CHAPITRE VI
Arrangement pris entre le pape et le cardinal de Lorraine. >— Bref pour terminer les difi férends touchant la clause Proponenlibus; comment ils se terminèrent. — Autres contestations du comte de Lune sur les premières instances. — Sentence du pape contre plusieurs évêques français; son dessein de procéder contre la reine de Navarre : Opposition de la part des légats. — Le pape veut la conclusion du concile. — Le cardinal de Lorraine , en revenant à Trente, passe par Venise où il négocie avec les orateurs de sa nation. — Ruses de ceux-ci pour défendre leur protestation et empêcher que le roi de France ne les renvoie, ou d'autres orateurs, au concile. — Retour du cardinal à Trente. — Le roi d'Espagne répond à une lettre des légats, et à une plainte faite par le nonce apostolique, au nom du pape, contre ses ministres au concile.
1. Les légats se trouvaient dans une grande perplexité au sujet de la session (1), désirant ardemment d'en rapprocher le terme , et n'osant cependant le faire , en l'absence du cardinal de Lorraine, quand un courrier de Rome leur donna l'ordre positif de l'attendre. Le pape leur fit donner aussi un sommaire de ce qui s'était passé entre ce cardinal et lui.
2. Le pape avait accordé pleine satisfaction au cardinal : on peut s'en convaincre par des lettres que celui-ci écrivit en France, dans lesquelles il exalta en termes magnifiques l'excellente intention qu'il avait trouvée auprès du saint-père touchant la réforme, et ne craignit pas de condamner la protestation,
nuellement, vers la seconde fête de Pâques, en disant qu'il l'eût empêchée, s'il avait été pour être plus ou moins maltraités des ar- présent. Soave lui-même cite ces paroles. Le chevêques ou de leurs vicaires ; ils priaient 20 octobre, jour où le cardinal de Lorraine les légats, pour qu'au moins cette obligation sortit de Rome, le saint-père écrivit encore n'eût de vigueur que dans les moments d'un une fort longue lettre (2), dans laquelle il dit concile provincial ; et pour se piquer de jus- que le cardinal n'avait point trompé son attice envers leurs inférieurs, ils remettaient celte peine à leurs archiprétres ou curés, obligés de la prendre vis-à-vis des cathédrales, excepté à l'approche des synodes diocésains, et dans tel autre cas déterminé par l'évêque; car, selon eux, cette coutume tirait son origine des synodes : ceux-ci auraient été négligés, mais la coutume était restée. Mais les légats ne prononcèrent pas eux-mêmes sur ce sujet : ils choisirent deux évêques et deux archevêques pour trouver un accommodement agréable ; ils voulurent que de cette manière on agît avec douceur, eux, d'une manière prompte, avantageuse et
tente dans l'opinion qu'il avait eue de lui auparavant, et qu'il s'était fait voir à ses yeux plus grand encore ; que la haute estime de ce prélat pour la vigueur et la diligence des présidents ne l'avait point surpris non plus. Et le pape fit ensuite connaître aux légats qu'il voulait que le cardinal fût traité par eux à son retour comme un autre collègue ; qu'il honorait d'une grande confiance le cardinal Madrucci ; que le cardinal de Lorraine arriverait dans peu à Trente, brûlant du désir de terminer le concile avec]
sachant que, dans un sénat , rien ne nuit plus à l'union des membres que cet esprit dans lequel on s'envisage comme adversaires l'un de l'autre.
(1) Actes de l'évêque de Salamanque et de Paleotto.
(2) Lettre des légats î»u cardinal Borromée, du novembre 1563.
(3) Lettre des légats, du 21 octobre.
glorieuse à la fois. Or, afin que ce travail fût accompli avec moins de peine et à la satisfaction des Pères, le pape faisait suivre ces significations de diverses commissions, quc| je rapporte :
3. SI désirait que l'on fût unanime dan | l'affaire des mariages clandestins, ou, dan
(1) Leiire au cardinal Borromée aux légats, des| 20 et 2J octobre, et réponse des légats le 25.
(2) Voyez les archives du Vatican, et les écrits des Borglx^"
le cas de partage, que l'on s'en tint à la pluralité.
La concession faite aux évoques de dispenser et d'absoudre en matières matrimoniales, ou autres cas, lui faisait plaisir, pourvu que de semblables cas fussent occultes et non dé férés au for contentieux.
11 n'était pas fâché non plus que l'on son geât à réformer les cardinaux, en proportion du clergé inférieur et pour l'édification de l'Eglise, espérant que les Pères en cela ne voudraient rien que de raisonnable ;
Que l'on formulât un décret sur les légats a latere, pour leur ôter le pouvoir qu'ils avaient de conférer les bénéfices vacants pendant les mois concédés aux évêques.
Il laissait au jugement du concile la faculté de restreindre, ou même d'abolir entièrement les expectatives, ou provisions du premier bénéfice vacant dans un diocèse; les mandats, ou commissions données aux évêques de pourvoir telle personne d'un bénéfice vacant durant les mois de leur autorité ; les réservations au pape de bénéfices particuliers, et autres usages de cette nature.
Il abandonnait au ressort des ordinaires les premières instances, excepté certaines causes majeures, ou certaines autres de personnes de haut rang ; et encore le chargeait-il d'en examiner les témoignages
motif; mais les légats crurent y découvrir une intention cachée : ils crurent que le cardinal craignait que les décrets, par une simple lecture, ne fussent supposés valides, et par conséquent, les assemblées qui les avaient formés (car, les Français n'avaient point voulu souscrire à celle de Jules III); tandis qu'en les revoyant après, dans une congrégation générale, on aurait semblé en faire un nouvel examen ; et ces décrets, approuvés ensuite, seraient devenus décrets de l'assemblée présente, dont ils auraient tiré leur valeur, supposé qu'ils n'en eussent pas eu auparavant.
La seconde, c'est que le cardinal avait promis d'amener tous les ambassadeurs à souscrire : or, les légats y voyaient une foule de difficultés, et ne fût-ce que la grande question dont nous avons parlé, elle suffisait pour les établir.
Pour obvier à celle-ci, néanmoins, les légats résolurent de faire signer chaque ambassadeur, d'après l'ordre de leur arrivée au concile, ainsi qu'on faisait déjà pour lire les lettres et ordonnances dans les sessions; cet ordre fut aussi observé à la fin du concile dans l'énuméralion imprimée des orateurs (1).
5. Cependant, dans la crainte que la déclaration réclamée avec instance parle comte
11 voulait de plus que l'on passât en revue deLunene devînt une pierre d'achoppement,
â la fin du concile tous les décrets formés de son temps et du temps de Jules III et de Paul IIF, ses prédécesseurs, assurant qu'il les confirmerait de son approbation ;
Puis, sur le conseil du cardinal de Lorraine, il commandait aux légats de témoigner à chaque prélat espagnol, en particulier, sa satisfaction pour la bonne conduite qu'ils avaient tenue en général, pour le zèle qu'ils avaient montré, et de les assurer de sa bienveillance quand ils viendraient à Rome.
Il fit signifier la même chose à l'évêque de Modène et à d'autres Italiens qui avaient craint une disgrâce pour avoir osé résister au décret de la résidence.
Enfin il fit prier l'archevêque d'Olranle et l'évêque de Parme, de vouloir bien coopérer avec leur zèle accoutumé à l'œuvre sainte de cet achèvement qu'il venait de prescrire. Peut-être le pape avait-il en vue de modérer par ces paroles la grande ardeur que ces prélats mettaient à combattre les ultramontains.
Cette lettre du pape fut envoyée le 21 octobre (1) : le cardinal Borromée en envoya pareillement une aux légats pour la leur expliquer brièvement, et satisfaire au mémoire
on pensait, à Rome, que le parti le plus sûr et le plus court était que le pape fît lui-même cette déclaration, selon le conseil de l'ambassadeur portugais. A cette fin, on proposait différentes formules qui toutes revenaient, en dernière analyse, à celle que l'Empereur avait d'abord imaginée, savoir, à déclarer que, par les paroles en cfueslion, on n'avait point prétendu conférer ou ôter à qui que ce fût le droit de demander, de dire ou de faire (on évitait de se servir, en aucun endroit, du mot proposer) aucune des choses qu'il était autorisé à demander, à dire ou à faire, d'après les ronoiles et les canons anciens. Le pape fit dresser (2), en ce sens, six formules de brefs qu'il adressa aux légats, afin qu'ils choisissent, à leur gré, celle qui leur paraîtrait la plus convenable. Ceux-ci, persuadés qu'en une matière aussi délicate il était plus expédient de s'exprimer en peu de mots, préférèrent, pour celle raison, la formule la plus concise (3), et, par l'entremise de l'ambassadeur portugais, homme discret et toujours ami de la concorde, ils la communiquèrent au comte. Mais lui, n'y voyant point exprimé, en propres termes, ce qu'il voulait , quoique les expressions
présenté par Visconti; mais je n'ai remarqué eussent un sens aussi large qu'on pouvait le
dans la lettre du cardinal que deux choses véritablement importantes.
4. La première, c'est que le cardinal de Lorraine insista beaucoup pour que les décrets établis du temps de Paul III et de Jules III ne fussent point rovus dans la session, mais après. Borromée n'en comprit pas le
(1) Lettre du cardinal Borromée aux lésais , du «1 octobre 1563.
désirer, fit des difficultés contre ce bref, dont les Impériaux et les Portugais témoignèrent néanmoins aux légats qu'ils étaient satisfaits. Enfin, après bien des pourparlers, on
(1) Voyez les actes de Paleotto à la fin de la vingtqualrièine ses-ion.
(2) U là octobre 1503.
(3) Letire de^ lég.'ts au cardinal Borromée, 28 oc» inbre et M novembre 1563
convint que la déclaration serait faite, non point par le pape, mais par le concile luimême, auteur du décret où se trouvaient les paroles qui avaient donné lieu aux réclamations.
6 Ce ne fut pas seulement sur ce point qu'on eut une contestalion opiniâtre avec l'ambassadeur d'Espagne; il ne fut pas plus facile de s'entendre avec lui sur le chapitre relatif aux jugements en première instance, ajouté à sa demande. Le comte voulait (1) qu'il fût conçu de telle sorte que, tout en y réservant les* droits de l'autorité pontificale, on y établît néanmoins que le pape ne pourrait jamais connaître d'aucune cause en première instance, par droit ordinaire, mais qu'il pourrait seulement connaître ces sortes de causes, dans les cas où il le jugerait convenable, par voie de dérogation expresse au concile , chose toujours disgracieuse et sujette au blâme quand elle n'est pas commandée par une nécessité évidente et incontestable. Aussi les dépulés, désignés au nombre de seize, d'entre toutes les nations, pour préparer le décret, ne voulurent point consentir à ce qu'il exigeait. Mais les deux Espagnols, qui étaient l'évêque d'Aslorga et celui de Ciudad-Rodrigo (2), s'entêièrent à un tel point, sur cet article, que, pour ne point donner leur assentiment aux exceptions qui étaient admises dans ce chapitre, ils refusèrent de souscrire la formule rédigée par leurs collègues, quoiqu'ils fassent en plein accord sur tous les autres points. 11 y a plus : le comte parla aux légats avec chaleur sur cet objet, et alla jusqu'à leur déclarer que, si le décret n'était point ajusté selon ses vœux, il était résolu à ne point paraître à la session et a s'opposer à ce qu'aucun des évêques dépendants du roi d'Espagne y intervînt. Mais les légats, le prenant sur le même ton , lui répliquèrent qu'un pareil procédé était indigne de l'ambassadeur d'un roi catholique et pieux, partisan déclaré de la liberté du concile; qu'il ne se mît pas dans l'esprit que cette manière d'agir ne ferait que retarder la tenue de la session ; parce que, s'il y persistait, au lieu de prolonger le concile, elle aurait infailliblement pour résultat de le rompre entièrement, attendu que les légats étaient bien décidés à partir
comptes, n en trouve que cinq, et date la sentence du 13.
8. Le pape fit encore savoir aux légats (1) que dans le même consistoire il avait décrété de faire les citations à la reine Jeanne de Navarre, son intention étant de procéder au jugement de cette princesse qui avait levé le masque et persécutait à outrance la religion catholique. Mais les légats l'en dissuadèrent; le cardinal de Lorraine lui avait déjà donné le même conseil (2). La raison était (3) que cette mesure aurait pu occasionner de grands mouvements de la part de la reine d'Angleterre et des princes protestants d'Allemagne qui faisaient avec elle cause commune et couraient le même danger. Le cardinal de Lorraine, aussitôt qu'il eut connaissance de ces actes du souverain pontife, qui n'étaient encore qu'en projet lors de son départ de Rome, s'empressa de lui remettre de nouveau devant les yeux, dans une lettre qu'il lui adressa (i), d'une part, le préjudice que semblaient porter aux dispositions des concordats donnés à la France, les procédures faites hors du royaume, tant dans la cause de ces évêques que dans celle du cardinal de Châlillon précédemment dégradé, et de l'autre, les troubles que ne manquerait pas d'exciter dans la chrétienté la rigueur avec laquelle on se préparait à traiter la reine de Navarre. La réponse du pape àces remontrances est datée du même jour que celte autre lettre dont nous parlerons ci-après, dans laquelle il adressa au cardinal ses remercîmenls et ses félicitations les plus affectueuses pour la tenue de la session. Dans la réponse dont nous avons à rendre compte en ce moment, Sa Sainteté expose au cardinal dans les termes les plus polis et les plus honorables qu'elle était revenue de Civita-Vecchiaà Rome, tout exprès pour conférer avec les cardinaux au sujet de sa lettre, afin de lui répondre avec plus de maturité, que, en ce qui concernait la reine de Navarre, il l'avait déjà citée, mais qu'il lui avait donné six mois pour comparaître, avant réglé que les trois délais judiciaires seraient pour elle de chacun deux mois; qu'il ne pouvait pas défaire ce qui était fait; que si celte reine rentrait un peu en ellemême, et si elle laissait aller son fils à la
sans délai, plutôt que de souffrir, en restant messe, cette affaire n'aurait pas d'autre suite,
à Trente, une semblable violence et une pa reille indignité.
7. Tandis que ces disputes avaient lieu à Trente avec les Espagnols, le pape, dans un consistoire qui fut tenu le 32 octobre, sur la relation du cardinal Alexandrini, souverain inquisiteur, à la requête du procureur fiscal et de l'avis de tous les cardinaux, avait procédé au jugement des sept évêques français cités pour cause d'hérésie notoire et contumaces, notamment de Jean deMonluc, évêque de Valence, dont nous avons parlé ailleurs. Mais Soave, toujours malheureux dans ses
(1) Leitre des légats au cardinal Borromée, 1er novembre 1505.
2) Actes de Paleotio.
sinon Dieu y pourvoirait. Ainsi l'on voit que dans sa réponse, à ce premier chef, le pape évitaitdeseprononcersurses desseins ultérieurs, et qu'il se réservait la faculté d'aller ou de ne pas aller en avant, selon qu'il serait conseillé par les circonstances. Quant au cardinal de Châlillon et aux sept évêques, Pie IV observait qu'en leur faisant leur procès, il
(1) Leitre du cardinal Borromée aux légats, 23 octobre 1563.
(2) On en trouve la preuve dans une lettre à la reine de Ferrier et de Fabre, dalée de Venise le 5 novembre 1563.
(5) Leitre des légats au cardinal Borromée, 28 octobre 1565.
(4) Le 2 novembre, comme on voit par une réponse du pipe, du 20 novembre 1563.
n'avait dérogé en rien aux concordats de France, puisque dans ces concordats les causes graves et majeures du genre de cellesci étaient expressément réservées au siège apostolique. Si Châtillon se présentait à Rome, il serait traité avec tous les égards dus à son rang, et replacé dans la même condition où il était avant la première citation. Alors s'il était trouvé innocent, on s'empresserait de le déclarer absous, ou s'il paraissait coupable mais repentant, on n'hésiterait point à lui faire grâce. Il en serait de môme des sept évéques, à l'égard desquels il était à remarquer que les uns étaient hérétiques notoires, les autres avaient donné lieu aux plus graves soupçons d'hérésie : tous avaient encouru les peines portées par les monitoires. Néanmoins Sa Sainteté, par amour pour le cardinal, voulait bien différer de leur signifier la sentence qu'elle avait prononcée contre eux, jusqu'à ce qu'elle eût reçu sa réponse. Cependant elle le priait de considérer si le \icairede Jésus-Christ pouvait en conscience laisser la conduite des âmes et le gouvernement des églises entre les mains d'hommes corrompus et par conséquent corrupteurs.
9. Mais ces lettres ne furent échangées entre le pape et le cardinal que quelques semaines après les procédures qui en font l'objet. Cependant, ce dernier était parti de Rome , comme nous avons dit , plein des dispositions les plus zélées pour la conclusion du concile. C'est pourquoi le pape envoya à ses légats un bref en date du H octobre , par lequel il leur donne la faculté de le terminer, si la majeure partie des Pères y donne son consentement. Le cardinal passa par Venise, où il se proposait , en premier lieu, de faire comprendre aux sénateurs combien il serait avantageux, pour le bien de toute la chrétienté , que le concile fût promplement terminé et publié : il ne lui fut pas difficile de leur faire goûter cette ouverture, attendu que la république était déjà par elle-même dans ces sentiments. Il avait encore un autre but : c'était d'engager les ambassadeurs français à retourner à Trente et à intervenir avec les autres dans la session ; mais il ne put rien gagner sur eux. Du Ferrier avait écrit au cardinal et avait fait tous ses efforts pour l'amener à approuver sa contestation : celui- :i avait répondu que, puisque la chose était 'aile , il ne voulait pas la condamner. L'autre sentant le blâme caché sous ces paroles , assura dans sa réplique, que si la chose n'était )as encore faite , le service et les ordres de ion roi lui persuaderaient et même lui comnanderaient impérieusement de la faire ; et 1 appuyait cette déclaration de plusieurs raions. 11 avait déjà , dans une lettre précédemnent écrite au cardinal de Rordeaux (1) , réuté, dans les termes les plus acerbes , ce mot e l'archevêque de Sens, dePellevé: que Ferfar, en rédigeant sa protestation , avait voulu lire du roi de France un roi d'Angleterre, outes ces lettres et toutes celles que cet
(ij Le 19 octobre 1503.
ambassadeur écrivit au roi (1) étaient pleines de fiel et d'aigreur contre le concile : et il ne faut pas s'en étonner, puisque c'est l'ordinaire qu'un homme poursuive de sa haine les personnes qu'il a lui-même offensées , et qu'il se montre d'autant plus acharné contre elles , qu'elles sont d'un rang plus élevé , et qu'elles ont davantage la conscience de l'injure qui leur est faite. Aussi, même après l'entrevue qu'il eut à Venise avec le cardinal, du Ferrier écrivit encore au roi une lettre artificieuse (2), dans laquelle il s'efforce de lui persuader que les plaintes de la cour de Rome et des évéques contre lui avaient pour cause, non pas la forme et les accessoires , mais le fond même de son discours , où il se propose de défendre et de conserver , dans toute leur intégrité, les droits de Sa Majesté, contre les machinations de ceux qui n'étaient point disposés à les respecter.
10. Pendant le peu de temps que le cardinal s'arrêta à Venise, ce prélat et les ambassadeurs français se traitèrent réciproquement avec une certaine dissimulation (3) , sans vouloir faire éclater, ni de part ni d'autre, aucun désaccord, parce qu'ils craignaient chacun de son côté : l'un de paraître peu zélé pour le maintien des privilèges royaux , s'il avait l'air de blâmer ce que du Ferrier avait fait pour les soutenir ; et les autres, de se montrer trop passionnés contre le concile. Ainsi , le cardinal s'abstint de prononcer aucune parole de blâme contre leur conduite passée, et lesambassadeurs , à la proposition qu'il leur fit de retourner à Trente , se contentèrent de répondre qu'il était convenable d'attendre à cet effet les ordres du roi. Mais ils eurent soin de marquer au roi (i) qu'il ne leur paraissait point expédient qu'il les y renvoyât. Car quelle était la raison qui avait déterminé Sa Majesté à leur ordonner de partir ? Sans doute la concurrence avec l'ambassadeur espagnol , pour éviter toute dispute dans la session qui allait avoir lieu , et pour ne point se mettre dans la nécessité, ou de n'y point paraître, ce qui serait céder le champ à la partie adverse , ou d'y assister de telle manière que leur droit de préséance se trouverait encore une fois dissimulé , d'où il résulterait que l'antique possession de Sa Majesté se trouverait interrompue par deux actes solennels. Que si, ajoutaient-ils, SaMajesté , pour quelque motif secret, jugeait à propos de consentir à ce que ses ambassadeurs séjournassent à Trente , tout en s'abstenant de siéger dans les sessions, il valait mieuxqu'clle y en envoyât de nouveaux, que de les y renvoyer pour tenir une conduite toute différente de celle qu'ils avaient suivie jusqu'ici dans ce même concile, où ils étaient constamment intervenus , et pour y faire une
(i) Le 25 septembre 1563.
(2) Le 5 novembre 1563.
(5) C'est ce qui résulte d'une lettre de du Ferrier au roi, et de celles des deux ambassadeurs à la reine en date du 5 novembre 1563.
('») Dans une lettre commune écrite au roi le 5 novembre 1563.
figure peu convenable : attendu que, d'après tout ce qui s'était passé , ils étaient uses et hors d'état de travailler efficacement, pour le service de Sa Majesté, auprès de cette assemblée. Mais il leur paraissait plus sûr que personne n'y parût au nom du roi. D'un côté , cela ne porterait aucun préjudice au concile, pas plus que ne lui en avait porté la longue absence du premier ambassadeur espagnol, qui était parti à leur arrivée; d'autant plus que dans les anciens conciles on ne voyait point que la présence des ambassadeurs fût en usage. Tandis que d'un autre côté, il pouvait être grandement préjudiciable à Sa Majesté que ses envoyés reparussent à Trente , et cela pour plusieurs raisons. En premier lieu , pour celle qui venait d'être exposée, puisque la ville et le synode ne paraissaient pas un lieu bien favorable pour y maintenir, dans toute son intégrité , sa royale prérogative. En second lieu , parce qu'on avait l'intention de faire souscrire , à la fin du concile , toutes les décisions par tous les ambassadeurs qui se trouveraient présents, afin d'obliger par là les princes à en maintenir l'exécution et à les soutenir par leurs armes. Or, ici , disaient-ils, on n'avait plus à craindre sans doute l'inconvénient de remettre en question la prééminence de Sa Majesté, par rapport au roi d'Espagne ; car il n'y avait pas moyen de trouver une place hors de rang pour signer; mais était-il expédient de contracter un engagement qui pourrait avoir des suites pénibles et dangereuses, et causer une grande perturbation dans le royaume? et qui plus est , les Pères avaient l'intention de déclarer, dans la dernière session, que le présent concile était la continuation des deux assemblées précédentes,contrairemenl à ce que le roi avait toujours demandé pour plusieurs motifs , et surtout pour ne point approuver comme légitime le concile tenu sous Jules III , que la France et le roi son père n'avaient point agréé.
11. C'est par ces différentes raisons que les ambassadeurs français s'efforcèrent de séparer le roi du concile. Il ne leur fut pas difficile d'arriver à leurs fins, dans un gouvernement influencé, ou pour mieux dire totalement régi par des conseillers mal disposés. D'ailleurs , il est extrêmement rare qu'en un gouvernement faible comme pouvait être celui d'un roi enfant et d'une femme étrangère , la rupture avec les ministres n'ait pas son effet à l'égard du prince , parce qu'il faut à ce dernier une force d'âme égale à sa puissance, pour ne pas se laisser gagner ou entraîner par ceux qu'il a investis de sa confiance. D'après cela, on comprendra sans peine qu'il dût être impossible au cardinal de ramener les ambassadeurs au concile, ni en ce moment, ni plus tard.
12. Pour lui, il arriva à Trente le 5 novembre (1), tandis que la contestation des légats avec l'ambassadeur espagnol sur plusieurs articles particuliers de réformation était en-
(1) Lellre des légats au cardinal Horromée , 4 novembre 1565, et actes de Paleoito.
du
core en vigueur. Mais on craignait qu'une autre discussion qui jusqu'alors se débattait entre eux avec moins de chaleur, je veux dire celle de la clôture du concile, ne finit par devenir la plus enflammée. Trois jour? après l'arrivée du cardinal (1), le comte se rendit chez les légats et leur présenta une lettre de créance du roi son maître : après quoi il leur exposa qu'il avait reçu l'ordre de répondre au nom de Sa Majesté à la lettre qu'ils lui avaient écrite le 20 juillet. Ils s'étaient plaints que les ministres du roi s'efforçassent d'empêcher la clôture et d'obtenir une* prolongation qui, disaient-ils, paraissait évidemment nuisible et préjudiciable aux églises , qu'elle privait de la présence de leurs pasteurs, et pleine de dangers dans la prévision des changements et des révolutions que le cours des choses et du temps pouvait amener dans le monde. C'est pourquoi ils avaient supplié le roi de mander aux siens qu'ils donnassent les mains à la clôture. Sur ce point, poursuivit le comte, le roi confesse que dans les commencements il s'était opposé à la convocation du synode, et qu'il avait fait tous ses efforts pour l'empêcher d'avoir lieu , parce qu'il ne s'était point aperçu qu'il fût nécessaire à ses peuples, et parce qu'il ne lui avait point paru que la chrétienté fût convenablement disposée pour qu'on pût porter remède à ses maux par un semblable moyen. Mais du moment que, ce dant aux instances et aux bons désirs souverain pontife, il avait donné son asseï timent, non-seulement il s'était empressé ( concourir au succès de cette assemblée pai l'envoi de ses ambassadeurs et de ses évé ques, mais il n'avait rien épargné soit au près de l'Empereur, son oncle, soit auprè de la reine de France, sa belle-mère, usan de toute son influence pour que tous cons pirassent à l'envi à lui donner force vigueur, renom et autorité, et il avait m tousses soins pour qu'on en retirât lesfrui d'un saint et heureux concile. Maintenant était loin de s'opposer à ce qu'on le termina au plus tôt, pourvu qu'on le fît dignement dans les formes accoutumées, après avo examiné avec un soin convenable tous dogmes, et remédié à tous les abus pour décision et la correction desquels il avait él réuni ; afin qu'il laissât après lui, dans l'w prit et dans lecœur , tant de la génératio présente que des siècles à venir, un sent ment de vénération profonde et un précieu souvenir. 11 ajouta que tout ce qu'on ail guait des dommages causés aux églises pa ticulières ne devait être compté pour rien < face du bien général ; que les dangers q peuvent résulter des cas fortuits sont coi muns à toutes les grandes et longues entr prises; aussi tant que ces dangers ne montrent encore que dans le lointain, t< qu'ils ne sont pas arrivés, loin de voul interrompre une œuvre salutaire par crainte de ce qui peut survenir, on n'a ri
(1) Leim>. des légats au cardinal Borromée 8 novembre 1563.
le mieux à faire que d'abandonner ce soin à la divine providence. Le roi avait donc mandé au comte de Lune que, selon la marche ci-dessus exposée, il coopérât avec la plus vive ardeur à une promple, soigneuse et utile conclusion de cette sainte entreprise. EnGn le comte conclut qu'en somme le roi désirait que les dogmes fussent examinés avec toute l'attention nécessaire et avec : toute la maturité que l'Eglise a coutume de mettre dans ses décisions, pour ne pas donner lieu aux calomnies des hérétiques, et que les règlements de discipline, d'où dépent daient le repos et le renouvellement de toute la chrétienté, fussent établis avec la réflexion convenable.
13. Les légats repartirent que ce n'était point sans fondement qu'ils avaient écrit : celte lettre, puisque Sa Majesté avait dit, 1 comme on le savait par lei relations du nonce et de Rome, que le concile était un frein très-utile pour retenir les hérétiques et les empêcher de faire pis, et que les difficultés sans nombre par lesquelles ses minisires et ses prélats ne cessaient d'entraver la marche du concile, faisaient bien voirqu'ils réglaient tous leurs pas surc~* mot d'ordre, elque Sa Majeslé avait tourné toutes ses pensées vers cet unique but. Or ils ne pouvaient s'empêcher de déclarer que ce dessein leur paraissait extrêmement nuisible et dangereux, pour les raisons qu'ils avaient marquées, et qu'il leur était impossible de se payer des réponses qu'on y avait faites. D'abord, quant à l'absence des évêques de leurs églises, on ne pouvait pas nier sans doute que le bien commun ne dût prévaloir sur un inconvénient particulier ; on ne pouvait pas nier non plus que le dommage de tous les particuliers ensemble ne devînt par là-même le dommage commun , surtout quand il s'agit de dommage résultant d'un mal contagieux et pestileniel, qui en même temps qu'il nuit aux pariculiers, menace toute la société d'une ruine întière. Telles étaient les modernes hérésies: tomme il n'était peut-être aucun endroit du [nonde où elles n'eussent exhalé quelques >ouffées de leur souffle impur, n'étail-il pas à raindre qu'elles ne parvinssent à infecter out diocèse où il ne se trouverait point d'éêquepourarrêter leurs progrès: or ce grand elriment que l'absence des prélats portait la chrétienté, ne pouvait être compensé ar le bien que l'on pouvait attendre de la rolongation du concile.
H. Quant au mal qu'on avait à craindre une foule de chances possibles, ils ne niaient ^s qu'il ne fût incertain. Mais devait-on oulier que, pour le mal comme pour le bien, i prévoyance humaine doit s'étendre jusque Jr l'incertain? Car, bien que celte pré- ^yance ne soit elle-même qu'incertitude, ;lon la parole de l'Ecriture, Dieu n'a pas issé que de la donner aux hommes pour les »nduire, ne voulant pas qu'ils marchassent i hasard et qu'ils agissent en aveugles? ui ne sait que l'incertain arrive lui-même lelquefois, et que, si, d'une part, parmi le multitude d'accident» possibles, il serait
bien chanceux et bien peu vraisembable que tous vinssent à se réaliser à la fois, d'un autre côté, d'après le cours ordinaire des choses, il n'en serait pas moins imprudent de présumer que, dans le nombre, il n'en surviendra aucun? C'était donc un conseil de sagesse quecelui de hâter la conclusion d'une œuvre pendant la durée de laquelle une foule de chances pourrait entraîner, à leur suite, des maux incalculables.
15. Enfin, aux observations que le comte avait faites sur la nécessité d'approfondir les matières par un sérieux examen , les légats répliquèrent qu'il était certainement permis d'abréger comme de prolonger cet examen selon la commodité du temps et des circonstances, et que quelque rapidement qu'il se fit, il ne serait pas permis pour cela de le taxer comme défectueux, vu que depuis nombre d'années que les hérésies modernes avaient commencé à paraître , dans loutes les provinces et dans loutes les académies on avait commencé aussi à étudier les dogmes qu'elles avaient attaqués. On n'avait donc aucun lieu de craindre que cette réunion nombreuse de théologiens les plus éminenls, rassemblés de tous les points de l'univers catholique, ne fût pas suffisamment préparée et se trouvât prise au dépourvu dans les questions principales. 11 restait encore, à la vérité, quelque incertitude sur un petit nombre de questions subtiles; mais leur peu d'importance pouvait dispenser de les définir. Les mêmes observations pouvaient s'appliquer aux décrets de réformation. Depuis le temps que durait le concile, tant de conseils de princes, tant de requêtes présentées par leurs ambassadeurs, tant de sentiments émis, tant de discours prononcés par les Pères n'avaienl-ils pas été un perpétuel et bien minutieux examen de ce qui pouvait être utile à l'Eglise dans ces temps? Ils ne niaient pas, poursuivaient-ils, que l'esprit humain pénètre d'autant plus les choses qu'il y réfléchit plus longuement , et qu'il plonge sur elle un regard encore plus perçant, quand il se voit au moment décisif de délibérer et de prononcer. Mais Dieu qui régit les conciles cl qui seul peut suppléer, par l'effusion de ms lumières , à la défectuosité de l'entendement humain, n'exige certainement pas des Pères une diligence plus minutieuse que le permettent les conditions présentes (1). Celles-ci exigent impérieuse-
(1) Il est vrai (pie dans les conciles, de quelque rang qu'ils soient, on a toujours soin de sYi;iotirer des lumières des théologiens et des canonisles les plus éminenls et les plus accrédités. Dans tout concile vraiment œcuménique le sentiment des docteur? n'est nécessaire qu'à titre de renseignement et de di ligence humaine; car l'infaillibilité du concile étais' appuyée immédiatement sur l'assistance promise par FEsprit-Sainl, la consultation des théologiens en c-'. bien la condition voulue de Dieu, mais non pas le principe ni le fondement : an contraire, les conciles particuliers n'ayant aucune promesse d'infaillibilité, c'est le suffrage des docteurs qui est le fondement, le principe et la raison de leurs déterminations ; et • le là vient qu'ils peuveru se tromper, comme il est
ment qu'on se hâte d'en finir. Le comte qu'ils déclinassent en bonne foi s'il avait
n'ignorait pas que les Français et le cardi- jamais proféré ces paroles qu'on lui avait
nal de Lorraine avaient dit nettement que prêtées, et s'il n'était pas homme à mériter
si le concile ne se dépêchait , les évêques de plutôt des reproches pour se taire que pour
ce royaume étaient disposés ou, pour mieux trop parler. Ceux-ci répondirent qu'ils ne
les avaient ni écrites au roi, ni entendu dire au comte ; mais que d'autres leur avaient rapporté, en effet, qu'elles avaient été prononcées ; qu'ils n'étaient pas les seuls à écrire; et que, puisqu'il n'était pas possible de retenir les langues , il ne fallait pas non plus faire trop de cas de ce qu'elles disent. Et terminant ainsi, d'une manière gracieuse, cette explication, ils tâchèrent de battre le fer qu'ils avaient alors sur l'enclume, et de disposer favorablement l'esprit du comte relativement aux affaires du moment, afin que l'on pût célébrer la session qui, au terme fixé, devait avoir lieu dans trois jours.
17. Des plaintes étaient arrivées, en effet, à la cour d'Espagne contre le comte; mais elles étaient parties de plus haut qu'il ne pensait : c'était le pape lui-même qui les avait adressées par l'organe de son nonce. Le roi, dans la réponse qu'il fit par écrit (1), en date du 13 octobre , prit, selon sa coutume, dans les formes les plus polies, le parti de son ministre accusé. Il n'avait encore reçu , disaitil , de la psrt du comte, aucune information relativement à toutes ces choses dont le] c'était îe devoir du comte, dans la haute po- pape se plaignait, et par conséquent , il nel silion qu'il occupait, de ne point attendre, pouvait donner une réponse définitive. C'îj sur toutes les déterminations à prendre, des qui était bien certain , c'est qu'il avait re-l ordres spéciaux ; d'autant plus que ces or- commandé au comtede s'employer avec lezèlel dres arrivent toujours trop tard : témoin le plus ardent pourleservicedeSaSainteté el| la réponse à leur lettre du mois de juillet, en faveurdu siège apostolique. C'est pourquoi, qui s'était fait attendre jusqu'au mois de no- connaissant le comte pour un homme pleinl vembre ; qu'il lui convenait de faire, sans délai, tout ce qu'il prévoyait que le rei, étant bien informé, lui ordonnerait; et , d'après la connaissance qu'il avait des vues de Sa Majesté et des fins principales qu'elle se proposait, d'embrasser les moyens qui lui paraîtraient les plus propres pour y parvenir.
16. Après avoir exposé ce qu'il avait à dire de la part du roi son maître , le comte
dire, étaient contraints par la nécessité, à partir, tant parce qu'il ne leur était plus possible de soutenir la dépense, que parce que l'hérésie pullulait de jour en jour davantage dans leurs Eglises, et jetait dans le royaume de funestes semences de division qu'il ne serait bientôt plus possible d'étouffer. S'ils venaient à réaliser cette menace, le comte ne devait-il pas comprendre, par sa haute prudence, combien il serait à craindre d'abord qu'on ne se refusât à recevoir le concile comme œcuménique, et ensuite que les Français n'en vinssent à régler leurs propres affaires dans un concile national ; projet dont le Roi Catholique avait plus que personne prévu les inconvénients par sa grande perspicacité, et dont il les avait détournés avec tant de zèle? Qui ne pressentait que l'incendie, une fois allumé en France, ne tarderait pas, peut-être, à embraser la Flandre, l'Espagne et l'Italie qui lui sont contiguës?Les légats ajoutèrent que si le roi Philippe avait pu voir de ses yeux l'état présent du concile , il en aurait non-seulement approuvé, mais pressé la clôture; que
de réserve et de modération , il ne pouvaill pas s'imaginer autre chose, sinon que ces imputations venaient de gens malintentionnée animés du désir de relâcher les liens qui unissaient si étroitement le cœur de Sa Sain-| teté avec le sien. Quant au projet d'invite les protestants, le roi assurait qu'il venaij d'écrire au comte d'abandonner ce soin ;[ l'Empereur. Par rapport à l'accusation dl passa à un autre article : celui de sa propre traîner les choses en longueur', le roi déclal justification. 11 dit aux légats qu'indépen- rait qu'il n'avait rien ordonné au comte , si]
non qu'il procurât l'observation des ancien! nés coutumes , et qu'il avait peine à croirl que son ministre eût été au delà de sesordrejl Quant à la mesure de députer des prélats pal nation, il n'avait donné aucune inslructiol au comte sur ce sujet , et il ne lui convenaï pas de porter son jugement sur celte affairl avant qu'il ne lui eût rendu compte de il
(laminent de la lettre du roi qu'il venait de leur communiquer, il en avait reçu une autre plus récente en date du 15 octobre, dans laquelle Sa Majesté lui notifiait qu'on s'était plaint à elle du peu de modération qu'il avait mise dans son opposition aux congrégations particulières et à la réformalion des princes, et qu'on l'avait accusé d'avoir dit, à propos
de cette dernière, que si elle devait se faire, conduite dans celte circonstance. On ne poil il voulait que l'on s'occupât avant tout et vait nier qu'eu égard à la grande distant]
qui les séparait de leur maître , les ministr
principalement de la réformation du pape. Or le comte, après avoir disculpé comme à l'ordinaire ses autres actions auprès des légats, leur demanda qu'ils lui rendissent justice et
arrivé en effet plusieurs fois. Tout cela a été savamment démontré par le père maître Crislianopoli de l'ordre des Prêcheurs, dans son ouvrage anonyme de la Nullité des Absolutions dans les cas réservés, imprimé à Rome, l'an 1785 chez Salamoni. Vovez chapitre 1", § 8, n° 82. (Note de Zaccaria.)
ne dussent se trouver plus d'une fois dail la nécessité de traiter quelque affaire sel(| leur propre prudence , sans avoir d'autf règle que les ordres généraux qu'ils avaiel reçus, etcequelaconscienceleurdictait pol le service de Dieu et de leur roi. En ce ql tenait à la réforme des princes, le roi av;[
(1) Elle se trouve parmi les mémoires du cardi | Morone.
LIVRfc VINGT-TROISIEME.
déjà représenté au pape , dans ses lettres précédentes, combien il lui paraissait inopportun, dans l'état présent de la société, de susciter de pareilles innovations; non pas, qu'il eût aucun intérêt à les redouter pour sa part, parce que les droits étaient trop bieu fondés pour avoir rien à craindre de la part du concile. Lecomtcen s'opposant àce qu'on touchai à cette question brûlante , jusqu'à ce qu'il eût reçu un ordre spécial de son maître, n'avait donc fait que son devoir, et il était en cela digne d'éloge et non de blâme : que s'il avait de plus manifesté son opposition , en la manière , et dans les termes qu'on lui attribuait, le roi se promettait de s'en enquérir avec soin , et dans le cas où . celle inculpalion se trouverait fondée , d'y mettre bon ordre. Enfin , relativement à l'idée émise par le pape, de se bâter de finir le concile pour éviter les dangers ou de la suspension ou de la dissolution, le roi déclarait qu'il n'avait rien à ajouter à la réponse , qu'il avait déjà faile précédemment à Sa Sainteté, par le canal de ses ambassadeurs à Rome, et qu'il n'avait pas changé d'avis sur la manière la plus convenable d'arriver à une heureuse conclusion. Quant au double , risque signalé par le pape , le roi ne croyait i pas qu'il fût sérieux, parce que, d'un côté , ri ne consentirait certainement jamais ni à l'une ni à l'autre de ces deux choses, et que de l'autre côté, comme elles ne pouvaient avoir lieu que par l'autorité du pape, et que Sa Sainteté était trop clairvoyante pour ne pas prévoir les graves inconvénients qui ne manqueraient pas d'en résulter, il n'était pas croyable qu'elle songeât jamais à les exécuter.
En effet, toute menace , de quelque manière qu'elle soit faite, dont l'effet serait nuisible à celui-là même qui la fait, à moins ,qu'il ne soit regardé comme une tête légère ou montée par la passion, est presque toujours de nul effet, et ressemble pour l'ordinaire à ces armes sans pointe dont on se sert pour s'escrimer.