‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 164 sur 373 · LIVRE YLNGT-Ql-ATIULME · texte numérisé non relu

LIVRE YLNGT-Ql-ATIULME

vœu, ainsi que la mendicité, souffrirent de violentes contradictions de la part de Guillaume de Saint-Amour et de plusieurs autres docteurs français. Saint Bonavenlure et saint Thomas répondirent à leurs objections, le premier dans son Apologie des pauvres, le second dans sa Somme (1) contre les gentils, et plus amplement encore dans son opus-

[ etile (2) contre les détracteurs des ordres re-

' ligicux (3).

Quoi qu'il en soit, on ne prévoyait pas que les mendiants, à qui le concile accorda la faculté de posséder des immeubles, verraient affluer dans leur sein de si fréquentes et de si abondantes donations, et qu'un jour leurs richesses feraient naître des craintes et exposeraient à ce péril dont Soave nous trace le tableau.

12. Mais pour le convaincre d'une manière plus spéciale, j'ajouterai les deux observations suivantes : Quoique les Français aient refusé d'accepter le concile quant à sa partie disciplinaire, ils ne se montrèrent cependant point contraires à la faveur accordée aux ordres mendiants, comme on le voit en effet.

Loin que ce décret leur ait déplu, puisque ces biens passent encore encommendc, la raison majeure pour laquelle la reine et les ministres se sont opposés à la réception du concile, ce fut la suppression même des commendes qui y esl prescrite commeon le verra ; jar en France elles étaient toutes entre les nains du roi. Le lecteur peut encore se rap- «ler avec quelle force l'Empereur improuva a défense projetée par le concile d'appliluer les revenus des monastères déchus de eur ancienne discipline, à la fondation de îéoéGces d'autre nature.

13. Cela pourrait être plus que suffisant )Our réduire à sa juste valeur la pieuse rélexion de Soave; mais supposons a\ec lui [u'après une longue suite de siècles, ces tiens, convertis en commendes, s'écouleront lans le trésor delà cour romaine, je ne pense >as qu'on me fasse un crime de la répétition 'une défense péremptoirc, lorscue mon adersaire ne cesse de reproduire une objecon spécieuse, qui est comme le centre, mais n centre infernal d'où parlent tous ses "ails. Je voudrais que Soave m'eût appris ce u'est celte cour. C'est un trésor, c'est un îéâtre commun à la vertu, à la science et u mérite de tout chrétien qui Ycut s'enrôler >us la bannière cléricale, pour se vouerspéalcmenl au culte de Dieu et au service du rochain. Parmi ceux qui sont enrôlés dans 'Ue milice sainte, il n'en est aucun, s'il est >ué de qualités éminentes, qui n'ait quelque me sur ce théâtre, qui ne compose ce trét. Or, que l'on considère si le désordre endurait la société, troublerait le bonheur

(I) Liv. m, el.ap. 13-2.

14) Ghap. u.

(3) Ces misérables détracteurs de la religion ne nquent pas non plus de nos jours. Lisez la propo-

8T, condamnée dans la bulle dogmatique Aucttmfidei, de Pie VI souverain pontife actuellement 1 uant, et rapportée par lions à la fin de la noie qui

i\e dans ce même livre, chap. f>, n° 5, décr. 1 1 ,

des citoyens dès l'instant que plusieurs biens cesseraient d'être l'apanage de la naissance et de l'hérédité, pour devenir la récompensé du mérite par une distribution équitable? Quel mal engendrerait une semblable répartition de largesses? Peut-on s'en Ggurer le moindre? En tous cas, si ces biens ne sont pas toujours le prix du mérite, cela n'a-t-il pas lieu également pour l'hérédité? Quel mal encore arriverait depuis leur donation dans la dispensation des revenus? C'est que ces revenus ordinairement s'emploient moins à des œuvres pies qu'à enrichir des familles avec une licence toute séculière. Or les revenus qui proviennent des héritages sont ainsi généralement distribués. La cause spécieuse d'où découle tant d'envie et tant d'invectives contre les richesses ecclésiastiques, c'est qu'on se figure que l'Eglise et la cour romaine sont comme une même personne qui engloutit tous ses revenus sans avantage pour les autres; tandis qu'elle n'est que la dispensatrice de ce patrimoine qu'elle distribue de la manière qui peut être la plus profitable au monde chrétien.

14. Il finit en disant que les évéques, les théologiens et les ambassadeurs français, usant de la liberté de leur pa)s, ne cessaient, dans leur discours, de tout blâmer et de tourner en ridicule tous les actes du concile. Je pourrais répondre simplement que tout cela est faux, attendu qu'on ne nomme pas les personnes, et qu'on ne s'appuie point de citations lirées de leurs discours; mais je veux répondre avec la sincérité la plus entière. Il ne me paraît point incroyable que quelqu'un se soit porté à cet excès fâcheux, quand je vois que cela avait lieu même pendant la tenue du concile, où la satire trouvait de fréquentes occasions de s'exercer; ce qui ne manquera jamais d'arriver dans toute œuvre humaine de longue durée , et à laquelle concourent plusieurs centaines d'hommes si différents les uns des autres. Toute grande assemblée l'avouera, pour peu qu'elle veuille parler franchement ; quelque sages qu'en soient les membres, lors même qu'ils seraient tous du même pays, une fois exposés à la critique, que de passions n'y découvre-l-on pas, que de faiblesses ne voiton pas se mêler, tant dans les négociations que dans l'émission des sentiments 1 La primitive Eglise ne fut point exempte de ces taches, pas plus que les anciens conciles, pas plus que celui de Trente, comme je l'avoue sans dissimulation ; c'est que Dieu ne fait pas un miracle, en celte vie, pour changer les hommes en anges, mais il sait tirer des œuvres auxquelles ont concouru des hommes imparfaits, des biens immenses dont la perfection des anges serait incapable. De même il voulut laisser dans l'Evangile le témoignage de semblables défauts, de la part même du petit nombre des apôtres qu'il avait élus et qu'il avait éclairés par une instruction journalière. Outre cela, dans les travaux difficiles et de longuehaleine,on nepeut éviter on grand nombre d'inconvénients, qui arment moins par la faute des ouvriers qut»

par la difficulté de la matière. C'est pour celte raison que Michel-Ange, surnommé le divin, parce qu'il excellait dans la peinture et dans les deux autres arts qui lui donnent la main et sont presque inséparables, ne voulait pas qu'on le vît peindre ; car sa main quelquefois servait mal son pinceau ; il no réussissait pas toujours , et il lui arrivait de temps en temps d'effacer ce qui n'était pas bien exécuté. On ne doit considérer un ouvrage qu'après que l'ouvrier y a mis la dernière main : c'est alors seulement qu'il est pour son auteur une gloire ou une honte.

15. Je passerai sous silence ce que quelques personnes peu discrètes, peut-être même peu informées et peu véridiques , rapportent au sujet du concile. Il me suffit de savoir que dans toute la chrétienté, et surtout en France, il estdans une grande vénération. Les décrets doctrinaux y furent reçus par les catholiques avec autant de respect que des choses saintes. Il est vrai que les statuts sur la discipline souffrirent des difficultés , parce que quelques membres du conseil et du parlement les représentèrent comme préjudiciables aux privilèges du trône et de l'Eglise gallicane; néanmoins les évoques les ont imités autant qu'ils ont pu, dans les conciles provinciaux; et au moyen de cette imitation , l'Eglise de France s'est prodigieusement améliorée. Plusieurs années après le concile, le grand roi Henri II promit avec serment, au pontife Clément Vlll, de faire ce qui dépondrait de lui, pour que ce concile lût entièrement reçu dans ses Etats ; chose à laquelle ce prince généreux, et alors victorieux, ne se serait pas prêté, s'il avait réputé injustes ou nuisibles les constitutions dont il s'agissait. Maintenant si nous voulons connaître la vérité, par l'organe d'un des plus grands et des plus sages ministres qu'ait jamais eus la France, voyez les lettres imprimées du cardinal d'Ossat. Dans ses lettres, après s'être efforcé de persuader (1) au secrétaire Villeroy qu'il était convenable que le roi accomplît ce qu'il avait juré, il dit que le parlement aurait trouvé peu de chose, ou même rien à reprendre dans les décisions du concile, et que s'il s'y fût trouvé quelque chose, on eût pu y remédier facilement. Ensuite il manifesta librement au roi l'excuse dont il avait usé auprès de Sa Sainteté Clément VIII ; puis, dans deux lettres écrites au souverain pontile (2), au nom de Sa Majesté, il fait connaître la véritable cause de l'opposition que les règlements du conçue avaient rencontrée en France. Cette cause était, selon lui , que, dans le royaume, ce concile déplaisait au plus grand nombre, et surtout aux nobles , mais principalement aux hérétiques, qui devaient l'abhorrer naturellement , ensuite à tous les catholiques les plus puissants, c'està-dire aux parlements, aux chapitres et aux seigneurs, qui voyaient avec peine la défense qui leur était faite de posséder des bénéfices

(l)Le 15 février 1597.

Ci) Le 28 mars 1599 et le 25 auil 1600.

incompatibles , et la répression de cerlaîn abus ordonnée par le même concile. Voil ce que ce grand homme expose au pape, ai nom du roi. Il écrivit ensuite (1) au mèm Villeroy que, dans les statuts de Trente, i n'avait rien trouvé de contraire à l'autoril royale. Bien plus, il ne prit pas de dé tours (2) pour dire au roi qu'il y avait dan ces décrets beaucoup de choses favorables l'Eglise gallicane, et qu'il n'y en avait au cunc qui lui fût opposée, à moins qaon n voulût compter parmi les privilèges de IE glise gallicane la simonie, les vices et le mauvaises mœurs. Et il n'était pas le seul d ce sentiment : on sait avec quel zèle, dan les états-généraux de France, réunis à Pa ris en 1614, un autre ministre du roi, le car dinal du Perron , homme aussi éminent pa sa piété que par ses talents, travaillait à l'ac ceptation pleine et entière des canons d cette fameuse assemblée , de concert ave l'évéque de Luçon, connu depuis, après qui fut décoré de la pourpre, sous le nom d cardinal de Richelieu, et qui a ensuite m( rite une place distinguée parmi les grand hommes de la nation française.

16. Soave n'ose rien dire des Espagnols l'occasion de leur estime pour le coneik Cependant je neveux point omettre, au suj< de ce peuple , ce que rapporte un témoi oculaire, PierreFontidonio, théologien, do j'ai souvent fait mention. Dans sa réponse un ouvrage de Jean-Fabrice Monlani (î où ce dernier justifiait les hérétiques al mands sur leur refus de se rendre au conci il s'exprime ainsi : «Quant à votre accusa lion par laquelle vous prétendez que les Pè res du concile se conforment entièremei aux sentiments du pape, je voudrais t vous fussiez présent; car si vous pouv contempler la majesté de cet illustre séna si vous étiez à même de voir avec quelle berlé les Pères émettent leur opinion, cetteai lorilé du souverain pontife qu'ils révèrei et à laquelle ils se soumettent en tout au cas, combien ils la craignent peu, lorsqu s'agit de fermer les plaies de l'Eglise ; avi quelle force, avec quelle persévérance savent résister quand le besoin le demanc quand la dignité ou le salut de l'Eglise l'exig je ne doute pas que celte si sainte liberté vous arrachât du cœur l'opinion désava tageuse que vous avez conçue de leur con lance; je dis cela, bien que jusqu'alors n'aie pas vu le pontife refuser quelque cho aux Pères dans ce qui touche la restaur lion de l'Eglise. » Ainsi l'a attesté Fontid nio, confident intime du comte de Lune, < fit choix de ce fait pour remplir le discoi qu'il prononça quand il comparut sole nellement ; c'est pendant la tenue du con qu'il le manifesta, de sorte que s'il en eût autrement, il lui aurait fallu entendre auW de désapprobateurs qu'il y avait d'homn à Trente.

(1) Le dernier jour de mars 1599.

(2) Le 6 mai 1600.

(5) Imprimé à Louvain en 1567 avec d'autres é<

concernant le concile.

fiS!»

LIVUK VINGT

17. A celEspagnol je veux joindre un Portugais, homme aussi savant et aussi digne de foi. Diego Payva, théologien du roi Sébastien et auteur d'ouvrages dont nous avons eu occasion de louer le mérite, s'exprime ainsi dans un endroit (1) : «Tandis que j'étais au concile, je faisais souvent cette réflexion : quand même l'autorité du concile ne serait pas établie et confirmée par les promesses de Jésus-Christ, à la vue d'une recherche

j si active et si éclairée de la vérité , j'aurais volontiers souscrit à toutes ses définitions.» Je veux en dernier lieu opposer à Soave un témoignage qui ne lui est pas inconnu et qui

'prouve bien quelle estime ont conçue généralement les personnes sages pour le concile de Trente. Est-ce qu'il n'a pas vu dans la relation de l'ambassadeur de Venise , déjà cilée et du reste très-franche, que le concile 's'était tenu de telle sorte qu'il eût voulu que les hérétiques en eussent été témoins, pour qu'ils fussent couverts de confusion? Voilà des auteurs sur lesquels on peut s'appuyer, mieux que sur une opinion privée et peul- ?tre sur quelques bruits dénués de fondement ït propagés par le seul caquclage des comnères. Mais comme les bonnes lois ont plus l'admiraleurs que d'observateurs, nous alons passer de la narration des éloges accorlés verbalement au concile, à l'exécution ra'îl reçut réellement non plus en paroles, riais en œuvres, car les œuvres sont a la fois es louanges et des paroles qui ne trompent unais, et c'est par les œuvres que la suprême érilé a coutume de parler aux hommes.

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