‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 112 sur 373 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Opposition du cardinal de Lorraine aux réformes projetées.— Il est d'abord mécontent du cardinal Morone, mais ensuite il se réconcilie avec lui. — Sa réponse à l'invitation du pape. — Gualtieri envoyéà Rome; instructions qu'il y porte de la part des cardinaux.— Ordres que le pape donne sur la manière dont on doit agir avec les cardinaux de Lorraine et Madrucci; sur la continuation du concile nonobstant les difficultés soulevéespar le comte de Luney et sur d'autres objets exposés dans les instructions.

1. Tantde mets àdigérerà la fois offraient aux estomacs les plus actifs une tâche difficile. Les articles de la réformation que les légats avaient communiqués au cardinal de Lorraine, ensuite à du Ferrier, et enfin aux autres ambassadeurs, chagrinèrent fort les deux premiers (1), parce qu'il leur semblait qu'on ne faisait aucun cas de leurs conseils et des moyens qu'ils proposaient pour hâter la fin du concile sans entreprendre de si nombreuses innovations. Et pourtant le cardinal ne pouvait sans déshonneur refuser ce qu'il avait si souvent demandé, ni montrer qu'il voyaitavec peine une réformation générale où il se trouvait lui-même compris. Ainsi quand Paleotto lui remit par écrit ces articles, il témoigna (2) d'abord une grande indifférence; mais ensuite il les approuva, ajoutant, avec un sourire où perçait le dépit, qu'il y avait là de l'ouvrage pour plus d'une année. Il s'en ouvrit entièrement et fit en même temps partager son chagrin à du Ferrier, parqui Gualtieri sut tous ses divers sujets de plaintes : que *e pape était mal servi, qu'il n'avait pas l'autorité qu'il devailavoir; que le cardinal Morone, et peut-être Simonetta, en imposant tant de travaux au concile, ne faisaient une seconder les intentions

(I) Lettres de Gualtieri, des 17, 48et 19 juil. 16G3. (i) Lettre de Visconli au cardinal Borromée, du 19 juillet if>t>5.

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des Espagnols; que le seul Navagero con- bonnes grâces du pape, tandis que, d'un au-

naissait et voulait les vrais intérêts du pape; tre côté, le cardinal s'était laissé séduire par

que les évéques de France ne pouvaient res- l'espoir de celte légation au moyen de

ter plus longtemps éloignés de leurs diocèses; laquelle il se flattait peut-être de procurer A

que Morone mettait trop de froideur ou de la France et à l'Eglise de grands et mémo-

timiditéà embrasser les moyens expéditifs rablcs biens.

proposés par du Ferrier et par lui, en vou- h. Le pape qui connaissait les dispositions

lant s'assurer préalablement du consente- secrètes de ces deux personnages écrivit aux

ment de tous les princes; qu'il en avait légats que, puisque les Français désiraient si

écrit lui-même à la cour de France, et à ardemment l'interruption duconcile, tout en

l'évêque de Rennes, ambassadeur de celte ayant hontedelademander, ilconvenaitdeles

cour auprès de l'Empereur, dans le but d'obtenir l'assentiment de Sa Majesté; mais que néanmoins il fallait agir sansavoir égard à la volonté de gens si difficiles à accorder. Voilà ce que disait le cardinal de Lorraine.

satisfaire ; mais que si les autres princes nq voulaient point l'interruption, mais la continuation, le mieux qu'on aurait à faire serait de congédier les Français sans bruit. Peutêtre espérait-il que leur départ mettrait fin

2. C'est ainsi que sur la scène du monde, à toutes ces requêtes qui jetaient le trouble sans que les personnages ebangent, on voit dans le concile, et écarterait le plus rude en peu d'instants les rôles changer. Le sou- obstacle à l'affermissement de l'autorité ponverain p^nlife, qui d'abord avait le roi d'Es- tificale reconnue par tous les autres. 11 avertit pagne pour principal appui dans le concile, aussi en particulier Morone de s'assurer des et qui, pour complaire à ce prince, avait dispositions où l'on disait qu'était le cardinal consenti à faire aux Français une si profonde de Lorraine au sujet des réformations dont blessure, maintenant était contraint de le projet lui avait élé communiqué. Morone, de<cconnaîlre que tout son espoir était dans ayant su (1) que le cardinal de Lorraine n'éles Français, et que tous les obstacles ve- tait pas parfaitement content de lui parce naient des Espagnols. D'un côté ceux-ci, qu'il n'en recevait pas autant de visites ni après s'être opposés à ce qu'une nouvelle de communications que du cardinal de Maninvitation fût faite aux protestants, l'exi- toue, se l'attacha en formant des rapports geaient actuellement; et d'un autre côté les plus intimes avec lui, en sorte que l'autre, Français qui , tant de fois, du Ferrier à leur passant ainsi du mécontentement à la bientête, avaient par leurs protestations, tant en veillance, montra qu'il n'était pas moins faparliculier qu'en public, causé un si amer çile à gagner qu'à perdre. 11 répondit à la chagrin au pape, l'accusant de trahir la lettre que Musotlo lui remit de la part du cause de l'Eglise en retardant ou plutôt en saint-père par une autre (2) pleine d'actionsl fuyant la réformation, le blâmaient alors de de grâces et des plus belles offres, où il martoutes les concessions qu'il faisait là-dessus; quait qu'il ne cesserait jamais de s'employerl et tandis, que par le passé, ils faisaient tant en faveur du saint-siége non-seulement au-| de bruit pour réclamer du pontife et de ses près des Pères, mais encore auprès des prinlégats la liberté du concile, se plaignant ces sur lesquels il avait quelque crédit ; pari qu'on ne pût rien décider sans les oracles de là, Sa Sainteté serait convaincue que toutes! Rome, ils s'étaient mis tout à coupa repren- ses démarches auprès d'eux n'avaient pour! dre le pape de mal garder sa propre autorité, but que de la pouvoir servir; il acceptait sonl lui faisant ainsi une trop large part, au dé- invitation, mais il différerait son voyage justriment des droits de leur souverain.

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