‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 124 sur 373 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Ordres donnés par le Roi Catholique au comte de Lune. — Prorogation de la session jusqu'au 11 novembre. — Réponse de l'Empereur à ses ambassadeurs et au cardinal Morone, au sujet de Varticle des princes séculiers, et sur d'autres points de réforme.

de procureur à Trente , avec mission de défendre leur exemption de la juridiction épiscopale , parce qu'ils savaient bien que les prélats du royaume désiraient ardemment la révocation de ce privilège. Ce chanoine donc, n'ayant pas pu être introduit dans la congrégation pour exposer ses demandes, avait fait présenter en dernier lieu au pape, un mémoire (1), par lequel il priait Sa Sainteté de renvoyer celte affaire au concile et de l'autoriser à y porter la parole. Le pape, voyant qu'il s'agissait d'une chose si délicate et qu'il était difficile de prendre une décision à moins d'être sur les lieux, renvoya simplement le mémoire à ses légats sans y joindre de rescrit. Cependant le comte de Lune reçut ordre du Roi Catholique de faire sortir de Trente le procureur, sous peine de perdre tous les biens qu'il possédait en Espagne (2) ; acte arbitraire qu'il 1. Vers le même temps (1) l'ambassadeur eut été difficile aux Espagnols d'excuser, et espagnol reçut des dépêches du Roi Calholi- {lul souleva l'indignation de tous les autres, que ; dans Tes visites qu'il Gt à la suite de En vertu de cet ordre' Pedralias fut forcé de

se retirer. La multitude, qui suppose toujours que la force est unie au bon droit , crut qu'il était du devoir des légats de s'y opposer et de maintenir la liberté du concile que les princes réclamaient en apparence et violaient en effet. Mais les légats, qui savaient bien que s'il n'est point permis de faire le mal, il est quelquefois permis et même louable de le permettre pour ne pas empêcher un plus grand bien, ne voulurent pas pour ce simple incident compromettre le succès de leur entreprise, et ils se justifièrent auprès de ceux qui ne jugaient des choses que par l'extérieur, en disant que la violence n'avait pas été employée, et que d'ailleurs nul n'avait eu recours à eux, ce qui les dispensait d'interposer leur autorité. Néanmoins , ils ne laissèrent pas de faire leurs plaintes au comte, qui s'excusa en alléguant les ordres précis du Roi et l'obligation où il était de les exécuter. Les légats jugèrent donc qu'ils n'avaient rien autre chose à faire que de rendre compte de tout dont ils avaient besoin de connaître avant de faire éclater un ressenpouvait avoir des suites fâcheu-| ses.

h. C'est ainsi qu'ils donnaient tous leursl soins à l'affaire principale ; mais ils voyaientl s'évanouir toutes les espérances qu'ils!

avaient conçues de faire tenir la session Iel 16 septembre, qui était le jour convenu. Laf veille, le cardinal Morone se présenta auxl Pères rassemblés, et leur dit que les légats!

cela aux légats, il ne parla que d'une manière générale des affaires qui lui étaient confiées, ce qui fit croire qu'elles n'étaient ni en grand nombre ni bien importantes; car, qui veut faire un long voyage se prend de bonne heure à faire ses préparatifs. Il dit que Sa Majesté était entièrement satisfaite de la dernière session, et des égards qu'on y avait eus pour elle ; il voulait parler de la question de préséance et de la manière dont elle avait été tranchée entre les Espagnols et les Français. Il ajouta que le roi était content de ce que les présidents avait répondu sur la clause, les légats proposant ; qu'il désirait maintenant que cette clause fût expliquée sans délai , pour des motifs exposés dans un écrit qui leur serait communiqué.

2. Les légats répondirent qu'il était inutile de donner cette explication , puisqu'on effet, on laissait les ambassadeurs proposer librement tout ce qu'ils voulaient, comme il était évident par la requête des Français sur les mariages clandestins, et par celle' des Vénitiens sur la coutume des Grecs. Ils lui par- ?u Pa.Pc' d< lèrent ensuite de la nécessité de donner aux a vo,on,e'. Pères les trente-six articles, et surtout celui Ument <lm qui concernait les princes laïques, quoique pour le moment on ne dût s'occuper que de vingt-un articles, et le comte n'y mit point d opposition. C'est ce qui fut fait en exécution de la promesse faite solennellement par les légats dans la congrégation générale du 11 septembre (2).

3. Le jour qui suivit cet entrelien entre le comte et les légats , se présenta un incident avaient 'ait tous leurs efforts pour que la ces qui donna lieu de parler (3), et contre la violence de l'un et contre la faiblesse des autres. Les chapitres d'Espagne avaient envoyé comme on l'a rapporté plus haut, un nommé Pedralias, chanoine de Ségovie, en qualité

(1) Lettres des légats au cardinal Borromée des 9 et 10 septembre 1563.

(2) Actes de Paleotto.

(3) Actes de Paleotto ci lettre des légats au cardinal Borromée , 11 septembre.

sion eût lieu le jour désigné, parce qu'ilsl savaient bien tout ce qu'un retard aurait del déshonorant pour eux ; mais que c'était ab-l solument impossible, à cause du partage de/ opinions sur le mariage, et aussi parce qu'on] n'avait pas encore pu bien préparer les arï ticles de réformation. Il ajoutait que Ici légats étaient d'avis qu'on transportât 1«|

(1) Lettre du cardinal Borromée aux légats, lc| septembre 1565.

(2) Actes de févéque de Snlamanqiie.

session à la fête de Saint-Martin, parce qu'on aurait le temps dans l'intervalle de discuter ce qui restait des matières de dogme, par exemple, le cuite des images, le purgatoire, les indulgences et les vœux monastiques. Los Pères étaient priés de donner là-dessus leur sentiment.

5. Le cardinal de Lorraine dit qu'il voyait avec peine la session différée, mais que néanmoins il se consolait en pensant que le temps ne serait pas pour cela perdu, et qu'on verrait à la fin sortir du concile une réformation complète ; qu'il convenait que les Pères la commençassent par eux-mêmes, afin de pouvoir plus librement réformer les autres; qu'il fallait donc rétablir l'ancienne discipline à l'égard des cardinaux, des évêques, des curés et des chanoines, détruire les abus des mariages et des bénéfices, puis s'occuper de la réforme des princes séculiers. Tous les Pères, à l'exception de trente, embrassèrent cet avis.

6 Ceux qui étaient peu au courant des choses ne manquèrent pas de murmurer en cette occasion (1) ; et en effet, les plus mal informés sont toujours ceux qui jugent avec le plus de sévérité leurs supérieurs. Ils prétendaient que les légats, et surtout Morone, avaient voulu complaire aux princes à qui ces longueurs plaisaient, et confiner les Pères à Trente pendant l'hiver, en sorte que ceux d'au delà des monts ne pourraient point songer au départ ni , par conséquent , a la conclusion du concile avant le printemps. Ils disaient qu'il fallait tenir la session et établir des décrets, au moins sur les matières déjà débattues au sujet du mariage, sans avoir égard à l'opposition du plus petit nombre ; qu'autrement on autoriserait les ambassadeurs des princes, par cet exemple de faiblesse, à s'opposer à toutes les propositions qui leur déplairaient , puisqu'ils auraient toujours avec eux un certain nombre de récalcitrants à opposer à la majorité du concile.

7. Mais il n'en était pas ainsi, parce que nul d'entre les ambassadeurs ou d'entre ceux d'au delà des monts n'aurait jamais consenti à voir définir les dogmes, sans y joindre les articles de réformation, selon l'usage suivi constamment par le concile, dans la crainte qu'après le premier résultat obtenu, on ne congédiât les Pères avant d'avoir obtenu l'autre. C'est ce qui fit que les Impériaux (2) ayant connu le dessein où étaient quelquesuns de proposer l'ouverture de la session, convinrent avec tous les autres ambassadeurs de s'y opposer. Et d'ailleurs, en supposant qu'on aurait pu trouver une juste compensation en décrétant quelques-unes des lois les mieux étudiées et les plus goûtées, il était impossible d'arrêter les articles du mariage, parce que deux légats, entre autres Hesius et Simonetta et avec eux le cardinal Madrucci, s'opposaient si invinciblement à

M) Actes de Paleotto.

H) Lciirc des Impériaux à Ferdinand, ti septembre 15ij3.

l'annulation des mariages clandestins, malgré l'opinion contraire du plus grand nombre, qu'ils avaient déclare à plusieurs Pères leur intention d'en appeler au pape, si le décret passait sans qu'on leur eût donné des raisons capables de les satisfaire. C'était pour ne point tomber dans tous ces inconvénients, et en particulier dans celui de la prorogation , qu'on avait lenu la célèbre conférence dont nous avons parlé, malgré les plaintes (1) des ambassadeurs, qui demandaient le décret, et qui semblaient craindre que cette nouvelle épreuve ne nuisît au résultat obtenu trois fois dans les congrégations. Si l'on convenait de proroger le concile, ce ne pouvait être pour un plus court délai, car le cardinal de Lorraine, devant aller à Rome dans l'intervalle, il fallait attendre qu'il effectuât son retour après avoir eu le loisir de s'entendre avec le pape, ce qui ne demandait pas moins d'un mois , temps jugé nécessaire par le cardinal lui-même; il faudrait (~2) ensuite régler avec lui tous les articles , afin de pouvoir marcher d'un pas ferme et sûr.

8. Les Impériaux, si empressés d'ordinaire, n'avaient point lieu ici d'accuser la lenteur des autres , mais manquaient eux-mêmes d'excuses pour les délais qui ne pouvaient être attribués qu'à eux. Déjà s'étaient écoulés non pas dix, mais seize jours, depuis le départ du courrier qu'ils avaient envoyé à Ferdinand, et nulle réponse n'arrivait (3), ce qui les mettait grandement en peine. Ils se décidèrent à écrire à l'Empereur pour l'instruire de toutes les plaintes qu'on faisait autour d'eux : que les princes s'opposaient au progrès et à la liberté du concile ; qu'ils voulaient la résidence, mais qu'ils ne voulaient pas ôter les plus grands obstacles à la résidence ; qu'ils demandaient la réformation des ecclésiastiques de tous les ordres, mais qu'ils refusaient de leur côté la réformation de tout ce qui avilissait cl troublait tout l'ordre ecclésiastique. Ils disaient que bien qu'au milieu de ces reproches aucun prince ne fût nommément désigné, il était facile de comprendre contre qui ils étaient dirigés. Ils ajoutaient que les Pères, sans s'en tenir aux paroles, en étaient venus à l'effet, et qu'ils refusaient de prononcer sur les autres articles, si on n'y joignait celui qui en avait été retranché; que c'était à grand'peine qu'ils s'étaient contentés de la promesse solennelle que les présidents leur avaient faite de le rétablir dans trois jours, au point que les patriarches, qui opinaient les premiers, avaient prolesté dans la congrégation qu'ils rétracteraient toutes leurs paroles, si les légats ne tenaient pas leur promesse. C'est pourquoi les ambassadeurs suppliaient Sa Majesté de ne pas différer plus longtemps sa réponse et doter ce sujet de plaintes. Voilà en peu de mots ce qu'ils mandaient à leur

(1) Lettre déjà citée des ambassadeurs à l'Empereur , 1 i septembre 1563.

(-2) Même lettre que dans la noie précédente. (3) Même lettre que dans la noie précédente.

souverain; et ce qui donnait beaucoup de poids à leur lettre, c'est que d'eux d'entre eux joignaient au litre d'ambassadeurs la qualité d'évêques, dignités qui JQs mettaient à même de parler en connaissance de cause. Mais le lendemain du jour où la lettre fut envoyée, c'est-à-dire le jour même où la session fut prorogée, ils virent arriver à Trente le courrier porteur des réponses de Ferdinand à leurs premières lettres, où ils lui faisaient connaître les modifications apportées aux articles, et à leurs secondes (1), où ils lui mandaient ce qui leur était survenu avec les présidents au sujet de l'article concernant les princes séculiers.

9. A l'égard des premières, l'Empereur répondait qu'il agréait généralement les changements qu'on avait faits aux articles. Il faisait cependant quelques observations à ce sujet; nous rapporterons les plus importantes.

Dans le second article il était porté que nul ne serait dispensé d'assister aux conciles métropolitains; l'Empereur demandait qu'il n'y^eût pas d'exception pour ceux qui étaient soumis à des chapitres généraux. L'article vingt- huitième les exemptait de la juridiction épiscopale; mais, objectait Ferdinand, si une telle exemption était admissible d;ins les autres pays, elle ne l'était pas en Allemagne, à cause de la négligence des visiteurs qu'il fallait sans doute attribuer à la grande distance des monastères , et aussi à la différence de langage ; d'où il concluait qu'il serait dangereux d'exempter ces monastères de la visite des évéques, et en conséquence il proposait d'ajouter cette clause : Sauf leur$ autres privilèges.

10. Dans le troisième article il était défendu aux possesseurs des églises de se mêler en rien de ce qui concernait l'administration des sacrements et de ce qui appartenait aux fabriques. Mais, répondait-on, ce soin qujls prenaient en Allemagne était tout dans l'intérêt des églises, qui étaient confiées à des clercs négligents.

11. L'article quatorzième prescrivait qu'on pourvût de diverses manières aux besoins des évêques pauvres , mais non au moyen des biens possédés par les monastères où la règle était en vigueur, ou par ceux qui étaient soumis à des chapitres généraux ou à.des visiteurs. Cela devait sans doute, disait l'Empereur, s'entendre aussi des évêchés nouvellement érigés. Or c'était directement opposé à son intention, car comme en Allemagne les monastères étaient beaucoup déchus, non-seulement sous le rapport de la discipline, mais encore sous celui des sujets, sans espérance d'amélioration, il ne voyait pas quels autres biens que les leurs on pourrait plus convenablemeni appliquer à divers pieux usages, et surtout à la dotation des évêchés; son intention était d'en ériger de nouveaux, en y appliquant ces mêmes biens, moyennant le consentement du pape.

(I) Lettres de l'Empereur à ses ambassadeurs, k et 5 septembre.

12. Dans l'article aîx-neuvième, où il était décidé qu'on ne pourrait dispenser que pour de graves motifs et en connaissance de cause, on avait retranché ces mots, qui se trouvaient dans la première formule : Que Von dispenserait rarement; il désirait les voir rétablis. D'après cela, comme d'après toutes les réclamations faites par les princes et les évêques, dans le concile, contre les dispenses, on peut conclure combien ils se plaignent à tort, lorsqu'ils trouvent que les papes accordent difficilement les mêmes grâces. Mais il n'est pas raie de voir l'homme vouloir en général ce qui lui déplaît en particulier ; parce que ce qui est général est toujours dépouillé de circonstances, au lieu que le particulier en est toujours accompagné, et c'est alors qu'on a moins d'égard au corps qu'à l'habit.

13. L'Empereur, répondant ensuite à d'autres lettres, disait, au sujet du collège des cardinaux, qu'il lui semblait bon d'en limiter le nombre à vingt-quatre ordinaires, auxquels deux seraient adjoints comme suppléants.

14. Il disait qu'il était content de la bulle pour la reformation du conciave, que seulement il désirait que, conformément à l'espérance que le légat Morone lui avait donnée à Inspruck, elle fût promulguée avec cette clause : le saint concile approuvant, afin de lui donner plus d'autorité.

15. Et comme les ambassadeurs lui demandaient son avis sur l'usage du calice et le mariage des prêtres (1), il leur mandait qu'il avait appelé vers lui à Vienne les conseillers des électeurs et des princes, et qu'après en avoir mûrement délibéré, il inclinait à demander l'un et l'autre, non au concile, mais au pape; qu'il leur envoyait là-dessus une instruction, mais que, comme elle traitait d'un objet qui n'était pas encore bien éclairci, ils n'eussent à la communiquer à personne, excepté au comte de Lune. Ceci montre d'abord, cequenous avons déjà donné à entendre ailleurs, combien Soave en impose lorsqu'il dit que le concile ayant renvoyé au pape la question de l'usage du calice, l'Empereur cessa de réclamer cette concession, parce que les peuples la voulaient tenir du concile et non du pape. En second lieu, l'Empereur en montrant une telle confiance dans le comte, nous porte à croire que celuici n'était pas là-dessus du même avis que les Espagnols, et qu'il lui était arrivé comme à ceux qui vivant dans un pays étranger finissent, même sans y penser, par en parler la langue et par oublier celle de leur patrie.

(I) Que le célibat soit justement el utilement prescrit aux ministres de l'Église, il nous semble favoul clairement démontré dans notre ouvrage qui a pouil litre : Storia polemica del celibalo s::cro, imprimé if Rome, 1774. Déjà depuis longtemps les réformes I hommes tout de chair et de sang, font la guerre •} celle sainte institution; c'est pourquoi nous avonil fail paraître, en 1785, la Nuova giustificazione del ce\ libato sucro, pour la venger des attaques qui lui on| été faites tout récemment dans certains livres infàj mes, ( Note d'Antoine Zaccaria.

16. L'Empereur, dans sa réponse aux dernières lettres des ambassadeurs, avouait qu'il avait été piqué jusqu' au vif en apprenant qu'il avait été accusé par le cardinal Morone d'être contraire à la liberté du concile pour s'être opposé à la proposition des décrets concernant les princes séculiers, malgré les promesses qu'il avait faites par le passé. 11 convenait qu'il avait toujours poussé à la reformatiez des ecclésiastiques, et qu'il avait promis en même temps de concourir à celle des laïques ; mais il disait que si les légats avaient différé pendant un an de proposer l'une, on n'avait pas le droit de se plaindre qu'il eût hésilé à accepter l'autre, d'autant plus qu'on lui avait accordé un délai de dix jours, y compris l'allée et le retour du courrier, pour délibérer sur un article d'une si grande importance pour lui et pour les autres souverains; que si le concile ne touchait pas à sa fin, il pourrait en conférer avec les princes de l'empire, sans l'avis desquels il n'oserait jamais prendre une détermination, pour ne pas s'exposer à prendre un vain engagement; que les ambassadeurs devaient donc faire valoir toutes ces raisons auprès des légats, et les prier de remettre à un autre temps cet important article, pour que dans l'intervalle ont eût le loisir de s'en occuper avec tous les princes chrétiens ; que si les légats persistaient à vouloir le proposer, les ambassadeurs disaient que son intention était de demander de nouveau un temps suffisant, et que si on le lui refusait il s'en tiendrait aux excuses et aux raisons déjà alléguées; qu'il voulait en agir ainsi plutôt que de protester, pour ne pas démentir la modération et la bienveillance dont il avait fait preuve. Et comme l'archevêque de Prague lui avait écrit de la pari de Morone pour lui transmettre les excuses de ce cardinal au sujet des réponses un peu vives qu il lui avait faites par le passé, l'Empereur témoignait en être satisfait, et recommandait à l'archevêque d'user de modération avec le cardinal, comme il le devait. Enfin il ordonnait de tout communiquer au comte de Lune.

17. Ce jour-là même, avant que les légats parussent dans l'assemblée des Pères pour proroger la session, les ministres impériaux leur exposèrent ce que Ferdinand leur mandait par sa réponse. Mais les légats s'excusèrent en rappelant aux ambassadeurs ce qu'ils savaient bien, qu'ils avaient été contraints de remettre entre les mains des Pères les trente-six articles où celui des princes se trouvait compris; qu'ils n'étaient plus les maîtres de cette affaire; que les Impériaux pouvaient lire la lettre de leur souverain aux Pères, et les consulter eux-mêmes sur leurs dispositions. Et parce que les ambassadeurs objectaient qu'ils ne le pouvaient à cause de la clause : les légats proposant , ceux-ci répondirent que bien des ambassadeurs avaient de même proposé, et que pour eux ils renonçaient à leur droit. Mais les ministres Impériaux, considérant qu'ils trouveraient peutêtre moins de résistance auprès d'un moins grand nombre d'adversaires, dirent qu'ils

avaient mission de ne traiter qu'avec les légats, et ils demandèrent qu'on assignât un espace de temps pendant lequel il ne serait pas question de l'article des princes. Les légats répliquèrent qu'ils ne pouvaient le promettre que pour le temps qu'exigerait la discussion des vingt et un premiers articles. Alors les ambassadeurs, passant delà prière aux reproches, dirent qu'on entendait partout se plaindre que les chapitres d'Espagne eussent été mis hors de cause sans avoir été entendus, et que maintenant on voulait également condamner tous les princes de la chrétienté sans les entendre.

18. Le jour suivant, un autre courrier apporta de nouvelles dépêches, où Ferdinand s'expliquait plus nettement au sujet de l'article qui avait déjà soulevé tant de contestations. Ce prince adressa à ses ambassadeurs la réponse à une lettre du cardinal Morone qui lui avait été remise plus tard par le nonce, et dans laquelle le légat (1) renouvelait par lui-même les excuses et les protestations qu'il avait l'ait faire en son nom par les ambassadeurs. A ce sujet Ferdinand lui répondit dans des termes pleins d'estime et de bienveillance, l'assurant qu'il avait pris en très-bonne part et sa lettre et le décret formé par les présidents. Son intention , disait-il, n'était pas de s'opposer à la liberté du concile ni à l'immunité de l'Eglise, mais après tout ce qu'il avait mandé à ses ambassadeurs, cette dernière lettre du cardinal lui suggérait encore quelques réflexions à faire. Il lui rappelait donc que cent ans auparavant, c'est-à-dire, quand tout le monde était encore catholique, celle question avait déjà été soulevée, comme on le voyait par beaucoup de livres tant manuscrits qu'imprimés, d'où il concluait que si on n'avait pas passé outre, c'était sans doute parce que les princes séculiers avaient fait valoir leurs droits ; qu'il avait donc lieu de s'étonner qu'on voulût dans l'espace d'un mois décider et trancher ainsi d'un seul coup une si grande question. Il cherchai! ensuite à soutenir l'obligation où sont les catholiques d'Allemagne de contribuer aux charges publiques et de relever dans certains cas des tribunaux de l'Empire ; il continuait le même raisonnement au sujet de ses Etats héréditaires, alléguant l'usage immémorial cl les constitutions faites de concert avec le clergé. De plus, il fallait considérer, ajoutait-il, que les ecclésiastiques possédaient plus de revenus, plus de fiefs, plus de privilèges et une juridiction plus étendue en Allemagne que dans les autres Etats catholiques. Si l'article passait sans une longue cl mûre délibération , loin d'être utile au clergé de ce pays, il attirerait sur lui une haine violente et sérail peut-être la cause de sa ruine. 11 eût été sans doute à désirer que les dispositions présentes des hommes eussent permis de renouveler l'ancienne sévérité des lois t^nt pour les ecclésiastiques que pour les laïques, car

(1) Lettre de l'Empereur oux ambassadeurs, 13 septembre î5t»3.

rien n'était plus dans ses vœux que de voir de fer en l'âge d'ord^s siè-

changer

âge

cet clés passés. Mais, tout bien considéré , il croyait que pour le moment ce serait une vaine entreprise. Si pourtant les évéques voulaient soumettre leur ordre à une sainle réforme, de son côté il prendrait leurs intérêts dans les différends qui existaient entre plusieurs d'entre eux et sa chambre impériale ou archiducale, et il promettait de se montrer bon avocat de l'Eglise. Il ajoutait

méritent de l'obtenir. Il restait encore à prononcer solennellement la sentence, et ce fut pour en arrêter la formule qu'on tint une congrégation le 3 de septembre (1). Puis, avant que le cardinal de Lorraine ne se mît en route pour Rome, les commissaires déclarèrent; sur l'avis des théologiens, que les lettres du patriarche produites avec son apologie n'étaient ni hérétiques ni suspectes d'hérésie, ni même scandaleuses; que cependant on ne devait pas les rendre publiques, à cause de

qu'il avait vu avec plaisir la seconde formule quelques endroits difficiles qui n'y étaient pas des articles, et qu'outre ce qu'il avait déjà expliqués assez exactement. Grimani toute-

marque là-dessus à ses ambassadeurs, il approuvait surtout qu'on eût abrégé le décret concernant les princes, et qu'on eût substitué aux foudres de la première formule une admonition générale et paternelle. Enfin il remerciait le cardinal de ses bons ofûces auprès du pape en faveur du roi des Romains, son fils, et il lui faisait en échange toutes les offres de service. Ainsi, se montrant in-

fois ne put obtenir ni le pallium en qualité de patriarche, ni la pourpre romaine, en sorie qu'on n'examina dans le concile que la seule question spéculative (2) qui regardait quelques-uns de ses écrits, laissant à l'inquisition de Rome à examiner la question de fait touchant certains chefs dont on l'accusait, entre autres, d'avoir eu des liaisons fort étroites avec des gens qu'on avait recon-

flexible et poli tout à la fois, il était l'espoir nus dans la suite pour hérétiques, et d'autres

de le gagner et cherchait à vaincre la répugnance qu'on éprouvait à lui céder.

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