‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 120 sur 373 · Les légats repartirent qu'aussitôt qu'on · texte numérisé non relu

Les légats repartirent qu'aussitôt qu'on

rone témoigna sa surprise, et en même temps aurait envoyé à ce prince les deux articles [ue Sa Majesté Impériale, en la manière qu'on les avait corrigés, ils n

son chagrin, de ce que Sa Majesté Impériale, en la manière qu'on les avait corrigés, ils ne qui^demandait avec tant d'ardeur une réfor- doutaient point que l'Empereur ne les agréât, malion générale, voulait maintenant y soustraire les princes séculiers. Il dit que lorsqu'on s'était récrié au sujet de l'avis préalable que les légats demand, lient à leur maître, qui était aussi le chef de toute l'Eglise, Sa Sainteté s'était, pour ainsi dire, dépouillée de ses droits et de ses prérogatives, pour laisser au concile une entière liberté ; tandis que l'Empereur l'entravait, en voulant exclure tel ou tel article. Mais, conti-

ns se montrèrent même disposés à y faire encore toutes les modifications qu'on jugerait nécessaires ; la seule chose qu'ils demandaient, c'était qu'on ne les omît pas entièrement. L'archevêque de Prague accepta cette proposition; cl ainsi se termina ce différend, où le légal Hosius, avec toule l'ardeur de son zèle et la franchise de son caractère, montra qu'il désirait, encore plus vivement que ses collègues, la réformalion

nuait-il, plutôt que de souffrir une pareille des princes laïques en Allemagne, où il la indignité, les légats étaient disposés à uemau- jugeait encore plus nécessaire qu'en Polo-

der au pape la permission de se retirer; si donc les Impériaux, lors de la proposition des articles, faisaient des protestations contraires, ils useraient de leurs pouvoirs et congédieraient les Pères. Il dit que, quand même ils en auraient la volonté, il leur serait impossible de décider les é vequ.es à prononcer sur les autres articles, si l'article principal était retranché; que ces prélats se plaignaient hautement des abus tolérés en diftérenls pays qui n'étaient pas de la domination de l'Empereur, et qu'il lui nomma; qu'ils assuraient qu'il était inutile d'avoir fait un décret si sévère pour établir la résidence, si on ne levait pas tous les obstacles que les princes y mettaient, parce qu'il ne se pouvait faire que les évêques résidassent,

gne, qui était le lieu de sa naissance.

Les ambassadeurs tenaient ferme pour faire rejeter les articles, conformément aux ordres de Ferdinand. Ils lui répondirent qu'ils auraient pour eux le comte de Lune, mais qu'ils ne pouvaient point eompter sur les Français, parce qu'ils en passeraient partout où on voudrait, afin que le cardinal de Lorraine pût retourner au plus tôt en France, f

k. Dans un tel état de choses, les légatsj s'empressèrent d'en écrire au cardinal Boiromée, au moyen d'un secrétaire de Dellîni, qui] allait à Rome. Ils conjurèrent aussi le papel de leur faire savoir sa volonté, dans !c cas où| l'on voudrait user de violence à leur égard, et de leur envoyer un bref, qui les mît cri étal d'exécuter ce dont ils avaient fait la me-f

lorsque l'épiscopat était tellement avili, que nace, c'est-à-dire de rompre le concile et d(l

le plus petit gouverneur de province les re- partir lorsqu'ils verraient leur autorité méf

gardait comme des valets ; que si l'Empereur connue et la liberté violée ; mais ils promet]

était informé de ce désordre, bien loin d'être taient, en même temps, de n'en venir là qu'J

contraire au concile, il l'exciterait à remédier toute extrémité. Mais avant que le porteur

à un si grand mal; qu'on n'avait aucun doute des dépèches se mît en route, il. firent renili]

sur les bonnes dispositions de Sa Majesté, et qu'on savait bien que cette résolution lui était suggérée par ceux qui ne voulaient de réformation que pour le siège apostolique, prétendant y soustraire le reste de l'Eglise. Telles furent les raisons que le premier lé-

(1) Lettres des Impériaux à Ferdinand, en date du 29 août, bt des légats au cardinal Uorromée, da

du même jour.

compte, par un de leurs amis, de l'cxplieaj tion qu'ils avaient eue avec l'archevêque, [ Drascowilz, qu'une maladie retenait au lil et qui avait été instruit de tout par son col lègue; peut-être était-ce pour voir s'il i rendrait. I! répondit qu'il voyait arec étonnment ceux-là même, qui naguère avaient* publiquement que Pie IV n'était qu'un pni tendu papç, et qu'il fallait le déposer coimf simoniaque, obtenir plus facilement ce qu'

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demandaient, que les représentants d'un Em- Charlemagne et observée fidèlement par ses

pcrcur, si pieux et si modéré. Il ajouta qu'il successeurs. Mais le pape avait signifié au

priait les légats et leur conseillait de ne point cardinal Morone qu'il était disposé à sup-

refuser ce qui leur était demandé, parce qu'à pléer à ces défauts, si ce prince voulait s'at-

défaut de l'Empereur, ils trouveraient ail- tacher inviolablement au parti calholique.

leurs de redoutables opposants. 7. Mais connue l'absence du roi avait ôlé

5. Le cardinal Morone, voyant l'inflcxibi- au légat tout moyen de négocier cette affaire lité des Impériaux, manda l'archevêque de à Inspruck, le nonce Delfini représenta au Prague. Le temps et la réflexion les avaient pape qu'il n'était pas prudent de laisser ainsi tous les deux bien radoucis, et ils s'empres- la chose en suspens, au grand méconlcntesèrent de réparer, par les paroles les plus ment de Ferdinand et de son fils, qui, voyant bienveillantes, ce que chacun avait pu dire le sainl-siége refuser celte confirmation , ne d'un peu offensant dans la chaleur de la dis- pourraient s'empêcher de le regarder comme pule. L'archevêque dit que l'Empereur ne mal disposé envers eux. C'est ce qui deterrefuserait pas d'admettre les décrets, tels mina le souverain pontife à reconnaître qu'on les avait retouchés; que ce qui l'avait l'^Iecliou de Maximilien, à condition que ce offensé, était qu'on paraissait y condamner prince demanderait qu'il fût suppléé aux les décrets des diètes d'Allemagne, dans les défauts qu'on y trouvait, qu'il jurerait d'être affaires ecclésiastiques, ce qui serait rallumer fidèle à la foi et au siège apostolique comme' la guerre là où on avait eu tant de peine à avaient fait ses prédécesseurs, et d'après la établir la paix ; mais qu'il fallait avoir quel- formule de serment qui lui serait communique égard pour ce prince, en attendant sa quée, et qu'enfin il enverrait à Rome un réponse, qui ne tarderait pas. Morone, de ambassadeur jurer obéissance en son nom, son coté, excusa l'aigreur qu'il avait fait pa- selon la coutume des autres princes (1), et raltre, et pour faire connaître à l'archevêque comme Ferdinand son pèreavait fait lui-même, combien il était dévoué à l'Empereur, il lui 8. Mais Maximilien ne voulait entendre à fit lire, sous le secret, ce qu'il écrivait au rien, cl il était poussé à cela par les conseils pape, pour faciliter la confirmation du roi de Ferdinand. Il refusait (2) de demander des Romains. Mais, à ce propos, il faut que je une confirmation qui n'avait pas été jugée remonte un peu plus haut, pour exposer, nécessaire par ceux-là même de ses prédédans tout son jour, une affaire qui fit alors cesscurs dont l'élection avait été encore plus beaucoup de bruit, et à laquelle se trouvé- défectueuse que la sienne ; il objectait que rent liés plusieurs personnages du concile, le serment demandé par le pape n'était poiut ou à laquelle, pour mieux dire, le concile en usage, c'est pourquoi l'ambassadeur de lui-même se trouva mêlé. On verra ensuite Sa Majesté Impériale en avait de son propre à quoi s'en tenir sur ce que débile, à ce sujet, mouvement proposé un aulrc , tel quil est Soave, qui ne manque aucune occasion de usité quand l'Empereur reçoit la couronne déprimer, par ses calomnies, la dignité du de la main du pape, et où est exprimée 1 osainl-siége. bligation de maintenir la foi catholique. Mais

6. Celte affaire était un des objets prin- alors il ne parut pas assez explicite; cepencipaux que le cardinal Morone devait traiter dant le pape s'en serait contenté, si au moyen avec l'Empereur à Inspruck, s'il trouvait la de quelque addition , et plus amplement eucommodité de le faire; voici de quoi il s'a- core par une lettre confidentielle, Maximieissait : on reprochait plusieurs défauts lien eût voulu lui déclarer que, par foi a l'élection de Maximilien , fils de Tempe- catholique, il entendait celle que professaient reur Ferdinand ; ce qu'on reprochait sur- les pontifes romains, déclaration qui aurait tout (1), c'était que deux électeurs légi- suffi, disait le pape, pour déterminer les limes seulement y eussent concouru, parce cardinaux à reconnaître solennellement Maxique trois autres suivaient l'hérésie, et que l'ar- milieu pour roi des Romains, et pour bannir chevèque de Cologne n'avait pas encore pris les craintes qu'ils avaient conçues par le possession de son siège. Eu outre, le pape (2) passé. Maximilien n'en persista' pas moins n'admettait point que les électeurs pussent, à refuser le serment, alléguant que ni Charsans son consentement, nommer un succès- les V son oncle, ni Maximilien son aïeul , scur à l'Empereur de son vivant , mais seu- n'avaient rien fait de semblable, et disant lement à sa mort, ou bien lui associer un que si l'ambassadeur de son père avait concollègue pour partager son autorité jusqu'à senti à le prêter, il avait agi en cela sans la mort de l'Empereur, ni que ce collègue ordres, et d'après l'instigation du cardinal fût en même temps roi des Romains avant de Trente et du cardinal Morone, qui s'éla confirmation du saint-siège, par la raison taient engagés à lui prouver que les autres surtout que l'Empereur son père n'avait pas empereurs en avaient usé de même , sans été couronné de la main du pape. Enfin, on toutefois y réussir, en sorte que si l'ambasobjcclait que Maximilien avait pris la cou- sadeur n'eût été excusé par sa bonne foi, il ronne d'argent à Francfort et non à Aix- eût été sévèrement puni par l'Empereur.

la -Chapelle, selon la règle établie par

9. Ceux qui défendaient les intérêts du au souverain pontife par des lettres écrites

pape répliquaient que la formule de serment de sa main, témoignant par là qu'il n'était

prêté par Maximilien I" et par Charles V pas en son pouvoir d'y mettre ordre. Voilà

avait sans doute été perdue lors du sac de pourquoi le pape et les cardinaux n'étaient

Home ou par une funeste négligence; que pas satisfaits d'une déclaration générale par

néanmoins il fallait croire que la chose s'é- laquelle le roi promettait de protéger la reli-

tait faite ainsi; qu'il y avait dans le canon gion catholique, comme il était marqué dans

Tibi Domine un modèle de serment qui avait le serment présenté par l'ambassadeur, mais

subi dans la suite quelques variantes , et exigeaient qu'il se servît de paroles propres

dans lequel les empereurs nouvellement élus à exclure ce qu'il pouvait entendre par les

faisaient entrer les promesses les plus solen- mots de religion catholique ; car plus il était

nelles , selon que l'exigeait le souverain placé haut chez un peuple chrétien , et plus

pontife; que tout cela était prouvé par on devait être attentif à s'assurer qu'il n'u-

l'excmplc d Olhon IV, de Frédéric II , de serait de son pouvoir que pour la gloire de

Guillaume, de Rodolphe, d'Albert 1, de Hcn- Jésus-Christ; autrement, quand l'affaire se-

ri Vil et de Charles IV. Ils ajoutaient qu'en rail portée au consistoire, le pape ne pouvait

ce qui concernait l'obéissance, non-seule- pas même répondre à Maximilien de trois

ment on jugeait par l'exemple de tous les voix.

autres rois et princes chrétiens que les cm- 11. Malgré toutes ces raisons, DelGni ne

pereurs l'avaient prêtée par le passé, mais put vaincre la résistance que lui opposèrent

qu'on trouvait mentionné expressément que Maximilien, Ferdinand et leurs conseillers,

Charles IV l'avait jurée, de même que F ré- résistance qui provenait, ainsi qu'il l'écrivit,

déric, au rapport d'Enéa Silvio Piccolo- non de la répugnance de ces personnages à

mini, qui fut plus tard élevé au pontifical rendre au saint-siége toutes sortes d'hon-

sousîe nom de Pie II ; qu'à l'égard de Maxi- ncurs, mais d'une autre cause toujours vala-

milien 1er, il était aussi marqué, dans un ble, toujours bien accueillie, surtout auprès

ancien cérémonial, qu'il avait prêté obéis- des Allemands, je veux dire du respect pour

sance ; q-ue si le roi ne voulait ni recevoir les anciennes coutumes ; ce qui est toujours

sa confirmation du pape, ni lui prêter le une excellente raison, parce qu'elle n'a pas

serment d'usage, le mieux était, pour ne besoin de justification. Ils prétendaient que

point multiplier les embarras , de demeurer si on avait mis quelquefois ce serment en

comme on était de part cl d'autre, jusqu'à usage, ce n'avait été que pour s'accorder au

ce qu'on recul de Dieu de plus grandes lu- génie des empereurs de ce temps-là, de qui

mières sur une telle situation (1). le siège apostolique croyait devoir exiger

10. Tout ce qui vient d'être raconté se celte précaution, à cause des persécutions

trouve dans une instruction écrite par le qu'ils lui faisaient éprouver souvent, mais

cardinal Rorromée avec une telle mesure , que, les choses étant changées, et l'empire

que si par hasard elle eût été égarée, ou si étant possédé par des princes entièrement

le nonce n'cûl pu se dispenser de la laisser dévoués au saint-siége, ces cérémonies étaient

entre les mains de l'Empereur, et qu'on en inutiles; que le serment du canon Tibi, Do-

eût tiré copie, Maximilien lui-même n'y aurait trouvé riend'offensant pour lui. Mais, outre cela, on avait écrit en chiffres au nonce de représenter à l'Empereur les soup

mine, avait été en usage lorsque l'empereur allait prendre la couronne dans le territoire de Rome, et que ce serment, n'étant plus applicable dans les circonstances présentes,

çons qu'on avait conçus de son fils pour avait sans doute été remplacé par celui que n'avoir pas voulu éloigner de sa personne le roi des Romains prêtait <m recevant la un prédicateur hérétique et pour d'autres première couronne, et que Maximilien avait raisons encore, ce qui était cause que l'Em- lui-même prononcé solennellement, à Francpereur lui-même s'en était souvent plaint fort, en présence des princes les plus puissants du parti protestant, qui s'en étaient

(1) Je ne puis m'empêcher de rappeler ici la doctrine du concile de Pis>loie , condamnée par l'Eglise dans la célèbre bulle Auciorem fidei , prop. 75. « Doclrina qua) perhibet beatis lemporibus nasccniis Ecclesioe juramcnla visa esse a documenlis divinis prœceploris , alque ab aurea evangelica simplicilate adeo aliéna , ut ipsiimmel jurare sine exlrema et ineluctabili necessilate repu la lus fuisset aclus irreligiosus , liominc chrisliano indignus. Insuper continuaiam palruin scriem demonslrare juramenta , commuai sensu pro vetilis habita fuisse. Indcquc progredilur ad iniprobanda juramenta, qua curia cctlcsiastica jurisprudence l'cudalis, ut ail, nonnani secula in invesliluris ; ei in sacris ipsis episcoporum ordinalionibus adoplavit : siatuilque adeo implorandain a sœculari potesiale lcgcm pro abolendis juramentis, quai in curiis eliam ccclesiaslicis cxigunlur pro suscipiendis muniis et officiis, et generatim pro oinni actu curiali. > Celle doctrine est qualifiée ainsi qu'il suit: Falsa, Ecclesiœ iiijuriosu, juris ccclesiasiici Iffsiva, disciplina per canones induclœ elprobalœ subversiva. {Noie d'Antoine Zaccaria.)

indignés. Ils ajoutaient qu'on ne voyait aucun vestige de ce nouveau serment, avant que les rois des Romains fussent élus selon la bulle d'or; que ce qui se pratiquait aujourd'hui dans la plus célèbreassemblée d'Allemagne était d'une plus grande autorité que ce qu'on pourrait faire au Vatican; que le serment de Charles IV, qu'on apportait en preuve, n'était d'aucune autorité, parce que ce prince avait été élu dans le temps que Louis de Ravière régnait, d'où il s'ensuivait qu'il n'était pas surprenant que le pape lui eût imposé la loi, comme on a coutume de faire envers celui qui n'est souverain que de nom, et qui a besoin du secours des autres pour l'être réellement; que l'ambassadeur avait offert, de son propre mouvement, et non par ordre du prince, cet autre serment que faisait l'empereur régnant, lorsqu'il rc-

ud

cevait la couronne du pape; mais qu'il serait honteux de s'y soumettre aujourd'hui, les choses ayant tellement changé qu'on ne faisait plus aucune mention des anciennes cérémonies ; que si ces serments avaient élé prêtés par Charles V et par Maximilien I", selon celte ancienne formule alléguée par le pape, il n'était pas croyable que les titres en eussent été perdus dans le sac de Rome, puisqu'on avait coutume de les déposer au château Saint-Ange, où Clément VII s'était retiré avec ce qu'il avait de plus précieux ; que l'élection de l'empereur actuel au trône des Romains avait eu lieu depuis, et qu'on ne voyait pas qu'il eût prêté le serment exigé

13. Or voici de quoi il s'agissait : on enverrait à Rome une copie authentique du serment que le roi avait prêté à Francfort, dans lequel l'archevêque qui lui mettait la couronne lui faisait celle demande (1) : Voulez-vous rendre, avec respect, la fidélité et la soumission dues au saint père en Jésus-Christ, et seigneur pontife romain , et à la sainte Eglise romaine ? El le roi avait répondu : Je le veux, s'obligeant à cela et à d'autres choses, en jurant sur le livre des saints Evangiles ; secondement, l'ambassadeur de Maximilien porterait au pape, dans sa chambre, une lettre de ce prince, par laquelle il s'engagerait à rendre à Sa Sainteté tous les bons ofGces, et ferait profession de la servir dans

Ils demandaient encore qu'on leur citai des les termes employés, de tout temps, par ses

exemples de cette promesse d'obéissance que le roi devait faire par la personne de son ambassadeur ; ils disaient que les circonstances n'avaient pas moins changé, à l'égard de cet hommage, que pour le serment; que l'autorité de Piccolomini notait pas d'assez grand poids ici, parce qu'on avait plusieurs raisons de croire qu'il s'était glissé fdus d'une inexactitude dans son récit; que 'ancien cérémonial ne prouvait pas davantage, parce qu'on n'y rapportait pas les paroles précises de l'ambassadeur de Maximilien, mais qu'on en donnait seulement le sens; qu'ainsi on pouvait douter s'il fallait iuterpréter par obéissance le mot obsequium, qui ne présentait pas nécessairement celle signification ; que Maximilien ne s'opposait pas à ce que les pontifes romains l'explicassent ainsi, pourvu qu'on nel'obligeât pasà se servir d'une formule dont on ne voyait pas que ses prédécesseurs les plus rapprochés eussent usé, à l'exception de son père, dont l'ambassadeur avait agi sans ordres et suides suppositions qui n'avaient point été justifiées dans la suite.

12. Telles étaient les raisons alléguées par les impériaux. Mais le dernier parti auquel s'arrêtait le souverain ponlife, qui était de laisser les choses dans leur élat, pour ne pas amener de nouvelles difficultés, ne plaisait, en Allemagne, ni aux partisans de l'Empereur, ni à ceux du saint-siége. Les uns regardaient la couronne comme chancelante

prédécesseurs, ou par son père Ferdinand, ou par son oncle Charles V; en troisième lieu, le même ambassadeur prononcerait, en plein consistoire, une formule de respect dû au saint-siége, et y lirait la lettre du roi au pape, laquelle, à la vérité, ne renfermerait point le terme d'obéissance, mais seulement ceux de dévouement et de soumission. Le secrélaire élail chargé de porter à Rome ces propositions; de son côté, le cardinal Morone écrivait au pape, afin de l'engager à prendre le parti le plus doux, dans l'espérance que Maximilien, après avoir renoncé à l'inclination qu'il avait montrée d'abord pour les nouvelles doctrines, se voyant traité d'une façon si bienveillante par le saintsiége, imiterait l'exemple de ses ancêtres, et saurait, par lui-même, que ce ne serait pas abaisser, par là, mais, au contraire, relever sa dignité. Le pape convenait bien que ce conseil de Moronc (2) ne partait que d'un zèle très-sincère; néanmoins il ne put s'empécher de lui répondre qu'il lui semblait dur d'en passer par là, mais qu'il ferait en sorte de s'y préler de son mieux, lui recommandant de conférer, sur cette affaire, avec ses collègues, et de lui mander ensuite ce qu'ils en penseraient.

i». Après que le pape et les légats y eurent longtemps réfléchi, on répondit (3) au nonce Delfini : que si tout d'abord on avait envoyé à Sa Sainteté la formule du serment fait par le roi à Francfort, tant de débats n'auraient

sur la tête de Maximilien, si elle n'y était af- pas eu lieu à ce sujet ; mais qu'il n'élait venu

fermie parla main du pape, dont l'autorité,

respectée de tous les catholiques, était grande, surtout aux yeux des trois électeurs ecclésiastiques et des plus puissants prélats de l'Allemagne. Les autres considéraient que les ennemis du saint-siége pourraient profi-

à Rome de la part de Sa Majesté que Jean Manriiiuez, avec des lettres de créance si peu explicites, que l'objet de sa mission n'y était pas même mentionné. Au reste, le pape montrait le désir le plus empressé de complaire à Leurs Majestés, et à cette fin il pro-

ter de ce différend pour s'emparer de l'esprit posait divers expédients, entre autres que le

du roi et l'entraîner dans le parti des hérétiques, sachant bien que les hommes attribuent d'ordinaire beaucoup d'autorité à ceux qui les approuvent, cl sont mal disposés envers ceux qui les condamnent. Tel était, en particulier, le sentiment de Delfini, qui, à lepoque où en est arrivée notre histoire, envoya à Rome son secrétaire porter au pape son avis et celui des catholiques les plus pieux et les plus sages, avec les offres que faisait Maximilien.

roi promettrait obéissance pour la Bohême, la Hongrie et ses autres Etals héréditaires, comme avait fait Maximilien I" à l'égard de Jules II, au nom et comme lutcur de Phi-

(1) Le 30 novembre I5G3, comme on le voil aux archives des Barbcrini.

(2) Lettre du cardinal Borroméc à Moronc, du 4 septembre 1503.

(3) Lettres du cardinal Borroméc à Delfini , 19 ct 28 septembre 1505.

lippe son fils, et comme il était convenu entre Clément VII et Charles V , qui avait promis de rendre hommage au saint-siége pour tous ses Etals héréditaires, en quoi il suivait la coutume de tous les princes chrétiens. Mais pour montrer qu'il préférait, dans l'intérêt de l'Eglise, la satisfaction des princes et leur union" ferme et inébranlable avec le siège apostolique à un vain étalage de mots, le pape ajouta de sa main à la lettre (du 28 septembre) du cardinal Borromée au nonce, les quelques lignes qui sont ici reproduites : Nous voulons que vous laissiez Sa Majesté

ordinaire, il promit affection, respect, déférence et bons offices, affectant de ne point employer le terme û'obedientia et de mettre à la place celui d'obsequium.

16. D'après cet exposé fidèle des faits, quiconque voudra voir comment ils sont racontés par Soave, connaîtra toutes loi erreurs qu'il a commises et combien de calomnies il y a semées; combien surtout il a tort de verser le blâme et le ridicule sur le souverain pontife, comme s'il eût d'abord exigé ce qui ne lui était pas dû, et comme si ensuite il se fût mis en contradiction avec

Impériale juge de celte affaire , sachant que lui-même dans l'exercice de la puissant par sa piété et son dévouement, au saint-siége elle favorisera les intérêts de la religion catholique, de manière à ce que nous puissions fermer la bouche à ses ennemis et à ses envieux. Sa Majesté sait qu'en ce qui concerne le roi, notre auguste et très-cher fils, nous avons toujours désiré conduire toute chose à une bonne fin; et c'est pourquoi nous nous en rapportons là-dessus à sa prudence, à son dévouement et à sa piété, persuadés que nous sommes de l'empressement que mettra le roi, son augustc^fds, à marcher sur ses traces. Et nous voulons que vous fassiez part de ces lignes à Sa Majesté Impériale , comme si c'était à ellemême quelles fussent adressées.

15. Mais, pour ne pas laisser l'esprit du lecteur en suspens, ajoutons ici, comment se termina cette affaire. Le 5 février (1) de l'année suivante , on lut en consistoire une lettre latine de Maximiiien au pape (2), conçue en ces termes : Très-saint Père en Jésus- Christ , seigneur très-révérend, en me recommandant à Votre Sainteté, à qui je proteste que mon respect augmente toujours pour elle, je lui envoie George, comte d'Elfeslain , qui, suivant la coutume de mes ancêtres, vous demande respectueusement que vous fassiez et accordiez, après mon élection au trône des Romains, ce que les très-saints pontifes romains ont accoutumé de faire cl d'accorder. C'est pourquoi, faisant profession de rendre

à Voire Sainteté et au saint-siége apostolique,

maintenant et pour l'avenir, tout ce qu'on

trouvera que mes ancêtres lui ont rendu, et

principalement Maximiiien et Char les Y, et en

particulier lesérénissime Ferdinand mon père

et mon seigneur, je ne doute point que Votre

Sainteté à son tour ne déclare son inclination

et sa bienveillance à mon égard, puisque vous

me trouverez toujours plein de respect* pour

elle et pour le saint-siége, à qui Dieu veuille

accorder toutes sortes de propriétés. Ensuite

le pape, de l'avis et du consentement des

cardinaux, confirma l'élection de Maximiiien, suppléant aux défauts qui s'y trouvaient

et qui sont rapportés dans l'acte. On statua

de même que dans le consistoire suivant,

qui se tint deux jours après (c'est-à-dire le

7 février 156V) , on recevrait l'ambassadeur

de Maximiiien comme représentant du roi

des Romains. 11 y parut, en effet, chargé des

lettres de son maître; et après le discours

(1) Tout ceci est tiré des aclcs du consistoire.

(2) Celle lellre, qu'on trouve dans les archives des brberini , est daléc du Vt décembre I5G3.

attachée à sa dignité. Mais le mépris qu'on professe pour ce qu'il y a de plus grand, de plus saint, de plus respectable, ne nuit qu'à celui qui s'en rend coupable, et loin de le faire passer pour plus sage que les autres, il le fait ressembler à un forcené. Laissons là ce misérable et retournons a n >lrc sujet.

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