‹ Histoire du Concile de Trente [microform]Chapitre 8 sur 38 · XI · texte numérisé non relu

XI

Au moment d'exercer ce droit redoutable, le concise hésita, Non qu'il ne s'en crût en pleine possession ; "mais . les quatre décrets qu'on venait de faire 2 étaient dé na^ •tïu'é^ssez diverse pour qu'on se demandât s'il convenait^

1 Ep. aux Galates, i, 9. A^pï

2 Tradition, apocryphes, Vulgate, interprétation dea ÉGriture's.-

de lés placer sur la même ligne et d'y ajouter la même sanction. Les doctem's consultés ne s'entendaient pas. Ils renvoyèrent la questioii aux évêques, et les évêques ^s'entendaient encore moins. Singulier spectacle que celui d'un conseil dirigé d'en haut pour régler la foi , et qui, après avoir pronpncé sur quatre points, ne sait pas même bien s'il a fait des décrets de foi ou de simples décrets disciplinaires !

On vit d'abord se dessiner deux partis, l'un qui voulait quatre anathèmes, l'autre qui demandait qu'on n'en mît point. On objectait à ceux-ci que le concile aurait l'air de n'avoir point fait d'articles de foi , ou de ne s'être pas cru le pouvoir d'en faire ; à ceux-là, qu'il serait bien dur d'envelopper dans la même condamnation un incrédule qui rejetterait la Bible et un savant qui rejetterait la Vulgate. Après de longs pourparlers , on prit un milieu, et voici ce qu'on décida.

Sur le premier point, anathème. — Anathème donc à "qui en appellera de la Tradition h l'Écriture, de la révélation falsifiée, ou tout au moins falsïfiabtef k la révélation restée intacte.

Smvle second point, anathème encore. —Anathème

;^d6nc h qui niera la canonicité d'un des livres qui ont

• passé deux mille ans pour apocryphes, et que nul doc-

, teur, jusque-là, même parmi ceux qui les acceptaient,

n'avait placés sur le même rang que les autres.

Sur le troisième et le quatrième point ( Vuîgate et Interprétation des Écritures), simple défense; mais dé- : fense^ comme nous l'avons vu, formelle, absolue. Que ï personne, sous aucun prétexte, ne rejette la Vulgate ; .que personne ne s'avise d'interpréter l'Écriture (( contre le sens qu'a tenu et tient l'Église, ou contre l'accord

168 HISTOIRE EU CONÇ^ftE-jD^TRENTE^^ ^j;

unanime des Pères ^\ » cet accord wnawiVne qui, soit dit en passant, ne va guère au delà, de l'existence de Dieu 2. Défense encore, ce qui était sage, d'employer les paroles de l'Écriture à des plaisanteries, à des sortilèges^ à des flatteries envers les princes, etc. Défeiise, erifin^; de rien publier sur la religion sans le consentement et l'approbation des évêques. Ceci, c'était la conséquence naturelle de tout le reste, mais avec empiétement sur les droits de l'autorité civile, car il était question d'amendes à, infliger aux contrevenants. Aussi cet article ne fut-il jamais admis que dans les états du pape. Les gouvernements les plus éloignés de vouloir établir chez eux la liberté de la presse n'ont pas reconnu à l'Église le ' droit de les en empêcher.

Tout était donc prêt pour la session, et les légats, cependant, n'étaient pas sans crainte. La plupart des dé^ cisions prises n'avaient pas été unanimes. On avait eu, des minorités inquiétantes, qui, même après le vote, n'avaient nullement eu l'air de croire que la voix de la majorité fût la voix de Dieu. L'évêque de Chioggia, Na-^

* Aut etiam contra unaniaiem consensum Patrum.

2 Nous renvoyons, quant à ce dernier sujet, à l'écrit, récent d'un prêtre sorti de l'Église romaine, M. Trivier, de Dijon. Il y a un curieux chapitre sur les perplexités de qui se mettrait sérieusement à chercher, dans les deux cents volumes in-Zj» de la collection des Pères, ce qu'il aura à croire sur quelque point que ce soit. ' .'

clâàtusfiétait*alléjû^'à traiter d'impie l'idée d'égaler l£i Traditipà à rEcritii^ " '. " ' - /

-Danone d^Sère assemblée préparatoire, le cardinal ^,pel; Montent "un discours dans lequel, après force i^^geyi*là sagesse et à la science des . Pères, il in- , sistàit ad^itenient sur la nécessité de n'avoir, dans la séancç publique, qu'un .cœur, qu'une âme, et surtout» qu'une voix. Comme on ne s'y fiait pas encore, le carr dm|l dé Sainte-Croix appela en particulier ûeiïx qui ^'^aient montrés les moins dociles sur l'article de la ^ulgi^, étales conjura de nouveau de ne pas troubler, par*un imprudent veto, l'harmonie imposante de la vo- ''tation publique. \;

La session eut donc lieu le 8 avril 15/|6. Il s'y trouva cinq cardinaux et quarante-huit prélats. Les exhortations dés légats n'avaient pas été vaines ; aucune pro- ■*testation n'eut lieu. Seulement, au lieu de répondre : "" J'approuve (placet), l'évêcpie de Ghioggia répondit : ^J'obéirai. Un autre évêque renouvela, mais par écrit, la demande que l'on joignît aux titres du concile celui ÛQ Représentant L'Église universelle. Deux autres, enfin, déclarèrent qu'ils ne demandaient pas, pour le moment, l'adoption de ce titre, mais pourvu qu'il demeurât en- . tendu que le concile le prendrait quand bon lui semblerait.

Malgré l'heureuse issue de la séance publique et l'incontestable légalité des décrets ainsi admis, on était assez effrayé d'avoir tranché du premier coup tant de questions si controversées et si graves ; on ne savait trop, en particulier, si le pape n'en serait pas effrayé aussi. En lui envoyant les décrets, ses légats ne lui cachèrent pas qu'ils étaient loin d'avoir une confiance entière en la

170 HISTOIRE DÛ CONWlP^]^?! RENTE .j,- °*

solidité de ce qu'on venait de :bpir; ils'^réiïgâgeaiènt " presque à différer, de peur de se compromettre, là con-

' fîrmation et la publication de c%premî%s actes/ Mw^^^ pape n'était pas homme à s'inquiéter pot^li péuâtLés^ décrets lui convenaient : c'était a^siez. D'àiUèi^y (^^i pouvait leur manquer d'autoiitéj n'alïait-ii %s le leur

. donner en les confirmant? *=^; Il les confirma donci et

tout fut dit. .y '^' ^ ' ^' ':,:,/■::-

Tout était dit, en effet, au point de vUïi romain^ 'jpis^ qu'il n'y a rien au-dessus d'un concile général àpprOftV^é^ par un pape. — En r^éalité , qu'avàit-on gagiié?^. ,

Pour le présent, rien. -^ Oh avait donné aui'pi'otesç tants le spectacle des nombreuses incertitudes au sein desquelles vacillaient les Bases mêmes dé la foi qu'on prétendait leur imposer; on s'était heurté, dès l'entrée^ à des questions où il avait fallu laisser voir que là tradi^ tion même était pour eux ; on avait prononcé, enfin, sur ^" deux points, peut-être sur trois, dans tin sens qui n'avait "^ encore été celui d'aucune université, d'aucun théologien* de quelque valeur. '

Pour l'avenir, beaucoup. — « La fortune aide ceux qui osent, » disaient les anciens ; et ce n'est pas moins vrai dans le monde des idées que dans celui dé la politique ou des armes. Tout principje hardiment posé, tout enseignement qui se fixe, acquiert, |)ar là même, une autorité presque indépendante de la solidïté oiï de la fragilité des bases. Dans une déroute, qu'tin^seuï homme s'arrête, et il pourra arriver que tous s'afrêtétit. Dans - un ruisseau qui charrie une foule de corps incohérents, qu'un seul se fixe, et vous avez une îlé'qui dujrera peutêtre plus que les anciens bords du ruisseau. Ainsi s'est faite, ainsi continue à se faire la foi romaine. Jusqu'en

15/i6,*q^^|[tt'un''cmain ifcibre de points paru^se^t fixée* oe tfetaiï"inGcfre, en réalité, qu'un grand -iléus où nageaient Iqs éléments du.tèrrain futur. Qu'uitl%l^ s'a1^*êtât,^^^^t-ce7qttun Brin^'herb'e, et tout étî^ <^ Mt. "Mais o| Hfin d'hêrbé, où'le prendre?. A quoi accrot/^; cher^%i'bn;nout plSrâôifnç ce mot,i'idéê de l'égairté'-tVj de^â Tradition et'* de l'Écriture? Car c'était pécessaPr '* renient par là, qu il fallait commencer, et.' tant que jcé'^* ^int*"aurait flotté,^ on n'aurait jainais eu gu'.une .îl#ç *-ï ^llottânte. % quoi? Le concile ne l'a pas dit, et il aurait- ."l été Ê^nVen peine de le dire. Il a supposé lài chose ' ^;^ admise^âémontrée, incontestable... La génération con^^:.*:^^ ten^oraine^a-douté et s est tue; la suivaiiteva cru..^^^p MaisHâ question, l'éternelle question, c'est de savoir^^^ un homme de sens "peut sérieusement -admettre, su#l^^Ê^ foi mi concile, ce que les présidents mêmes du cohciM^*:-* n'admettaienr qu'en tremblant et tout pâles de leuif'ig)^ ace. :^

m ,v'* xiu

Cependant,, malgré la proclamation solennelle qu'ôn.^; en avait faite à -Trente» le'pape venait d'ordonner la pil-ï^^ blication des décrets comme si elle eût été encore à fa|r||f ?? et que,^ sans ^on concours,^ elle ne signifiât rien. ^^ ^

Noiis àvofas dit ailleurs, combien cette position jëfait ^

fausse. r^Npùs'àVbns fait observer que, quoi qu'on fasse^^ ^

pOm" éludtf;l^^^$tibn, elle présente,' si nous nous|tt'a&sportbns^K'épfoque de la tenue du concile, des dif-^ ficuttés insolubles* Ce. qu'on reifeuîàit le plitô* c'étiÈat

* • ^^ H l'S T 01 R E DU #0 N C I hJEe/D

d^être .amené à s'èxpîicruer.^e pOT^euH^i^é à l'idée &prôvoffuer des nianifestations,.^Qine-*cfelles de Bâie . ^de Constance, où on^ avait déclaré=poiï^r se passer ^,WI là-isanction pontificale] lejconcile, dédira côté^ne

avait

^.^ i '^tensiblement à ce chef, car c'éûtété.renoiiceËjà^tOTite ^-ci^^Mliience hors d'Italie. De là le. compromis tacite qui! fv^faQàit unir-Rome et Trente. Les gens qui, au fond' s'eW j:$^ ^;endent le moins, sont souvent ceux qui s' entendent le^

fe"-;'?-

quelques points ; une personne dont vous Vjpus'senséparé ^par des dissentiments profonds/vou^vitëz iouchér à ce qui^pourrait lui déplaire, et rien^^mr^ç é, à l'extérieur, qu'on ne vous crpie amis intipSes.* ■ plus de précâiition, le^pape ordonna aux légats 4de lui communiquer, avant la yotation définitives^ ]^s^ *J|^projets de décrets, ou, pour mieux dire,^touS'les|^ ' J^-'^endements discutés dans l'assemblée, caries projets r^^ûx-mêmes devaient jvenir de Rome. Leg^é^ts,' ^"^^^ ^■^l^gjie possible, ne laisseraient voler qu'api;ès qi^le^papp T^lraûrait répondu ; ce serait à eux d'empêcherad'on y()tât\ i^v /Jjârien de contraire à 'ses vues, .et..de celtetmaiïièré#tout^« ^'^^ïiflit serait évité. Bien entendu, d'ailleurs, que l'ar^^ "Hgement resterait secret, et que les décrets suaient, ^^és ne partir pour Rome qu'après la session^ai^ * laqUelle.on les aurait promulgués. Dût-on ne sauver que • ,?Me^-^pparences, c'était beaucoup,^étaiflpnt.^t

'^•'pyfilence, ses paroles, tout était afirpnt poiir lef^e.

fm^^

LX^jRË ÔEUXIÈarË ' V 173

D'abdrdyvjpas unTévêqir^ allemand n'était à Xrente,^t f| l'on ne pouvait douter que leur absence ne tînt à-,d|a^^

-ordres surets. Les procureurs:^ de l'archevêque ^R^^

Mayenceii'iétâient restés que quelques semaines ;révê-* v

qu4^d'Autsboùtg en avait' envoyé Un, mais c'était ii]iïf-i>

: Savoyard. On avait p^paré pour la session du 8 avi|l^N

ifiie sommation très-sévère aux évêques absents, parti- -

: cùlièreiiieiit à ceux « que l'on voyait des fenêtres. dè--> Trente, » dit Pallavicini, c'est-à-dire aux Allemands.''^ dont plusieurs n'étaient, en effet, qu'à quelques lieues du^concile ; mais l'empereur s'en était offensé, et le dé-.i-^

^ cret, quoique voté, avait dû être omis. Charles-Quiât^j-: c seî^iménageait donc évidemment la possibilité de ne p^^li; reconnaître le concile, et il n'y avait pas plus à compterl^S suites prélats que sur lui. ;;vi«l|;^

:^Gë fut bien pis quand on le vit continuer à trait«r<ênvr^ aicbevêique et en prince ce même électeur de Golognésls

* que le pape avait cité à Rome, puis excommunié. La ''

f èeSitence n'était cependant rien moins que secrète. .Elle, avait été solennellement publiée à Rome, et dans lés ' xtermes lés pîiis forts.^Les sujets du prince-archevêque^ ,^ étaient déliés du 'serment de fidélité; ses droits et son ' •; .titre étiaieiit donnés à son coadjuteur, Adolphe de Scha^' , VKéfîbourg. C'eût été à l'empereur d'exécuter rarr.et;|:;^.

*mais Hermiann, quoique luthérien ou presque luthérien^,, vM étiàit resté fidèle, et il ne voulait pas le forcer d'jmls^iil^ grossir les rangs de la confédération protestante: Paul III eut beau demander et presser, l'empereur f esta sourd. Ge fut Hermann qui céda, mais sans paraîtreb-

, obéir ; il quittaColpgne et se démit, comme de son pléit^vs gréfePu reste, nous n'approuvons pas ce que disaient " • le^îotestânts d'Allemagne, que le pape, un emfëiié .

17Zl HISTOIRE I)D CONCILE DE TRE^I^-

étant assemblé, ne pouvait condamner personne sur des points non encore votés pÉ' le concile. Le pa^jétait incontestablement dans son droit ; et nous avons vu avec peine, soit dit en passant, que la plupart dès prêtres convertis de nos jours au protestantisme se soient livi'és à des récriminations de ce genre. Ds avouent qu'ils n'étaient plus catholiques, et ils crient au despotisme parce qu'on les a destitués. Les évoques n'oM f^t que leur devoir. Déclarez la guerre àJ'Église, à la bonne heure ; mais que ce soient des combats, non des chicanes, -i - v' '

La cinquième session avait été fixée au 17 juin. Il s'agissait de s'y préparer.

Alors recommencèrent les disputes sur le choix des sujets. Les légats avaient ordre de faire en sorte qu'on s'occupât du Péché Originel ; l'ambassadeur de Charles- Quint*, soutenu de quelques évéques qu'on appelait les Allemands, bien qu'ils fussent tous Espagnols ou Italiens 2, insistait de nouveau pour qu'on s'en tînt aux sujets de réformation. Quant à l'arrêté pris de mener de front les deux choses, ces prélats faisaient observer qu'en le sollicitant ils avaient surtout eu pour but d'empêcher qu'on ne s'en tînt aux questions de foi ; point de sessions, par conséquent, sans décrets disciplinaires,

1 François de Tolède, qui venait de succéder à Diego de Mendoza.

2 Des États de l'empereur en Italie.

^ "**''- ^^^^ L1VRE..DEJJXIÈME JIP . 175;»

mais;^^iÉqbligeait1d'y^^àsr des décrets de dogme. So|fi^^> assurément, m^Pl'émpereiir étmt derrière» Après beaucoup de détours, les légats furent obligés de laisser voir encore une fois le fond de leurs instructions : ils déclarèrent la volonté du pape, mais éhioffrant dé lui en écrire de nouve'au» ^ ' ?*^

O^ccepfa, et, en atœndant la réponse, ^^on s'occupa de quelques règlements intérieurs. On ârrêl^a qu'il y aurait trois sortes^e congrégations : les unes,* où l'gn entendrait les théologiens sur le dogme ; les autres^ où les docteurs en droit canon discuteraient les questions de discipline ; les autres, enfin, où les évêques seuls seraient #dmis, et où se rédigeraient les décrets.

Cela fait, le pape ne se pressant pas de répondre, on reprit un point important qui avait plusiem's fois été touché dans les travaux de la quatrième session, savoir l'enseigneinent religieux, et, en particulier, la prédication.

La question était épineuse. Ne l'étaient- elles pas toutes fe^NoUs n'en trouverons presque aucune où Rome n'eût à tenir la balance entre des ambitions et des in-

'•fi

térêts opposés, mais également nécessaires à l'existence et à la consolidation de son empire.

Dans le cas actuel, c'étaient, d'un côté, les évêques, de l'autre, les moines; les évêques, chargés en droit de tout ce qui avait rapport à l'instruction religieuse ; les moines , chargés en fait et depuis plus de trois siècles des prédications et des catéchismes. Les évêques ne demandaient pas qu'on les leur ôtât, mais voulaient redevenir maîtres de les leur confier. Les ordres religieux ne relevant que du pape, l'autorité épiscopiale avait constamment h souffrir des empiétements de ces hommes

*476 HISfo^RE'DU CO^NCILE DE TI^JTE' '; . ^y ^

qui. pôuvaienf s'implanter^ll pat le papé^ aMpilieu'.d'un diocèse, 'prêchant, c^^^ssant, s'empràritw'rës-

. prit et du cœur des peuples. C'était comme un^sëcond ,< réseau j^é par-dessus c^lui dé la hiérarchiëi^-et dans^? legi^l la^hiérarchië elle-même était enveloppée. (( Lès

" moines, disait Luther, ce sont Jps^éilleurs, 6iseleurs-du pape. )) Et comme Henri Vlïl^^ans les prlmief^ûni^ '

^ mencements de sa réfoime, paraissait disposé à lés conseirver :* (( C'est comme s'il n'avait rien fait, dit l'ancien moine. Il tourmente le corps de la papauÉé, mais il en " conserve l'âme. » Et c'était .en^ effet pour ïes évêques^

. un perpétuel sujet de déplaisirs ,' de luttes , de dégoûts. Ce fut donc, avec beaucoup de vivacité qu'^ s'éleva, dans, le concile, contre les prétentions et les intrigues des moines; mais la défense ne fut pas rnoins vive que -l'attaque. Gomme il y avait, parmi les théologiens, des représentants de tous les Ordres, ils parlèrent, ils écrivirent, et l'épiscopat fut forcé d'entendre de dures vérités. Ils prouvèrent que, s'ils s'étaient emparés 5,des chaires, c'était qu'ils les avaient trouvées vides^vu que, les évêques et- les curés avaient totalement abandonné la prédication ; ils montrèrent que les bullés;papalés, en vertu desquelles ils enseignaient et prêchaient^h'avaieiit v^ été généralement octroyées qu'en vue de besoins posi^ tifs, incontestables. Les papes, il est vrai, avaient spu^=; vent laissé voir qu'ils ne demandaient pas mieux, et qîtë^ le désir d'instruire les peuples n'était nileur seid ni:- . même leur principal motif*; mais les môiries , au

* Voir saint Bernard, De consîderatione. Ailleurs, il s'élève ayej^*^.

force contre l'indépendance des moines. «O liberté plus serjilë;^ que l'esclavage ! Je ne veux point d'une liberté qui m'impos^^^g joug ayillssaat de l'orgueil ! >!

:î LIVRE DEUXIÈME ,-^- 177

' fondai, ayaiçnt raison., et tette discussion vint pleinement ^ï'appî^^ plus grands reproches que lés protestants faisaient à rÉ|lise. lîs l'accusaient d'avoir ^^àissé périr, dana-^tout lé clergé ayant charge d'âmes, "^'Mbitiidé^d'instruire et de prêcher ; et il leur était fac^ de montrer, soit par UÉcriture, soit par l'histoire, combien^ette négligence était contraire aux lois et h la pratique des^premiers siècles. Qu'on voie, d'après les épîtres de saintTaul, si un pasteur, si un évêtjue n'est ■ pas, avant afput, un prédicateur, Rome en avait fait un prêtre, dans le sens païen de ce mot, dans le sens hé- Dreu,Jout au plus, un sacrificateur, un lévite, un ordonnateur de cérémonies. Il y a eu, à cet égard, cër- ,taines améliorations ; encore n'est-ce pas dans les pays où,le.,^thdlicisme domine sans contrôle; mais, au sei- -^"zième siècle, ce reproche embrassait la presque totalité '^ duclergé.jé .^^ ^ ^

Il aurait donc- fallu, avant d'attaquer les moines prê-

l çlieurs, se mettre en état de se passer d'eux. D'ailleurs,

lei^ privilèges ayant émané des papes, on sentait que

le pa^ seul pouvait y toucher ; la moindre décision

contraire e^ été un empiétement sm' ses droits , et eût

f"/conduit à^lPvérification de ces droits mêmes , c'est-à-

* dire au plus dang^eux^es procès. Plus il était incon-

.*te|table qu'un pape du sixième siècle n'aurait pas eu

4;^^fdée d'envoyer dans un* diocèse des gens qui dussent

i:Wêtfe indépendants de l'évêque, plus il eût été imprudent

'^^dé le déclarer par un vote, car c'eût été ouvrir la porte

^ ,jà. l'examen historique de tous les droits, et il y en avait

ga^ucoup dont les évêques les plus indépendants ne vou-

Sient pas plus que le pape qu'on entamât la vérification.

Am^j, le,s uns par dévouement, les autres par nécessité

OU par raison, tous s'accordèrent à penser qu'on ne pouvait rien faire, sur ce'point, sans son autonsatiôîi.

Il déclara, en effet, ^ue Içs privilèges des moines iïe '' regardaient pas le concile; mais, sq^^roit réservé, i|^' autorisa les légats h accorder aux éVéques tous les^è^^ dommagements qui n'iraient pas à ébranler ce principe* On en trouva deux : l'un, qu'aucun religieux%e pourrait prêcher, sans la permission de l'évêque, hors des coiivents de son ordre ; l'autre, qu'il y aurait dans chaque cathédrale un docteur en théologie, n6mmé{§t dirigé par . l'évêque. On décréta aussi d'en avoir un dans les principaux monastères; mais on ne savaiftrop quel drÔiî l'évêque pourrait exercer sur lui sans attenter àî'indépendance de l'Ordre. On imagina donc délie mettrersoùs. la surveillance de l'évêque, agissant non comme^eque du lieu, mais comme délégué du pape ; distihctpa^^uii"^ comme nous le verrons , fut d'un grand, secours daris~la suite. C'était ce qu'il y avait de mieux pour rendre aux évêques, sans toucher aux droits du pape, une partie, jdep: ceux dont le Saint-Siège les avait dépouillés ; màis^tis verrons aussi qu'ils ne se prêtèrent pas toujours d^onine grâce à recevoir comme une laveur ce qu'ils pouvaient réclamer comme un droit. ^'''-i ;"" ''

Au reste, les àbbés eux-mêmes, si embarrassants pdui' "^ les évêques, n'étaient pas plus qu'eux h l'abri des em-f , piètements romainsfEn dépit du vœu d'obéissance, toî^i moine pouvait acheter l'intervention du pape, et échaj^ per de fait à l'autorité de ses chefs. En 1517, quelques ' abbés d'Allemagne ayant défendu à leurs moines d'ac-, * cepter les scandaleuses indulgences de Tetzel, celui-^^ en vertu d'une commission papale, leur envoyait de for^^ des confesseurs chargés d'absoudrOj même contre lesf ë-

gles,de„r^dre^ipul ceux qui fecouiraient à eux. Ainsi, pourvu que tbufse trouvât de plus en plus directement eachaîné^au trône papal, Rome s'inquiétait peu de re- Jàcher, dans les régions inférieiu-es de l'Église, tous les liens de l'obéissance et dé l'ordre.

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