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CHAPITRE XII

Modération du roi d'Epagne à l'occasion de la préséance accordée à l'ambassadeur français. — Par ses ordres le concile est reçu en Sicile et en Flandre. — Opposition qui, au rapport de Soave, eut lieu en Germent ie. — Instances de l'Empereur et des Bavarois pour l'usage du calice et pour d'autres dispenses des lois ecclésiastiques. — Concession

(1) Octobre 1564. L'original de celle dépêche e-a entre mes mains.

(2) Actes oonsistoriaux eu 5 août 1564.

(3) Acles con-istoriaux dû 15 avril 1565.

(ij Lettre du nonce au cardinal Borromée, écrite de Rrocovier en Dauphiné, le 23 juillet \16&.

faite a ce sujet par le pape, avec différentes même, le 2 juillet (1) , un décret où , après

conditions et limitations.— L'usage du ca- avoir parlé en termes honorables de l'Eglise

lice est reçu en Allemagne avec une grande

joie, mais ce fut sans aucun fruit. — Mort

de l'Empereur Ferdinand.— Honneurs que

le pape lui fait rendre. — Acceptation du

concile dans une grande partie des Etais

d'Allemagne.

1. D'après ce qui arrive ordinairement, que les promesses ne sont jamais effectuées selon l'attente générale, la préséance que le pape avait décernée ne trompa pas moins l'opinion d'un grand nombre sur le mécontentement des Espagnols, que sur la reconnaissance des Français. Le roi Philippe, à celte nouvelle, ne fit pas d'autre démonstration que de rappeler son ambassadeur. Le pape qui avait pour règle de ne jamais paraître offensé, quand l'acte était susceptible d'interprétations favorables , feignit de prendre cette conduite pour une satisfaction qui lui était faite; voici pourquoi (1). Le commandeur Requesens avait fait pendre et emprisonner, de son autorité privée, un certain Licenziato Sc^hivel. Pie IV fut si indigné contre l'auteur de cet attentat, que pendant un temps il lui avait refusé son audience, et que depuis la lui ayant rendue pour ne pas interrompre le cours des affaires publiques, il n'avait cependant plus traité avec lui que par l'intermédiaire du cardinal Pacheco. Ainsi on pouvait croire que le roi ne lui relirait son ambassade que parce qu'il avait cessé d'être propre à cet effet. C'est pour cela que dans l'assemblée consistorialc et dans les lettres que le pape lui-même écrivit au nonce, il ne voulut point considérer ce rappel comme une offense, mais comme une satisfaction. Néan-

catholique et du concile, il enjoignait a ses Etats d'Espagne de recevoir et de mettre en vigueur les règlements des Pères de Trente. Quinze jours après, il le fit recevoir en Sicile, pays qui, à cause de ses privilèges, avait donné des doutes à quelques-uns. Ensuite (2), dans une lettre écrite par lui à la duchesse de Parme, sa sœur, qui gouvernait la Flandre en son nom, on trouve ces paroles : « L'issue de celte affaire a été loin de répondre à ce qu'avaient droit d'en attendre la justice et la conduite affectueuse et prévenante de l'ambassadeur à l'égard du pontife; c'est ce qu m'a déterminé à le rappeler de Rome, oui ne pouvait plus rester avec dignité, et où après tout, nous ne pouvions plus par soi intermédiaire avoir aucune correspondant privée avec le pape. Quant aux affaires qu ont trait plus spécialement au maintien d< la religion , et aux hommages ainsi qu\ l'obéissance que nous devons au saint-siége devoirs auxquels nous ne porterons jamai la moindre atteinte, nous en avons remis 1 soin au cardinal François Pacheco, qui est I Rome le protecteur de notre royaume. » E: conséquence, ajoutait-il, elle aurait à s'en tendre avec lui pour tout ce qui aurait rapj port à l'élection des évêques ou aux autre intérêts de la religion , dont elle se gardera bien, sous quelque prétexte que ce soit, ralentir en rien la défense courageuse, so en empêchant la promulgation , soit en re tardant l'exécution du concile de Trente, duchesse de Parme lui ayant répondu qu'au dire des sénateurs il y avait dans concile quelques articles qui semblaient pr< judiciables aux droits des princes et au

moins, comme il n'ignorait pas qu'en pareil privjiéges des provinces, qu'ainsi il éta

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convenable de faire des exceptions dans promulgation, le roi répliqua ainsi (k) : « est contre ma volonté qu'on excepte la moi dre chose dans la promulgation du conci car je ne veux pas fournir à Rome un su de murmures, cette ville y est assez port naturellement; je ne veux pas non plus do ner cet exemple aux autres princes, toujou si attentifs à la conduite de l'Espagne. Qua aux droits du roi et des provinces, tout a l soigneusement examiné, lorsqu'il s'est a de publier le concile en Espagne où se troi vaient les mêmes difficultés ; mais comme n'en fit nul cas, puisqu'on promulga le co cile sans limitation aucune, réservant seul ment pour la pratique quelques légers ter péraments, mon intention bien formelle i qu'on en use de même en Flandre. Dans but, ce pays doitrecevoir une copie de la pi mulgation faite autrefois en Espagne, al que tous les peuples sur lesquels s'étfl notre sceptre , soient soumis à la mêf règle. »

cas, une dissimulation médiocre s'agrée coin me déférence, au lieu qu'une dissimulation excessive est regardée comme du mépris, il ne négligea pas de se justifier indirectement. Dans cette pensée il ajouta qu'il ne pouvait croire que c'était là le résultat d'un vrai mécontement de la part du roi à l'occasion de la préséance accordée aux Français dans la chapelle, car les raisons que nous avons déjà rapportées le persuadaient que Sa Majesté ne pouvait prendre cela pour une injure. Dans la lettre qu'il envoya au nonce, il dit entre autres choses qu'il ne serait point honorable pour le roi Philippe de vouloir une telle innovation au détriment d'un prince enfant et en butte à la mauvaise fortune ; que loin de lui disputer ce droit , il devrait au contraire remercier Dieu de le lui avoir accordé dans un tel état de choses. 2. Le roi d'Espagne comprit ces raisons, et bien que ce mécompte fût la cause réelle qui lui avait fait rappeler son ambassadeur, il ne voulut cependant point en tirer vengeance au détriment de la religion. Il fit

(1) Ce fait est rapporté dans une lettre du cardinal Borromée aux deux nonces d'Espagne, en date du 4er février ; dans celles des deux nonces au cardinal, du 5 mars 1561; et dans celle du pape au nonce d'Espagne, du fi décembre 1563.

(l)Ce décret se trouve dans les archives du tican.

(2) Du 6 aoûl 1564, dans le livre IV de l'HislJ de Flandre par Famien Slrada.

(5) Le 30 septembre 1564.

(4) Du 15 novembre.

3. Celle piélé du roi Philippe, unie à celle du roi Sébastien et des princes italiens, soumit au concile les pays occidentaux des deux mondes, une partie du Septentrion, les Indes orientales et beaucoup de pays d'Afrique ; cela autant que les décrets de Trente se trouvaient adaptés aux climats et à la disposition dos différentes églises.

k. Soave dit qu'en Allemagne personne, pas même les catholiques, ne tint compte des ordonnances disciplinaires; nous ferons voir en un instant la fausseté de cette assertion. Il rapporte ensuite différentes oppositions que l'on fit dans la dernière session contre i les décrets doctrinaux; elles se réduisent à i trois chefs, savoir : la trop grande brièveté dans la rédaction, l'obscurité qui en résulte, et quelques remarques particulières sur l'article des indulgences.

5. Au sujet du reproche de brièveté, si Soave s'était informé de l'usage suivi au barreau dans les procédures, on lui aurait répondu que le juge termine toujours d'un seul mot, par sa sentence, un procès dont les débats pourraient remplir trente volumes.

i Quoique dans les sessions précédentes, le concile ait donné l'explication de la doctrine, il n'était pas obligé d'en agir toujours ainsi, surtout lorsque la difficulté de la matière ne l'exigeait pas. Qu'on lise les actes du second concile d'Orange, si vénéré dans l'Eglise, on y verra définie en fort peu de lignes une matière plus vaste et plus ardue que celle des derniers décrets de Trente, qui, après tout, étaient moins des définitions nouvelles qu'une confirmation des anciennes, soit qu'elles aient été faites par d'autres conciles, soit qu'elles fussent l'ouvrage de celui-ci même,

idans d'autres sessions; la preuve en est alléguée à l'endroit où sont rapportés les décrets.

6. Pour ce qui est de l'obscurité, il me suffira de répondre que tandis qu'il y a parmi les théologiens , comme il arrive ordinairement, divergence d'opinion au sujet de l'intelligence des canons précédents, on voit qu'il y a à peine entre eux la moindre dissidence sur ceux de la vingt-quatrième session ; de là on peut juger si les nuages que Soave prétend y avoir aperçus sont dans l'objet ou dans ses yeux. Seules, les- indulgences n'avaient point reçu de définitions bien expresses des conciles antérieurs ; mais il suffisait, pour qu'elles fussent approuvées en général, de deux bulles pontificales, sans y comprendre celle de Léon X contre Luther et sans parler de l'antique usage de l'Eglise. Presque tout ce qui est dit ici contre la définition des indulgences, nous l'avons déjà réfuté dans notre second livre, où Soave en parle déjà sur le même ton, ajoutant que l'examen en avait été fait dans le temps d'Adrien. Pour ne point me répéter, je ne ferai que répondre très-brièvement à ce qu'il y a de nouveau dans les objections. D'abord je ne prétends pas nier que l'usage des indulgences ait été pendant longtemps moins commun dans l'Eglise; mais en disant qu'il faut l'evcniràla sévérité antique, le concile n'en-

tend pas, comme Soave voudrait le faire croire, qu'il faille y revenir pour tout; il veut seulement que la facilité à les accorder, devenue abusive, soit restreinte selon le besoin, les époques et les localités. D'ailleurs, comme il n'est pas facile de remettre aujourd'hui en vigueur la multitude des pénitences canoniques, par les raisons que Soave luimême a rapportées, il faut avoir recours à un nouveau moyen pour conduire les âmes sur la route du salut ; et certes, l'expérience apprend bien que le désir de gagner des indulgences est un attrait doux et puissant pour porter les fidèles à faire des œuvres pieuses, sans que pour cela, si elles sont discrètes et modérées, elles en deviennent moins ferventes, moins empressées à satisfaire à Dieu par d'autres œuvres pour expier leurs fautes passées ; car ainsi que nous l'avons déjà fait observer en son lieu , les hommes étant toujours incertains s'ils ont véritablement gagné les indulgences, ils ne laisseront pas pour cela de se rendre industrieux pour assurer leur salut, et n'omettront à cet effet aucune œuvre salutaire ou satisfactoire. D'un autre côté, les pratiques prescrites pour gagner les indulgences sont très-propres à augmenter la piélé, et c'est déjà beaucoup d'en avoir contraclé l'habitude; c'est là ce que nous apprend l'expérience de tous les jours. La facilité où l'on est de gagner des indulgences plénièrcs rend encore moins pénible le ministère du confesseur, car elles délivrent souvent des scrupules qui naissent au sujet de l'infériorité des pénitences relativement à l'espèce du péché; cette mitigation est néanmoins généralement, eu égard à la faiblesse du pénitent, l'unique moyen à employer pour ne pas le rebuter et le détourner de recourir au sacrement. Et puis, ne serait-ce pas imposer au confesseur une bien dure obligation que de vouloir qu'il sût toujours discerner avec justesse si son pénitent est disposé à recevoir une pénitence proportionnée à ses fautes? Telles sont les raisons qui ont engagé les souverains pontifes à distribuer les indulgences avec plus de libéralité que ne le fit la primitive Eglise; et il ne reste nul doute sur l'intention des Pères à ce sujet.

7. Soave s'efforce ici d'appuyer un autre corollaire dont nous laisserons sans réponse les inepties et les ridicules. D'après lui , en déclarant que la trop grande facilité de gagner des indulgences énervait la discipline, le concile fait l'aveu qu'elles ne peuvent remettre que les pénitences extérieures , de telle sorte qu'elles n'appartiennent pas à la conscience et ne délivrent nullement de la peine due à la coulpc. Cette proposition est boiteuse des deux jambes ; elle pèche et par le côté logique , et par le côté théologique , c'est une chose évidente. L'argument est ainsi posé : les indulgences délivrent de la pénitence canonique; donc elles ne délivrent que de cela seulement. Qui ne reconnaît pas là un manque de logique , un défaut dans la forme ? Abordons maintenant le vice théologique, c'est-à-dire celui de la matière. Saint

HIST01KE IHJ CONCILK DE TKK.NTK.

Thomas , d'après ses principes, tirerait d'un pareil syllogisme une conséquence tout opposée : les indulgences délivrent de la pénitence canonique extérieure, ce qu'elles ne sauraient faire si elles ne délivraient pas en même temps de la peine à subir clans le purgatoire, en compensation de laquelle ces pénitences canoniques sont imposées ; autrement, elles laisseraient le mal , enlèveraient la médecine et ne seraient que nuisibles: doue elles délivrent également des peines du purgatoire (1). Ce n'est qu'en faisant violence aux paroles du concile, rapportées plus haut, qu'on peut conclure que les indùlgen'c'c's délivrent de la peine canonique cxlérieure, plutôt que de la peine sacramentel!-. Lors même qu'elles ne délivreraient

sage du calice, le mariage des prêtres, et d'autres exemptions des lois ecclésiastiques. Mais comment accorder ce récit avec ce qu'il avait dit à ee sujet dans le dessein d'avilir l'autorilé pontificale, savoir : qu'après que le concile eut renvoyé au pape l'affaire de la concession du calice, l'Empereur ne renouvela plus ses instances, parce que le peuple ne la voulait obtenir que du concile et non du pape? Ainsi, Suave a trouvé le moyen do prouver évidemment qu'il ne ment pas toujours En effet, si de deux contradictoires, il y en a une de vraie nécessairement, ce privilège, il peut le revendiquer pour ses deux propositions : il y en a une qui est conforme à la vérité. Mais comme le mensonge, son enfant de prédilection, eut toujours la

que de celte dernière, ce que dit le concile première place dans ses écrits, il suit de là

serait encore vérifié , savoir : que la trop qUe ja vérité ne se trouve que dans ce qu'il

grande facilité de gagner des indulgentes raconte en second lieu. Le premier jour de

énerverait la discipline ecclésiastique, main- mars, le pape se plaignit, dans un consis-

tenuc par l'usage des œuvres pieuses et sa- toire (1), du malheur des temps, qui donnait

lisfacloircs , qui , enjointes par les confes- matière à de semblables demandes, et il dé-

seurs , servent à mortifier les passions , et a pUta quelqu'un pour examiner l'affaire,

rendre le pénitent plus attentif à ne plus Soaveignore ensuite que l'on accorda l'usage

retomber à l'avenir dans le péché. Gela une du calice, avec quelques conditions et limi-

fois admis , je ne pense pas qu'il soit néces- tations, que le pape fit connaître aux cardi-

saire de prouver que les indulgences affran- naux dans le consistoire du 14 juillet (2),

chissent de la pénitence sacramentelle , par qUG l'empereur Ferdinand, alors dans un

là même qu'elles délivrent de la peine du état désespéré, avait très-instamment pos-

purgatoire , pour l'abolition de laquelle cette t ulé celle faveur pour l'Allemagne et ses

pénitence a élé instituée (2). Etats héréditaires, et cela de l'avis des évê-

8. Le même auteur raconte ensuite que ques, des électeurs ecclésiastiques et des

l'Empereur ainsi que l'ambassadeur bava- princes catholiques, en déclarant que si on

rois , demandèrent très-instamment au pape pour la satisfaction des catholiques , l'u-

(i) Il ne faut pas oublier qu'il y a en matière d'indulgences plusieurs erreurs récemment proscrites par l'Eglise dans là constitution Auctorem fictei de I ie VI, qui, parmi les propositions du synode dé Pistoie condamnées, a déclaré en premier lieu « f.il>a, temeraiia, Chrisli meritis injuriosa, dudum in ariicnlo 17 Lntberi damnata, » la proposition M ains: conçue : < Propositio asserens indulgemiam secunduin suam pnecisam notionem, aliud non esse quam remissionem partis ejus pœuiienliu;, quae per èaijoiiesslatuta eral peecunii : > comme si, selon les enseignements de celte même infaillible Eglise au lieu cité : < Indulgentiam prater inulam remissionem pœna; canonicc non eliam valeal ad remissinnem pœna; temporalis pro pp.ee» lis aciualibns débita? apud «livinam juslitiam. » La proposition 41 qui la suit, a été également réprouvée; eile est ainsi conçue . « Iiem in co quod subdilur, scbolaslicos suis subiilitatibus invenisse thesauium maie iutelleciuin meriloruni Chrisli et sanciorum, et clar;e nolionis absolutioiiis a pœna canonica substituisse confusam et falsam applicalioius merilorum, quasi tbesauii Ecclcsire unde papa dal indulgentias, non sint mérita Cbristi et sanciorum : i c'est pourquoi il conclut ce qui suit : < Falsa , temeraiia, Chrisli et sanciorum meritis injuriosa, dudum in arliculo 19 Lulberi damnai , (Note de Zaccuria.)

(i) Tout ce qui appartient non -seulement au dogme du purgatoire et des indulgences, mais encore à celui des mésSCs privées, est soutenu avec un raie talent et une grande érudition , au ciiap. im, t. H, du livre dont l'ai parlé avec éloge, el qui est hviittilé : Réfutation des erreurs el des calomnies contre f Eglise el la souveraineté, de l'année 1794.

(.Note de Zaccuria.)

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