‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 10 sur 373 · LIVRE DIX NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX NEUVIEME

présentes; mais hélas î quelles calamilés n'aurait-on pas à redouter, si la chrétienté vouait à s'aventurer sur le dangereux océan rie la guerre, et s'exposait ainsi à périr tout entière dans un même naufrage.

Arrivant ensuiteaux demandes qui concernaient la réforme, il montra comment celleci était nécessaire pour le maintien de l'Eglise et surtout pour le salut de la France. Il répéta ces paroles de l'Ecriture ^déjà prononcées par les légats de Paul III au commencement du concile : Propter nos, fratres, hœc tempestas nota est ; projicite nos in mare. Il termina en protestant que les évêques de sa suite aussi hien que lui-même, après la soumission qu'ils dcvaienlà Dieu, voulaient être les serviteurs de Sa Sainteté le pape Pie IV, pontife suprême et universel ; qu'ils reconnaissaient sa primauté sur toutes les églises de la terre ; que jamais ils n'opposeraient aucune résistance à ses ordres ; qu'ils vénéraient les décrets de l'Eglise catholique et du concile général, se soumettant à Leurs Imminences illustrissimes les légats, et donnant cordialement la main, en signe d'union, aux autres évoques ; enfin qu'ils se réjouissaient d'avoir pour témoins de leurs opérations à Trente Leurs Excellences les ambassadeurs des princes.

4. Le cardinal de Lorraine ayant cessé de parler, le cardinal de Mantoue (1) le remplaça, et quoiqu'il n'eût dit que peu de mots, il s'attira autant d'applaudissements par la dignité de sa parole et de sa personne, que le premier en avait mérité par l'éloquence de son discours. Nous reproduisons, pour la fidélité de l'histoire, celte courte allocution du cardinal Gonzague. — Le prélat français ayant, dit-il, signifié aux légats, lors de sa première visite, qu'il voulait exposer à cette sainte assemblée les intentions de son roi, on avait choisi l'archevêque de Zara, personnage prudent et éclairé, pour répondre, au nom de tout le. concile, au discours du cardinal, discours plein de délicatesse, d'abondance et d'érudition, tel en un mot qu'on se Tétait promis de sa science consommée. L'archevêque était chargé de lui exprimer la reconnaissance de l'assemblée pour la peinequ'il avait prise de se rendre au concile, accompagné d'une nombreuse suite d'évéques, d'abbés et de théologiens de l'Eglise gallicane. Les Pères espéraient beaucoup d'un tel concours d'hommes éminents en science pour la cause delà foi catholique qu'ils allaient puissamment défendre, et pour la réforme des abus et des mœurs dans l'Eglise, réforme dont ils allaient merveilleusement hâter les progrès. Cette espérance était bien fondée, puisqu'on savait tout ce que le cardinal avait fait, dans les conseils de la reine et du roi, pour soutenir la religion et pour affermir l'autorité du siège apostolique et la dignité du souverain pontife ; puisqu'on était instruit, en outre, de tout ce qu'il avait dit en public dans sespré-

(i) L'allocution du cardinal <lo MantMM ci le discours de I archevêque de Z ira se trouvent d mis le Diauo. 2ù novembre Ij62.

dications, triomphant ainsi de la faiblesse ordinaire des nobles qui rougissent de l'Evangile ; puisqu'enfin on connaissait le courage militaire que ses très-illustres frères avaient déployé dans cette guerre nationale entreprise pour la religion. Les Pères se promettaient pour la suite un semblable usage de la parole de l'un dans le concile, et du bras puissant des autres dans le royaume de France. Il ajouta que pourne pasdéroger à l'honneur réservé au prélat qui devait parler après lui, il voulait s'arrêter là , priant seulement le cardinal de ne point s'élonner s'il se renfermait dans les bornes étroites que ne semblaient pas devoir lui prescrire la magnificence du thème et les innombrables vertus de cette noble famil'e. — En effet l'orateur avait résolu, pour louer dignement le cardinal, de ne dire qu'une faible partie de tout le bien qu'il savait à. sa louange, et de laisser à l'admiration des assistants le soin de compléter son éloge.

5. Le cardinal de Mantoue ne voulant pas aller plus loin, MuzioCallinio, archevêquede Zara, pritla parole cl s'énonça de la manière suivante : — Le tableau des dissensions auxquelles la France était en proie avait plongé le concile dans une indicible douleur: les prélats étaient tous vivement affligés en considérant que ce royaume, l'un des plus forts remparts delà vérité catholique dans les jours de sagloire, était devenu, par suite des discordes religieuses , le déplorable théâtre du carnage et de la destruction ; en voyant que les barons français tournaient maintenant contre eux cette même ardeur et ces mêmes efforts qu'ils réunissaient autrefois pour entreprendre de concert des guerres a jamais fameuses en l'honneur de la religion. Les Pères, disait-il, avaient cru précédemment que leur tristesse serait au comble, s'il leur arrivait par hasard de voir les calamités de la France au lieu d'en entendre le récit : et voilà que celte supposition venait d'être réalisée, en ce jour, d'une manière imprévue, tandis que le cardinal, par l'éloquence et la louchante gravité de son discours, les avait pour ainsi dire, fait assister au triste spectacle de ses infortunes. Hélas I leur affliction n'était pas inférieure à celle du prélat, puisque si celui-ci pleurait les malheurs d'une mère chérie, le concile versait des larmes sur ceux d'une fille tendrement aimée. Toutefois , au milieu d'un si profond abattement, on pouvait encore se réjouir dans l'espérance que Dieu, pour sa plus grande gloire et celle de la religion, allait ressusciter dans le jeune roi la vorlu et la prospérité de ses ancêtres. Etn'avail-on pas lieu de se promettre, à la vue de ce saint concile réuni avec l'aide de la divine miséricorde et par les soins du souverain pontife, que les nuages étant bientôt dissipés, le vrai culte de Dieu serait enfin connu de tous, la discipline rétablie dans sa splendeur primitive ell'Eglise pacifiée Ces heureux résultats avaient été, jusque-là, le but de tous les efforts de l'assemblée , mais à l'avenir elle redoublerait d'ardeur, s il était possible, re-

fardant comme un souverain bonheur d'avoir Trente le cardinal, non-seulement pour l'encourager, mais encore pour l'éclairer de ses conseils et lui prêter son appui. On n'ignorait pas ses connaissances distinguées dans les belles lettres, cl principalement dans les Saintes Ecritures, son expérience des grandes aflaires, l'autorité dont il jouissait auprès des princes, et par-dessus tout sa piété envers Dieu, l'innocence de sa vie et son zèle pour la religion catholique. Toutes ces qualités faisaient augurer au concile un tel succès de ses négociations, qu'on s'attendait à ce que la joie causée par son arrivée seraitsurpassée par celle que l'on éprouverait chaque jour pendant tout le temps qu'il demeurerait à Trente. Les Pères, rassurés par des motifs aussi consolants rendaient à Dieu de justes actions de grâces et se réjouissaient, avec le cardinal et son honorable suite, de

céo; que toutes ses réclamations étaient contenues, ou dans les divines Ecritures, ou dans les anciens règlements des conciles, des souverains pontifes et des Pères ; que le roi trèschrétien, fils aine de l'Eglise, pour obtenir la rénovation de ces règlements in integrum selon le langage des juristes, s'adressaitàceux que Jésus Christ a établis supérieurs légitimes ; et que Sa Majesté leur faisait cette demande non en vertu de la clause générale, mais en vertu des paroles expresses de cet édit immortel et divin contre lequel il n'y eut et il n'y aura jamais lieu à prescription (Usurpation dit Soave par ignorance des termes de loi). Il eclaireil sa pensée par une application ingénieuse de plusieurs exemples tirés des livres saints : il affirma que, sans l'intervention du concile, c'était en vain qu'on avait recours à l'alliance, à l'amitié singulière, à l'incroyable libéralité du très-

l'heureuse issue d'un voyage qui n'avait pas grand et très-puissant roi catholique; que,

sans cela, c'était en vain qu'on invoquait le secours du souverain pontife, de la république vénitienne et des ducs de Lorraine, de Savoie et de Toscanne; que, sans cela, le cheval était une sauve garde impuissante; que si quelques-uns périssaient, ils périraient par leur propre faute, mais ils périraient aussi par celle des Pères, et qu'aux Pères il serait un jour demandé compte de leur sang. Il finit en disant qu'avant d'en venir aux demandes spéciales, il priait l'assemblée de conduire promptement à leur fin les discussions commencées, afin qu'on s'occupât ensuite plus à l'aise de questions

été exempt de péril et qui leur avait coûté tant de fatigues. Il ne restait plus à l'assemblée qu'à prier le ciel de confirmer ces présages par des événements non moins capables de faire renaître dans les cœurs la confiance et l'espoir. On entendrait volontiers de la bouche du cardinal, ou de celle des orateurs les propositions de Sa Majesté, quand on leur donnerait l'occasion et le pouvoir de les exposer (l'archevêque se servait de ces termes, afin que les ambassadeurs ne se permissent pas déparier publiquement dans le concile toutes les fois que bon leur semblerait) ; car les Pères étaient bien assurés qu'en agissant au nom d'un roi qui commençait à f.iire admirer sa jeunesse par une courageuse défense de la foi et dont toute la conduite devait avoir pour but principal l'honneur et l'agrandissementde la religion, on ne proposerait que des choses conformes à la véritable gloire de Dieu, aux intérêts constants de l'Eglise, et à la plus grande dignité du siège apostolique.

6. Quand l'archevêque eut achevé sa réponse, le président du Ferrier prononça d'un ton plein de gravité un discours dont voici la substance : — Il enchérit encore sur les éloges dont on venait de combler le cardinal, et dit que le roi avait donné une preuve éclatante de sa religion cl de son eslime pour le concile, en envoyant à Trente un personnage si remarquable, et dont la présence était si nécesaire en France pour les intérêts de la royauté au milieu de celte perturbation générale; que Sa Majesté pouvait, quand elle le voudrait, apaiser en trois jours ses provinces agitées, parce qu'elles seraient toujours prêtes à se soumettre aux ordresde leurprincelégilime; mais que le roi ne cherchait pas tant son avantage que celui de la religion catholique et du souverain pontife dont il n'hésitait pas à défendre les prérogatives et l'autorité au prix de tous ses trésors et au péril de sa couronne et de sa vie même. Insistant ensuite sur la réforme, il dit que son prince ne demandait autre chose que ce qui avait été demanda par le grand Constantin aux Pères du concile de Ni-

trement graves et nécessaires, et

le concile à

bien auque l'on la gloire

pût bientôt terminer de Dieu.

7. Les présidents (1) avaient élé informés à l'avance des pensées que du Ferrier se disposait à exprimer, et je ne vois nulle part ces difficultés à le laisser parler el celte peine à l'entendre, que Soave veut bien nous représenter. Seulement (2) Visconli écrivit au cardinal Borromée qu'on avail averti les lé gais de prendre garde à ne pas laisser s'introduire une semblable coutume, et qu'ils s'étaient excusés sur la promesse faite par eux de se rendre, pour cette fois, au désir de l'ambassadeur; mais ils ne crurent pas nécessaire ou même convenable d'adresser à celui-ci une réponse spéciale, au nom des Pérès. C'est pourquoi le secrétaire , se tournant vers les deux orateurs français leur dit que le concile examinerait avec soin les choses proposées par leurs seigneuries illustrissimes, el qu'on leur répondrait quand il en serait temps.

En rapportant tous ces discours, Soave es tombé dans plusieurs erreurs. Quelques-une se trouvent corrigées dans la version latin de son traducteur, mieux informé de la vé rite des faits , et que j'apellerais plutôt am dévoué que fidèle interprète. Au reste, ce erreurs n'importent pas assez au desscii

(1) Lettre des lég;»ts au embuai Borrff.nfo, 19 m vembre 1562.

(-2) 23 novembre loG2.

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