‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 15 sur 373 · Les rcDrésentants du souverain pontife · texte numérisé non relu

Les rcDrésentants du souverain pontife

(t) Acies de Paleotto, et relation de l'ambassadeur vénitien.

tenaienf aonc a montrer qu'Hs n'avaient pas si;vite oublié cette faute. En conséquence, le cardinal de Mantoue prit la parole, dans la congrégation du jour suivant (1), et dit (2) que l'assemblée ayant à préciser l'époque de la prochaine session, avant que les huit jours fussent expirés, il proposait de l'indiquer pour le dix-sept décembre, et afin d'en accélérer les préparatifs, de doubler le nombre des réunions quotidiennes (le cardinal de Lorraine l'avait ainsi demandé (3)7ct c'était un excellent moyen de faire taire ceux qui accusaient les prélats de vouloir temporiser] ; que si, malgré cette mesure, toutes les matières désignées dans la session précédente et proposées depuis dans les congrégations, ne se trouvaient pas prêtes pour le jour fixé, on en réglerait du moins le plus qu'il serait possible; mais que si les présidents n'étaient pas secondés par l'activité des Pères, tout leur empressement serait sans résultat. Il leur recommandait donc, de la manière la plus pressante, de pratiquer lé conseil del'Ecclésiaste : In mullitudine presbyterorum noli esse loqttax. Pour cela, ils devaient s'étudier à exposer leur sentiment en peu de mots et avec un grand calme, supprimant les digressions, passant sous silence les considérations déjà émises par d'antres, enfin sclrailant mutuellement avec la charité et les égards que l'on doitàdes collègues, et non pas avec l'animosite et le mépris que l'on remarque entre des ennemis. Il les conjura surtout d'éviter à l'avenir les clameurs et les procédés indignes de la veille, ajoutant que, si le même tumulte recommençait , les légats sortiraient de l'assemblée plutôt que de souffrir, sous leurs yeux, une conduite aussi inconvenante. On devait avoir bien plus de respect pour la personne du souverain pontife, dont ils étaient les représentants, pour celle des autres cardinaux très-illustres, des ambassadeurs envoyés par plusieurs princes très-puissants, et d'un si grand nombre de très-saints Pères. 8. Le cardinal de Lorraine qui avait la parole avant tous les autres, approuva la proposition dans toutes ses parties, et en vint bientôt à louer les dernières réflexions du cardinal àt Mantoue pour prendre de là occasion de blâmer le désordre auquel on s'était livré. Ses reproches furent graves et modestes, et ils portèrent principalement sur ceux qui avaient crié contre lévêque de Guadix : Anathème ! qiïil soit brûlé, cest un hérétique; ces paroles, disait le cardinal, étaient trop odieuses pour qu'on se permît de les prononcer avec tant de légèreté dans un concile, Il ajouta qu'il n'approuvait point l'expédient que l'on semblait annoncer comme une punition de ces sortes de fautes, dans le cas où elles se commettraient encore.

(1) Lettre du cardinal Borromée, du 3 déc. 1562.

(2) Ce discours du cardinal de Mantoue est rapporté dans le Diario le 2 décembre 1562; le; actes du Château en parlent aussi d'une maniera fort étendue.

(3) Lettre de Guallicri au cardinal Borromée , 29 novembre 1562.

La conduite que tiendraient les légats, en sortant de l'assemblée, au lieu d'être un châtiment pour les plus emportés, serait au contraire regardée par eux comme la plus belle récompense de leurs intrigues. Ils croiraient avoir remporté la victoire en demeurant maîtres du champ de bataille, et s'ils conservaient si peu de retenue en présence des légats, à quels excès ne seraientils pas entraînés par leur audace, quand ils se sentiraient délivrés de ce frein? Il fallait donc recourir à un mode de répression plus efficace à l'égard de ceux qui montraient si peu de vénération pour un auditoire si vénérable.

9. Les paroles du cardinal de Lorraine ne déplurent point aux présidents, parcequ'elles ne tombaient sur personne en particulier, et que celui qui les avait prononcées paraissait non pas s'arroger l'autorité de chef, mais se conformer aux pensées exprimées par le chef; et plus de cent Pères parlèrent dans le même sens. Mais Caselio (1) comprit que cette réprimande générale devenait en grande partie la sienne propre, et il ne put s'empêcher, quand son tour fut venu, de mêler à son discours quelques réflexions qui s'écartaient dusujetetqui avaient un tel caractère de messéance que les légal s, écrivant au cardinal Borromée, les traitèrent d'impertinentes, en tant que dirigées contre le cardinal de Lorraine. 11 dit qu'il avait entendu l'un des légats, et que c'était aux légats, et non à d'autres, qu'il devait obéir ; que si les Espagnols ne voulaient être contredits par personne, c'était à eux de ne pas provoquer les contradictions; mais qu'ils seraient répréhensibles toutes les fois qu'ils avanceraient des hérésies ; que tout ce qu'il avait dit, la veille, sur le discours de l'évêque de Guadix , il l'avait dit avec raison, qu'ainsi il était prêt à le soutenir et dans la congrégation et hors de la congrégation. Cette manière de se justifier acheva d'indisposer tous les esprits contre Caselio, et sa défense lui fit plus de tort dans l'opinion générale que sa faute même. Il parut néanmoins à Gualtieri (2) qui avait conseillé au cardinal de Lorraine de ne point se charger du rôle odieux de correcteur, que ce prélat avait un peu dépassé les bornes, et qu'il devait s'estimer heureux de ne pas êire, ce jour-là, l'objet d'attaques plus mordantes ; d'autant plus que la réprimande est toujours amère de sa nature, et que les hommes ne veulent pas, quand il s'agit de celte charge redoutée, se soumettre à plus de supérieurs que la loi ne leur en impose.

10. Les opinions furent partagées sur le jour de la prochaine session. Plusieurs prélats (3) étaient d'avis qu'on la remît à une époque plus éloignée; mais cette époque était différente selon les différents individus. Enfin cent vingt-neuf votants, c'est-à-dire le

(1) Lettres des légats et de Visconti au cardinal Borromée, 5 décembre; autre lettre des légats, du 0 décembre 1562.

(2) Notes de Gualtieri au cardinal Borromée, 3 décembre 1562.

(5) Le Diario, 2 décembre 1562.

LIVUE DIX-NEUVIEME.

Si

plus grand nombre, s'étant rangés au sentiment du légat, sa proposition prévalut.

11. Le différend que nous venons de raconter était à peine terminé, qu'il s'en éleva un second (1) dans la congrégation du jour suivant; et ce fut encore un Espagnol qui l'occasionna. Jacques Gilbert de Noguera, évoque d'Aliffe, parlait, à son tour, sur le septième canon. Or ce prélat voulut prouver que, même après la mort du Sauveur, les évéques n'av;nent pas été élus, institués et appelés par saint Pierre, mais par Jésus- Christ; et il cita, pour exemples, saint Matthias et saint Barnabe. C'est pourquoi Pierre dit au Seigneur : Ostende quem elegeris; et saint Chrysostome assure que Pierre, dans celte élection, ne fit que prononcer la sentence dont Dieu était le premier auteur. Cette élection ne fut, du côté des apôtres, qu'un acte apparent; elle s'opéra au moyen de leur intervention extérieure, tandis que le Saint-Esprit disait : Segregalc mihi.... et les paroles qui suivent. Il ne reste donc aux hommes que la ségrégation et la consécration. Jésus-Christ seul confère la puissance, de môme que lui seul donne aux sacrements l'efficacité qui leur est propre. A ces mois l'orateur fut interrompu par le cardinal Hosius qui, en l'absence des cardinaux Gonzague et Seripaudi, prit la parole et dit que de tels discours n'avaient point rapport au sujet, et que loin de pouvoir édifier, ils n'étaient propres qu'à détruire; d'ailleurs appartenait-il aux évéques de mettre en question l'autorité du chef suprême de l'épi s copat ? la controverse avec les hérétiques se réduisait à ces termes: Les évéques promus par le pape sont-ils légitimes et institués par Jésus-Christ ? et quelques prélats, au lieu de se renfermer dans les bornes du sujet, osaient affirmer, à la face de l'Eglise assemblée, que des évéques peuvent être élevés à celte dignité sans l'intervention du pape. Us ne devaient donc pas être étonnés de se voir quelquefois interrompus au milieu de leurs discours, puisqu'ils ne répondaient pas à la question comme il fallait le faire. Noguera soutint que tandis qu'on examinait la juridiction des évéques, il était nécessaire de s'expliquer en même temps sur celle du pape. Alors l'archevêque de Grenade s'étant levé pour défendre Noguera, et d'un autre côlé Caselio s'étant levé à son tour pour repousser les attaques du défenseur, le feu de la dispute commença à se propager, eten peu d'instants, il menaçait déjà de tout enflammer. Mais le cardinal Simonetta fit signe à Caselio de se taire, et ceux qui l'avaient accusé se virent ainsi contraints de garder euxmêmes le silence. On laissa donc finir Noguera en dépit de quelques opposants. Quand il se fut assis, le cardinal Hosius, cédant aux instances du cardinal do.Lorrainequi siégeait à côté de lui, éleva de nouveau la voix et

\) Lettres dos légats ei de Viscônli au carMinal îorromée, 3 cl 6 décembre.; autres lettres de l'arihevêque de Ztra ei de Foscarari aux cardinaux bornai o cl Mororie, 3 décembre 15i>2,

dit qu'il ne doutait pas que toutes Ie§ paroles prononcées dans celte sainte assemblée ne fussent inspirées par un zèle véritable ; mais que le point do la discussion qui régnait entre les catholiques et les hérétiques consistait uniquement à reconnaître ou à ne pas reconnaître pour légitimes les évéques élus par le pape ; qu'il fallait regarder comme tout à fait étrangère au sujet cette question, objet de tant de disputes : Peut-il y avoir des évéques légitimes en dehors de 1 é- Icclion du souverain pontife ? mais que surtout on auraitdû s'apercevoir quela réponse affirmative, telle qu'on la donnait, favorisait les hérétiques au lieu d'être une condamnation de leurs erreurs. Noguera voulut rentrer dans l'arène et lutter avec le cardinal. Celte tentative était un excès d'audace ; aussi valut-elle à l'évêque d'Aliffe une sévère réprimande. Simonetta le traita d'insolent et lui ordonna de se taire pour laisser continuer les autres. Ce châtiment parut à tous si bien mérité par l'indomptable opiniâtreté do l'orateur, que personne ne s'en offensa d'aucune manière, ni les Pères en général, comme d'une atteinte portée à la liberté, ni les Espagnols en particulier, comme d'un outrage fait à leur nation.

12. Le concile reçut, à cette époque, la nouvelle de deux événements qui devaient exercer une grande influence sur les affaires publiques, tant civiles que religieuses (1). Le premier était la nomination de Maximilien à la dignité de roi des Romains, nomination qui avait eu lieu à Francfort, le 24 novembre. Maximilien, fils aîné de Ferdinand, était roi de Bohême. Pendant tout le cours de la diète, son père avait donné des preuves éclatantes de son zèle pour la religion catholique, en refusant avec une pieuse constance de souscrire aux conditions que les trois électeurs protestants stipulaient comme clause du traité, et qui ne pouvaient manquer d'être favorables à leur secte.

Aussitôt que la nomination fui divulguée, le cardinal M adrucci,évéquc cl prince de Trente, et feudalairc de Ferdinand, ordonna (2) des réjouissances publiques. De leur côlé les légats, voyant avec plaisir que le sceptre impérial venaild'êlrcassuréaux mainsd'uu prince catholique, issu d'une famille qui avait rendu à la religion do si importants services, formèrent le dessein de célébrer cette promotion, au nom du concile, par un sacrifice solennel d'actions de grâces et par un discours d'éloges, mais ils demeuraient indécis, peut-êlrc à cause de la pensée exception* nelle manifestée antérieurement et avec raison par les papes, à l'égard de la personne de Maximilien. Et pourtant il semblait que le fils de Ferdinand se fût assez lavé de celte vieille tache dans les circonstances dont nous parlons. Car les princes protestants ayant cherché à l'amener, lui aussi, à des actes qui auraient été, de sa part, des témoi-

(1) Le Diario, 8 décembre ; et une icllre des légats au cardinal Borromée, 3 décembre 15G2.

(c2) Le Diario, 1" décembre 1502.

gnages d'un attachement peu sincère à la foi catholique, i! avait courageusement répondu qu il voulait vivre et mourir dans sa religion (1). Cette protestation, bien connue de Soave, ne se trouve sans doute en harmonie ni avec ses principes particuliers, ni avec le dessein général de son histoire, puisqu'il ne daigne pas même lui consacrer

exécuté; et qu'il consentait à cette fête, si elle demeurait encore suspendue ; surtout il leur recommandait de ne pas faire connaître ses répugnances antérieures. Mais nous aurons plus d'une fois occasion de revenir, dans la suite, sur l'élection du nouveau roi des Romains.

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