‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 18 sur 373 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

Discours du cardinal de Lorraine, et nouvelle formule de canons proposée par lui. — Sentiments des autres Français. — Diversité d'opinions â l'égard d'une autre proposition du cardinal.

1. La veille du jour où l'on apprit la mort du roi de Navarre, le cardinal de Lorraine (3) avait, contre l'attente générale, exposé son sentiment dans l'assemblée. La raison pour laquelle il se détermina à devancer ainsi l'époque qu'il semblait s'être prescrite, et à ne pas attendre que tous les prélats des autres nations eussent donné leur avis , c'est que, pendant le cours de cet hiver, il était pris , par intervalle , d'un rhume qui altérait

(1) Lclire de Gualiieri au cardinal Borromée, 6 décembre 1562.

(2) Leilre des légats au cardinal Borromée, 6 et 7 décembre 1562.

("») Lettre de.s légats au cardinal Borromée, G décembre, ci do Foscarari à Morone, 7 décem. 1562.

singulièrement en lui l'organe de la voix : se sentant donc libre pour le moment, il ne voulut pas différer davantage à mettre en exercice cette parole dont il ne pouvait plus disposer à son gré. Il avait eu, à celte époque, beaucoup d'entretiens familiers avec le cardinal Seripandi (1), à l'instigation de Gualiieri. L'évêquc de Viterbe n'ignorait pas que le cardinal de Lorraine accordait à ce légat plus qu'à tous les autres , sous le rapport des connaissances théologiques, de même qu'il donnait la première place, dans son estime et dans son affection au cardinal de Mantoue; et il espérait que Seripandi, après l'avoir fait revenir de certains principes et de certains paradoxes qu'il avait puisés dans les écoles, l'amènerait facilement au parti des Italiens, d'autant plus que le prélat français semblait désirer le bien et qu'il se verrait forcé de céder à l'influence du talent En effet, Seripandi était, à cet égard, supérieur au cardinal de Lorraine. Ce dernier, élevé au sein de l'opulence, avait, au jugement de quelques-uns, plus d'éclat dans l'imagination que de puissance dans la pensée. Toujours clair dans l'exposition d'un sujet, toujours éloquent dans le développement des preuves, toujours, large et toujours fécond jusqu'aux dernières conséquences , ces brillantes qualités , jointes à la splendeur de la naissance et de la fortune , et au charme irrésistible qui s'attache à la grâce et à la po- Iitessedes formes, ne pouvaientmanquerd'acquérir à celui qui les possédait la réputation d'un savant extraordinaire ; et celte célébrité était désormais assurée au cardinal de Lorraine, ainsi que l'admiration générale qui en est la suite. Mais il devait quelque chose, de l'une et de l'autre, à la médiocrité, à la bienveillance et aux louanges intéressées d'une partie de ses admirateurs; car si l'on s'en rapporte à quelques témoignages, celui qui savait et voulait mesurer la profondeur véritable de ses connaissances, trouvait peu d'espace entre la superficie et le fond; et il était facile de s'apercevoir que les soins excessifs qu'on avait eus de son éducation comme prince, et que la vie trop extérieure qu'il menait comme favori, ne lui avaient jamais permis cette assiduité d'étude et d'exercice, sans laquelle on ne peut devenir maître en fait de science, bien que d'ailleurs on en exerce l'autorité.

Le discours du cardinal dura environ deux heures, et l'orateur obtint un des plus beaux triomphes de l'éloquence , je veux dire qu'il parut beaucoup moins long qu'il ne le fut eu effet. 11 parla avec majesté, avec abondance, avec érudition. Les Pères, dit-il en commençant, ne pouvaient traiter aucune matière (2) qui fût plus en rapport avec les besoins de la religion chrétienne que le sacrement de l'ordre. Ils s'étaient en vain fatigués à dresser des décrets sur les choses saintes , si on demeurait dans le doute à l'égard du minis-

(1) Lettre de Gualiieri au cardinal Borromée, 5 décembre 1562.

(2) Acies de Puleolto et archives du Château.

tre légitime des sacrements. Leur premier soin devait être d'interdire aux ravisseurs l'entrée du bercail de Jésus-Christ, et c'était parce qu'on avait négligé ce soin qu'on voyait alors régner tant de (roubles dans l'Eglise. Il aurait bien désiré, ajouta-t-il, que tandis qu'on examinait la question de l'ordre , on ne se laissât entraîner à rien qui sentît le désordre.

d'oublier. 11 se montra d'abord très-satisfait de voir cet article défini avec clarté cl de manière à ce que ni les catholiques ni les hérétiques ne pussent élever une seule difficulté sur la pensée véritable du concile. Il n'avait jamais approuvé, dit-il, les expressions de droit divin, parce qu'elles étaient de nature à occasionner au sein de l'Eglise d'interminables débats. On ne pensait point à révoquer en doute celle vérité, que le pouvoir

2. De là, passant aux chapitres de la doctrine il n'aporouva pas ce qui était dit dans de 1 ordre qui réside dans les eveques vient le nrêmior • que, dans toute loi , l'existence immédiatement de Dieu , puisqu'on lit dans

des prêtres s'était liée au sacrifice. Ce tait n'avait pas, selon lui, une entière certitude. Sous la loi de nature, tous les premiers-nés étaient prêtres ; car saint Paul, dans l'Epître aux Hébreux , fait un crime à Esaii d'avoir vendu son droit d'aînesse, ce qui n'était une profanation qu'en tant que ce droit imph-

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, puisq l'Ecriture , à l'endroit de l'ordination des apôtres : Recevez le Saint-Esprit, et que l'esprit de Dieu ne peut être donné que par Dieu. Mais aussi bien fallait-il reconnaître que le pouvoir de la juridiction est conféré à l'Eglise tout entière également par Dieu. Car il ne dépend pas de l'Eglise qu'elle ne

proianation qu en ïam que tu mun. i.uP. ~«. .. ..- -«^..v. r~- — -D-~- ,-- - -

auait le droit du sacerdoce. Cependant tous soit point régie par un pape et par des eve-

les premiers-nés n'offraient pas alors de sa- ques ; elle n'est pas libre de s ériger en gou-

crjfilccs reniement aristocratique ou populaire ;

Il blâma pareillement (et Antoine Augus- mais elle est obligée de vivre sous le régime

tin l'avait blâmé avant lui) le nom de con- d'une monarchie , c est-a-dire de se soumetservateur dont on se servait en cet endroit, il trouvait que ce terme était trop recherché

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tre à un pontife universel et à des évêques particuliers. Et celte forme de constitution

et qu'il ne présentait qu'un sens vague et indéterminé. D'ailleurs on ne voyait pas que les anciens Pères l'eussent jamais employé pour exprimer l'idée de Sauveur {\). L'Eglise, disait-il encore , est une matrone pudique, et elle rejette bien loin d'elle tous ces ornements affectés qui ressemblent aux folles parures des courtisanes.

tire son origine immédiatement de Dieu. Or ce qui est vrai à l'égard de l'Eglise en général ne l'est pas moins à l'égard de chaque évêque en particulier ; puisque chaque évêque possède une partie de celte juridiction, laquelle , en tant qu'elle est surnaturelle , dérive de Dieu sans intermédiaire, le surnaturel ne pouvant être produit par les hom

'îuTDarut en" outre que dans le troisième mes: et telle est la juridiction qui s'exerce

—- au tribunal de la pénitence. Le n était pas a

chapitre, où l'on traitait des choses néces saires au sacrement de l'ordre, on ne devait pas se servir des expressions de matière et de forme ; non pas que la matière el la forme ne fussent en effet nécessaires , mais parce que la matière de ce sacrement ne saurait être facilement déterminée. D'un autre côlé, il désirait que l'on parlât de l'imposition des mains, dont il est souvent fait mention dans l'Ancien Testament, et plus souvent encore dans le Nouveau. Pour tous ces points, son sentiment fut approuvé et suiri. Seulement, à l'égard du dernier article , comme on ne roulait pas déclarer formellement que l'imposition des mains est une condition essentielle, on chosit des termes plus généraux, ceux de paroles et de signes, pour exprimer les parties intégrantes nécessaires à l'ordination sacramentelle. Mais on ne passa pas, pour cela , sous silence l'imposition des mains; et même, on cita, dans le décret, les paroles de saint Paul à Timothée (2) : Admor.eo te ut resuscites gratiam Dei quœ est in te per impositioncm manuum.

3. Continuant à suivre l'ordre des chapitres dogmatiques , il arriva bientôt au cinquième et se trouva naturellement amené à la question principale, qu'il n'avait garde

(1) Pour la différence de sens entre ces deux mots, sauveur et conservateur, ou peut voir Paul Manulius, Cl Jules Négri, dans ses Ascétiques.

(2) La seconde Eniirc à Timotliee, chapitre 1er.

dire , pour cela , que le pouvoir des évêques fût égal à celui du pape. On ne devait rien tant avoir a cœur que de défendre avec courage l'unité et la primauté du siège apostolique, dans un temps où l'on voyait acharnés à sa ruine tous les ennemis de la foi catholique. Leurs sectes étaient innombrables : luthériens, calvinistes, zwingliens, anabaptistes et tant d'autres; et voilà que tous, malgré la diversité de leurs croyances, se réunissaient en un corps formidable et marchaient sous le même étendard , animés du même désir, celui de renverser le trône pontifical, celte sublime colonne qui supporte, à elle seule, tout l'édifice de I Eglise. Leur infatigable persévérance à troubler le royaume de Jésus Christ sur la terre était figurée par la para bole de l'Evangile qui représente le loiarmé veillant sans cesse aux portes de soi palais, pour en interdire l'entrée à ses eune-

mis En soutenant donc que la juridiction

des évêques vient immédiatement de Dieu qui la confère à son Eglise , on ne diminuai nullement l'autorité du souverain ponlile comme l'avait fort bien remarqué le cardina Polusdans un de ses ouvrages. La juruiic-" tion du chef de l'Eglise est universelle, et : lui seul appartient le droit de l'exercer su tout le corps et sur tous les membres , e ceia, en appelant, en élisant, en déposant en envoyant; de telle sorte que tous cein qui sont élus et envoyés par Dieu, le son par l'intermédiaire du souverain pontife. L

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