‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 117 sur 373 · Diego Lainez, général des jésuites, ne · texte numérisé non relu

Diego Lainez, général des jésuites, ne

trtagea pas ce sentiment; il entreprit de

•ouver que le mariage clandestin n'était

us mauvais par sa nature, que nos premiers

jres s'étaient ainsi mariés, et que les théo-

Jgiens moraux le croyaient licite dans plu-

i-urs circonstances; et même qu'en mettant

■part certains abus auxquels cette forme de

•ntrat donnait accidentellement occasion,

tint Thomas (k Sent., art. 3, q. 27) n'y trou-

il rien de blâmable. 11 s'applique à prou- ;

ren second lieu que l'Eglise n'avait jamais

•nuléces mariages, vu que le décret du

pape Evariste, qu'on avait allégué, demandait beaucoup d'autres choses qui ne sont pas nécessaires au mariage, et qu'il n'était pas croyable que ce pape les eût exigées, comme établissant sa validité; qu'on lisait dans Tertullien, assez proche des temps d'Evariste, que les mariages secrets étaient bons ; qu'il fallait seulement conclure qu'Evarisle voulait qu'un mariage fût nul lorsqu'il n'y avait point de consentement intérieur, comme il arrivait assez ordinairement; ce que marquent les propres paroles de ce pape, à la fin de son décret Nisi propria voluntas acccsscril. Il dit, en troisième lieu, que le décret proposé sur les mariages des enfants de famille ne lui paraissait pas d'une grande utilité, parce que les parents pourraient par là empêcher, pendant plusieurs années, leurs enfants de se marier et les exposer à vivre dans l'impureté. Il ajouta que ce décret ne serait reçu ni des hérétiques ni de plusieurs nations catholiques, et qu'il en arriverait une infinité d'adultères , ce qui renverserait la succession légitime des familles; que les raisons que l'on apportait en faveur du nouveau décret avaient toujours existé dans l'Eglise; que ce décret produirait ce que Calvin annonçait comme déjà fait; qu'enfin, dans le doute, il était plus sûr de ne rien innover. Il ne dissimula pas que, pour lui, il doutait fort que l'Eglise eût ce pouvoir, et cela par un raisonnement que d'autres avaient développé avant lui : c'était que l'Eglise ne peut pas changer ce qui est de droit divin ni restreindre ce que l'Evangile accorde, par exemple, le mariage, qui est offert comme remède de l'incontinence à celui qui ne peut vivre chaste autrement, et que chacun étant tenu de pourvoir à son salut, il n'est pas en la puissance de l'Eglise d'interdire le mariage jusqu'à un certain âge, ou de le faire dépendre deccitaines formalités. 26. Les disputes de Pères sur les mariages clandestins et sur ceux des enfants de famille durèrent (1) depuis le 24 juillet jusqu'à la fin de ce mois, et ayant été reprises après les modifications apportées au décret, on les fit encore durer depuis le 11 (2) jusqu'au 23

(1) Comme on le voit par les lettres des légal*, par les acles île Paleollo et par les lettres de Visconli au cardinal Honomée, du 29 juillet et du 12 août 1505.

(2) Dans la congrégation du 11 aoûl le cardinal de Lorraine diieuire autres choses que, pour ce qui était de faire punir les concubinaires par l'évêque, il ne savait pas si le concile pouvait le décider ainsi, cela appartenant en France aux princes séculiers. Au sujet de la liberté du mariage, il dit que le bien de la république demandait quelquefois que certaines personnes lussent contraintes au mariage, et il demanda que pour cette raison on ajoutât celle clause : Nisi evidens ratio reipublicœ exiyat ; dans la congrégation du li, l'évêque de Terni demanda que le quatrième degré lût compris dans l'empêchement de parenté, et que les mariages clandestins conservassent la valeur qu'ils avaient par le passé. L'évêque de Verdun approuva l'annulation des mariages clandestins, cita suppression de la peine d'exil dans le décret contre les concubinaires. Les pères qui demandaient l'annulation sont comptés dans lvs acles au nombre de 135; ceux qui la rejetaient, au nombre de 59 ; il y < n eut 3 qui s\io->iinr>iii de parier, ei 25 qui promirent

août, en présence des plus célèbres théolo- manière à ne point condamner directemen giens, qui avaient été appelés avec les pro- les Grecs ni les frapper d'analhème , san« cureurs pour entendre les Pères. On n'oublia toutefois blesser la dignité de l'Eglise, et er

donc rien pour examiner celte question avec soin et pour séparer dans le décret ce qui pouvait être utile et avantageux d'avec ce qui souffrait quelques inconvénients, et pour tout régler de manière à prévenir, autant que possible, les principales difficultés signalées par Lainez. Son avis, mis par écrit, avait

conservant le respect dû au sentiment d< plusieurs docteurs. Il leur semblait que h but du concile était rempli et la républiqm satisfaite, si l'on formulait ainsi le canon Anathème à quiconque dira que la sainlt Eglise catholique, apostolique et romaine, qu est la mère et la maîtresse des autres Eglises

couru dans beaucoup de mains avant même s'est trompée ou se trompe lorsqu'elle a ensei

d'être lu publiquement, et avait fait impression sur un grand nombre; on redoutait surtout les abus que ferait naître chez certains peuples (1) la non acceptation des décrets du concile, comme nous l'expliquerons plus bas. .

27. On avait aussi dessein de prononcer anathème contre ceux qui prétendraient que les mariages consommés étaient dissous par l'adultère; mais les ambassadeurs vénitiens, à qui l'on avait communiqué le canon projeté sur ce sujet, représentèrent (2), dans la congrégation du 11 août, que leur république était toujours demeurée inviolablemcnt attachée au sainl-siége et aux conciles généraux assemblés par son autorité, recevant et embrassant avec respect et avec la plus entière déférence les décrets qui venaient de là, comme ayant tous pour but la gloire de Dieu, le salut des âmes et la paix dos chrétiens; que si on ne changeait rien à l'analhôme contenu dans le septième canon, on offenserait beaucoup les peuples de l'Eglise orientale, principalement ceux qui habitaient les îles sous la domination de la république, comme celles de Candie, de Chypre, de Corfou, de Zanlc et de Céphalonie, et beaucoup d'autres, avec péril de troubler, non-seulement leur repos, mais celui de l'Eglise caquoique l'Eglise grecque fût

gné et quelle enseigne que le mariage peu être dissous par Vadultère de Vun des époux et que ni l'un ni Vautre, ou la partie innocent qui n'est pas cause de Vadultère, ne doit pom contracter un nouveau mariage du vivant dt Vautre époux ; et que celui-là commet un adul tère, qui, ayant répudié sa femme pour a crime, en épouse une autre, et celle qui, ayan quitté son mari adultère, se marie avec un autre. Les ambassadeurs proposaient aux Père! cet expédient, ou les priaient d'en choisi) eux-mêmes, dans leur haute sagesse, quelque aulre conforme au vœu de leur république, laquelle avait été et serait toujoun entièrement dévouée au saint-siége apostolique.

28. Ce nouveau canon semblait destin, par quelques-uns des ambassadeurs ou d leurs conseillers, non à noter d'hérésie l'opi, nion contraire, mais à frapper d'excommunil cation quiconque serait assez téméraire pou| condamner l'Eglise qui enseigne avec de bons fondements celte doctrine, quoiqu'clj n'en fasse pas un article de foi. D'autrel peut-être, considéraient que ce décret condamnait comme hérétique le sentimel opposé, qu'en vertu de l'autorité de l'EglisI et non comme évidemment contraire à la dl vine Ecriture; ainsi on trouvait moyen d'ef cuser une doctrine qu'on attribuait à sai|

tholique; que,

séparée de la romaine en partie, il n'y avait Ambroise, et l'on pouvait alléguer la bon pas à désespérer qu'elle ne s'y réunît un jour, foi des Grecs tant qu'ils ne connaissaient p puisque les Grecs qui habitaient les pays certainement le véritable enseignement ' soumis à la république, tout en vivant selon l'Eglise là-dessus, et tant qu'ils ne résistai leur rite, ne laissaient pas d'obéir aux évê- pas opiniâtrement à son autorité. 11 est ques nommés par le souverain pontife ; qu'ils étaient donc obligés, dans l'intérêt du bien, et pour remplir leur fonction d'ambassadeurs, de représenter au concile qu'il ne devait point frapper ces peuples d'anathème, ce première Epître qui les irriterait et les porterait à se séparer porte le nom de

entièrement du saint-siége; qu'il paraissait trouve cette doctrine, n'est réellement p<| assez que la coutume de ces Grecs de repu- d'un si grand maître, mais doit être allrif dier leurs femmes pour cause d'adultère et soit à Rémi, comme le soupçonne Jean M d'en épouser d'autres était très-ancienne chez donat(l); soit à Hilairc, diacre schisml eux, et qu'ils n'avaient jamais été ni con- que, d'après les raisons exposées par B damnés ni excommuniés par aucun concile œcuménique, quoique l'Eglise catholique et romaine n'eût pas ignoré cette pratique ; qu'ils étaient donc décidés à faire les plus vives instances pour que l'on usât d'un sage tempérament en adoucissant le décret, de

que, pour ce qui est de saint Ambroise, | étaient dans une grande erreur; ils ne vaient pas ce que la critique des moderncl découvert depuis : que le commentaire sul aux Corinthiens , leqf saint Ambroise et oùf

d'adhérer au sentiment du plus grand nombre. Quelques-uns pensaient que la clandestinité seule n'était pas une raison suffisante pour restreindre la liberté naturelle.

(1) Lettre de Yisconli, du 12 août 1563.

(2) Acl.es du château Saint-Ange.

lippe Labbé (2) ; soit à quelque i \

inconnu.

29. Les légats firent d'abord effacer (3| la requête des Vénitiens certaines païf par lesquelles on semblait prétendre quf Grecs n'avaient pas été appelés au coil comme les Allemands et les Français, c«l

(1) Sur saint Matthieu, c. 19, nnm. 9.

(2) De Script, eccl., in Ambrosio et in diac.

(3) Lettre de Yisconli au cardinal Lforrunnj août 15U5.

semblait révoquer en doute la légitime convocation du concile, comme si la bulle pu- . bliée avec toute la solennité requise, etadressée généralement à toutes les nations chrétiennes, n'avait pas suffi à cet effet. Depuis , quand on en vint à donner son sentiment sur cette matière (1) , André Cuesta , évêque de Léon, rejeta la requête, parce que, disait-il, > l'Eglise n'avait pas coutume d'user de celte formule d'analhème : Si quelqu'un dit que l'Eglise a erré. Il ajouta que la vérité qui 'était proclamée là, était certaine, confirmée parle concile de Milév is, au chapitre 19, par le isixième général et par celui de Florence ; il cita à l'appui, parmi les Pères grecs, Clément d'Alexandrie et saint Basile; que si quelque Père était tombé dans l'erreur en affirmant le contraire , beaucoup de ceux "qu'on avait cités avaient parlé différamment, ce qu'il montra d'une manière évidente en posant chacune de leurs expressions. Il est probable que, si Cuesta eût été Un des premiers à exposer ses raisons, il aurait amené à son avis autant de monde qu'il en fallait pour faire rejeter la requête. Niais le plus grand nombre fut d'avis que .'on fit droit à la demande des ambassadeurs. 30. Il faut relever ici deux infidélités comnises par Soave; il suppose en premier lieu, juc les Vénitiens demandèrent, non pas les nodifications que nous avons exposées (2), nais, en général, un changement qui mît «s Grecs à l'abri d'une condamnation. Et, le là, il prend occasion de jeter le ridicule ur les Pères du concile, et de les accuser de égèreté et d'inconséquence , tandis qu'il raonte que plusieurs d'entre eux ne voyaient •oint de différence entre la première et la econde formule, et que néanmoins ils adopèrent le sentiment du plus grand nombre, .c fait est qu'il y avait une différence, bien •u'ellc ne fût pas très-sensible ; mais, en acordant même qu'il n'y en avait point , 'était-il pas plus convenable d'accorder à la épublique le changement qu'elle sollicitait ans le décret, lorsque ce changement affeclit plutôt les paroles que les idées? Car 'est-il pas vrai que moins on demande, et lus on souffre d'un refus, comme aussi plus ! bienfait que l'on sollicite est grand, et «oins on a droit de se plaindre de ne le point bleuir (3).

(t) Actes de Paleotto cl lettre de l'archevêque de m, 19 août 1563.

(2) Les actes du château Saint-Ange, ceux de Paollo et de l'évêque de Salamanque, no laissent point : doute sur l'objet de la demande des Vénitiens.

(3) Celte vérité catholique, que le mariage ne pont re dissous quoad vinculum, pas môme chez les Grecs, tiir cause d'adultère de l'un des époux, ou de tous "s deux, est savamment démontrée par A. Brcno :

anuale miitionariorum orienlaliiim , lom. I, liv. m,

2, resp. 6, n. 470 et suiv.

(Noie d'Antoine Zaccaria.)

Page 1