle-même. Aujourd'hui, parmi tant de nouveaux obstacles, croit-on qu'elle ne fût pas tout heureuse de déposer une portion du fardeau qu'elle s'îest engagée à porter jusqu'à la fin des siècles? Elle l'allège assez, en fait, par le soin qu'elle met à laisser dormir tant d'idées, dont le seul énoncé la ruinerait pour:>ja-

LIVRJE PREMIEK ii'è

mais! mài| tout ce qu'elle abandonne ainsi sans qu'on 4Si'e%âpérçbive, npus avons le droit^e le ramasser, de lé 'Jpitemettre sur lés épaules, et de lui répéter qu'à moins dè"^ se renier elle-même, il faut qu'elle aille jusq[û'aubout. .

Mais., nous dit-on, sans l'autorité, point d'unité. "^•Get argument, dont nous entendons tirer tous les jours un si grand parti, est, en soi, le plus "inexact des trois. Il suppose admis et incontestable ce qu'il faudrait démontrer avant tout. Entre-t-il dans les vues de Dieu qu'il y ait dans l'Église une entière unité de foi? Voilà la question. L'autorité est nécessaire pour maintenir l'unité. Soit, Mais l'unité elle-même, est-elle nécessaire ? Entendons-nous. — Qu'elle soit désirable, infiniment désirable ; que nous devions être disposés à y concou-

* rir par tous nos efforts, tous nos vœux, toutes les concessions que permettra la conscience, — qui le nierait ? Qui en doute ou en a jamais douté ? Une Église à la fois zélée et paisible, c'est un des plus ravissants spectacles de la terre; et le jour où tous les chrétiens se réuni-

, raient pour n'en former qu'une, serait le plus beau qui ait brillé dans ce séjour de discordes et de luttes. ' Mais quoi ! Le plus beau des jours a déjà brillé. C'est lé jour où la terre a vu arriver Celui qui était annoncé comme le Sauveur des hommes; des hommes , qu'on se le dise bien, c'est-à-dire de chaque homme, de chaque âme, Qu'est-ce que l'Église, après tout? A-t-elle un

■ Wi:-

.114 HISTOIRE DO CONCILE DE ^ï R EK^'i' r y V

eiel à attendre, une lame k sauver f;L?ég^lil^Mîk%gtix de Dieu, ce.sonfc^^Mmdus quil8^pttpps^jn|î||^^^.^ a pour elle, en tant' qtf Église , de même qu^'e^^Btp peuple, en tant que peuple, ni responsabiliféf ni Jugeï ; ' men^ni avenir, ni paradis, ni enfer. Priamesses^l^ei^, nacés, tout ce que vous lisez d'ansli^Ècritpe, toM^ëe que' vous entendez de la bouche des prédicateurs, Tdut cela a beau être présenté parfqis! ^qus unetforme ç^llëétivé': il n'existe, il ne peut exister d'autre respoÏT^abilitè-que: : celle de l'individu. La reli^on , quoi qu'on fasse- ■testé , une affaire entre chaque liomme et Bien. Si^mifâfpi è^' ;. confoime h celle de mes concitoyens, tant mieuxj-;î^^e dois désirer qu'elle le soit; si elle est différente, Bés^un mal, un mal k combattre, autant que possible,jj)i^r la tolérance et la charité ; mais de rapport réel, direct,' logique, entre le salut de mon âme et l#plus ou moins de conformité qu'il y aura eu entre leurs 'id,é0'et lesmiennes, — je n'eifvois aucun. Unis ou»non ufi^ dans ce monde, chacun de nous n'en sera pas moins juge^ seul, condamné seul ou sauvé seul. Si l'unité a de gràndsAii avantages, si elle concourt efficacement à plusieurs des| buts de la religion ici-bas, union, paix, ordre public, -— . il n'en est pas moins clair qu'elle n'est point indispèn- . sable au premier, au plus grand de tous, au seul' es^sentiel, la sanctification et le salut de chaque homme; : '

Si elle n'est pas indispensable, rien ne nous autorise à affirmer que Dieu ait dû la vouloir. MaintenanJ/avons-^^ nous des faits pour affirmer qu'il l'ait voulue? ; y

« Dieu est saint. Dieu a fait l'homme. Donc, Dieu â.

dû vouloir que l'homme fût et restât saint. » Vqilk le > raisonnement dont nous avons déjà dit que|a fausseté. ;, ne peut être logiquement démontrése. Pour^e ^éfateis;;

LI VnE.PREMIErx il5

crue fenônis-nous?„5Jous dirions : « Le mal existe. Il v a des^i^^des crimes. Donc, Diemrn'a pas voulu qu'il n'y^eût^iii vices ni crimes. » Pourquoi ne l'a-t-il pas iroiùOlii?]^^ fois, nous lUgnorons: Mais le feit

est lif l'argument contraire s'évanouit. Facto ceditar-

guifient^:-

. tÉh^^îoLy quand le monde chrétien nous apparaît si prof^^ément divisé ; quand nous voyons ce qu'il y a de fa,Gtîce^daris l'unité romaine et d'atroce dans les inoyens dontril a ;i|ependant fallu user pour la maintenir tant bieitiquig^mât; quand nous nous disons que tant de soins, taMjdé vigilance, tant de sang, n'ont pas empêclié Rome de perdre le tiers, presque la moitié de l'Europe , et |[ù'il fallut un redoublement d'horreurs pour ,fèrBttêl?,ci îa Réfonne les portes de l'Espagne et de l'Ita-lie,' dont Ja conquête eût été la mort du catholicisme, — ilnôuSj^stfMmontré que l'unité, c'est-à-dire le système auquel|fji doniiç ce nom, est une invention humaine, un rêve très-beau en théorie, souvent très-hideux en pra- .tique, et dont laréalilation, si elle doit avoir lieu une -fgjis, n'appartient qu'au maître des cœurs. ^ -'La question reste donc entière. Rien ne nous prouve, en théorie, l'autorité ni l'infaillibilité du concile dé Tjrénte ou de tout autre. Voyons s'il nous la prouvera lui-même par ses décrets et l'histoire de ses décrets.

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• . Ilonirnageià la Bible. — Qu'est-ce que la Tradition? — Limites

de sà^SêâibîIité. -— Ce qu'en pensaient les Pérès, — etles con-

■ :'ciîés.'--^ ïï. ,;Ce qu'elle avait été Jusque-là. — Aberrations pa-

-.^aléà, ^ ÏÎI.. De quoi se compose l'Écriture sainte? -^ Poiir-

, ijubi étîiit?-cè 'encore à décider'? — Les îTiéôlogiens au concile.

^~ IV. Les àpôcrypftes. ■^— Trois àtis. — È'traôge omnipotence.

;^' 'ii^V. Là Vttlgatè.-^ Son histoire jusqu'au iconcile.^— VI. bécret

:;1à'û%ent;e. — Résultats. -^ Lu Vulgatfe a'ctlielle. — VU . A qui

/^\ap]^âniêYit^l d'intievpréter rÉcriturè? ^ ibeàit-lîtéi-alifetoè. —

, iSfôsérVîsstîtaelit absolu. — Le dieu d'Épicûre. ^- VIÎÏ. Qtiëstîbn

"Jv^i^lSriiqUB.^-- L'Aïlfcièn Testament. — Le Nonvèaùi — Les Pères.

-*Ï^^É^%ernîtîr des PèlreSi — Saint Augustin et les sociétés biibli-

> yqn^Si'— Une citation fausse. — IXi. Décret sûr la tectùré et

'Î'iàter,pré4;ati<«i de là BiblCi— •tîeiïu'^stdeyeBU cfe décret entré

les inains^idiBs pa|pè&. — ^ Pâturalges mortels. — Port-Rioyàl. —

L-a liberté âàns le ratholicisme^ — Sophismes» — X. Difficultés

tifé rédacdofiï— L'es anatiièûiès. — Hïàtori<in«. — XL Bésita-

•tiflHSiîasJB Je concile. — Dëcïéts de foi. — Décrets die réforma-

tion.,— - XII. Craiîitïs. -^ Précautimis. — QuatTième svvss*;«i).

— Gonfirmalion du pape:— C« ■qu'on avait gagné.— Xllî-C-bm-

^romis perpétucK — DifEcuUés «xtiérie«re&.

XiV. OuGî-elies sur le choix lîcs stijels. '-^ La prèdfeatioïv. -- I^cs

évoques et les moines. — Récriminations mutuelles. —^ Dédommagements aux évêques. — Relâchemenj^général au profit dés papes. — XV. Aveu luthérien. — Question du Péché originel. ^

— Quatre problèmes. — Les enfants morts sans baptême, -i. Le Catéchisme Romain. — XVL On renonce à s'expliquer autrement qu'en anathèmes. — Béilexions à ce sujet. — Cinq canons. — XVn. L'Immaculée Conception.— Historique. — Fluctuations. — Comment les dogmes romains s'établissent. —

— XVIII. Cinquième session. — Votations disputées.— Les ambassadeurs. — Pierre Dauès. — Guerre sainte. — Jubilé.— Mécomptes. — XIX. Craintes du côté de Trente. — Projets de translation. — Victoires de Charles-Quint. — XX. Nouvelles querelles sur le choix des sujets. — La résidence. — Historique.

— Les légats se montrent sévères aux dépens des évôque's, — et les évêques aux dépens du pape. — XXI. La grâce. — Deux extrêmes. — Quelle est véritablement la doctrine romaine ? — Vives disputes. — Comment il faut croire à la grâce.— XXII. Rédaction du décret. — Travail herculéen. — Inconséquence et audace. — XXIII. Querelle entre Soto et Catharin. — Point . de solution.

XXIV. Les bénéfices. — Historique. — Les donations pieuses. — XXV. OrigiiiB de la querelle du droit divin. — Efforts pour n'y pas mêler le pape. — Décret sur la résidence. — Abus sans fin.

— Le courage de Samson. — XXVI. Sixième session. — Se taire et adorer. — Question des sacrements. — XXVII. Le nombre sept. — DifiScultés historiques et dogmatiques. — Bizarreries.

— XXVIII. Omnia a Christo instituta. — Comment ce décret a . été tordu. — XXIX. Nécessité des sacrements. — Inexactitudes

et sophismes. — Nécessité d'intention. — XXX. Occasions ou causes de grâce. — Vives querelles. — Qu'enseigne réellement l'Église romaine? — XXXL L'intention du prêtre. — Objections. — Que fallait-il faire?

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