‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 127 sur 373 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Lettre du roi de France à ses orateurs et au cardinal de Lorraine. — Réponse du cardinal de Lorraine. — L'orateur français, du Ferrier, proteste, conformément aux ordres de la cour. — Réplique de Vévêque de Montefiascone. — Erreurs de Soave.

1. Peu de temps après, l'on entendit encore gronder forage au milieu de cette mer d'agitations toujours contenue par la Providence. Voici à quel sujet : les oraleurs français, pour instruire le roi de la réforme que l'on méditait , et principalement de celle qui concernait les princes, lui en avaient envoyé le premier décret, conçu en termes plus sévères que le second. Ôr il se trouvait dans son conseil une foule de gens secrètement ennemis du clergé. Ce décret leur parut conçu dans l'intention manifeste de favoris- r la puissance ecclésiastique aux dépens de l'autorité royale; et les récits mensongers de ce qui se passait à Trente vinnnl les confirmer dans leur sentiment. C'est pourquoi le conseil, au nom du roi, écrivit aux orateurs et au cardinal de Lorraine (1) que les princes étaient loin de s'attendre à voir le concile proposer de semblables règlements ; que lorsqu'il s'agissait de réformer le clergé, on ne faisait, au contraire, que forlilier sa puissance et affaiblir celle; des rjois ; qu'on n ignorait pas non plus le dessein formé d'annuler le mariage du feu roi de Navarre avec la reine Jeanne, de déclarer leur fils Henri illégitime et sans aucuns droits à la succession au trône, et de livrer ainsi la Navarre à une domination étrangère ; que le roi Je France ne souffrirait jamais d'aussi énorries et d'aussi préjudiciables abus ; que ses >raleurs s'y opposeraient avec toute la force lu raisonnement, toute la puissance de la pa- •ole et par les plus solennelles protestations, 'l que si leur opposition étailsans résultat, ils ;e retireraient du concile, eux et tous les préats fiançais, afin de ne pas autoriser, même >ar leur simple présence, de si injustes décrets.

2. Quand cette lettre arriva, le cardinal aisait les préparatifs d'un voyage; et la 'fille même de son départ, il répondit au oi (2) : Je m'étonne, lui disait-il à peu près n ces termes, que Votre Majesté ait pu roire de pareils bruits sur une assemblée si ainle et où siégeaient un bon nombre de os serviteurs : moi-même j'ai pris part à

(1) Leltre du roi, en dale du 28 août; voyez le vre français déjà elle.

(2) Lcllre du cardinal au Roi, du 17 septembre ; oyez encore le livre français, imprimé en lOJi, vtc additions.

toutes ses- délibérations, et, en sujet fidèle et dévoué, je n'aurais pas hésité un seul instant à vous faire part de tous ces projets si hostiles ; et quand nous aurions gardé le silence, les ministres de l'Empereur, du roi Philippe et des autres princes ne se seraient-ils pas opposés à toute tentative contre le droit de succession et les autres prérogatives royales? Au reste, les vénérables Pères n'ont jamais eu de telles pensées; seulement les légats ne purent s'empêcher de faire droit aux instantes réclamations de plusieurs évêques qui demandaient qu'on signalât dans les chapitres de la réforme ces vains abus qui portaient atteinte à la liberté de l'Eglise et à la dignité des évêques; mais comme ces abus n'existent pas dans votre royaume de France, je supplie Votre Majesté de ne point s'alarmer de ces nouvelles sans fondement. Le cardinal finissait en disant qu'il partait pour Rome, pendant que les Pères s'occuperaient des préliminaires de la session suivante, prorogée pour deux mois; et qu'après avoir rempli auprès du saint-père ce devoir de bienséance, il pourrait, le concile fini, retourner au service du roi.

3. Mais les orateurs, qui avaient également reçu les instructions du roi, n'eurent pas soin de le détromper, à l'exemple du cardiî. il. Ils savaient pourtant que les Pères n'avaient point songé à flétrir la naissance du jeune Henri; que le décret général qui regarde les princes avait été fort mitigé, et que les présidents s'offraient encore à en adoucir les dispositions. Ils allèrent donc trouver les légats, et sans leur rien dire du projet qu'ils méditaient et dont une indiscrétion aurait pu retarder l'accomplissement, ils cherchèrent à justifier la cour du départ récent de quelques évêques de France (1) : ils prolestèrent que ce départ était contre la volonté de la reine, et qu'aussitôt qu'elle le connaîtrait, elle renverrait ces prélats au concile, lis assurèrent ensuite que le roi s'était beaucoup réjoui d'apprendre qu'on travaillait à une véritable réforme des mœurs, et que lui-même les avait chargés de faire au concile plusieurs demandes.

h. Alors les légats interrogeant les Français pour savoir quelles étaient ces demandes, n'eurent d'autre réponse sinon qu'elles roulaient sur des choses de peu d'importance : ils se montrèrent donc d'un facile accord, pour ne pas réveiller, par leur opiniâtreté, les querelles assoupies touchant la clause : Proponentibus legalts. Mais, le 22 septembre, du Ferrier, l'un des orateurs, ayant été admis à porter la parole (2>, s'exprima d'une manière qui trompa beaucoup l'attente générale. Sa diction vive, ornée de sentence, était à la fois mordante et âpre. Comme il est du devoir d'Un historien de ne rien passer, je signale ici ce qui éclaira les esprits bien intentionnés, en supprimant ce qui peut favoriser la malveillance.

(1) t.eitres des légats aux cardinal Borromée, des 20 Cl -1', vpl ii'lnr IS ").

(-2) Pour ce discours voyez le livre français et le» actes du château baini-Anue.

iSl

5. « lia y cent cinquante ans, dil-il (1), que pragmatique et les concordats de Léon X, la France réclame une réforme de la disci- bien qu'on ail dit autrement. S'ils ont été népline tombée, ainsi que l'atlcstent, au concile gliges dans le cours des siècles, et s'ils ont

de Constance, les témoignages du célèbre Gerson, et, dans ces derniers temps, un grand nombre de discours prononcés à Trente. C'est pour cette raison que le Roi Très-Chrétien a envoyé ses ambassadeurs à Constance, à Bâle, à Lalran, au premier concile de Trente et à ce dernier (du Ferrier ne parle pas de la deuxième convocation qui eut lieu sous Jules III, parce que les Français ne voulurent point y consentir). Et cependant Sa Majesté, poursuit-il, est encore a en attendre les effets. Aucune des décisions Sur le dogme n'a répondu à son intention ; car le débiteur ne s'acquitte pas de ses obligations en payant à son créancier, contre son gré, ce qu'il ne demandait pas de lui. Les Français n'ont jamais provoqué ces décisions! Si d'autres les ont demandées (et ce mot s'appliquait aux Espagnols), on devait se souvenir que, dans le jugement familiœ erciscundœ, c'est-à-dire du partage des biens de- famille, la première part est de droit à l'aîné; or le premier-né, dans l'Eglise, est le Roi Très-Chrétien.

6. « On répondra peut-être que les Pères ont pourvu à tout dans cette longue liste de réformes, proposée il n'y a pas longtemps. Mais c'est précisément sur ce point que nous voulons discuter. Nous en avons conféré avec le Roi et lui avons communiqué par lettres nos observations. Le roi, après avoir consulté les princes de son conseil et ses ministres, n'a pas trouvé ces raisons assez puissantes pour maintenir les catholiques, réconcilier leurs ennemis, rassurer ceux qui chancellent, en un mot, peu de choses con-

perdu de leur vigueur, le roi Charles, qui entre dans sa majorité, va les rétablir, parce qu'ils n'ont en eux rien d'opposé à la doctrine de l'Eglise, aux décrets des conciles et des papes, ou à la perfection de la discipline. Ils ne défendent pas aux évêques la prière, la prédication, l'aumône, ou, pour parler plus juste, la restitution aux pauvres; ils n'empêchent pas de promouvoir à l'épiscopat et de n'appeler que les plus dignes. »

7. Du Ferrier condamna ensuite les pensions que l'on accorde aux évêques, hors le cas où, incapables d'exercer, ils sont obligés de les garder pour se nourrir, et de s'adjoindre des coadjuteurs. Il fit une violente sortie contre la pluralité des bénéfices, les résignations in favorem, l'usage commun des regrôs, les expectatives, les annales, les préventions. Il prétendit que dans le jugement du possessoire, en matière spirituelle, le tribunal du roi était seul compétent, et dans le jugement du pétitoire et dans les causes criminelles, celui de l'ordinaire ou d'un délégué du pape, et seulement dans le royaume, quand même un évéque ou un cardinal seraient parties. Il proclama hautement ce qu'on nomme en France Y appel comme d'abus, non pas, à la vérité, pour envelopper dans sa critique les intentions du souverain pontife, mais pour se railler de ces intrigants toujours prêts à lui arracher des faveurs qu'ils ne méritent pas. Il soutint avec chaleuil que le roi, dans le péril extrême de sa mo-| narchie, avait, de droit divin, le pouvoiii d'user de tous les biens du clergé, et commil seigneur des Français et de tout le royaume!

formes à la discipline ancienne, et beaucoup et comme fondateur et patron des églises. Il

absolument contraires. Est-ce là ce baume se montra étonné de ce que ceux qui s'é-l

salutaire, dont parle Isaïe, qui pourra cica- taient assemblés pour restaurer la disciplinel

triser les plaies de la chrétienté? Ne serait-ce abandonnant celle œuvre, s'ingéraient à corl

pas plutôt l'appareil dEzéchiel, qui dérobe riger les princes, à qui l'Apôtre voulait qu'of

la blessure au regard, et ne laisse pas de la obéît, quand même ils seraient mauvais mail

rouvrir si elle est fermée? Il s'agil d'un pro- 1res. Enfin il dit que le roi les priait de nf

jet d'excommunier les rois (la première for- jamais atleoler à son autorité ni aux liberté!

mule du" décret portait ainsi), on n'en voit de l'Eglise gallicane; qu'autrement ses oral

pas d'exemples dans la primitive Eglise; une teurs avaient ordre de protester (ce qu'il

telle mesure ne serait propre qu'à fomenter faisaient); au lieu que si, laissant le tempol

les rébellions. Tout ce chapitre, dirige contre rel se conduire, ils voulaient ne penser qu'ai

eux, ne tend certainement qu'à déprimer la spirituel, objet de leur convocation, il leil

liberté de l'Eglise de France et la majesté des promettait sa coopération sans plus tarder! Rois Très~ChrétiensvEt pourtant, doil-on se 8. Lorsqu'il eut fait connaître les volonbf

plaindre de nos rois? Ils ont toujours été du roi, du Ferrier parla en son nom : il sou

fidèles à l'Eglise romaine, à l'imitation des empereurs; ils ont publié des édits que les papes ont placés dans leurs décrets, en rangeant au nombre des saints leur principaux auteurs, Charlemagne et Louis IX : il s'agit Se règlements royaux par lesquels les évêques gouvernèrent leurs églises; mais ils étaient déjà en usage quatre cents ans avant les décrétâtes; donc on les suivait avant la

'1) Le discours imprimé donne ce chiffre; mais nés mémoires de quelqu'un qui l'a entendu portent 14(4; ces mémoires corrigent plusieurs autres erreurs.

haitait, disait-il, qu'on suivît, dans les corl bals à livrer aux héréliques, l'exemple dl Ambroise, des Augustin, des Chrysostoml Ces défenseurs de la vérité n'avaient pi soulevé les puissances de la terre, ils s" taient contentés des armes des saints, vertu, la prière et la parole de Dieu; c'I ainsi que ces grands évêques avaient purl l'Eglise et formé les Théodose, les Honoril les Arcadius, les Valentinien, les Grali<I Des mêmes moyens ne pouvait-on pas atuj dre encore les mêmes résultats?

9. Quand il eut terminé, le premier lél le pria de se retirer quelque temps à il

cart (1), parce qu'ils allaient délibérer sur lieu de soupçonner qu'il ait été eo ■•;:.•> n dé une réponse. A quoi du Ferrier répartit qu'il par le roi. D'ailleurs, quelque puissance lui importait peu d'en avoir une. Cependant qu'il ait accordée à ses représentants retaille légat dit aux Pères qu'ils étaient libres de vement à ces sortes de matières, on ne peut répondre à l'invective de l'orateur, soit par croire qu'un discours conçu en des termes manière de suffrage, soit par un discours , aussi inconvenants soit l'expression de sa soit autrement. Puis, quand l'assemblée se volonté royale. Si d'un autre côté je me resépara (2), il s'adressa encore à du Ferrier mets devant les yeux l'exemple de Pépin, sapour lui dire qu'il avait imité les anciens tri- cré roi de France par l'évêque de Maye'nce, buns, véhéments contradicteurs des lois des Boniface, et par les soins du pape Zacharie' consuls. Du Ferrier lui répliqua que sa si je repasse en ma mémoire les nobles endemande ne contenait rien que de juste; treprises de Charlemagne, son fils, contre réflexion que le légat appliqua aussi au con- les Sarrazins, et ce qui lui mérita de Léon 111 cile. le titre de premier Empereur d'Occident; si

10. On ne saurait se figurer l'indignation enfin je me rappelle les autres rois qui, pour que du Ferrier souleva dans l'assemblée. Au leur oelle défense des libertés de l'Église porrapport des envoyés de l'Empereur (3), il taient le surnom de Très-Chrétiens, je ne choqua tout le monde et blessa même les puis me persuader que c'ait été d'après les Français ; cl l'évoque de Salamanque ajoute, ordres d'un Prince, leur successeur au mémo conformément à l'archevêque de Zara, qu'il royaume, du même sang, de même nom, que accrédita dans les esprits le soupçon que cet l'on ail exposé des choses si dures et d'une

1 orateur n'était pas pur en sa croyance. On manière si hardie. Aucun des Pères, malgré

ne voulut donc pas retarder la réfutation sa science profonde, n'a jamais vu que dans

d'une invective qu'on regardait à juste titre les conciles œcuméniques on ait formé une

comme une injure faite à la religion et com- opposition quasi-tribunitienne comme en des

me une atteinte portée à la dignité du Roi émeutes populaires : aucun ne peut dire que

Très-Chrétien. Or, le lendemain, c'était, sui- dans un lieu où, s'agissant de mœurs, on ex-

vant le lour, à Charles Grassi, Bolonais, de cluait les Césars au rapport de Nicolas Pr

prendre la parole. Grassi était l'évêque de écrivant à l'empereur Michel, on ait jamais

Montefiascone, que nous avons vu compli- admis des ambassadeurs, loin qu'on leur ait

menter au nom du pape le cardinal de Lor- permis d'y dicter des lois. Il n'est pas juste,

raine, lors de son arrivée; homme plein de en effet, que là où le Saint-Esprit parle par

vertu et de vigueur, que l'on sut apprécier, la bouche des Pères, un orateur se vante de

car il fut, peu après, investi du clérical de lui résister et de le contredire; et il est in-

la chambre apostolique, du gouvernement croyable que quelqu'un ait osé condamner

de diverses provinces, et enfin de celui de presque ces Princes de l'Église, là où Con-

Rome, sous le pontificat suivant; appelé stanlin, pressé par ceux de Nicée, s'excusa

ensuite à siéger au consistoire, on l'employa toujours, par respect, d'exposer son senti-

aux plus grandes affaires de l'Eglise. Grassi ment. Les Français se disent des créanciers

ne souffrit pas qu'il se passât un jour avanl à qui le débiteur ne peut payer une chose

que l'insulte faite à tous n'eût été vengée ; et pour une autre sans leur consentement : mais

quoique plusieurs eussent traité avec lui ce de quel droit peuvent-ils établir celle compa-

sujet (4), il les devança tous et méritâtes raison entre eux cl les Pères? Parce que

applaudissements de l'assemblée. Toutefois ceux-ci ont partagé les malheurs de leur

du Ferrier ne se présenta pas au concile ces nation? parce que la charité et le désir de

,ours-là (5), car il prévoyait, comme tous porter secours à leur monarchie ébranlée

ieux de sa nation, qu'il allait être en butte les tiennent rassemblés de tous les coins du

iux plus vives attaques. monde? parce qu'ils ne craignent pas, dans

11. Avant d'aborder le principal sujet de cette vue, de dépenser leurs biens, leur santé ;on discours (6). Grassi annonça qu'il avait et peut-êlre leur vie? Que doit-on penser de t faire un préambule en tout différent de ce langage par lequel l'orateur défend les elui qu'il s'était proposé; mais que le dis- lois de son pays? car il a dit qu'elles permet- :ours de la veille en était cause. < Je désire, tenl aux évêques la prédication, l'aumône et lit-il, que l'ambassadeur produise l'ordre de autres œuvre* de cette sorte. Moi, je dirai »a Majesté pour une protestation de celle sans détours en présence de cette vénérable laturc; car l'étrangeté de cet acte donne assemblée, et sans déroger à ce que je dois

d'égards à l'orateur, que son discours n'a été

(1) Actes du château Saint-Ange, le -25 de senicm- <lu/un sophisme indigne de ce savant audire 1563. toire. Convient-il, en effet, qu'en permettant

(2) Leitrc déjà citée des légats, toutes ces œuvres, le roi ait néanmoins la li-

(3) Lettre dos Impériaux à Ferdinand, du 28 sep- bre disposition de ce qui regarde les liberté' mbre 15G5; actes de révoque de Salamanque ci de et la juridiction de l'Eglise? Convient-il que I s^ptembrè^es6 rarchevêf>ue (,c 7,ara' des 23 cl Sa Majesté se crée des revenus sur les biens

(4) Autre lettre des lé«als au cardinal Borroméc dU C!C,rgé' qU'eUf W lcs év6(lues Par s"s I» septembre 1563. liorromtc, magislrals au mépns des traditions aposîoli-

(5) Letires des Impériaux cl dos lésais au cardinal Hues» des décrets des conciles et des papes, >rromée, des 27 et 29 septembre 1 Mm. et de l'enseignement de presque tous les

(6) Ce discours a été abrégé dans les Actes; mais saints Pères? Consultez à ec sujet les statuts est entier entre les mains de son auteur, de Nicolas 1er dans un concile provincial,

Co\c. de Trtcntr. m. (S fi

ceux de Symmaque au deuxième concile de Rome, une lettre du même Nicolas I" à l'Empereur Michel (1) et les instructions de saint Grégoire de Nazianze aux empereurs de son temps. Lisez ce fameux dialogue où saint Augustin , combattant Pétilien , affirme que les lois impériales peuvent bien favoriser, mais non contrarier celles de l'Eglise; ouvrez les décrets de Grégoire VII et d'Innocent III au concile de Lalran; examinez enfin ce que le concile de Constance, dans la dix-neuvième session, ordonne touchant ces libertés de l'Eglise. L'orateur nous rappelle avec force à la puroté des premiers temps : je souhaite, moi aussi, que, laissant de côté les nouveaux privilèges des rois, on ne néglige pas cette ancienne pureté et celte même liberté; je désire qu'on se souvienne de ce que Dieu dit à son Eglise dans Daniel : Toute nation et tout royaume qui ne te serviront point périront (2). La France, dit encore l'orateur, a demandé depuis cent quarante ans aux souverains pontifes une réforme relative à quelques cas particuliers, et pendant ce temps elle n'a cessé d'entretenir des pensées de nouveauté; mais on ne voit que trop ce qui en est revenu aux rois pour la concorde des peuples et le salut du royaume. » Grassi termina en recommandant aux légats et aux Pères de se faire donner le discours et l'ordre royal pour délibérer, l'affaire étant de la plus haute importance.

12. Il y eut encore contre le même discours une apologie par un anonyme sous le nom emprunté du concile, puis un sommaire de ce quil contenait, mais du Ferrier récusa ce sommaire (3) comme renfermant, à son désavantage, une foule d'altérations dont il imputala cause àPellevé,archevêquede Sens, le principal improbateur de sa motion. Il s'en plaignit auprès du premier légat, se voyant, disait-il, obligé désormais, pour se justifier, de publier son discours (4); il s'étonnait que quelqu'un eût osé révoquer en doute l'ordre de Sa Majesté, comme si un ministre pouvait toucher un semblable point sans en avoir le commandement exprès. Il avait reçu, à ce sujet, des instructions trèsprécises de son maître; le cardinal de Lorraine les avait lues la veille de son départ, et il voulait bien les montrer aussi au légat lui-même sous le sceau du secret. Quant à sa protestation, elle était conditionnelle, c'est-àdire dans la supposition que l'on porterait préjudice au roi ou à l'Eglise de Fiance ; or, tout acte conditionnel est nul de fait, tant que la condition n'est pas remplie.

Le cardinal Moronc dit qu'il ne connaissait pas cet écrit qui roulait sur son compte.

(!) Dans Gratien, dist. 10, c. 1.

(2) 0 divin oracle ta ni de fois vérifié même de nos jours ! Plût à Dieu qu'il fui sans cesse gravé dans le cœur des sujels et des rois! Lisez l'ouvrage intitulé •': La Scoperta de ijen uemici délia sovranila sedicenli Regalisti, imprimé à Rome en 1794, pages 36 et 37.

(Note d'Antoine Zaccaria.)

(3) Lettre des légats au cardinal Borromée, du 27 septembre 1563.

(4) Voyez à ce sujet le livre français déjà cilé.

Il avoua à du Ferrier que sa protestation lui avait semblé quelque peu étrange , qu'il la reverrait donc avec plaisir, pour en délibérer plus sciemment avec les Pères.

13. Cette confidence de l'orateur changea entièrement l'idée (1) que les légats avaient conçue de lui au sujet de ses propositions au souverain pontife. Ils s'étaient persuadé que le but de ses démarches, quand il sollicitait, conjointement avec le grand chancelier, la convocation d'une assemblée en France, était de constituer le roi chef de l'Eglise gallicane comme en Angleterre, de dépouiller les églises de leurs biens et le saint-siége de son autorité. Ils le croyaient attentif à faire naître des occasions de rupture pour précipiter l'exécution de ses plans, qui tardait trop au gré de ses désirs.

14. Quoi qu'il en soit, du Ferrier publia sur-le-champ son discours, tel que nous l'avons rapporté (2), en le faisant suivre de sa défense ; mais les présidents, en l'envoyant au cardinal Borromée, notèrent beaucoup de choses qui, au rapport même de ceux qui l'avaient entendu, n'étaient point dans le premier discours. Avant de passer outre, je relèverai diverses erreurs que Soave a émises sur les faits précédents , également racontés dans son histoire.

15. Soave dit que l'ordre de protester arriva aux Français le 11 septembre , qu'ils le firent connaître aGn d'éloigner les Pères del leur projet sur les rois ; que la chose tour-l nant à la confusion des Français, plus del cent évêques s'étaient levés pour cerlifieif qu'ils ne parleraient pas des autres, si l'ar-l ticle en litige n'était remis à sa premièrej place.

16. Or, ce récit est dénué de vérité : lcJl orateurs ont gardé un si profond secret, quoi ni les légats, ni les Impériaux, et bien moinl les évêques, n'ont eu connaissance de l'ordref Une foule de lettres qu'écrivirent les pre-i miers au cardinal Borromée (3) et les se-l conds à l'Empereur (4), depuis le 11 jusqu'au jour de la protestation, n'en parlent réellef ment pas ; l'instruction très-ample remise,

19, par Morone à Visconti ne le mentionnj pas plus ; et les légats , signifiant à Rome, il

20, que les orateurs se montraient jaloux dj parler au concile, parurent aussi n'en riel savoir. Soave attribue à la protestation Ici murmures des Pères et le serment qu'if firent en public de ne rien prononcer sij les articles suivants, si celui des rois n'étal replacé. Or, non-seulement ces faits n'of pas eu un tel principe, mais encore ce| n'était pas possible, car ces murmures et serment n'eurent lieu que le soir du 10 (i et conséquemment avant le 11, jour où Soaj

(1) Lettres des légats au cardinal Borromée, duj septembre 1563.

(2) Lettres des légats au cardinal Borromée, du nier septembre et du 7 octobre 1563.

(3) Lettres des 11, 13, 14, 15, 16, 19 et 20 s«l

(4) Letlress des 14 et 18 septembre. I

(5) Lettre des légats au cardinal Borromée, duj septembre 1563.

LIVRi: VINGT-

dit qu'arriva l'ordre de Sa Majesté aux orateurs. Mais il y a plus : contre l'assertion de Soave, l'ordre royal ne fut montré au cardinal de Lorraine, et sous la condition du silence, que le 17; du Ferrier, comme nous avons vu, l'a même rapporté en propres termes au premier légat. Ensuite Soave ne parle point de la réponse nerveuse de Grassi, mais cela n'élonne pas , chacun évite naturellement de dire les raisons victorieuses qui »îe terrassent.

17. 11 écrit que le pape, voulant aplanir les difficultés du conciledanssesconférencesavec le cardinal de Lorraine, prescrivit aux légats de proroger la session pour deux mois, dans i le cas où l'on ne pourrait la célébrer dans le temps fixé : ce qui est un mensonge. Le pape ne raisonna jamais, avant l'événement, dans celte hypothèse ; car le cardinal Borromée, dans une lettre aux légats vers la mi-sep- !lembre, disait qu'il regardait comme superflu de parler de la session future, attendu que le pape croyait Men que sa lettre la trouverait terminée. Lorsque ensuite on lui apprit le contraire, son déplaisir fut grand, tant pour la prorogation en elle-même que pourl'éloignement du terme : il ne s'y attendait pas (1).

18. Soave affirme que les suffrages embrassèrent vingt articles. L'erreur n'est que légère; mais elle montre beaucoup d'ignorance de tous les actes et de toutes les relations , puisque les lettres des légats et des Impériaux, les actes de Mendoza et de Pafeotto comptent vingt et un articles, et qu'on y

rouve des suffrages pour vingt et un. Il est 'rai qu'on en a retranché un peu avant la iession; mais n'anticipons pas.

Page 1