CHAPITRE
Réception du cardinal de Lorraine dans l'assemblée générale. — Lettre du roi de France au concile présentée par Lansae. — Discours du cardinal de Lorraine. — Paroles du premier légat, et réponse de l'archevêque de Zara au nom de tous les Pères. — Nouveau discours de l'ambassadeur du Février
1. Le lendemain de celte entrevue entre les présidents el le cardinal de Lorraine, celui-ci se présenta à l'assemblée générale (1)
(I) Outre les Actes du Château Saint-Ange et ceux de Paleolto, voir le Diarî», 23 nov ; «ne lettre de*
qui, s'étant d'abord reunie avec un grand seraient rapportés au roi lui-même, et d'avoir
concours d'étrangers attires par la curiosité, en lui une entière confiance,
fut bientôt délivrée du tumulte qu'ils exci- 3. La lecture de la lettre étant achevée, le
taient, au moyen d'une exclusion absolue de cardinalcommença. Son discours futéloquent,
ces sortes de personnages. Le secrétaire fit son action entraînante et tous les assistants
un exposé rapide des matières qui devaient occuper le temps de la séance, se bornant à indiquer sommairement le discours du cardinal, la lettre du roi et la réponse qu'on préparait a celte lettre. Mais telle est la nature de ces réunions, où il se trouve beaucoup d'hommes savants et où tous croient et veulent faire croire qu'ils le sont, que même ce peu de paroles de pure cérémonie et qui avaient été sans doute bien étudiées donnèrent lieu à des oppositions et à des disputes. On délégua ensuite, pour aller chercher le cardinal dans sa maison, le patriarche de Jérusalem, les archevêques d'Otrante et de Grenade, et lesévêques de Gava, deCoïmbre, de Viterbe et de Salamanque. Lorsqu'il entra, les légats descendirent des degrés de leurs sièges pour le recevoir : après quoi les Pères s'étant assis au milieu d'une immense foule de peuple qui les environnait en formant un large^ cercle autour d'eux, les orateurs de France s'avancèrent devant les représentants du souverain pontife. Alors Lansac, le pre-
furenl ravis et attendris. L'orateur offrit à leurs regards le triste spectacle des malheurs de sa patrie produits par la corruption des mœurs de tous les ordres, par le relâchement universel de la discipline ecclésiastique, par l'audace sans frein des hérésies et par une longue cl malheureuse négligence des remèdes institués par Dieu lui-même : — On n'épargnait pas les églises , on massacrait les prêtre?, tandis qu'ils se lenaientembrassés à leurs autels, comme des suppliants ; on foulait aux pieds les choses saintes ; de toutes parts on élevait des bûchers sur lesquels on consumait les ornements sacerdotaux et toutes les décorations des temples ; les saintes images, entassées par monceaux, disparaissaient au milieu des flammes ; on brûlait les plus anciennes bibliothèques, elles archives publiques étaient anéanties par de perfides incendiaires ; on abattait les autels après en avoir arraché les reliques des saints, qui étaient ensuite consumées par le feu et abandonnées au courant des fleuves ; et en profanant ainsi
mier par sa dignité, présenta la lettre royale ces précieux restes, on n'avait nul égardaux écrite en français et traduite en latin (l)et le corps des pontifes, des rois et des empereurs; secrétaire en fit> sans rien omettre, la lecture le nom du Seigneur était blasphémé, les pas
solennelle dans ce dernier idiome.
2. L'adresse était ainsi conçue : Aux trèssaints et très-révérends Pères assemblés à Trente pour la célébration du saint concile. Mais les expressions latines étaient plus formelles : Congregatis in sacro-sancla synodo tridenlina. Le roi exposait dans ces lettres
leurs persécutés, les sacrifices interdits et suspendus, l'autorité royale méprisée, les lois réduites au silence. — Le cardinal avertit les orateurs des autres princes que ces malheurs qu'ils pouvaient maintenant contempler d'un œil indifférent dans le pays de France, ils en ressentiraient bientôt les effets dans leur pa-
les malheurs de son royaume, malheurs dont trie, et éprouveraient alors un tardif repenlir, on ne devait attendre la réparation que de la si ce royaume,voisin de leurs divers Etats, ve
divine miséricorde; il parlait des soins employés par le feu roi son frère et par luimême pour faire assembler le concile et de la nécessité qui l'avait contraint à retarder le départ des prélats. Il faisait valoir les deux raisons qui l'avaient déterminé à envoyer le cardinal de Lorraine : la première, parce que ce cardinal, fidèle aux devoirs de sa charge, avait plusieurs fois demandé la permission de se rendre à Trente ; la seconde, parce qu'ayant été initié, dès sa jeunesse, aux plus intimes secrels de la couronne, il connaissait les sources cachées des calamités présentes. Le roi excitait les Pères à établir une louable et salutaire réforme, en réhabilitant dans l'Eglise ce que la méchanchelé des hommes et l'injustice des temps y avaient fait déchoir; et il ajoutait qu'en agissant ainsi, ils mériteraient non-seulement les récompenses du ciel, mais encore la reconnaissance des princes et des empires et les éloges de toute la postérité. EnGn il les priait de s'en rapporter au cardinal comme ils s'en
légats au cardinal Rorromée ; «ne autre île l'arcnevècjiie de Zara, et une autre de Moroue, du même jour. (I) Celte Icilre se trouve reproduite dans ces deux langues, dans l'ouvrage français dont nous avons déjà parlé.
nail, en s'écroulant, à les entraîner dans sal ruine. Cependant la plaie, quoique profonde,! n'était pas encore devenue incurable, et oui trouvait plus d'un motifd'espérance dans lesl excellentes dispositions du roi pupille, dans| la sagesse et les lumières de la reine mère et du roi de Navarre et dans la protection puissante des barons. Mais les nobles finissant toujours par plonger dans leurs propres entrailles leur épée victorieuse, on ne pouvait se réfugier dans un secours plus salutaire! que celui qu'on réclamait de ce saint concilJ et de l'Eglise universelle légitimement assemf blée dans le Saint-Esprit. Le roi, continuait! il, faisait aux Pères deux recommandation! principales qui lui avaient été suggérées pal le respect qu'il portait au concile et par \\ peine que lui causaient les dissensions relij gieuses : la première qu'on employât tous \è moyens possibles pour prévenir de nouvelle disputes et des controverses infructueuses! la seconde, que l'on détournât les princes df courir aux armes. Le roi Henri avait insisl^ en mourant, sur la nécessité de la paix ; roi actuel ainsi que la reine la désiraient égj lement par deux raisons de convenanc| l'âge et le sexe. Ces vœux, au lieu de recev( leur accomplissement, étaient contrariés la manière la plus funeste parles discordj