Livre vi&Gf-bEUxiesiE
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de ne faire entrer dans sa supplique aucun terme qui obligeât le souverain pontife à attendre une réponse; car en supposant que celte réponse arriverait, on prévoyait qu'elle ne pouvait être que tardive. En même temps il encouragea les légats à poursuivre leur œuvre, sans se laisser détourner par qui que ce fût, et à nier nettement qu'il voulût luimême faire de nouvelles ouvertures aux prolestants, soit en son propre nom, soit par des personnes intermédiaires. Si l'Empereur trouvait bon qu'on en fît, ce serait à condition qu'il n'en résulterait aucun retard pour le concile. Quant aux menées du comte auprès des autres ambassadeurs, le pape déclara aux légats que puisque toutes ces machinations étaient connues, ilsdcvaient y opposer honnê-
; lement leurs ordres. Cependant il ne restait point oisif de son côté, mais il faisait en sorte queles ambassadeursdeVeniseet celui de Florence (c'était alors Jérôme Gaddi, évéque de Cortone, qui, parce qu'il avait succédé à Jean Strozzi, ne fit pas de discours à sa réception dans le concile) ; il faisait, dis-je, en sorte que ses ministres reçussent de leurs gouvernements l'ordre de s'opposer à toute innovation réprouvée par le. bon droit et
'préjudiciable à l'Italie. En outre, il adressa à l'ambassadeur portugais un bref plein de témoignages de son affectueuse reconnaissance, dans les termes les plus propres à échauffer son zèle. Mais il rappelait aux légats que leur principale ressource était dans le cardinal de Lorraine et dans du Ferrier. Le cardinal avait accepté l'invitation du pape
'et promettait la plus active coopération, comme on le racontera tout-à-l'heurc ; et quant à du Ferrier, Gualtieri avait cherché à dissiper les soupçons du pape contre lui, en écrivant (1) qu'il avait étudié pendant longtemps cet homme tant en France qu'à Trente, observant attentivement ses démarches, et qu'avec son quelque peu d'expérience du monde il n'avait pas observé en lui la moindre apparence de dissimulation, et qu'il en connaissait peu d'aussi dévoués au souverain pontife. Il est vrai que Gualtieri était induit en erreur par les artifices de cet homme et parle désir de réussir dans son entreprise (2) ; mais il n'en est pas moins certain que du Ferrier, à cette époque, pouvait être utile au pape qui avait des raisons de se fier à lui.
10. Cependant du Ferrier et son collègue n'en défendaient pas moins chaudement les droits de leur souyerain. C'est ce qui les porta, la session terminée, à présenter aux légats deux sujets de plaintes : le premier, auquel ils étaient loin de s'attendre , c'était qu on eût omis d'offrir l'encens et la paix, cérémonies si importantes pourtant que leur omission avait évidemment pour but de rabaisser la dignité de celui qu'ils représen-
I f.ciire «le Gualtieri au cardinal Borroniée, du W juillet 1563.
(■>) Billet du cardinal Borromée au cardinal Moronc, «lu i août 1563.
taient. Les légats , tout étonnés , répondirent qu'on était convenu tout d'abord de cela avec; le cardinal de Lorraine; mais ils s'aperçurent nussilôtque l'intention dcsFrançais était uniquement de protester contre une chose qu'ils n'approuvaient pas , de sorte que les légats, délivrés de ce nouveau souci , répondirent, en souriant, que ce qui était fait ne pouvait pas n'être point fait, et qu:il ne restait plus aux ambassadeurs qu'à s'y résigner patiemment, suivant l'usage admis panai les grands personnages, de se parler entre eux comme les comédiens qui débitent sur le théâtre des fictions arrangées d'avance , ce qui les absout de tout mensonge.
11. L'autre sujet de plainte était mieux fondé : c'était qu'on n'avait pas lu dans la session la protestation faite par les ambassadeurs, dans la congrégation, contre la place accordée au comte quoique par son rang il n'y eût aucun droit. Les légats s'excusèrent en disant que le comte , n'ayant pas exigé qu'on lût dans la session sa propre protestalion , on avait pensé qu'il n'était point non plus nécessaire de lire celle des ambassadeurs français; mais, pour les contenter, on leur promit de les faire imprimer toutes deux avec la session. Le pape donna à tout son consentement. Il avait également eu à essuyer à Rome (1) les plaintes des Français sur le premier chef; mais il n'avait pas hésité à répondre qu'il étaitélranger à toutes ces querelles, et que c'était à ceux qui avaient embrouillé les nœuds à les débrouiller.
12. Jaloux d'en finir, les légats donnaient tous leurs soins à l'affaire principale, qui était la reformations Le saint Père usait dans le même but de son autorité , non pour les retenir, mais au contraire pour les stimuler; dans celle vue , il leur faisait écrire parle cardinal Borromée (2) : Puisque les matières concernant la réformation sont ce à quoi les princes portent le pins (l'intérêt , Sa Sainteté désire que Vos très-illustres Seigneuries s'en occupent de tout leur pouvoir, 'donnant aux Pores et aux princes toutes les justes satisfactions qu'ils peuvent désirer; car Sa Sainteté est résolue de procurer (a réforme de la manière la plus utile pour le service de Lieu et pour le bien des peuples. Ce que je marque à Vos très-illustres Seigneuries , moins pour les instruire des dispositions de Sa Sainteté qu'elles connaissent assez, que pour qu'elles ne perdent plus de temps à envoyer consulter ici, et qu'elles se hâtent déterminer ce qui reste encore à faire, et de sonner la retraite, à la plus grande gloire de Dieu. Pour mettre ces avis à exécution, les légats avaient communiqué d'abord au cardinal de Lorraine , puis aux ambassadeurs, les matières qui devaient être décidées dans la future session, aûn que, leur assentiment, obtenu préalablement , on pu tout conclure d'un mutuel accord dans l'assemblée générale. Les articles étaient au
(1) Lettre du cardinal Borromée aux légats, du dernier jour de juillet, 1563.
(2) Lettres diverses à la date des i7, 26 et 31 juil» lei 1563.
HISTOIRE DU CONCILE l'E TRENTE.
nombre de quarante-deux (1), et d'une telle importance qu'ils finirent par détruire l'opinion , auparavant si enracinée dans l'esprit des ambassadeurs, que les réformations les plus sérieuses et les plus nécessaires resteraient à l'état de simple projet, parce que l'entreprise , disait-on , en était réellement odieuse au souverain pontife et aux légats. Ceux-ci envoyèrent les articles au pape, en lui déclarant que c'était plutôt pour l'informer de l'état des choses que pour demander ses instructions: car ils voulaient user du pouvoir que Sa Sainteté leur avait donné et renouvelé tant de fois, d'établir, avec l'aide
déjà il avait annoncé (1), qu'aussitôt qu'on en avait fait la proposition à Trente , il avait songé sérieusement à la réaliser à Rome , comme il fit en effet , au grand avantage , non-seulement de la jeunesse romaine, mais de toute l'Italie, ainsi que le prouvent tant d'hommes remarquables sortis de celte école célèbre , à la gloire de la nation et de l'église. 15. Malgré cet empressement du pape à pourvoir aux besoins des peuples chrétiens , on éprouva tant d'opposition de la part des députés des grands souverains (comme le lecteur aura lieu de s'en apercevoir) que l'heureuse conclusion du concile parut aux du concile, les lois qu'ils jugeraient les plus légats tenir du miracle. Dès les premiers
utiles. Ils n'oublièrent pas de lui marquer que, dans le décret de la dernière session, sur l'établissement des séminaires dans chaque diocèse, quelques-uns avaient voulu qu'on déclarât en termes exprès qu'on établirait un séminaire, à Rome, mais qu'ils s'y étaient opposés, afin qu'on ne crût pas que le concile voulût imposer la loi au saint
pourparlers avec les ambassadeurs au sujet des réformations , on se trouva tout à coup arrêté par un obstacle qu'on avait déjà prévu : plusieurs d'entre eux demandant , avec le comte, que les députés fussent choisis par nations,, tandis que les légats, de leur côté , s'y opposaient en alléguant le bon droit, l'ancienneté de l'usage contraire, et en outre
siège; qu'ils avaient toutefois promis que le l'impossibilité d'obtenir là-dessus le consen-
souverain pontife l'exécuterait , conformé- tement du concile. Ceux-ci, déjà sûrs de
ment à la dignité de la place qu'il occupait ; l'ambassadeur portugais et des députés ita-
qu'ils priaient donc que les effets répondis- liens, gagnèrent encore Drascowilz , (2) et
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sent au plus tôt à leurs promesses
13. Le pape leur fit faire parle cardinal Borromée, la réponse suivante (2): Sa Sainteté ne veut plus consulter personne sur les articles gui lui ont été envoyés , ni sur ceux qui pourraient lui être envoyés encore, parce qu'elle êail bien que la diversité des sentiments ne peut qu'entretenir les dissensions et causer tous les jours de nouvelles disputes. D'ailleurs, la conclusion du concile est désormais si nécessaire, pour les mille raisons déjà exposées tant de fois, que tout ce qui la retarderait ne pourrait être, à notre avis, exempt de faute grave. Que Vos très-illustres Seigneuries fassent le plus de bien et le inoins de mal qu'elles pourront , et que dans cette intention, elles se hâtent d'arriver dans le plus bref délai possible , à la fin du concile. Sa Sainteté pense qu'il ne s'agit plus de le suspendre, mais de le terminer enfin, dans la persuasion où elle est
gagnèrent à peu près Muglitz. Ces deux personnages savaient bien que Morone avai tout exposé à l'Empereur; mais ils protestèrent tous deux qu'ayant ordre de se tenir unis à l'ambassadeur espagnol , ils pouvaien bien essayer de le détourner de son entreprise, mais non se séparer de lui s'il s'obstinait à la poursuivre. Néanmoins, partie par raisons, partie par adresse, et surtout parce que les Français ne voulaient point réellement ce qu'ils semblaient s'accorder à exiger avec les Espagnols , on détermina ceux-ci . pour le moment, à se soumettre à l'antique coutume par suite de laquelle chaque ambassadeur examinait les articles proposés , j ajoutant ce qu'il croyait utile pour son propre pays.
1G. Parmi les articles , il y en eut deux sur lesquels on disputa vivement. Le premier tendait à annuler les mariages clandestins.
que ce sera contribuer par là plus efficacement On voyait les grands désordres qui en nais-
mi service de Dieu , et qu'en même temps , ce sera plus honorable pour nous. Quand vous verrez les choses conduites à leur terme, et que les dogmes étant définis et les reformations établies, vous jugerez qu'il sera temps de le finir, pourvu que vous ayez de votre côté la plus grande partie des Pères , Sa Sainteté
saient, quand l'époux dégoûté d'une union contractée en secret , souvent par l'effet d'une passion aveugle, ou devenu désireux de contracter un nouveau mariage, excité qu'il était à nier l'existence du premier par l'impossibilité de le prouver , passait à d'autres noces qui, parce qu'elles étaient pour
mande que, sans avoir égard aux oppositions l'ordinaire plus honorables du côté de la pa-
des autres, et sans vous laisser intimider par les menaces de qui que ce soit , vous ayez à en prononcer la conclusion. A ces instructions le pape joignait une lettre de sa main (3) qui les confirmait.