‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 121 sur 373 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Accord du cardinal Morone avec l'archevêque de Prague. — Le comte de Lune demande au pape que la réforme du conclave et du sacré-collége soit réglée dans le concile. — Réponse que les légats lui font au nom de Sa Sainteté.

1. Le cardinal Morone, dans l'entretien qu'il avait eu avec l'archevêque de Prague, après avoir réparé, comme nous l'avons dit, ce qui avait pu lui échapper de trop vif par le passé, pour conserver la bienveillance de l'Empereur sans laquelle il n'aurait pu luimême être utile au pape, convint de conférer avec ses collègues sur l'objet qui avait causé tant de contestations, c'est-à-dire le décret de la réformation des princes. Les légats donc, en en délibérant ensemble, conclurent qu'une rupture avec l'Empereur amènerait infailliblement la rupture du concile, puisque ce prince était l'aigle dont les ailes offraient au concile le plus sûr abri ; et d'ailleurs on aurait toujours trouvé une opposition invincible dans le comte de Lune, qui avait dit qu'il voudrait bien voir, quand ou demanderait au nom du roi d'Espagne la prorogation de la session, quels seraient les sujets de ^a Majesté qui oseraient s'y opposer. On savait encore qu'il avait pour lui l'ambassadeur portugais. Les légats, ayant mandé le cardinal de Lorraine qu'ils avaient ordre de traiter comme un cinquième légat, ce personnage, à la vérité, n'avait pas approuvé le délai, mais il avait dit que si le proteslantBrenlius demandait du temps pour être entendu, on ne devait pas le lui refuser. Il fut donc convenu que les ambassadeurs enverraient à Vienne un courrier dont le retour ne pourrait pas être attendu avant) huit ou dix jours; que, dans l'intervalle, les légats feraient travailler les Pères sur le dogme ou la discipline; que si la réponscl tardait de venir, on ferait en sorte d'entre-J tenir la discussion pendant quelques joursl encore sur différents points de reforme gé-l nérale, en omettant celui dont il s'agissait!

jusqu'à nouvel ordre. Les ambassadeurs se hâtèrent d'expédier leurs dépêches , par lesquelles, après un exposé de l'état des choses, ils déclaraient à Ferdinand qu'on ne pouvait en conscience , à leur avis , se dispenser de reformer les princes laïques. De leur côté les légats écrivirent, par le même courrier, au nonce Deifini pour qu'il s'employât, selon son pouvoir, au succès de cette négociation. 2. Délivres pour le moment de cet embarras , les légats exposèrent au pape leur sentiment sur un autre point considérable mentionné dans les dernières lettres (1) du cardinal Borromée. Le comte de Lune, en présentant sa réponse par écrit sur les lois que l'on préparait, a\ait ajouté de vive voix qu'il était nécessaire de réformer dans le concile le collège des cardinaux cl le conclave. Il avait dit la même chose à l'Empereur, et en avait obtenu des ordres (2) pour que les siens sollicitassent la même réforme. Plus lard le comte, dans une lellreau souverain pontife dans laquelle il protestait de sa bonne volonté, exposa sa d mande louchant ce double objet, disant qu'il était universellement désiré par les ambassadeurs. Du reste, dans cette requête, il usait de termes pleins de soumission et de dévouement, et ne disait pas un mot de ce qu'il avait d'abord demandé si obstinément, c'est-à-dire que les suffrages fussent donnés par nation. Le cardinal Borromée (3j communiqua celle lettre aux présidents , et leur Gl savoir en même temps ce que le pape désirait qu'ils lui répondissent; mais il leur demanda auparavant leur avis , disant qu'il serait peut-être nécessaire que Sa Sainteté le connût avant que de leur suggérer une réponse définitive. Les légats, que les menées du comte avaient mal disposés à son égard, répondirent que la modération qu'il incitait dans ses lettres les louchait peu, parce qu'il n'en agissait pas moins avec de mauvais procédés; que peu importait qu'il ne demandât pas dans sa lettre que le nombre des nations décidât dans les suffrages , puisqu'il montrait assez par ses discours qu'il n'avait pas changé de dispositions là-dessus ; qu'il avait tort de solliciter au nom des ambassadeurs la réforme du sacré-collège ctdu conclave, puisqu'il n'y avait que lui seul qui en parlait. Les légats étaient d'avis que le pape, conformément à la volonté qu'il en avait manifestée, lui écrivît un bref fort court et en termes réservés, les chargeant de lui faire de vive voix les réponses suivantes : qu'à l'égard des cardinaux , il avait renvoyé l'affaire au concile Jont il espérait qu'il ne laisserait rien à désirer là-dessus; qu'en tout cas il ne manque- *ait pas lui-mêmeà son devoir ; qu'en ce qui :onccrnaitle conclave, il y avait déjà pourvu lar une bulle qui renouvelait toutes les lois es plus sages portées par les anciens con-

(!) Lettre des légais au cardinal Borromée, du 31 <ùi 1363.

ri) Lettre de l'Empereur aux ambassadeurs, 8 oui 1563.

(3) L "lire du cardinal Borromée aux léuais, du 1 aoûU563.

ciles et tombées en désuétude avec le temps, comme il arrive de toutes les choses humaines ; que s'il n'en avait pas soumis la délibération au concile , c'était parce que les évêques n'étaient pas assez au courant des choses; que la bulle avait satisfait pleinement l'Empereur; que Sa Majesté avait demandé seulement qu'on rendît inutiles les efforts des princes séculiers pour favoriser ou écarter tel ou tel cardinal ; qu'on y pourvoirait dans la réformalion des laïques, en défendant sous de graves peines à qui que ce fût, et même aux princes, de s'entremettre là-dedans, afin de laisser les cardinaux libres de choisir celui qu'ils croiraient appelé de Dieu. Tel fui l'avis des légats , et ce fut d'après lui que le souverain pontife régla sa réponse, assez conforme du reste à son premier dessein (1), seulement il ajoutait que le comte devait voir si la défense faite à tout prince, sous peine d'excommunication , de s'entremettre dans les élections du conclave, ne serait pas an désavantage de son souverain qui y avait tant de part; que le seul défaut qu'on reprochait à la bulle, c'était de trop ménager en ce point les têtes couronnées ; que si le comte persistait à demander au concile qu'il y joignît un décret propre à faire disparaître ce défaut , le p ipe n'en serait nullement fâché. Mais \ers le même temps l'ambassadeur Avila qui comprenait l'importance de la matière, éclaira le comte, qui finit par se tenir en repos , se déclarant satisfait de la réponse des légats.

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