CHAPITRE III
Opinions des Pères dans la congrégation générale tenue au sujet des vingt et un chapitres de réforme.
précautions et des soins de tout genre, puisqu'on en avait statué de si grands pour la dignité, bien inférieure, du simple portier. Sur ce qu'on lisait dans le même chapitre, savoir, que tous ces préliminaires se feraient gratuitement ; et sur ce qu'une note du secrétaire portait que cette parole, gratuitement, avait été biffée à la demande du comte de Lune (1) , sans doute pour ne pas nuire aux prérogatives des cardinaux patrons, qui proposent dans le consistoire la collation 1. Vers ce même temps, les congrégations des églises vacantes, le cardinal de Lorraine du concile se succédaient sans relâche et dit qu'il ne convenait pas de priver les proavec le désir ardent de mettre fin aux lois de posants do leurs émoluments de droit, et pas la discipline: preuve que c'élait bien à tort plus de retrancher au sainl-siége les annales; qu'on accusait le concile de vouloir en es- qu'on devait délibérer mûrement sur les proquiver la fatigue. Je ne reproduirai pas en fits de ceux qui n'apportaient dans tout cela ce que je vais raconlcr, les discussions qui aucune part de travail; et qu'en attendant eurent lieu au sujet de ces lois ; parce que la que Sa Sainteté y pourvût, l'on pouvait touteneui en ayant été plusieurs fois changée, tefois maintenir la suppression du mot grâce serait, à mon avis, rendre mon ouvrage tuitement. Qu'il me soit permis d'observer,
regards une aussitôt
ennuyeux ; ce serait offrir aux foule d'embryons , disparaissant après leur naissance (1). J'abrégerai encore les opinions des Pères, afin d'épargner la peine qu'engendre un récit prolixe ; et par là je me conformerai, suivant ma coutume, aux exigences de l'histoire. Enfin , je ne
en passant, que Soave, assez peu instruit de ce qui se fit dans l'assemblée, a pris sur lui de dire que les Français voulurent l'abolition des annales, et leur radiation du quatorzième chapitre, quoique cependant l'événement confondît leur attente. Cela n'est-il pas ridicule, quand on voit, au contraire, le choisirai que ce qui profitera davantage ou cardinal de Lorraine, et plusieurs de sa na-
ce qui pourra me gagner l'attention des lecteurs.
2. Le cardinal de Lorraine, qui dit le premier son opinion, fut aussi le plus long à la dévelo:
,pper ; car il passa tout avec soin. Voici son exorde pas de confesser devant vous,
« Je ne rougis vénérables
tion, demander en propres termes qu'on les conservât ? Mais, au reste, nul n'a jamais parlé de les abolir.
k. Continuons. Le cardinal , parcourant toujours le premier chapitre , proposa de faire un article à part sur les cardinaux ; il montra combien il était peu honorable d'em- Pères, que mon esprit n'a jamais élé plus ployer, pour un auditeur de rote, plus de ému dans ce lieu qu'à présent que je dois soin que pour la promotion de ces prélats, me prononcer principalement sur les évé- 5. Il ne voulut pas, arrivé au quatrième 'ques; je regrette d'être plus versé dans les chapitre, qu'on permît aux évêques de déaffaires de la cour que dans celles des Egli- fendre absolument aux réguliers la prédicases, et d'avoir beaucoup plus fréquenté la lion; c'était assez qu'ils les examinassent, société des princes et des grands, sur le corn- comme ils faisaient, avant de leur laisser la mandement de mes maîtres, que l'assemblée liberté de parler dans leurs propres églises ; des théologiens ; j'exprimerai cependant ce et il raconta qu'en France, des évêques, imque ma conscience me suggère, mais sans bus d'hérésie, avaient ainsi défendu à des ' prétendre imposer une règle de conduite, catholiques l'exercice de ce saint minisière. porté que je suis à me conformer plutôt aux 6. Le sixième abolissait l'exemption des bons avis des autres. Avant lout, louange chapitres : le cardinal assura, en l'npprouau souverain pontife et aux légats, dont la vant, qu'il ne connaissait pas de fléau plus sagesse et l'admirable célérité procèdent si nuisible que l'exemption ; qu'elle finissait
heureusement dans celte affaire.
(1) Les canons soumis en ce moment aux suffi ages des Pères leur avnienl élé proposés le o de septembre. Voyez les Actes du château Saint Ai ge, ceux de Paleotlo, et les lettres de l'arciievê |iie de Zara, ou sont aussi les suffrages que je reproduis en cet endroit de mon histoire.
par devenir un monstre véritable, réunissant une foule de membres sans chef. « II n'y a, dit-il, qu'une seule exemption juste et sainte de l'obéissance due à l'évêque, celle à laquelle celui-ci donne lieu par le crime
(I) Voyez une lettre de l'archevêque de Zara, du 15 septembre.
d'hérésie ; mais elle n'est que pour un temps. Quant à l'exemption perpétuelle, trois causes l'ont produite : la première, spécialement pour la France, a été l'avarice d'un • anti-pape, Clément VII, créé à l'époque du schisme, et rayé du catalogue des papes ( ce qui faisait qu'il en parlait si librement). Clément VII et son successeur, schismatique lui-même, ont, en effet, vendu ces sortes de faveurs. La deuxième a été la négligence de plusieurs évêques, et même leur avidité : pour une somme qu'ils recevaient, en compensation de leur assentiment coupable.
Pour la troisième cause, on peut bien dire qu'elle vient de ce qu'autrefois les chanoines, en France, moines pour la plupart, avaient un supérieur particulier, que les séculiers exempts n'ont pas : or, le pape étant trop éloigné pour en prendre soin lui-même, on les a négligés ; d'où l'exemption des séculiers. Donner cette raison, que l'immunité des chapitres remonte aleur fondation même, puisqu'au temps de la fondation les chanoines étaient pour la plupart des religieux soumis à leurs abbés respectifs, est une pure frivolité qui ne doit pas empêcher leur abolition ; et cette autre raison, que la jouissance de leurs immunités est immémoriale, est plus frivole encore ; un ancien abus ne peut l'emporter sur une bonne coutume qui l'a précédé. De trois choses l'une, ou il faut étendre à tous les chapitres l'exemption, ou l'ôter à tous, ou observer envers tous le droit commun. Peut-on encore proléger l'exemption sous prétexte qu'elle appuie l'autorité pontificale? Une semblable raison ne vaut rien ; cette autorité n'est point corroborée par ce qui donne l'impunité aux désordres. Je veux bien que les évêques ne puissent rien sans les chapitres, dans l'élection de nouveaux chanoines, le droit le demande; mais je n'approuve pas ce qu'on voit alors , l'incorporation de personnes viles et incapables. »
7. Il suggéra, relativement au neuvième chapitre, qui traitait la question des pénitences, de s'en rapporter au pape pour le placement de pénitenciers qui, dans chaque province, imposeraient les pénitences publiques, en suivant les décrets préalables des conciles provinciaux.
8. Il ne goûta point le dix-neuvième chapitre , qui réglait les provisions de bénéfices à charge d'âmes, et il improuva surtout le dessein qu'on y formait de les distribuer par concours. « Je crains, dit-il, que celte méthode n'introduise dans le clergé des brigues et des prétentions , et il me semble plus utile de publier d'abord un édit adressé à tous, pour qu'ils aient à proposer ceux qu'ils jugeront dignes , puis d'examiner les personnes, afin d'en reconnaître la capacité : cest là le changement que je voudrais voir en ce chapitre, quoique pourtant la condition que j'exige, de faireun choix entre les examinés, ne favorise point le temporel de l'Eglise de France, et principalement le mien. » Ce prélat distribuait par an ucut-être deux mille bénéfices.
9. A propos de ces bénéfices ayant charge d'âmes, Soave dit qu'il y eut beaucoup de contestations ; que les évêques en voulurent' recouvrer la disposition, malgré le dommage» que la cour de Rome en recevait; que le cardinal Simonetta s'efforça de trouver un tempérament qui satisfît les évêques , et conservât cependant le privilège actuel du saint- père; qu'il proposa de décréter, en faveur des premiers, sous une apparence de concours, la faculté de conférer à volonté les bénéfices , et en faveur du souverain pontife , la perception du revenu de ses bulles. Tel est son récit. Il faut savoir premièrement que les évêques , et en particulier ceux d'Espagne, firent entre autres demandes , dans les trois convocations du concile, les deux suivantes, qui tendaient à rétablir leur ancienne juridiction : que les chapitres exempts , perdant leur exemption , fussent replacés sous l'autorité épiscopale; que les bénéfices avec charge d'âmes fussent conférés par l'ordinaire, tous les mois de l'année. Mais l'une et l'autre demande était, de l'aveu de tous, nuisible au saint-siége : la première diminuait le nombre de ses sujets immédiats , qu'une longue expérience rend si recommandables , comme étant , envers tout supérieur, les plus dévoués et les plus fidèles des sujets ; la seconde le privait de la distribution d'une foule de bénéfices dans les différentes parties du monde chrétien ; et certes, on devait à bon droit regretter celle faculté , puisqu'elle est l'un des deux mobiles qui soutiennent le respect dû aux princes. La cour de Rome, essuyant d'ailleurs deux semblables pertes, ne voyait en échange d'un acquiescement à ces demandes, aucune compensation réelle pour l'utilité de l'Eglise. En outre, elle avait reconnu que l'exemption des chapitres était pour les évêques un frein assez puissant, | capable de les éloigner des prévarications en | matière de foi, et même dans le gouvernement de leurs diocèses; elle savait que les I évêques pouvaient, il est vrai, donner les bénéGces avec une plus grande connaissance! des mérites ; mais elle prétendait que le souverain pontife l'obtenait lui-même de di-l verses manières , et principalement quand il conférait ces bénéfices à des personnes qui [ venaient le trouver; que les évêques étaient! quelquefois guidés par des motifs de crainte,! d'espérance et par d'autres encore, tandisl que le souverain ponlife , par la grandeur! de sa dignité ou par son éloignement, les| excluait.
10. Plus je considère, plus je découvre,! sur le premier point, combien les souverainsj pontifes se sont montrés éloignés de l'opiniâtreté que Soave leur prête, ayant pouil ainsi dire engagé le concile à prononcer Isi révocation de plusieurs exemptions. Le pap(| Paul III avait, à l'égard de celle-ci, averti simplement ses légats de ne pas opérer url changement si notable, sans avoir préalaf blement et mûrement délibéré (1), et sanf
(I) Livre IX, chap. 10, n° 6.
avoir examiné , au poids de la justice , les raisons des chapitres qui avaient pour eux une jouissance aussi reculée et si solidement établie; puis il avait ajouté que le concile serait libre , après ces précautions , d'en délibérer à son gré. Jules III penchait pour le même avis, dans une lettre qu'il écrivit (1) au cardinal Crescenzi , son légat. François Palombara, héritier du cardinal , non moins illustre par sa noblesse que par ses mérites, a eu la bonté de me communiquer celte lettre et plusieurs autres pièces originales, et d'autant plus volontiers, qu'Etienne Pignalelli , son parent, tient la première place entre mes amis les plus chers. Après Jules III, la facilité du pape a été plus grande encore. Pic IV a laissé l'assemblée entièrement libre.