‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 133 sur 373 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Comment on s'y prit pour former promplement les décrets, et à la satisfaction de tous. — L'Empereur et le roi des Romains veulent la conclusion du concile, même malgré l'opposition des Espagnols. — Quels conseils Delfini donna au cardinal Morone, et celui-oî au saint-père. Notes de V Empereur sur les derniers décrets. — Son opinion sur la réforme des princes. — Départ de du Ferrier. — Alarmes, à Trente, au sujet de certains arrangements pris par le pape et le cardinal de Lorraine.

1. Le langage des Pères qui voulaient certains changements dans l'exemplaire des

tinua-t-il, ils auront été surpris par les menées de quelques Pères qui, par prières, par promesses, ou même par menaces ont capté les suffrages ( et il nommait parmi les évêques séduits, l'archevêque d'Otrante,Verallo, Saint Félix et Sforce) : c'est pourquoi j'exigerai un remède à ce désordre , cela seulement qui a été prononcé dans les assemblées peut être dicté par l'Esprit-Saint, et avoir autorité absolue; tout le reste, fait en particulier, est l'ouvrage de l'homme, et ne peut avoir qu'une autorité humaine et bornée. Je veux donc en écrire au pape, de qui j'attends la solution de ces difficultés ; et en attendant, je défends aux évêques sujets du roi mon maître, d'assister dans les assemblées; il ne sera pas dit qu'ils auront préjudicié à la liberté du concile. »

3. A cette invective les légats répondirent gravement que la liberté de changer d'avis était toujours permise tant que les décretsi n'étaient point définitivement arrêtés en ses-l sion : « Quant à ce que vous supposez , luil dirent-ils, que quelques Pères ont fait cl :| menées, nous l'ignorons. L'accusation nouai paraît déraisonnable, étrange, puisqu'on n'ai

(1) Acies de Paleotio; lettre de l'archevêque ihl Zara, du 14 octobre 1563. f

(2) Deux lettres des légats au cardinal Burromée{| l'une du 21, l'autre du 25 octobre 1565.

tr.ilé de toutes cnoses que sous la forme de conférence : de tels moyens ont été inventés à plaisir, pour calomnier, ou au moins forgés par la méprise. » Les légats prièrent ensuite le comte de vouloir bien découvrir ces meneurs, leurs complices, les principales circonstances de la fraude, pour les guider dans leurs recherches ; car ils allaient essayer de le satisfaire ; ou bien , s'ii l'aimait mieux, ils allaient fulminer, dans l'assemblée des Pères, contre de pareilles menées, fort incroyables au reste; enjoindre de s'en abstenir, et décréter la peine canonique pour punir la première faute de ce genre. Ils le supplièrent de ne pas conclure aussi légèrement du changement d'opinion à la vérité de cette calomnie , lui rappelèrent que souvent un discours étranger occasionne ces changements de résolutions ; que le temps qui change l'homme change surtout ses opinions ; et pour preuve, ils donnèrent l'exemple du cardinal de Lorraine, qui, éloigné de tromper, avait toutefois écrit dans un sens différent de son discours : ce qu'on n'oserait jamais attribuer aux promesses, non plus qu'aux menaces. Enfin, pour frapper de nullité par la douceur la défense du comte, faite aux prélats espagnols, ils dirent à ce ministre qu'ils ne l'auraient jamais attendue de sa piété et de sa prudence; parce qu'étant si zélé pour la liberté du concile, il la violait de cette manière.

k. Les légats recevaient donc de l'ambassadeur d'Espagne chagrins sur chagrins. Mais les sentiments contraires de Ferdinand leur causèrent en échange beaucoup de joie. Une lettre de ce prince leur arriva le 10 (1), le surlendemain de la délibération dont on a parlé après la requête des différents orateurs, et faillit les faire repentir alors d'avoir différé les articles qui restaient. Le nonce Delfini avait déjà prévenu Morone (2) qu'il avait sondé l'Empereur et le roi des Romains ; ju'il s'était ouvert à Leurs Majestés avec tant l'efGcace, sans doute assisté d'en haut, qu'il •es avait laissés dans le désir de voir le couple s'achever, malgré même les Espagnols, •i les Espagnols s'opiniâlraient toujours ; et )elfini priait ensuite le premier légat de se lâler d'en venir à la conclusion du concile, e ne point passer le 11 novembre, terme de *a session prorogée, de peur qu'en retardant ncore, il ne survint des révolutions dans les ffaires et les esprits ; ce qui était possible. 1 lui assura que les Espagnols n'étaient uère influents sur l'Empereur, et que ce rince leur tairait assurément sa déterminaon présente; qu'il ne tenait qu'aux présients d'achever les choses avec les autres ations, sans le concours des Espagnols; auuel cas ceux-ci chercheraient ailleurs le eu de leurs assemblées, et que si les présients se défiaient pour cet acte de l'amitié du

(1) Leur»; des légats au cardinal Borroméfi. du 10 tobre 1563.

- I.ellrcs de Delfini à Morone, du 4 et du t>, contuées par une auire du même au même, du II ocbre, selon les mémoires tic Morone.

pape et de l'Empereur, tout en croyant à des songes, à des fables inventées là-dessus par d'autres, ils blesseraient, à n'en point douter, le prince, et lui feraient prendre des résolutions contraires.

5. Bientôt nous exposerons le motif pour lequel Ferdinand et Maximilien désiraient tant de voir la fin du concile. Delfini disait encore que l'Empereur laisserait bien faire des décrets touchant les immunités de l'Eglise , puisqu'on avait déjà soulevé ces questions , mais que jamais on ne le verrait consentir au chapitre des rois; qu'au reste , en toute autre matière , ni lui , ni le roi son fils , ne se sépareraient du pape et de l'amitié jurée par eux au sainl-siége.^

6. A peine Morone avait reçu ces lettres du nonce, que l'Empereur lui-même en écrivait une pour répondre à celle qu'il lui avait fait tenir par Delfini (1). L'empereur y remerciait Morone de ce qu'il avait, de concert avec le pape , si généreusement pris les intérêts du roi son fils : «J'aime, lui disaitil, à reconnaître en cela vos bienveillantes intentions, de même qu'il n'y a pas longtemps je reconnaissais déjà celles du saintpère. » Morone avait précédemment promis à l'Empereur de ne laisser rien statuer sur le pouvoir des rois qui ne fût déjà dans les anciens ennons ou dans les lois de l'Empire. Il lui avait certifié que le but du concile n'était autre que d'abolir les constitutions par lesquelles les rois entravaient la résidence des évéques. L'Empereur l'en remerciait encore dans celle lettre , puis il disait , à propos de ces constitutions, que peu de choses le touchaient, et que. surtout cela s'adressait au saint-empire et aux autres princes. Il ajoutait qu'il allait s'appliquer à rendre réponse incessamment au concile sur les points de réforme indiqués , et qu'il s'efforcerait de lui procurer la satisfaction convenable. Il priait Morone de croire que ce qu'il disait n'était point de sa part une réponse évasive, ou pour occasionner des longueurs ; mais que bien réellement il faisait tous ses efforts pour conduire heureusement et promplemcnt le concile à son terme ; qu'i ne prétendait point s'inscrire contre la réforme ou la repousser, donner le mauvais exemple aux rois , contrarier la résidence épiscopale , ni révoquer les décrets déjà portés ; qu'il voulait seulement le temps de réfléchir mûrement à une chose si grave, si universelle. «Considérez, disait-il encore , si je puis raisonnablement vous promettre ce que je ne suis moralement pas sûr de pouvoir observer; cela même est-il avantageux?» L'Empereur terminait en assurant que, si le décret n'avait atteint que son seul patrimoine , il n'aurait pas laissé au concile, au pape, à tout l'ordre du clergé, à désirer si justement de sa promptitude.

7. Le courrier, porteur de celle lettre, en remit aussi une de Ferdinand à ses orateurs (2j. Ceux-ci lui avaient envoyé la

(i) De Passaw, le 2 octobre IoG3.

(2) Do Passaw, le Z octobre.

IllSTOIttE DU CONCILE DE TRENTE.

troisième formule du décret , telle qu'on l'avait corrigée. L'Empereur en faisait, dans sa lettre , la comparaison avec la deuxième, et il portait sur elle un jugement très-sain et très-exact. Il examinait, au poids d'une juste balance, les corrections, les altérations, les omissions et les plus légères additions : toutes les observations qu'il faisait décelaient une pénétration si grande , qu'on n'aurait, en un mot, rien espéré de plus d'un légat très-babile et très-diligent. Transporté d'admiration , j'avoue à mes lecteurs que j'ai été sur le point de citer en entier celte lettre du prince , pour faire voir combien , en matière de religion, son âme pieuse jugeait tout important, tout assez sublime, pour occuper sa pensée , tout assez grand pour la grandeur de son rang. L'éloge que j'ai fait de ce prince en tant d'endroits de mon ouvrage m'a retenu; je sais, d'ailleurs, que les détails du caractère des grands piquent la curiosité quand on sait en être avare , mais qu'on les néglige aussitôt qu'ils sont prodigués.

^8. C'est après la dictée de ces lettres que Ferdinand connut la protestation de l'orateur français. Il la détesta en elle-même, et cependant il ne put s'empêcher de la voir, en quelque sorte, complaisamment , en ce qu'elle prouvait la vérité de ses prédictions, touchant la résistance des rois à la réforme qu'on leur préparait, et en ce qu'elle faisait indirectement l'éloge de ses demandes si modérées.

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