DISCUSSION DES MOTIFS
«Il est pareillement beau, pour ce souverain, de pouvoir, par la distribution de cent six évêchés , quatorze archevêchés , six ou sept cents abbayes et tout autant de prieurés, acquitter ses dettes sans délier les cordons de sa bourse, donner des récompenses, marier des dames, et graliûer les seigneurs. Les choses en sont venues au point que l'on fait publiquement, à cette cour, commerce d'évéchés et d'abbayes tout comme si celait du poivre ou de la canelle. Il est rare que la collation d'un de ces bénéfices ne donne beaucoup à gagner à celui qui le fait connaître, à celui qui l'oblient, à celui qui le reçoit et au courtier qui s'en occupe, du ne peut pas dire que ces abus soient ignorés ; car ils sont tellement publics qu'il n'est personne qui ne crie et ne dise que c'est de là qu'est venu le mal. Plusieurs l'ois la reine a manifesté la volonté d'attendre trois mois avant de pourvoir à aucun bénéfice vacant, afin d'avoir 1-e temps d'y penser et de choisi*' des personnes dignes. Mais rien n'a été fait. On les confère le plus souvent avant qu'ils soient vacants. Ainsi, de mou temps, quelqu'un eut beaucoup de peine à persua .cv qu'il ét;;ii vivant. »
Il y avait un peu plus de pudeur à Rome, mais au fond les choses ne s'y passaient pas autrement.
14. La levée des dîmes, le recouvrement des censés et des autres revenus de l'Eglise, produisaient un mécontentement général, et souvent d'autant mieux motivé, que les impôts, arrachés aux besoins du pauvre, devaient profiter à des hommes qui étaient déjà dans l'abondance et dont on ne relirait, pour l'ordinaire, aucune espèce de service.
15. La superstition , compagne inséparable de l'ignorance, avait, en certains lieux, ajouté au ; ulte pur et simple de la religion chrétienne des pratiques inutiles, que l'Eglise désavouait hautement, mais qu'elle n'avait jamais pu détruire.
16. Une crédulité pieuse, mais trop peu éclairée , avait recueilli avec beaucoup de respect des légendes populaires, qui ne méritaient, !-oas aucun rapport, la confiance qu'on :e ;r accordait.
17. Tel était malheureusement l'état des choses, lorsque Luther en Allemagne, Calvin en France, Zwingle en Suisse, et Henri VIII en Angleterre, s'en servirent pour attaquer la puissance ecclésiastique et la renverser.
18. Us représentèrent aux princes chrétiens qu'ils avaient tort de rester plus longtemps sous le joug d'une autorité qui devait, au contraire, pl'cr sous le leur. Us leur offrirent, à titre de restitution, les dépouilles du clergé, en môme temps qu'ils offraient à la noblesse l'abaissement d'une classe qui
volerc slare lie mesi prima che dir. via aleuna chiesa vacante* per aver tempe di pensarvisnpra eddeggere personne sniTicicnii; nia sono slale Lutte parole. Ànzi pel il più sqiio ennferite quasi prima die siano vaeaie;ed al mio tempo qualem.o lia aviuofatica grande m far t-redee eheegli fos&e vivo. » [Relui, dm Ainb. vénil., I. u, p. 152.)
l'offusquait; à la bourgeoisie, aux gens ce véables et aux vassaux de l'Eglise l'affrai chissement de tous cens et redevances ; ai personnes pieuses, la suppression des ab et le retour de la ferveur primitive ; aux 1 bertins, l'abolition de toutes les lois eccl siasliques qui contrariaient leurs vices mettaient obstacle à leurs plaisirs.
19. Ces prédications , faites en quelqi sorte simultanément dans toutes les parti de l'Europe , ébranlèrent la religion chr tienne jusque dans ses fondements, et enl vèrent d'un seul coup, à l'Eglise, tous cet d'entre ses enfants dont la foi était chanc lanle.
20. Plusieurs princes d'Allemagne se d clarèrent hautement les protecteurs des no velles doctrines. Gustave Wasa s'en sen pour établir et consolider son règne en Suèi et en Danemark. Henri VIII imposa 1 siennes aux îles britanniques. La cour i Navarre accueillit avec empressement 1 calvinistes. Celle de France les favorisait s crètement (1). « Quant à la religion, dis; en 15G2, Jean Michiel, autre ambassadei de Venise, eu France, Votre Sérénité s< que, si Dieu n'y pourvoit, et n'y met !a mai les choses sont dans le plus mauvais ét.;l parce qu'il n'y a pas de province qui soit i1, fectée au point que le sont quelques-une telles que la Normandie, et presque tou Bretagne, la Touraine, le Poitou, la Ga gne,une grande partie du Languedoc Dauphiué, de la Provence, comme aussi la Champagne, c'est-à-dire les trois qua du royaume.... Cette contagion a fait tan progrès qu'elle a atteint toutes sortesdept sonnes, et, ce qui paraîtra étrange, même ecclésiastiques, je ne dis pas seulemen prêtres, les religieux et les religieuses, at du qu'il y a peu de monastères qui ne soi
(1) i Qnanto diinque alla religione, vostra
renita sappi che, se Dio vi provede e vi metu niani), le cosc suno ridollo in malissimo lermi perche non c piovincia e!ie non sia contamiii anzi vi ne sono sdetiue conte la Normandia, e i| tulia la Bertagna, la Torrena, il Poiiri, la Guascoj e grau parle di Linguadoca, del Delflnato et di J venza, e cosi di campagna clie vuol dir li ire qr
nel regno E lanto e penelraia immanzi qu
conlasione, che ha Abbracialo ogni sorte di pers< e qnello clie parra da strano eliam le ecclesiasli' non dico solamenle preti, frati c monacliie che triiisicamenie poclii monaslerii sono clie non s corolti, ma li vescovi, e niolti delli principali prel Ancorche cslerionnente non si vegga Un' ora facqj inulazione, c (in qnio per causa délie rigorose tl cuzioni non si sian mosirali altri che génie popull che, dalla vila im poi, baiino avmo poco alirol perdere, dove gli altri di niaggiar cmidizioneJ pâma délia perdila de béni insieme cou la viia, r andaii un poco più risservaii; ma inlrinsicad vosira serenita sappi che dalla plèbe e populol mito in poî clie e quelle clie si vide. Certd cou l'ervenzia <; devozione nequontar le cliiese, e cl nuar li rili catlolid lutii gli altri ban nome d'I coniaminulissimi, e li nolii'i più che gli allri, I cialmenle quelli clie sono da quaranla aimi o b-\ clie se bene molli di loro non icsiano d'andaij messa e di far esteriornenta quelle cose (die laul callolici uuo e per apparenza o per paura. » (Iielat. des Amb. véuit., t. I, pag. 4li-
SECT. I. CONSIDEKATIONS GENERALES.
pas intérieurement corrompus, mais encore les évêques et un grand nombre des principaux prélats; bien qu'à l'extérieur ii n'y ait encore apparence de changement, et que, à raison de la rigueur des poursuites, nulles autres personnes ne se soient montrées que des gens du peuple qui , à part la vie, n'ont pas beaucoup d'autres choses à perdre. Ceux d'un rang plus élevé, craignant pour leurs biens en même temps que pour leur vie, sont un peu plus réservés. Mais Votre Sérénité saura que, excepté ceux d'entre le peuple et la plus basse classe que l'on voit fréquenter les églises avec beaucoup de ferveur et de dévotion et continuer de vivre ca- Iholiquemcnt, tous les autres passent pour être profondément infectés , et les nobles en particulier, surtout ceux de quarante ans et au-dessous. Si bon nombre d'entre eux ne
22. La plupart des evéques français, espagnols et allemands appartenaient à la cour pour le moins autant qu'à l'Eglise. Marc- Antoine Barbaro , nouvel ambassadeur de Venise en France, disait même en 15G3, qu'on avait donné les évéehés, les abbayes et toutes les charges aux nouveaux sectaires (1). 11 devait donc y avoir à Trente, et il y avait en effet des Pères qui étaient favorables aux nouvelles doctrines, et d'antres n'auraient pas été lâchés de pouvoir concilier les devoirs de leur et,:t avec les ô; du prince qui les avait choisis et députés au concile.
2-3. Quelques-uns d'entre eux étaient probablement venus avec des opinions d< \ faites, avec des projets de conciliation d : arrêtés.