‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 135 sur 373 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Réponse de l'Empereur à la lettre du comte de Lune, touchant la clause Proponentibus legatis. — Véritables sentiments de ce prince à l'égard du concile. — Question difficile des mariages clandestins. — Pétition de plusieurs évégues, pour la diminution de leurs sujétions auprès des archevégues.

1. A peine une semaine s'était écoulée , depuis que Morone avait écrit au saint-père,

f>our l'instruire des conseils de Delfini, que 'Empereur envoyait à Trente des lettres , qui petit à petit dissipèrent les obstacles du comte, et unirent par délivrer entièrement les légats des entraves suscitées au décret des rois (1). Mais Soave, dont le talent , d'ailleurs , s'exerce principalement à détourner le sens des choses , prétend que l'Empereur n'a été que complaisant envers le roi des Romains, son fils, touchant l'achèvement du concile, en disant gu'il était bon d'en finir ; gue le concile ne faisait plus rien; et gu'il n'y avait pas d'espérance qu'il pût être utile désormais. Comme ces paroles sont vraies en un sens, et comme, au sens deSoave , elles sont fausses , je rapporterai la lettre de 1 Empereur, en son entier, purement et simplement, telle, en un mot, que ce prince l'a écrite. On en saisira la véritable pensée sur ce point. Mais auparavant, je rappellerai à l'espril de mes lecteurs certaines choses qu'ils ont pu remarquer dans le cours du récit , et j'ajouterai quelques remarques nouvelles.

2. D'abord chacun est disposé à se faire illusion au sujet de ses droits , et prend

(1) Lettre de l'Empereur nu comte de Lune el à tes orateurs; iassaw, le 12 octobre.

tout naturellement les intérêts de sa nation: or Ferdinand, comme empereur , comme Germain, s'était laissé conduire à la légère, par ceux qui l'entouraient , à penser que

l'autorité pontificale, au concile", dominait trop sur celle de l'Empereur , celle des ecclésiastiques sur celle des séculiers; et enfin les évêques italiens sur ceux d'au delà des Monts.

3. L'Empereur ensuite, etles Français aussi, avaient en premier lieu demandé lé concile, non point pour relever la grandeur de la discipline, mais pour ramener à l'unité perdue les hérétiques , et calmer les déchirements de la guerre intestine. L'Empereur s'était flatté d'obtenir ces effets en faisant accorder aux dissidents l'usage universel du calice, le mariage des prêtres, quelques autres relaxations de la sévérité ecclésiastique , et la diminution de certaines prérogatives enviées par les protestants à la cour de Rome; mais ayant reconnu que le concile ne plierait pas, il en rejetait la faute sur la puissance trop marquée qu'y avaient les ecclésiastiques et les Italiens. Il jugeait qu'ils n'avaient point à cœur, comme les princes laïques , ni généralement comme les ultramontains , de rendre à la paix les contrées si triste-, ment divisées par la discorde. Cela, au res-, te, ne faisait que le confirmer dans la per suasion où il était, qu'une multitude pareil le à celle des Pères au concile est, com me le dit un historien (1), à l'instar de 1 loi, sourde, inexorable : c'est pourquoi, avait résolu , dans ses derniers conseils Vienne, et après une délibération solennell et mûre , de s'adresser, pour de semblable • demandes, au pape lui-même. Puis, il lut était venu en pensée que le pape aurai scrupub" de permettre, le concile existan. ce à quoi l'esprit des Pères était fortemen opposé, et qu'il craindrait d'encourir ouver tement le blâme et la censure de cette véné rable assemblée. Voulant donc préveni toute objection du saint-père , l'Empereu pressait lachèvement du concile : et la sui te justifia ces précautions.

». De plus, l'Empereur avait reconnu qu le concile était un moyen peu efficace d ramener les hérétiques, et que c'était plulô un véritable excitateur de leur soulèvement Il était fondé à croire ainsi , sur ce qu'i avait vu l'année dernière à la diète de Franc fort (2j: les protestants y avaient paru trans portés de rage contre le concile précisémen assemblé pour les foudroyer par l'anathè me : et ils avaient menacé les évêques d l'Empire d'user de représailles, c est-à-dir de faire peser sur eux une horrible ven geance, si malheureusement ils y allaier concourir. Je ferai observer ici que c'e cette raison, sans doute , qui empêcha h évêques allemands d'assister au concile, nu me par procuration, si on excepte quel ques-uns. A la diète, les protestants avaiei

(i) Tite-Live.

(2) Longue lettre du nonce Delfini au cardinal 1 roiuéo, du 11 décembre 15t>2 ; Francfort.

lancé même des paroles alarmantes pour l'Empereur; tellement que ce prince en était à douter , si, pour se défendre contre les catholiques, tous les protestants ne s'étaient point réunis par une ligue formidable , qui

chargeant de l'affaire, pourrait produire aus sitôt sa demande. Ainsi, la liberté n'était point ôtée aux Pères, chacun était libre de parler, ou par lui-même, ou par l'intermédiaire d'un autre. Le roi d'Espagne note une

comptait non-seulement toutes les sectes de seconde obligation, qui est de conférer préa

l'Allemagne, mais encore le redoutable prin ce de Condé et ses huguenots de France.

5. Le nouveau décret, mis en question contre les lois, faisait encore craindre à l'Empereur quelque fâcheux remuement dans ses Etats, soit impériaux, soit patrimoniaux : et toutefois les Pères étaient acharnés à en poursuivre la sanction ; et il ne savait comment leur arracher ce vouloir, autrement qu'en sonnant la retraite, en faisant achever le concile : car, ou il permettrait cette correction sévère de son pouvoir, et la ferait admettre dans son Empire, même au risque d'y allumer l'incendie ; ou il romprait avec le pape, avec tout l'ordre du clergé, en la refusant, chose qu'il redoutait : c'est pourquoi il la voulait renverser, en pressant la fin du concile.

6. L'Empereur enfin considéraitque, dans les réformes qu'on hâtait sur les ecclésiasli- quel triomphe aux ennemis de notre cause 1 ques, on répondrait à tous les besoins, près- le pape d'une part, l'Empereur de l'autre, que à tout ce qu'il avait demandé ou se pro- les rois d'Espagne, de France, de Portugal, posait de demander, sans que l'on dût pro- tous plongés dans la discorde 1 Nous le répélonger davantage les sessions, ce que nous tons, quel infernal triomphe 1

Terrons bientôt. 8. « Vous nous disiez que si votre propo-

Ccs remarques, remémorées pour jeter du silion eût été faite en pleine assemblée, le

jour, produiront avec fidélité la lettre pro- plus grand nombre l'eût rejetée peut-être :

mise de l'Empereur au comte. d'où nous concluons que votre protestation

7. Le commencement de la lettre renfer- devra subir le même sort, puisque ce n'est

lablement avec les légats sur le sujet de la proposition. Cetteobligation ne nuit pas plus à la liberté, au plus met-elle dans le besoin de recevoir d'eux quelque conseil; mais il serait expédient d'en entendre souvent de personnes moins habiles. Nous ne disons point tout cela, noble comte, en vue de vous amener aux mêmes sentiments que nous; notre neveu ne l'agréerait pas; mais c'est pour montrer combien nous aurons de peine à renoncer à des arrangements pris pour nous seuls et que nous affectionnons ; arrangements qui n'attaquent pas, au reste, les prérogatives des autres souverains. Sachez donc, il faut vous le dire, que si par malheur nos envoyés s'adjoignent à vous pour protester, les légats peuvent très-bien prendre sur-le-champ la fuite, et alors quelle fin funeste, quelles funérailles pour le concile 1

aaait, sous les expressions les plus cordiales, ie vives démonstrations de cette amitié, de ;et attachement que l'Empereur avait lou-

pas seulement devant les présidents qu'elle sera faile, mais en présence de lous les Pères. Nous ne voyons pas, en effet, pourquo»

ours eu pour le roi d'Espagne son neveu ; ceux-ci en pareil cas garderaient le silence,

)uis, l'Empereur, parlant aussitôt de l'objet Mincipal, disait à l'orateur que sa requête ivait soulevé en lui une foule de difficultés, u il détestait de semblables protestations, ont jusqu'à présent il n'avait vu, pour tout ésultat, que le scandale et nul profit; que

pourquoi ils seraient empêchés d'inscrire le trop fameux décret dans leurs a; tes. Mais c'est à vous de juger ce que vaudrait un tel refus , car les Pères tiennent déjà pour maxime que les rois ne sont rien dans les délibérations du concile, et que l'autorité

îs circonstances qui les avaiept îiccompa- des jugements se concentre en eux seuls. Il

nées, ou plutôt le mauvais usage qu'on en nous semble, ayant lu attentivement les der-

•vait fait, lui en rendaient à jamais le nom nières paroles de la lettre royale, avoir re-

*iême haïssable; qu'il avait, pour cette rai- marque que l'on redoute beaucoup cet inci-

in, ordonné à ses orateurs, en défendant dent, et que l'on désire pour cela la prudence

•s droits contre le décret des princes, de dans les moyens.

loisir un moyen moins dur. « Le roi Phi- 9. « Quand même encore tous ces motifs

ppe, lui disait-il, ne nous prie pas dans sa n'existeraient pas pour nous , à chaque in-

Ure, nous et nos envoyés, de protester; il stant il en naît d'autres. On ne peut point

délibérer sur la clause du premier décret sans examen préalable, sans maturité, sans longueur : or, tout cela contrarie les ordres que nous avons fait savoir à nos orateurs, de presser l'achèvement du concile. Avonsnous pris cette résolution dans le but de plaire au souverain pontife? Non : quoique pourtant nous sentions le devoir de lui plaire et que nous le voulions en tout ce qui sera « autre? Ce parti note rien à la liberté des convenable. Nous l'avons prise pour des rai- Ires, et une convention de prince ne peut sons qu'il n'est pas à propos de jeter légère- 1 blesser quoi qu'il dise. Un prélat, d'ail- ment sur un papier: en voici, toutefois, la jirs, qui voudrait proposer une question principale, c'est que le concile, dût-il durer •portante, en fût-il empêché par la défense cent ans, s'il procède comme il a commencé «> légats, l'ambassadeur de sa nation» se de procéder, ne produira aucun résultat

; nous paraît pas bien instruit de ce qui îst passé à luspruck entre le cardinal Mo- >ne et nous. Si nous supposons que les arngements que nous prîmes en cette occa- >n n'ont pas eu lieu, et que l'affaire est enre dans le même état, pourquoi notre 'yal neveu accepterait-il, ainsi qu'il le dit «ns sa lettre, le parti que ces arrangements inferment, dans un temps plutôt que dans

heureux, ou du moins qu'un Irès-faiblc : tandis que des scandales, plus grands peutêtre que par le passé, sont en chance de surgir.

10. « Si l'on considère que le pape réclame à. grands cris cet achèvement; que la fatigue accable la plupart des Pères, et que beaucoup de ceux qui devraient assister au concile, n'y peuvent point comparaître, on s'étonne de voir que Votre Excellence et le roi votre maître ne consentiez pas, et que vous prétendiez, vous seuls, combattre la volonté de tous, assumer sur vos épaules tout l'énorme poids de cette grande œuvre. La fin du concile est imminente : quelle raison vous oblige de la retarder? L'obligation du concile n'est-elle pas remplie? Nous trouvons, pour nous, qu'il a satisfait à toutes nos demandes, passées et possibles. Quant à l'indemnité des conciles futurs, nous pensons que de longtemps il ne s'en tiendra un semblable, mais, au cas où nos prévisions ne se réaliseraient point, croyez-bien qu'aussitôt que ce concile jouirait de sa liberté et de sa prééminence, nous ne manquerions pas d'exiger la conclusion de ces questions et de tant d'autres encore.

11. « Nous avons pris conseil des savants; nous avons interrogé ces hommes, à qui rien du passé n'échappe, pour savoir comment autrefois les Pères, dans les conciles, les ambassadeurs et toute personne d'autorité usaient de cette faculté de proposer, et de leur voix consultative; et nous croyons que îaclause Proponentibus,\e{ée par accident, ne doit pas être une preuve, a contrario sensu, pour me servir de leurs expressions, du mauvais vouloir des légats, en vue de nuire aux droits de qui que ce soit. Au rapport même de Votre Excellence, les ambassadeurs de France, de Venise et un grand nombre de Pères ont pu donner leur avis dans le concile; et à l'appui de ce que nous disons, nous pouvons apporter une preuve, non pas écrite avec de l'encre délébile, mais une preuve encore vivante, c'est que si vous vouliez vous-même un éclaircissement, afin de proposer plus librement ensuite quelque question touchant l'article des rois, nous savons, de nos orateurs, qu'on vous l'accorderait encore.

12. « Le roi, quand il écrivit sa lettre, ne connaissait point l'état présent du concile, et il ne pouvait le deviner. D'ailleurs, les termes de la lettre même ne nous semblent pas tellement précis, qu'il ne laissent à la prudence du principal ministre la liberté d'agir. Enfin, nous le répétons encore, nous n'avons point développé ainsi notre pensée dans l'intention de vous entraîner à faire une chose désagréable au roi, mais seulement pour nous excuser de ne pouvoir vous satisfaire. Nous serons toutefois bien affligés, à cause de la tendresse que nous conservons pour notre neveu, s'il s'élève, entre Sa Sérénité et notre très-saint père, le moindre nuage de discorde. Les temps sont malheureux pour la grande famille des chrétiens; rien, selon nous, n'est plus nécessaire à sa

conservation que l'intime union entre les princes ; efforcez-vous donc de tendre vers ce but. Si, dans ce conflit, nous avions pu trouver quelque accommodement qui vous satisfît, les légats et vous, nous vous prions de ne point les mépriser. Souvenez-vous, du reste, que c'est moins l'affection pour les personnes, qui nous fait agir dans cette affaire, que l'intérêt que nous portons à l'affaire elle-même.

13. « Or, le premier moyen pour arranger les choses, serait d'obtenir, en termes explicites, que la clause ne dérogeât point aux droits, constitutions, usages des conciles, soit passés, soit futurs. Si les légats n'y veulent point condescendre, on peut employer la plus grande activité pour qu'ils veuillent au moins en omettre tout à fait cet article des séculiers, ou ne faire qu'une énuméralion discussive de tous les griefs qu'ils ont contre les princes; les avertir simplement, en vertu de la sainte obéissance, de se commander enfin à eux-mêmes, et de ne point violer, dans leurs Etats, les droits et immunités de l'Eglise. Toutes sortes de raisons peuveni convaincre 'es légats, entre autres, que ce n'est pas seulement l'Empereur qui s'indigne contre ce redouté chapitre, mais les Espagnols encore, et les Français; qu'il n'est pas prudent de les mépriser, d'aliéner contn l'Eglise l'esprit des plus puissants de ses enfants, au moins de provoquer leur colère celle surtout du roi d'Espagne, si fidèle à I; protéger dans ses Etats; que la fin du con cile approche; qu'il importe, dans un festin! de servir aux convives un dernier mets de sal veur agréable, et non une herbe amère; qu[ la résistance «Les laïques a un caractère d'él quilé et de justice; qu'il n'est poin' convef nable, en effet, les Pères s'attribuant à eu:| seuls le pouvoir de prononcer, qu'ils remj plissentles fonctions déjuges, en faveur d'uni partie, sans ouïr l'autre et sans prendre lel informations nécessaires. Mais si ce moyef ne plaît pas à Votre Excellence, nous voul conseillons de protester en particulier devanl les légats, plutôt qu'en public et devant touï les Pères. 11 est bon de tempérer ainsi pal la douceur de la conduite la rigueur de l'ae| tion. Si vous suivez quelqu'un de ces conl seils, nous voulons bien que nos envoyél vous soutiennent et vous offrent leur entrel mise. » Telle fut cette lettre de l'Empercul Le roi des Romains s'en était remis à elle ai| près du comte (1).

lk. Tout lecteur qui suivra attentivemetj les idées de cette lettre, et les unira aux rel marques que j'ai faites précédemment, veril avec évidence dans quel sens l'Empereur dl sait que le concile , dût-il continuer cent ail de celte manière, ne produirait plus ou pref que plus de fruit ; il verra que ce prince eil tendait parler de la conversion des héréll ques, de la réconciliation des esprits, et nel de l'amendement de la discipline, puisqur avouait que le concile l'avait amplement s«|

(I) Lettre du roi des Romains au comte de Lui] du \\ octobre 1505, ds Passaiv.

tisfait dans tout ce qu'il avait proposé ou se réservait de proposer. 11 ne verra pas moins clairement que l'Empereur attachait la plus haute importance à l'intime union des princes catholiques avec le chef de l'Eglise, pour le bien général de la chrétienté.

15. L'Empereur, ayant ainsi écrit à l'ambassadeur du roi d'Espagne, envoya à ses ministres, au concile, une copie de la lettre, les loua de leur circonspection et de s'èlre abstenus de protester.il leur ordonna de faire savoir aux légats ce qu'il avaitécrilau comte, mais seulement en ce qui ne pouvait pas les blesser, et de leur taire ces passages où il désapprouvait si hautement la conduite journalière du concile. Il leur enjoignit en même temps de travailler à la concorde, de poursuivre l'exécution du second expédient pro-

Or, comme on en était déjà venu trois fois aux avis, que chacun avait suffisamment molivé son opinion, et que la matière était assez débattue, les légats , pour trancher la superfluilé et les longueurs, unique source de l'ambiguïté et de la discorde entre les Pères, eurent recours à un commandement formel ; ils prescrivirent à tous de ne dire simplement , dans leurs avis , que cette parole, placet ou non placet. Ceci avait lieu le 26 et le 27 d'octobre (1). Mais, ni l'ordre ne fut entièrement observé, ni le résultat ne fut satisfaisant : la concorde ne se rétablit point ; et ce moyen abrégea au plus quelques questions.

18. Le décret, ainsi changé, plaisait même beaucoup moins à Madrucci qu'avant.

Le patriarche Elie trouva étrange que, en

posé au comte, même sans le concours de cet matière aussi grave, on ne dût répondre que

homme, c'est-à-dire, ou l'omission du chapi- par un placet. « Que les présidents nous di-

tre des rois, ou son adoucissement, afin que sent en toute conscience, dit ce prélat, si,

tous, Espagnols, Français et autres fussent lorsqu'il s'agit d'un dogme catholique, on

contents. peut s'expliquer avec un seul mot. » Mais.

16. Cependant les légats , ayant reçu du comme il ne voulait pas causer de relard à

pape (1) l'ordrede s'en leniràce qu'ilavait dit la session, par sa prolixité, il se réservait

dans sa lettre du mois de mai , qui était de d'y parler franchement et d'y exposer sa

laisser l'éclaircissement demandé aux déci- pensée : là rien ne le dominerait, ni égards

sions du concile , se gardaient bien d'outre- pour l'autorité, ni espérances, ni motif qucl-

passer cet ordre , malgré ce que Deltini leur conque, mais la toute-puissance de Dieu

avait écrit des mauvaises dispositions du comte à protester. Ils s'affermirent dans leur résolution, en apprenant ensuite (2) des orateurs de Ferdinand comment ce prince combattait l'opiniâtreté de l'orateur espagnol, et ils espérèrent qu'enfin il renoncerait à les entraver. Ils eurent en même temps la certitude que l'Empereur, comme le nonce le leur avait

seul, terrible sur les enfants des hommes ; elle seule le conduirait dans sa voie.

Le patriarche de Venise avec Verallo, fastagna et d'autres habiles décrétalisles furent aussi loin d'approuver le décret. Horace, évêquede Lésina, Grecde nation, passa outre dans ses protestations; il dit que non-seulement il ne donnerait pas sa voix en faveur du décret,

signifié, voulait réellement une fin aux déci- mais qu'il ne serait pas même présent à la

session, et ainsi que Pilate, qu'il s'en lavait

siuns et à la longueur du concile : leur principale occupation fut donc de ramener la concorde à laquelle s'opposait surtout l'article des mariages clandestins.

17. On avait sur ce point réformé un nouvel exemplaire de décret (3) : dans cet exemplaire on exigeait, comme aujourd'hui, pour la validité, la présence de deux personnes au moins et du curé, ou d'un autre prêtre délégué par lui ou par l'ordinaire; on avait même retranché celle clause, que tout mariage conl raclé par des enfants de famille sans le bon plaisir des parents serait nul. De son côté, le pape avait écrit (4) qu'il pensait, en tant que docteur privé, que l'Eglise avait Réellement ce pouvoir dont on disputait à Trente, et que les théologiens qu'il avait consultés à Rome le pensaient de même; et, malgré cela, les contradictions ne cessaient pas. Madrucci principalement faisait cnlen-

les mains.

19. L'archevêque de Grenade, au contraire, accueillit le décret avec ardeur; il assura qu'il était catholique, exact, nécessaire; que les contradictions n'étaient que des sophismes ; il nia même que les mariages clandestins eussent été jusqu'à ce jour de vrais et solides mariages; et toutefois, se contredisant un peu , il ne voulut point consentir tu rétablissement d'un canon antérieur, qui proclamait la même pensée que lui.

Gaspard de la Fosse, archevêque de Reggio, Zambeccaro, évêque de Sulmone, Foscarari de Modène, l'approuvèrent aussi en substance : mais l'un proposa une chosev l'autre une autre, en faveur des provinces privées de curés.

Leur difficulté fut levée par l'évêque

d'Onnse, François Blanc, espagnol : cet

dre'deTplafntcsi "iT voulait" des raisons qui évêque dit que 'le décret, comme il était

plussent à la conscience : tout ce qu'on avait proposé jusqu'alors ne satisfaisait point.

(1) Lettre des légats au cardinal Borromée, du 16 octobre.

(2) Lettre des légats au cardinal Rorromée, du 18 octobre 1503.

(3) Le 13 octobre, au rapport des actes du Château, (i) Lettre des levais au cardinal Borromée, du 21

octobre. Aclei de Paleotlo.

conçu, n'obligerait qu'après la publication faite dans la paroisse , et par conséquent que ces provinces, privées de curés, ne seraient point aussitôt comprises dans le décret.

Antoine de Saint-Michel , mineur observantin, et évêque de Monte-Marano, lut en

(1) Lettre du 27 octobre 1503. Actes du Château et d« Paleollo, des 26 et 27 octobr*.

public une lettre de Clément Dolera , de son ordre , cardinal au titre d'Arca cœli, et donl il a été fait mention dans les promotions de Paul IV, comme d'un homme célèbre par sa science profonde : celte lettre faisait connaître qu'on avait aussi à Rome examiné la matière, et qu'en dernier lieu on avait décidé que l'Eglise pouvait, qu'il lui était mémo honorable d'abolir ces mariages. Or, chacun ayant exprimé brièvement son opinion, comme nous l'avons raconté, les défenseurs des deux partis voulurent, le 26 octobre, fêle de saint Evariste, honorer ce grand saint dont les paroles sur ce point sont diversement interprétées , en lui recommandant leurs nouveaux suffrages (1).

20. Leur différence des précédents fut reconnue légère ; plus des deux tiers applaudirent au décret, moins de soixante le rejetèrent ; quelques-uns conseillèrent de s'en rapporter au pape, afin, par là, de terminer les différends; mais, le pape, voyant ze désaccord durer, fit tenir au concile un petit traité sur ce sujet, écrit par ses théologiens, pour être remis aux Pères (2).

21. Outre l'article des mariages clandestins, il y en avait d'autres encore qui nuisaient à la concorde , touchant plusieurs points de la réforme; ainsi qu'en celui-ci les Pères y étaient partagés ; les uns soutenaient la cause, et les autres la combattaient (3). L'article des prérogatives des archevêques sur les évéques était de ce nombre. Quarante évêques au moins présentèrent aux légats une pétition signée de leur main ; ils demandaient qu'on abolît l'usage très-injuste pour les suffragants daller eux-mêmes , ou d'envoyer un procureur à la métropole, an-

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