‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 126 sur 373 · Quatre expédients étaient proposés · texte numérisé non relu

Quatre expédients étaient proposés

continuer le concile, ou le rompre, ou le terminer, ou enfin le suspendre seulement. Les légats croyaient le premier fort mauvais à cause des inconvénients qui en pourraient arriver : le danger d'un schisme à cause des divisions entre les Pères, ou de la mort de quelque prince qui changerait la face des affaires; la trop longue absence des évoques hors de leurs diocèses; les grandes dépenses auxquelles le saint-siége ne pourrait suffire; enfin la hardiesse de plusieurs évêques unis ensemble, qui se rendaient formidables par les nouvelles demandes qu'ils faisaient sans cesse ou de prérogatives épiscopales ou de bénéfices: ce que faisaient aussi les Princes qui croyaient que, tant que durerait le concile, ils pouvaient inquiéter et chagriner le souverain pontife.

6. A l'égard de la rupture du concile, les légats la croyaient aussi très-dangereuse à cause du scandale qu'elle causerait, quoiqu'ils crussent aussi qu'on pouvait diminuer ce scandale en publiant auparavant tous les décrets d'une réformation parfaite, en sorte que le public fut persuadé que la crainte de celle réformalion n'avait point fait rompre le concile, et pourvu aussi qu'on attendît, pour le faire, une raison capable de justifier le souverain ponlife, comme en effet il ne manquerait pas des'en présenter quelqu'une du côté des princes. Mais quoique ce parti dûl nécessairement nuire plus ou moins au bien qu'on attendait, néanmoins il pourrait être utile d'en menacer les ambassadeurs

(1) Lettre des légats an cardinal Horroniéc, l'J septembre l.:)03, et actes de Paleolto.

fî) Mémoires du cardinal Morone, du 29 septembre.

quand on les verrait s arroger trop d'autorité ou vouloir arrêter le progrès du concile. De là ils prenaient occasion de se plaindre du comte, en rappelant toutes les difficultés qu'il leur suscitait. Us disaient qu'une semblable conduite était d'autant plus déplacée dans les ministres des princes laïques, que tout le monde pouvait remire témoignage de la modération avec laquelle les légats du pape en agissaient, de leur respect pour la liberté, et de leur zèle pour la réformation. Us ajoutaient que le comte s'en rapportait trop à quelques prélats espagnols mal disposés envers Rome; qu'au reste il était Irèsattenlif à tout, qu'il s'était acquis une grande autorité que n'avait fait qu'augmenter une correspondance active avec l'Empereur et avec le roi des Romains ; qu'ainsi Ferdinand et le comte n'étaient pas pour qu'on en finît bientôt avec le concile, alléguant qu'il fallait être expéditif, mais non précipité, lermes que chacun peut interpréter à son gré; mais qu'on voyait bien que le comte faisait tous ses efforts à Trente et auprès de l'Empereur pour faire naître des délais, et que c'était en ce sens qu'il avait reçu de nouveaux ordres d'Espagne ; qu'il convenait donc que le pape ne se montrât pas si avide d'une prompte conclusion qu'il ne donnât pas le temps d'examiner les matières selon leur importance.

7. Après avoir réfuté et la prorogation et la rupture du concile, on montrait que le meilleur moyen était de le finir, tant pour l'utilité des fidèles que pour la dignité de l'Eglise; mais qu'il y avait lieu de craindre que l'Empereur et les rois de France et d'Espagne n'y formassent opposition; que cependant, comme le roi de Portugal, les Princes d'Italie et principalement les Vénitiens en souhaitaient la fin, et que d'ailleurs les Français s'ennuyant de sa longueur, il y avait lieu d'espérer que l'on ne mettrait pas tant d'obstacles à sa conclusion; que peutêtre il serait facile d'amener Philippe H luimême à cet avis, en faisant valoir auprès de lui l'intérêt commun et au moyen de la concession que le pape lui ferait de toutes les faveurs qu'il pouvait légitimement désirer, et dont l'espérance entraînait peut-être le roi dans toutes ces longueurs; que, son consentement obtenu, il ne serait pas difficile de gagner l'Empereur.

8. Ils ajoutaient cependant qu'ils croyaient la suspension encore plus facile; que tous les princes qui ne voulaient pas la guerre y consentiraient, parce que comme alors les erreurs des hérétiques ne seraient point solennellement condamnées, ils ne penseraient pas à se venger, ni eux-mêmes ne se verraient pas dans l'obligation de prendre les armes pour obéir au concile convoqué sur leur demande; que si l'on terminait les points de la réformalion avant la suspension du concile, pour répondre aux désirs des princes qui le demandaient avec tant d'instance', il était constant qu.e tout le inonde demeurerait en repos. Mais jlsremarquaienlqu'il ne convenait pas que le pape ûât auteur de celte suspeu-

sion, ni même qu'il la proposât ; qu'il fallait choses qui n'étaient pas de dogme, la réfor-

seulement faire en sorte que les princes la mation étant parfaite et entièrement achevée,

demandassent à Sa Sainteté qui, de son côté, on pourrait s'expliquer avec plus de con-

paraîtrait ferme à vouloir la conclusion du fiance, en cherchant quelque moyen de con-

concile. Ils remarquaient encore que l'Em- tenter les deux partis.

pereur, étant âgé et d'une santé chancelante, Enfin les légats faisaient remarquer deux renvoyait toutes les affaires à Maximilien,son choses, l'une, qu'à la vérité ils avaient quelfils, roi des Romains, et que comme il y avait que crédit, et vivaient dans une parfaite in-

une étroite liaison entre ce dernier et le roi d'Espagne, son beau-frère, il fallait beaucoup le ménager; que comme ce prince souhaitait fort de voir ses affaires terminées

telligence avec les ambassadeurs, mais que, comme ceux-ci étaient chargés des ordres de leurs princes, ils ne pouvaient se dispenser de les exécuter ; l'autre, que le cardinal de

avec la cour romaine et qu'on y eût quelque Lorraine (ils n'en disaient pas davantage à égard pour lui, il fallait les expédier selon son sujet) quoique très-uni avec les Espa-

le projet que les légats avaient envoyé à Rome, et lui députer ensuite un nonce particulier, pour lui faire plus d'honneur, d'aulant que ce prince se trouvanlassez sourai l loin de son père Ferdinand, Delfini ne pojvait traiter avec lui.

9. Les légats concluaient que quelque parti qu'on voulût prendre, ou pour unir le concile facilement , ou pour le suspendre utilement, ou pour le rompre avec plus de dignrté, on ne pouvait se dispenser d'établir auparavant tout ce qui concernait la réformalion de la discipline; que ce moyen réussirait heureusement aussitôt que les Pères

gnoîs, n'avait pas toutefois assez d'autorité sur eux pour les attirer dans son parti.

10. Telles furent les instructions données par les légats à Visconti. Elles nous apprennent combien on hésitait alors à arracher avant qu'elle fût mûre une plante arrosée pendant tant d'années par les sueurs de tout le monde catholique, et combien on doit de reconnaissance aux hommes infatigables qui lui ont fait porter du fruit au prix de tant de peines, et à l'avantage de toute l'Eglise. Mais, pour l'ordinaire, de si grands travaux restent inconnus, et la renommée tait les noms de ceux qui se les sont imposés, tandis

sauraient que, conformément aux intentions qu'elle se plaît à porter partout la gloire

du pape, les décrets seraient reçus selon le des conquérants souillés du sang des hom-

plus grand nombre de suffrages ; que quand mes, et à publier toutes les difficultés qu'ils

même quelques-uns s'opposeraient dans les ont surmontées dans leurs entreprises.

Ll VRE V1NG T-TROISIEME.

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ARGUMENT

Projet d'une réforme pour les princes ; le roi de France en est averti. — // écrit à ses orateurs au concile, en termes pleins d'aigreur. — Le cardinal de Lorraine le rassure. — Protestation virulente de du Ferrier. — Réplique de l'évéque de Montefiascone. — Circonstances remarquables de ce fait. — Le comte de Lune veut protester parce qu'il n'a pas d'explication sur la clause Proponentibus. — Sentiments opposés des autres orateurs. — Ceux de France et de Portugal sont forcés de l'appuyer. — Les Impériaux attendent les ordres de l'Empereur, auquel ils en réfèrent. — Opinions des Pères sur les vingt et un articles de réforme, et principalement sur l'élection des évéques et les informations qui la précèdent; sur les cardinaux, l'exemption des chapitres, la collation par concours de bénéfices ayant charge d'âmes, et l'abandon des premières instances aux ordinaires. — Les légats proposent de s'en tenir à ces seids articles, et de remettre celui des princes à la session future : la plupart y accèdent. — Légère opposition de plusieurs. — ■ Réfutation de diverses erreurs de Soave. —

Intention de l'Empereur et du roi des Romains pour la conclusion du concile. — Pensées et remarques de l'Empereur sur la révision des décrets. — Sa réponse à une lettre du comte de Lune sur la clause Proponentibus. — Résolutions que Von prit. — Départ de du Ferrier pour Venise. — Le concile se plaint de quelques arrangements du pape. — Le pape se justifie. — Diversité d'opinions sur les mariages clandestins , et sur la soumission des évéques aux archevêques. — Arrangements entre le pape et le cardinal de Lorraine. — Sentence dupape contre sept évéques français.

— Citations de la reine de Navarre. — Pourquoi n ont-elles point de suite. — Le cardinal de Lorraine part de Rome. — // passe par Venise, traite avec les orateurs de France. — Les orateurs essaient d'indisposer le roi Charles contre le concile. — Réponse du roi d'Espagne à une lettre des légats et aux plaintes que le pape avait faites contre ses envoyés.

— Discussions au concile touchant les premières instances, l'exemption des chapitres et les privilèges de 'l'Eglise gallicane. — Délibération pour l'insertion de cette clause : Sauf l'autorité du saint - siège. — Session du 11 novembre. — Canons et décrets du mariage.

- Diversité d'oninions touchant la clandestinité des mariages. — Longueur des opérations. — Changements qui eurent lieu après la session, surtout relativement à la soumission des évéguesaux archevêques. — Indication de la session prochaine au 9 novembre.

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