‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 118 sur 373 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Antinori envoyé' à Trente par le pape.; rm'ssion qu'on lui confie. — Réponses de l'Empereur au cardinal Morone sur les difficultés suscitées par le comte de Lune, et au cardinal de Lorraine sur les projets concertés entre le pape et cetteEminence. — Lettres du même à ses ambassadeurs, pour leur recommander de s'unir avec le comte sur certains points de réforme et pour qu'ils maintiennent lespriviléqes des princes séculiers ; observations de l'Empereur sur les décrets projetés.

1. Le pape, voyant que les ordres qu'il donnait par lettres étaient mal exécutés, résolut d'envoyer un exprès à Trente (1) pour les faire signifier de vive voix ; il choisit pour cela Louis Antinori, qui avait les bonnes grâces du cardinal de Lorraine, et qui savait apprécier ce personnage. Antinori vint à Trente, en apparence pour accompagner le cardinal à Rome, et pour lui faire rendre en chemin les honneurs dus à sa dignité, paref qu'on avait l'espérance que la session s'ouvrirait avant le jour qui avait été fixé. Mais ce n'était là qu'un prétexte qui servait à couvrir le véritable motif. L'objet principal de la mission d'Antinori était de faire habilement lous ses efforts pour déterminer le cardinal à ne point abandonner le concile avant sa conclusion, en lui représentant que chaque instant de son absence pouvait tourner au désavantage de l'Eglise tout entière; que sa visite serait plus agréable au souverain pontife, et plus honorable pour lui-même, quand il pourrait porter à Rome la nouvelle de l'accomplissement d'une chose si désirée.

2. Le même eut encore mission de représenter aux légats combien le pape désirait vivement la conclusion, tandis qu'on voyait en conjonction certains astres dont quelquesuns étaient si errants de leur nature , et de se maintenir en bonne harmonie avec le cardinal de Lorraine, au moyen de toutes sortes d'honneurs qu'ils lui rendraient ; quant aux oppositions du comte de Lune, il ne fallait point y avoir égard, puisque les agents espagnols à Rome et ceux du pape en Espagne assuraient que les dispositions du roi Philippe étaient toutes différentes.

3. Les légats répondirent qu'ils comprenaient assez, par tout ce que Sa Sainlelé avait fail par le passé, combien elle désirait ardemment la prompte conclusion du concile et les justes motifs qu'elle avait de la désirer , et que , de leur côté , il n'était rien qu'il ne tentassent pour l'entière exécution de ses ordres ; mais ils avouaient qu'il n'élait pas aisé de réduire le comte de Lune, dont le parli était soutenu d'un grand nombre d'évêques et de beaucoup d'ambassadeurs, principalement de ceux de l'Empereur ; ils disaient qu'il était bon de faire honneur au

il Lettre des légats au cardinal Borromée, du 23

août 1503.

cardinal de Lorraine, mais que l'excès était ils devaient se joindre au comte de Lune, et

à craindre pour ne pas causer d'ombrage aux autres ; que le bruit de la légation de France, à laquelle le pape le voulait nommer, en avait fait murmurer plusieurs (1), sans en excepter même les Français, qui en avaient eu du chagrin, quoiqu'ils eussent été

ne consentir à la discussion des articles, que si on députait des prélats de tous les pays, pour en délibérer et former les décrets. J'avertis ici le lecteur qu'à l'endroit où en est maintenant mon histoire , je reçois de la bienveillance de Diego Tagliavia, ambassa-

Ies promoteurs de cette affaire, et qui, soit deur de Sa Majesté Catholique près la cour

pour détruire ce bruit, ou pour en arrêter les effets, avaient fait exprès des remarques trop vives sur les articles de la réformalion qu'on leur avait communiqués; ils ajoutèrent qu'il ne fallait point engager le cardinal à rester à Trente après la session , et qu'ils en avaient averti Anlinori, parce que, malgré les belles raisons qu'on alléguait, ils avaient remarqué que celte Euiinence en avait conçu des soupçons. En effet, aussitôt que le cardinal avait appris l'arrivée d'Antinori, il en avait montré (2) de l'inquiétude et du trouble ; mais sachant ensuite que c'était pour raccompagner , il avait repris toute sa sérénité.

^. Au point où en était les choses, tout paraissait dépendre des réponses de l'Empereur; car s'il se prononçait pour la conclusion , de concert avec les Français , on pouvait , avec le concours que tous les princes italiens prêtaient au pape, ne point avoir égard aux oppositions du comte de Lune, surtout lorsque les autres agents espagnols, non-seulement pensaient différemment, mais témoignaient de la volonté contraire du roi. Le cardinal de Granvelle lui-même (3) avait écrit aux légats dans les termes les plus favorables, et, sans en être prié , avait offert ses bons offices ; mais l'approbation que l'Empereur aurait donnée à la conduite du comte eût prêté un trop grand appui aux prélats espagnols, et interrompu en même temps les négociations ouvertes avec les Français, pour abréger le concile par des voies que l'usage n'autorisait pas. Sur ces entrefaites, il arriva, on ne peut plus mal à propos, que deux lettres furent remises à Ferdinand, la première, en même temps que celle du cardinal Morone, mentionnée plus haut , et l'autre peu après ; ce qui contribua beaucoup à diminuer l'effet de celle du cardinal.

5. L'une de ces lettres lui était adressée par ses ambassadeurs ; ils lui marquaient que les légats voulaient plutôt effleurer qu'approfondir les matières de la réformation ; qu'ils ne les confiaient qu'à un petit nombre de théologiens, presque tous Italiens, sans demander l'avis de ceux des autres nations , afin que tout le monde fût entendu dans une chose qui importait à tout le monde. L'Empereur répondit (4) à ses ambassadeurs que, puisqu'il en était ainsi ,

(1) Lellrede Visconliau cardinal Borromée, du 5 août 1563.

(2) Tout cela est rapporté dans une lettre de Yisconti, du 23 août.

(3) Lettre des légats au cardinal Borromée, du 19 août 1563.

(4) Lellrede l'Empereur aux ambassadeurs. 8 août

romaine , le recueil complet des lettres de Ferdinand à ses représentants, ce qui m'autorise à garantir l'exactitude de ce que j'en rapporte, parce qu'auparavant, elles n'étaient pas toutes en ma possession , et la copie de celles que j'avais ne me paraissait pas toujours exacte, et je dois aussi témoigner ma reconnaissance à celui de qui je tiens un secours si utile pour cet ouvrage qui est une véritable apologie de la religion.

6. L'autre lettre fut remise à l'Empereur, en même temps que celle du cardinal Morone , par l'évéque de Chonad ; c'était le cardinal de Lorraine qui la lui adressait, et l'évéque de Rennes, ambassadeur de la cour de France, était chargé d'y joindre de vive voix une longue explication. Comme il est d'usage de ne donner prise sur soi que le moins possible, le cardinal s'abstint de dire à l'Empereur que c'était lui et du Ferrier qui avaient conseillé au pape la nouvelle combinaison ; il expose simplement que Sa Sainteté, voulant une prompte conclusion du concile, lui avait proposé de le terminer avec la prochaine session , lui offrant la légalion de France, avec pouvoir d'accorder, du côté des lois ecclésiastiques, toutes le* dispenses que réclamaient les besoins de ce royaume , ce que l'amour de la patrie lu conseillait de ne point refuser, si Sa MajesU y consentait.

7. L'Empereur était alors à Vienne, où si tenait une diète, Ayant donc l'esprit ton prévenu , à cause des rapports défavorable qu'on lui faisait , il répondit (1) d'abord a'f cardinal Morone, en termes pleins de modéj ration, mais aussi avec fermeté, sans dissif muler ses craintes pour l'avenir. Il ténioil gnait , dans sa lettre , sa satisfaction du bo[ succès de la dernière session ; il assurait il cardinal, avec les démonstrations les phi honorables , qu'il interprétait on ne pcil plus favorablement tout ce qu'il lui mari dait ; il marquait le plus grand étonnemel de ce que l'évéque de Chonad lui avait ni lifié de sa part , que le Roi Catholique dl mandait la prorogation du concile, et il voulait point qu'on relâchât rien des lc| ecclésiastiques , quand les circonstances demandaient; quant à lui , il ne voyait pi ce qui pouvait porter Sa Sérénité à en aJ ainsi , et il ne croyait pas qu'elle voulf s'opposer ainsi au bien des peuples. Il cil loin , ajoutait-il , d'approuver les longueuil au contraire , il désirait qu'on tennij bientôt le concile , pour que le monde recueillît les fruits, et que les églises rec<| vrasscnl leurs pasteurs ; c'est pourquoi iil désapprouvait pas ce que lui mandait le cj

(i) Dernier jour de juillet 1563.

dinal de Lorraine , que Sa Sainteté sollicitait fort la fin du concile , avec le secours des prélats français et italiens ; mais tout devait se faire conformément aux canons, et il ne fallait laisser sans décision aucun des articles de réformation pour lesquels le concile avait été convoqué , ni remplir cette tâche avec moins d'attention que par le passé, pnisqu'en finissant tout d'un coup le concile, les peuples en seraieut scandalisés, et l'Eglise en souffrirait | lus de dommage que si on n'avait jamais pensé à l'assembler. Et parce que le légat lui avait écrit que, pour le moment présent, on traiterait seulement de la réformation en général, le concile se réservant de procéder ultérieurement aux réformations particulières qui intéressaient chaque royaume, l'Empereur rappelait à Son Eminence que, dans son voyage à Inspruck , elle l'avait assuré de la volonté où l'on était de régler tout ce qui importait au bien de ses vassaux , cl qui n'avait pas été réglé dans la convocation actuelle ni dans les précédentes ; ce qu'il importait d'autanl plus de faire, que c'était à l'avantage d'une grande partie du monde chrétien. L'Empereur ni les légats ne devaient point se désister, par suite du refus que certains évèqucs faisaient de déroger à quelque loi ecclésiastique ; car comme il ne s'opposait p.is au bien des autres peuples, ainsi il était juste que personne ne s'opposât au bien qu'il voulait procurer à ses peuples. Un concile ne méritait le nom de général , que parce qu'il embrassait les intérêts de tous, sans rien sacrifier aux exigences d'un seul royaume en particulier; au reste, il ne pouvait croire que les évoques espagnols cesseraient de se laisser conduire par les règles de la charité et de la justice. Dans l'espoir que le concile, après la réformation générale , s'occuperait des besoins particuliers de ses Etats , il allait lui-même préparer les matières , tant par rapport à l'usage du calice que par rapport aux dispenses des autres lois ecclésiastiques, et quand il aurait pris une détermination làdessus , il rendrait compte aux légats. Il espérait que s'il faisait quelque demande au pape ou au concile, on ferait en sorte de le contenter, puisqu'il ne demandait rien pour ses avantages temporels , mais pour le bien spirituel de ses sujets , et dans l'intérêt de la religion, dont il voulait conserver ce qui en restait dans son empire. Il ajoutait que s'il n'obtenait rien , il abandonnerait tout au soin de la Providence; mais qu'il y aurait grandement à craindre que les peuples ne prissent d'eux-mêmes les choses dont ils éprouvaient le besoin, et dont ils croyaient que l'Eglise pouvait, sans aucune difficulté, les mettre en possession. Au reste, il s'en rapportait en cela à Son Eminence, en qui il mettait une entière confiance.

8. Ferdinand répondit (le 1" juillet) à la lettre du cardinal de Lorraine par une autre fort sèche où son mécontentement paraissait assez. Il lui mandait qu'il avait appris, à son grand étonnement, que le pape voulait absolument faire terminer le concile par un"

voie qui ne lui paraissait pas légitime; qu'il n'avait pas cru d'abord que des raisons d'une politique toute humaine dussent prévaloir en celte occasion ; que si la chose avait lieu, il prévoyait tout le scandale qui en arriverait. Sur le désir que le cardinal témoignait d'eu finir promptement, il s'exprimait à peu près comme dans sa réponse àMorone. Enfin, au sujet de la légation de France offerte par le p.ipe, et sur l'acceptation de laquelle le cardinal demandait avis, Sa Majesté Impériale répondit brièvement qu'elle faisait tant d'estime du cardinal, que quelque lût le parti qu'il prendrait là-dessus ce ne pouvait être qu'avantageux à la France, soit que le concile fût continué ou prorogé.

9. L'Empereur envoya (le 1" août) copie de toutes ces réponses à ses ambassadeurs, en leur mandant qu'il avait ouï dire que le pape voulait mettre trop de précipitation, et le Roi Catholique traîner les choses en longueur. Et, sans aucun doute, c'est par une permission divine que Ferdinand s'opposa à celle, manière empressée de finir, ou plutôt de congédier le concile; il est vrai que le pape n'y consentait que pour éviter un plus grand mal, cl aussi pour ne pas s'aliéner le cardinal de Lorraine et du Ferrier. Mais étant parvenu à gagner le premier, les obstacles qu'il trouva ailleurs le déterminèrent, malgré les difficultés soulevées par le second, à favoriser d'une manière plus convenable le progrès du concile.

Les Impériaux ayant reçu (1) les lettres de leur souverain, 1 s remirent à ceux à qui elles s'adressaient. Le cardinal de Lorraine, à la lecture de la sienne, perdit loute l'ardeur qu'il avait pour terminer le concile et pour être envoyé en France en qualité de légat. IL dit dès lors aux ambassadeurs (2) que, pour ne point interrompre l'affaire de la réformalion, il voulait retarder son voyage à Home, malgré la promesse qu'il avait faite au pape, jusqu'à la fin de la session; qu'il prendrait garde à ne pas se laisser influencer par l'air qu'on respire à Rome; qu'il s'y occuperait uniquement du bien de la religion et de celui de la France; qu'il travaillerait surtout à faire accorder l'usage du calice, pour faciliter le retour des hérétiques au sein de l'Eglise, et l'aliénation de quelques revenus ecclésiastiques, avec le consentement du clergé, pour aidera payer les dettes du royaume; qu'il n'accepterait pas la légation de France qu'on lui offrait, pour faire cesser les mauvais propos de ses enn"mis et renverser les accusations des hérétiques; qu'enfin il ne voulait rien régler en France, pas même avec l'autorité du pape, sans l'agrément des évêques

11. Mais deux jours avant que de tenir cidiscours, c est-à-dire le 16 août, le cardinal avait écrit au pape d'un style bien différent. 11 lui mandait qu informé du désir qu'avait Sa Sainteté de finir heureusement le concile,

( I ) Lettre des ambassadeurs à l'Empereur , 10 août

{-i) Lettre des ambassadeurs à l'Empereur , 20 août 1505.

il avait fait partir Lansac pour la cour de France, et l'avait chargé de représenter à la reine régente ce qu'il pensait là-dessus; que Lansac avait rempli cette mission avec tant de sagesse et de prudence qu'il en attendait un bon succès; qu'il apprenait que l'Empereur ne désapprouvait pas ses raisons, mais qu'il attendait d'en être plus exactement instruit par le gentilhomme qu'il lui avait dépêché sur cette affaire; qu'aussitôt après la session, il se mettrait en chemin pour Rome, aûn de renouveler aux pieds de Sa Sainteté l'assurance de son entier dévouement. C'est ainsi que le cardinal jouait, presqu'à la même heure, deux rôles différents.

dans le vingt-neuvième chapitre on annulait toutes les constitutions des princes contre les immunités du clergé et des biens ecclésiastiques; qu'un pareil décret ne serait jamais reconnu ni par l'Empereur ni par les autres princes; que bien loin d'opprimer la liberté ecclésiastique, il l'avait toujours défendue ; mais qu'il fallait considérer que chaque royaume, outre les lois générales, avait encore ses constitutions particulières ; que, selon le droit commun, les ecclésiastiques avaient aussi leur privilèges distingués et limités ; qu'ils croyaient que les princes feraient beaucoup de difficultés sur ce décret, comme il l'avait déjà vu dans un écrit des

12. Les légats commençaient à perdre l'es- Français ; qu'il ne pouvait donner une ré-

poir qu'ils avaient conçu non-seulement de ponse certaine sur un article qui renfermait

finir bientôt le concile, "mais même de tenir tant de matière; que si les présidents vou-

en paix la session qui se préparait. Les 1m- laient absolument le faire passer, ses am-

périaux avaient tout d'abord envoyé à leur bassadeurs devaient faire remarquer com-

souverain (1) les projets de réformes prépa- bien il serait difficile de le faire accepter, et

rés par les présidents ; puis les notes faites encore plus de le faire exécuter dans l'Em-

par eux et par les ambassadeurs français pire, surtout en ce qui concernait les impôts

pour être jointes à ces projets ; mais il n'était pas question de celles du comte de Lune, parce qu'il ne les leur avait pas communiquées. L'importance de la chose fut cause que l'Empereur différa de quelques jours sa réponse (2); enfin il leur fit expédier de Vienne, le 23 d'août, une lettre qui leur fut portée avec tant de célérité, qu'ils la reçurent dans la nuit du 26 au 27 (3). Comme nous l'avons déjà remarqué dans plusieurs endroits de cet ouvrage, Ferdinand était entouré de conseillers mal disposés, comme ils disaient eux-mêmes, envers la cour de Rome, ou plutôt envers la religion romaine, et qui ne manquaient jamais l'occasion de calomnier les intentions du pape et des évêques italiens auprès de l'Empereur, dont l'esprit, ainsi qu'une laine blanche, prenait facilement toutes les teintes qu'on voulait lui donner. Ce fut sous l'influence de pareilles gens qu'il manda en premier lieu, dans sa lettre à ses ambassadeurs, que les décrets sur la réformation qu'on leur avait communiqués étaient dressés avec tant d'artifice, qu'il semblait qu'on voulait rendre cette réformation insupportable aux princes, afin qu'ils la rejetassent et que la honte en retombât sur eux, pendant que la cour romaine, en renvoyant la faute sur les autres, continuerait à vivre dans son ancien relâchement.

13. Ensuite, entrant dans le détail, il disait qu'il y avait plusieurs choses dans les articles concernant l'ordre ecclésiastique, qui lui paraissaient excellentes, mais que la difficulté était de les mettre en pratique dans les lieux de son empire; qu'il souhaitait donc que les évêques d'Allemagne se trouvassent au concile, ou du moins leurs procureurs, et qu'il ne doutait point qu'étant instruits de cette affaire, ils ne soutinssent les intérêts des bons prélats. II ajoutait que

(1) Lettre des ambassadeurs à l'Empereur. 10 août

que les ecclésiastiques étaient dans l'usage de payer, le pape lui-même ayant consenti à ce qu'ils n'en fussent pas exemptés ; que si, sans aucun égard à toutes ces raisons, on voulait passer outre et faire approuver le décret, il fallait qu'après en avoir communiqué avec les ambassadeurs d'Espagne et de France, ils déclarassent solennellement qu'il ne leur était pas permis de consentir à sa publication qui devait causer tant de dommageaux droits de l'Empire, et protestassent contre tous les troubles et les désordres qui en arriveraient.

14. Ensuite l'Empereur changeait plusieurs choses dans les autres articles, lesquels changements ou étaient assez confor- | mes aux sentiments du concile, ou avaient été déjà faits auparavant. Par exemple, dans le troisième article où les chants efféminés i étaient interdits dans les églises, ce prince i souhaitait qu'on ne touchât point à ces chants I figurés qui excitaient, disait-il, à la piété.

15. Dans le quatrième et dans le dernier, qui défendaient aux princes de violer la li-| berté ecclésiastique par prières ou par menaces dans les élections, il demandait qu'oui n'empêchât pas les prières quand elles se-l raient légitimes et modérées. I

16. Dans le huitième où l'on ordonnait quel les seigneurs présenteraient plusieurs per-l sonnes à la fois pour un bénéfice, il objectai que, par là, on donnerait trop d'avantages! aux évêques, et il louait ses ambassadeurs! d'avoir proposé que les seigneurs ne nommeraient qu'un sujet chaque fois, et que, s'il n'était pas trouvé capable, ils en nommeraient un second.

17. Dans le neuvième on lisait qu'où Ie<| revenus des cures étaient trop modiques, oïl y suppléerait ou par les décimes, ou en colif sant les paroissiens. L'Empereur marquai! que cela ne se pouvait faire en Allemagne oïl les dîmes sont la plupart possédées par dcl

laïques qui les avaient achetées de l'Eglisej

(2) Lettre de l'Empereur à ses ambassadeurs, 10 et ou les cotisations étaient si fréquentef coût 1563. pour d'autres besoins, qu'on ne devait pî

(3) Tout cela se voit par la réponse du 29. imposer aux peuples une nouvelle charge

qu'ainsi ce serait assez d'y pourvoir par l'union de quelques bénéfices.

18. Dans l'article treizième, on privait du droit de patronage ceux qui n'en jouissaient pas par titre de fondation ou de dot, et qui ne le prouveraient pas par de bons litres. Comme cet article faisait tort à plusieurs qui étaient dans une possession très-ancienne, quoiqu'ils ne pussent en produire aucun titre pour appuyer leurs droits, ou qui en jouissaient par privilèges, ou par la concession du souverain ou des princes, Sa Majesté ordonnait à ses ambassadeurs de se joindre aux autres pour faire effacer cet article.

19. Dans le vingt-deuxième, on refusait le baiser du livre des Evangiles ou de la paix à tous les laïques, même à l'Empereur; ce prince disait qu'il était plus prudent d'attirer les princes aux grandes solennités par quelques marques d'honneur et de distinction.

20. Dans le même article on avait inséré que, dans toute action, soit publique ou particulière, les évéques précéderaient tous les laïques de quelque état ou condition qu'ils fussent. L'Empereur prétendait que cet article était plutôt une dépravation qu'une réformation, propre à inspirer de l'orgueil aux ecclésiastiques, et qu'on ne pouvait changer en Allemagne les anciennes coutumes.

21. Dans le vingt-troisième, on prescrivait à tous les évêques de visiter leurs diocèses, et on ordonnait que les peuples fourniraient aux frais et à la dépense. Sa Majesté répondait que cela ne pouvait s'observer en Allemagne où les prélats ne voulaient point faire leurs visites sans un grand cortège, et, par conséquent, sans beaucoup de dépense, et où ils ne pouvaient même visiter entièrement leurs diocèses, à cause de leur trop grande étendue; qu'il jugeait donc plus à propos qu'on ordonnât aux évéques de faire eux-mêmes les visites des endroits les plus proches, et de commettre des archidiacres pour les autres lieux plus éloignés.

22. Dans le trcnle-lroisième, l'Empereur convenait qu'on faisait bien d'exiger les dîtnes, mais qu'il fallait conserver l'indemnité d'un grand nombre de laïques qui avaient acquis celte exemption à juste litre.

23. L'Empereur ensuite faisait ses réflexions sur les notes de ses ambassadeurs, dont il approuvait plusieurs, comme dans le premier chapitre, qu'il fallait ordonner que les cardinaux seraient tirés de tous les pays; dans le troisième, qu'on réciterait ou chanterait les psaumes posément, et d'une manière propre à inspirer la piété; qu'on défendrait aux ecclésiastiques la chasse, les jeux et les danses, que les amendes pécuniaires seraient converties en de pieux usages par les ordinaires, et autres semblables observations.

2V. Mais il blâmait quelques-unes de leurs observations ou comme minutieuses , ou comme empreintes de trop de sévérité, ou comme impossibles à exécuter, ou comme dommageables à l'Allemagne. Il les exhortait à faire comme les ambassadeurs français 'lui consultaient en tout leur maître avant

de rendre leur réponse aux légats (du moins, c est ainsi qu'il le croyait, quoique faussement sans doute, comme ses représentants ne manquèrent pas de le lui dire). Telle était la dépendance dans laquelle les princes mettaient leurs ambassadeurs à leur égard, ce qui ne les empêchait pas de se récrier contre celle où le pape tenait ses légats, comme si la liberté eût été ravie par là au concile; en sorte que Pie IV, pour faire cesser les réclamations, se vit contraint d'ordonner à ses légats d'agir sans lui demander son avis et sans même lui rendre compte de rien.

25. L'Empereur ajoutait qu'il était nécessaire aussi qu'on formât un abrégé de la doctrine catholique pour que la vérité fût enseignée d'une manière uniforme, par les prédicateurs et les maîtres, dans tout le monde chrétien; et il recommandait à ses ambassadeurs de faire en sorte d'obtenir cela du concile. Il leur ordonnait de répondre aux légats et de travailler dans le sens de celle instruction, ajoutant pour dernière recommandation qu'ils eussent à en faire part au comte de Lune ; car c'est en usant de ces marques de confiance qu'on s'assure souvent le concours d'autrui, parce que l'homme prête facilement sou secours à celui qui l'honore de son estime, et aussi parce qu'il en est de celui qui ne s'est encore livré à personne, comme d'une région dépourvue d'habitants : dans l'un et l'autre cas la conquête est aisée.

Page 1