‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 125 sur 373 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Sentence favorable au patriarche Grimani. — Départ du cardinal de Lorraine pour Rome. — Commendon envoyé en Pologne. — Visconti appelé à Rome par le pape; instructions que les légats lui donnent.

1. Outre ces lettres adressées à des personnes publiques, Ferdinand en écrivit une particulière au patriarche Grimani. Ce personnage était, pour différentes raisons, en faveur auprès des grands ; c'est pourquoi quand les juges eurent donné leur avis dans l'affaire qui le concernait, le cardinal de Lorraine avait pris occasion de la lettre qu'il écrivit au pape, trois jours après, pour faire de lui une mention honorable, en assurant Sa Sainteté que d'un commun accord on avait reconnu orthodoxes les lettres du patriarche, et la priant de lui accorder le chapeau de cardinal qui lui avait été promis. Grimani avait aussi prié (1) les ambassadeurs ecclésiastiques de Ferdinand qui avaient figuré parmi ses juges de faire part du succès de celte affaire à Sa Majesté, dont les Etats étaient compris pour une partie considérable dans son patriarcat. C'est ce qui détermina l'Empereurà lui adresser, comme témoignage de sa bienveillance, une lettre de félicitalions. On ne saurait croire combien non-seulement le patriarche mais encore les ambassadeurs de la république en éprouvèrent de joie : et cette monnaie facile à trouver, et néanmoins précieuse à ceux qui la reçoivent, est toujours à la disposition des princes pourvu qu'ils sachent la répandre discrètement, sans la prodiguer à ceux qui en sont avides, de peur d'en diminuer le prix, et sans en être trop avares à l'égard de ceux qui

(1) Lettre de Ferdinand à ses ambassadeurs, \ septembre, et réponse des ambassadeurs 18 sept. 1503.

accusations produites contre lui sur ses sentiments. Ainsi tous les nuages ne furent pas dissipés par la sentence prononcée à Trente, et si les soupçons ne furent pas assez grands pour attirer sur celui qui en était l'objet les rigueurs de la sainle inquisition, néanmoins, comme ils avaient empêché Paul III, Jules III et Paul IV de lui accorder le pallium, ils firent aussi que Pie IV et ses successeurs refusèrent la même faveur. En dernier lieu, dans une congrégation du Saint-Office, tenue le 24 octobre 1585, Sixte V, qui, n'étant encore que frère Félix Peretti de Montalte, avait ( le 11 septembre 1561 ) , avec beaucoup d'autres théologiens de l'inquisition romaine, émis un avis défavorable à Grimani au sujet de l'affaire pour laquelle il fut absous dans le concile, refusa publiquement le pallium au patriarche et lui fit défense de le demander jamais. Si ce fut un soupçon mal fondé qui attira cetle rigueur, il faut certainement en plaindre le patriarche, car c'était un personnage non moins recommandable par les qualités du cœur et de l'esprit que par la noblesse de son extraction , également cher aux princes et aux savants.

2. A peu de distance du jour où la sentence fut prononcée, le cardinal de Lorraine (3) partit pour Rome, accompagné de beaucoup d'evêques et de théologiens, même de différentes nations; et l'archevêque de Prague fut du nombre.

3. Vers le même temps, Jean -François Commendon (4) arriva à Trente, où il avait été appelé de Venise par les légats. Le pape averti que les troubles de Pologne augmentaient de jour en jour, lui donna ordre de s'y transporter en qualité de son nonce et de prendre les instructions du cardinal Hosius,

(1) Actes de Paleotio et du château Saint-Ange, et lettre de Visconti au cardinal Borromée, 3 septembre.

(2) Actes de Paleotto.

(3) Actes de l'évêque de Salamanque et de Paleotto.

(4) Letre du cardinal Borromée aux légats, 21 août; et des légats au cardinal, 51 août et 26 sept. 1563.

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qui lui-même avait conseillé à Sa Sainteté de faire partir au plus tôt ce personnage, afin qu'il pût se trouver à la diète de Varsovie pour empêcher, par sa présence, que la foi de ce royaume ne fût corrompue, et maintenir l'ordre ecclésiastique, qui tenait le premier rang dans le sénat et dans les Etats de Pologne, contre la fureur et la violence des novateurs. Nous verrons dans la suite quel fut le succès de celte légation.

4. Dans le temps que Commendon arriva à Trente, Visconli, évêque de Vinlimille (1), en partit, non pour accompagner le cardinal de Lorraine à Rome, comme le pape l'avait d'abord résolu, mais pour se rendre à la cour d'Espagne; et comme sa route était de passer par Rome, il devança le cardinal afin d'informer Sa Sainteté de l'état présent du concile, et la mettre plus en état de s'en entretenir avec celle Eminence. Visconli fut chargé de deux sortes d'instructions : dans les premières dressées par Paleollo, on exposait tout ce qui avait été fait et agité dans les congrégations générales et particulières, et les raisons qu'on avait apportées sur chaque article de réformation; dans les autres, dictées par le légat Morone et ses collègues (2), on parlait des intérêts des Princes, du crédit des ambassadeurs, des dispositions des prélats, et principalement des desseins qu'on devait prendre dans la suite.

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