CHAPITRE IV
Défiance des Français à l'égard du cardinal Simonetta.— Divers entretiens du cardinal de Lorraine avec Gualtieri. — Sessionprorogée d'un consentement unanime ; mais sous la condition qu'on en indiquerait l'époque précise dans l'intervalle des huit jours suivaîits. — Mort de Jean-Baptiste Osius , évêque de Rieti , du cardinal Jean de Médicis et du comte Frédéric Borromée, neveu du souverain pontife. — Départ de l'ambassadeur bavarois. — Difficultés d'apaiser les différends qui s'étaient élevés entre les orateurs de France et celui d'Espagne.
1. Gualtieri, dans la suite de ses entretiens avec le cardinal de Lorraine, le trouva instruit de la défiance ombrageuse qui régnait entre Simonetta cl les autres légats (1) , défiance qui ne fut jamais entièrement dissipée. De plus, il s'aperçut bientôt que le cardinal nourrissait d:'s dispositions défavorables à l'égard de Simonetta , dans lequel, disait le prélat français, le secret et la confiance du souverain pontife se concentraient d'une manière trop exclusive ; ce qui était cause que ses collègues avaient perdu courage , en voyant qu'on faisait peu de cas à Rome de toutes leurs négociations. Cet homme, ajoutait-il , n'était pas content d'être regardé comme le seul prélat sincèrement dévoué au pape, s'il ne réussissait, en outre, à faire concevoir des autres une opinion tout-à-fait contraire.
Or, la méchanceté seule avait pu donner au cardinal de Lorraine de semblables informations , puisque les archives du palais témoignent qu'à celle époque, Pie IV avait une aussi entière confiance dans le cardinal de Mantoue que dans Simonetta. Il est vrai que Seripandi et le cardinal deWarmie n'étaient initiés qu'à la moindre partie des affaires ; mais leur profession les rendait étrangers à une communication plus inlime : on les regardait plutôt comme des théologiens que comme des négociateurs ; et même, quant à Simonetta , je lis quelque part (2) qu'il fut vivement repris par le pape, pour s'être trop laissé dominer par la crainte, fruit ordinaire de la défiance ; en effet, ces deux sentiments brisent la force dont nous avons besoin pour agir noblement cl avec indépendance. Le cardinal de Lorraine dit encore à Gualtieri qu'on avait à Rome, trop d'estime pour quelques jeunes canonisles qui tout en croyant se rendre utiles au souverain ponlife, lui
(1) Loi 1res oi noies de Gualtieri au cardinal Bor- Toiuéo. 25 et 2(> novembre 1ÔU2.
(2) Noies du cardinal Bnrrwnôc au cardinal Simoiiciia, 5 décembre lôG.1.
faisaient beaucoup de tort, en provoquant tantôt les Espagnols et tantôt les Français , et il prit de là occasion de se plaindre de la joie immodérée à laquelle ces sortes de gens s'étaient livrés, à la nouvelle répandue, peu auparavant , qu'il ne se présenlerait pas au concile. Il est certain que les discours , vrais ou supposés , que les abbés de France , logés à Saint-Ambroise , avaient tenus sur les intentions du cardinal de Lorraine et sur l'union de ceux de sa suite avec les Espagnols et les Allemands, discours dont le cardinal Simonetta avait été informé par des lettres de Milan (1), contribuèrent beaucoup à entretenir les soupçons précédents de ce légat. Hâtons nous d'ajouter que Simonetta était aussi enclin à manifester ces soupçons qu'à les concevoir, et que ses sentiments étaient partagés par tous ceux qui se mondaient les plus ardents défenseurs de l'autorité du souverain pontife, soit parce qu'il est ordinaire de craindre, à ceux qui aiment, soil parce que ceux qui font vanité d'avoir de l'amour, s'efforcent de le prouver, en feignant aussi d'en avoir la crainte.
Gualtieri mit tout en œuvre pour adoucir l'aigreur que le cardinal de Lorraine nourrissait contre Simonetta ; el en même temps il engagea celui-ci à rendre visite au nouveau venu, et à s'introduire dans son affection par les voies secrètes qu'il sut lui indiquer, et qu'il connaissait par sa propre expérience.
2. Dans cette même circonstance, el tandis que Gualtieri excusait les soupçons d'autrui en montrant qu'ils ne devaient pas élre regardés comme téméraires, puisqu'ils étaient fondés sur des bruits publics, le cardinal de Lorraine protesta à son tour de la fausseté de deux choses récemment divulguées cl crues comme vraies : la première, qu'il damait pour introduire le mode de procédures par votes de nations, ainsi que le cardinal Simonelta et Seripandi lui-même l'avaient conclu, d'après les propositions dont nous avons parlé plus haut; la seconde, que les prélats français s'étaient réunis dans sa maison el y avaient approuvé l'opinion que la juridiction des évêques est de droit divin. Soave raconte avec confiance ces deux choses comme certaines. A la vérité, Gualtieri sut ensuite que plusieurs d'entre les Français, dans leurs conférences particulières ,' pensaient qu'on devait déclarer que la juridiction des évêques vient de Jésus-Christ, mais ils n<> disaient pas si c'est immédiatement ou par un intermédiaire. Laissant de côté celle question, ils voulaient qu'on se hâtât d'arriver aux différents articles de la réforme, matière qu'ils avaient beaucoup plus à cœur, parce qu'elle tendait à calmer les troubles de la France.
3. Quoi qu'il en soit, cet entretien du cardinal de Lorraine avec Gualtieri fut trèsagité, ou, pour parler plus justement, ce ne fut qu'une longue contestation. Le cardinal
(1) Lotire cl notes de Gualiieri au cardinal Bnr roiucc. 19 et 23 novembre loG2.
trouvait étrange que le souverain pontife eût leur donna lieu d'espérer qu'on pourrait te-
concu de lui une opinion si défavorable, et il nir la session avant la fêle de Noël. Ce terme
se plaignait amèrement des témoignages de leur semblait le plus proche qu'il fût per-
repentfr que Pie IV donnait à chaque in- mis d'envisager; car les relards causés
stant pour les faveurs qu'il lui avait autres fois accordées. Il rapporta, entre autres choses, que dans les congrégations tenues à Rome au sujet des affaires du concile, toutes les fois que le pape exprimait son mécontentement pour les mauvais services qu'on lui rendait auprès de l'empereur, il jetait les yeux sur le cardinal de la Rourdaisière, comme s'il voulait attribuer ces intrigues au cardinal de Lorraine. De son côté, Guallicri défendait courageusement les actions de son
par la prolixité des Pères dans l'exposition de leurs sentiments, et la lenteur employée en faveur du cardinal, avaient empêché nonseulement de célébrer la session le 26 novembre, jour indiqué pour cela, mais même d'avancer tant soit peu dans la voie des procédures. 5. Le 1k (1), Gaspard de Casale, évêque de I^eiria, parla seul pendant toute la congrégation ; désirant que le cardinal de Lorraine entendît de sa bouche une exposition complète de la controverse présente. Il dit : —
maître; et croyant remarquer que le cardi- que les évêques sont les successeurs des apônal ne parlait pas avec assez de retenue des très, non en tout et pour tout, mais quant
rapports languissants qui existaient a cette époque entre le pape et le Roi Catholique, il lui fit sentir combien il était facile au premier de gagner les bonnes grâces de l'autre. Mais, ajoula-t-il, pour en venir à cet accord
à la juridiction ordinaire; — qu'ils sont à l'égard du pape, ce qu'étaient les apôtres à l'égard de Pierre, avant qu'ils eussent reçu leur mission ; — que le souverain pontife est tenu, en vertu d'une loi divine, de consacrer
parfait, il fallait employer des moyens qui des évêques dans l'Eglise, et qu'il ne dépend peut-être ne seraient pas très-agréables aux pas de lui d'anéantir l'ordre épiseopal ; — que Français ; ce serait donc sur eux que retom- les évêques ne sont pas égaux pour cela au berajl toute la faute, s'ils contraignaient le souverain pontife, ni individuellement, ni saint-père à employer ces moyens. Au reslc, même collectivement, parce que sa puissance était-ce à eux de blâmer la conduite de est modératrice des autres puissances : il Pie IV dans de pareilles conjonctures? n'auraient-ils pas été vivement affligés de voir qu'il s'attirât l'affection du roi de France en acquiesçant à ses demandes, dont la principale était qu'on lui permit d'aliéner une portion considérable des biens ecclésiastiques, afin qu'il pût en employer le produit dans la guerre contre les huguenots. Sa Sainteté n'avait jamais voulu consentir à cet arrangementj et les évêques français avaient approuvé son refus, disant que favoriser une telle demande, c'eût été creuser un canal par lequel on aurait bientôt vu s'écouler ministre : aussi Jésus-Christ ne recônnaitra-
concourt avec tous les évêques dans leurs évêchés et il possède partout une autorité plus grande que celle qu'ils exercent euxmêmes; — que la juridiction peut-être de droit divin en deux manières, ou immédiatement ou par l'interposition d'un tiers; — que les premiers évêques, c'est-à-dire les apôtres, ont été immédiatement institués par Jésus-Christ; tandis que tous les autres évêques reçoivent le double pouvoir de l'ordre et de la juridiction principalement de Jésus- Christ, mais par l'intermédiaire du pape, son
tout le patrimoine de l'Eglise. Et Gualtieri ne manqua pas de rappeler au cardinal le reproche qu'on lit avoir été adressé par un hérétique allemand aux docteurs de Sorbonne, à savoir qu'ils étaient mauvais dialecticiens, parce qu'en admettant les autres
l-il jamais pour évêque celui qui n'aurait pas été consacré par le pape et qui n'aurait pas reçu de lui le gouvernement de son troupeau ; — que, dans la consécration, une chose# est conférée par Dieu seul, le caractère, et' une autre chose principalement par Dieu et
principes de l'Eglise romaine, ils niaient la secondairement par le ministère du pape, la
supériorité du pape sur le concile, laquelle cependant se déduit 3e ces principes et n'en est que la conséquence rigoureuse.
k. Quoique la franchise cl la liberté de Gualtieri dans cet entretien eussent arraché au cardinal de Lorraine quelques paroles un peu vives, ce dernier avait néanmoins donné à entendre à l'archevêque de Sens qu'il voulait désormais confondre les soupçons des prélats par une conduite contraire à celle qu'ils semblaient attendre de lui. Les légats s'aperçurent bientôt qu'ils n'avaient pas entièrement oublié cette promesse (1); car il leur parut que dans les deux questions qui faisaient le principal sujet des troubles et des disputes, la résidence et la juridiction épiscopale, il cherchait plutôt à faire naître le calme qu'à exciter la tempête. C'est ce qui
(1) Lettre des légats nu cardinal Borromée, 20 novembre I5n2.
juridiction; — qu'enfin pour que l'évéque consacré puisse exercer cette juridiction, il ne lui manque que la matière. Il désapprouva, en terminant, ce qui était dit dans le septième canon : que Jésus-Christ a établi qu'il y aurait des évêques dans l'Eglise, parce que ces paroles semblaient favoriser l'opinion de Turrecremata, lequel soutenait que Jésus-Christ à institué un seul évêque, saint Pierre. On devait plutôt condamner quiconque dirait qu'il ne doit pas y avoir d'évêques dans l'Eglise de Dieu.
6. Le jour suivant, on entendit trois prélats seulement; puisle cardinal Seripandi proposa le délai de la session. Mais pourquoi celte fonction fut-elle remplie par le second
(1) Consulter les Actes du Château Saint Ange, cl le Diario. 21 cl 25- C« discours se trouvé encore dans une lettre de Yisconli an cardinal Borroniée , %* novembre 15G2.
LIY1Œ MX-NEIWEME
légat et non par le premier qui ne parut pas à l'assemblée ce jour là ? J'en trouve la raison dans un écrit envoyé à Rome par le cardinal de Mantoue (1), concernant la conduilc qu'il avait à tenir envers le cardinal de Lorraine et les rapports qui devaient exister entre les légats eux-mêmes. II disait, entre autres choses, que bien qu'il fût le premier en dignité, il avait prié ses collègues de le remplacer toutes les fois qu'il y aurait à proposer des matières relatives, ou à la théologie ' ou aux canons, et même quand on ne parlerait de ces matières que par incident et par mode de simple suffrage. Car il élait évident que le souverain pontife avait envoyé à Trente les autres légats pour éclairer le concile de leurs lumières, tandis qu'il n'avait lui-même été choisi que pour faire nombre (telles étaient les expressions que lui dictait sa modestie) ; il ajoutait que si ses collègues montraient quelque répugnance à se rendre à ses désirs, il ferait en sorte de les y contraindre ou par un ordre exprès de Sa Sainteté, ou en s'abstenant des congrégations pour ne pas contrarier par sa présence les intérêts du concile. Voilà pourquoi dans celle circonstance où il lui eût fallu, en proposant le délai, s'expliquer aussi comme nous le verrons, sur la manière de formuler un jugement en Fait d'articles théologiqucs, il avait renoncé à cet office en faveur du cardinal Seripandi.
7. Les légats allaient bientôt apprendre que la malveillance publique s'acharnait à les déchirer (2); qu'on les regardait généralement comme des temporiseurs artificieux, et que l'on disait d'eux, ainsi que d'un grand nombre d'évêques, qu'ils cherchaient a éviter le dangereux écueil des réformes sévères : écucil qui néanmoins les menaçait désormais de trop près pour qu'ils ne dussent pas enfin se résoudre à l'affronter. Or cette opinion, dont les ministres publics avaient plus ou moins contribué à développer le germe, se répandit ensuite au préjudice du concile, et jeta de profondes racines dans les rangs inférieurs de la société. D'où il arriva que, comme les hommes les plus ignorants sont aussi les plus enclins à soupçonner de la dissimulation dans toutes les actions des grands , les artisans eux-mêmes faisaient d'indécentes plaisanteries sur ces assemblées, les traitant de représentations théâtrales, et trouvant que c'était folie de croire qu'on y agissait sérieusement et avec sagesse. On devait bien plutôt penser, disaient-ils, que ces relards n'étaient qu'un jeu en attendant que l'on pût conclure une suspension avec l'agrément des princes. — C'est pourquoi le président, jugeant nécessaire de se décharger lui-même et de décharger ses collègues d'une imputation aussi scandaleuse, commença par dire que si les Pères se plaignaient aux légats
(1) Cet écrit fut signé le 9 novembre 1502, et le cardinal B<>rromée l'approuva entièrement | ar une letirc du 18 novembre 1502.
(2) L'ambassadeur de Florence, écrivant au duc de cette ville , le 15) et le 25 novembre 156:», fait mention de ces clameurs publiques.
de la longueur du concile et les forçaient ainsi à se justifier, les légats avaient un moyen fort simple de le faire en se plaignant à leur tour aux Pères de la longueur de leurs avis qui pouvaient plus justement s'appeler des thèses théologiques; que dans ces ces sortes de thèses on général, la prolixité est toujours blâmable; mais que, loisqu'il s'agit de donner son sentiment dans une assemblée nombreuse, la concision De saurait être trop recommandée. Comment osaient-ils entreprendre de réprimer les abus qui régnaient dans le monde, s'ils ne savaient se corriger eux-mêmes de la mauvaise habitude de dissiper le temps, le plus précieux des trésors, en questions légères et infructueuses? On ne devait rien négliger pour montrera tous que le concile agissait selon l'esprit ; et pourtant l'Apôtre à dit celle parole : S'il existe parmi vous des querelles et des contestations , n'est-ce pas selon l'homme que vous agissez? Pour ces raisons et d'autres encore, les présidents avaient résolu de proroger la session. C'était aux Pères à fixer le terme de cette prorogation. Mais si on ne; trouvait auparavant le moyen de supprimer tous les discours superflus, il paraissait impossible aux légats d'en assigner le jour certain ; c'est pourquoi il proposa, en finissant, de ne proroger la session que d'après l'avis de toute l'assemblée.
8. Les sentiments furent unanimes à l'égard du délai; mais fallait-il laisser le jour indécis? cette question donna lieu à de grands débats. Le cardinal do Lorraine approuva la proposition du président (1), et blâma la prolixité des avis; mais il fit entendre que la détermination d'un jour fixe ne pouvait se faire sans qu'on risquât d'en voir manquer l'effet et tout à la fois de porter atteinte à l'honneur du concile, puisqu'il restait encore environ cent Pères qui n'avaient pas exposé leurs sentiments, el qu'il était par-là même impossible de prévoir l'époque précise où l'on serait en mesure pour tenir la session. D'autres ne voulaient pas entendre parler de ce délai tout à fait arbitraire et dont on ne voyait pas le terme. Colonna dit qu'à la vérité les Pères étaient coupables de la lenteur des procédures, mais que les légats n'en étaient pas pour cela innocents; qu'ils auraient dû exercer leur autorité et faire cesser les discours inutiles, ayant toujours présenta l'esprit ce proverbe -.Sapienli pauca. La diversité des opinions était si grande, qu'au coucher du soleil on ne distinguait pas même quel sentiment était I** plus généralement adopté. Enfin Seripandi ouvrit l'avis suivant qui prévalut. Il dit que, pour le moment, on devait se contenter de remettre la session à une époque incertaine, et que dans l'espace des huit jours suivants, on travaillerait à fixer celte incertitude après avoir établi plus d'ordre et de clarté dans les opérations du concile.
(I) Les Actes du Cliâleau, une leltie de l'ambassadeur de Florence an grand due, et une autre lettre de l'archevêque de Zara, 2G novembie 1502.
9. Cependant ces longues fatigues, jointes à la rigueur du climat et à mille autres inrommodilés qui en étaient la suite , devenaient excessives pour quelques Pères, à cause de leur vieillesse ou de leur complexion fragile. Jean-Baptiste Osius, romain, évêque
ld
de Kieli, était mort (1) à cette époque dans la ville de Spolette , tandis qu'il retournait à son église, après avoir quitté le concile, dans un état d'infirmité qui faisait craindre pour ses jours. C'était un homme savant et plein de zèle, mais d'une extrême opiniâtreté dans ses sentiments ; défaut aussi pénible à supporter qu'il est nuisible dans toute assemblée nombreuse, parce qu'il prouve que l'on
son cœur , et qui relevèrent , dans la suite . au premier rang de ceux que l'Eglise propose à la vénération du monde chrétien.
10. L'autre vie non moins brillante et vigoureuse s'était éteinte à Pise, le vingt-cinquième jour de novembre (l),dans la personne du cardinal Jean deMédicis,fils du duc de Florence, prince qui rendit au concile d'importants services. Jean de Médicis succomba à l'âge de dix-huU ans, et un bruit sourd attribua sa mort à la violence (2). Mais l'ambassadeur Lansac qui, selon toutes les vraisemblances, devait être exactement informé d'un fait assez notoire de sa nature , écrivit à la reine que le cardinal était ru oit
fait peu de cas des opinions des autres, et après quatre jours d'une fièvre pestilenle (3). qu'il oppose une barrière insurmontable à II est donc fort possible que la violence dont la paix et à la concorde. Les légats avaient nous venons de parler ne soit qu'une de ces recommandé , pour cette église, Caslagna , tragédies inventées par la renommée, poète archevêque de Rossano; mais le souverain farouche qui se plaît à ourdir des trames s;npontife en ayant confié le gouvernement au guinaires et d'étranges attentats, cardinal Amulius (2), ils adressèrent à Pic "IV de nombreuses félicitations sur cette élection, ajoutant que s'ils devaient restreindre leurs éloges, c'était parce que la récompense paraissait de beaucoup inférieure au mérite de celui dont il avait fait choix.
Non loin de là , un même courrier apporta
11. Cependant ceux qui apportaient au concile le tribut de leur gloire (l'honneur marche ordinairement à la suite de la puissance), lui suscitaient aussi de nouveaux embarras. L'ambassadeur Bavarois reçut à celle époque, de la part de son maître, des réponses qui manifestaient un grand mécontente-
au concile la nouvelle que deux existences ment (k). Le duc se plaignait que les légats
encore plus remarquables venaient de succomber dans leur fleur. L'une avait été moissonnée (3) à Rome, le 20 novembre, dans la personne de Frédéric Borroméc, frère du cardinal, gendre du duc d'Urbin, sur la tête duquel le pnpe, son oncle, faisait reposer ses plus chères et ses plus flatteuses espérances selon le monde. Aussi fut-il profondément affligé de cette perte, au point que la douleur
eussent mis en question la primauté d'honneur entre son représentant et l'ambassadeur suisse, et il ordonnait même au premier de quitter Trente. Les légats cherchèrent à le retenir et s'aidèrent, pour cela , de Drascowitz, faisant offrir au Bavarois, par son intervention, la faculté d'assister aux assemblées, tandis que son concurrent s'en abstiendrait et demeurerait à son logis. Mais
qu'il ressentait intérieurement lui causa une l'ambassadeur ne se contentait pas d'avoir la
indisposition corporelle. Néanmoins celte possession; il voulait un décret formel ; aussi
indisposition fut courte et légère, selon qu'il refusa-l-il de paraître au concile le jour
arrive d'ordinaire; car il est rare que lécha- même de la réception solennelle du cardinal
grin qui nous est causé par la mort des au- (je Lorraine , parce qu'il n'avait pu obtenir
très nous devienne mortel à nous-mêmes. cei(C déclaration. De leur côté, les légats ne
Mais ce malheur produisit un effet plus sa- crurent pas devoir se prêter à un acte qui
lutaire sur le cardinal frère du comte, puis- eut e(e odieux à l'ambassadeur helvétique,
qu'il lui montra la vanité des espérances et gt même, les dernières instructions venues
des grandeurs du monde , vanité que nous (|e R0mc portaient (5) : qu'en attendant la
n'apprenons jamais bien à connaître ni par réponse aux lettres envoyées pour un ac-
les discours , ni même par les exemples , si elle ne vient se révéler cl se faire sentir à nous jusque dans notre propre demeure. Le cardinal Borromée se relira donc de la société pour entrer au noviciat de la compagnie de Jésus et pour vaquer à la méditation au milieu des exercices spirituels de saint Ignace. Ce fut là qu'il dégagea de tout alliage terrestre ces lumières intérieures et ces grands sentiments de piété dont Dieu avait, dès son enfance, répandu les précieux germes dans
([) Les Actes de Paleollo et différentes lettres des légats et de Visconli au cardinal Borromée parlent ?le sa personne et de sa mort.
(2) Lc'tre des légats au cardinal Dorromée, 26 novembre 1562.
(5) Une lettre du cardinal Borromée au cardinal de Mantoue, 20 novembre; une autre lettre du même hux lé;aU en commun, 21 novembre, et une antre du seigneur de Luisic à la reine, 28 nowni. 1562.
commodément au duc de Bavière et au nonce en résidence à Lucernc, aucun des deux orateurs ne se présentât aux congrégations, à moins quil n'y fût appelé, et que celui qui ne s'arrangerait pas de celle intimation pouvait, s'il le voulait, avoir recours à un autre expédient. Les légats, ne pouvant donc obtenir que le Bavarois demeurât plus longtemps, obtinrent du moins , par leur conduite pru-
(1) Le Diario, 29 novembre 1562.
(2) Le Diario de François Fermano, maître des cérémonies à Rome, 23 novembre 1562.
(5) Lettre citée plus liant, du 28 novembre.
(4) Deux lettres de Visconli au cardinal Bonomé , 20 et 24 novembre 1562; el pour plus de détails, lettre des légats au cardinal Borromée- , du dernier jour de novembre 1562.
(5) Loire du cardinal Borromée aux ledits, en oct"brc 1552.