‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 19 sur 373 · LIVRE DIX-NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEUVIEME

même cardinal Polus avait cité, à l'appui de celte doctrine , les exemples les plus frappants et les plus capables de convaincre. Ainsi lorsqu'on apprenait que, dans des pays éloignés, un évêque était élevé à celte di- Ignilé par le métropolitain, il ne fallait jamais perdre de vue que cela se faisait, ou d'après les constitutions des apôtres, ou par un décret d'un concile légitime, ou par un privilège des papes; mais toujours en vertu du consentement exprès ou tacite du siège pontifical. Autrement la notion de l'autorité serait anéantie. Ces principes avaient reçu leur application dans tous les évêques, excepté dans les apôtres, qui furent élus par Jésus-Christ seul. Et ces paroles de saint Paul que l'on objectait : Paulus... non ab hominibus, neque per hominem, venaient au contraire confirmer son sentiment; puisque l'Apôtre en disant : Pour moi je n'ai pas reçu mon pouvoir par le moyen d'un homme, donne assez à entendre que les autres sont appelés par l'intermédiaire d'un homme, c'est-à-dire du souverain pontife. La juridiction dérive donc de Dieu, il est vrai ; mais elle est exercée par le chef de l'Eglise sur une matière qui lui est soumise et qu'il assigne à d'autres matières, qu'il peut ôter ou restreindre, selon qu'il le juge convenable. Et il est évident que cette juridiction ne résulte pas de l'ordre: premièrement, parce que le chapitre en use pendant la vacance du siège et fulmine les excommunications : secondement, parce qu'elle ne pourrait pas, dans cette hypothèse, passer aux mains du vicaire, qui n'a point reçu l'ordre épiscopal : troisièmement, parcequ'il ne serait pas permis d'appeler de l'évêque à l'archevêque, le rang et la prééminence des archevêques n'étant que de pur droit humain. Le papeest doncmaîlre absolu de la juridiction, et il peut la modérer à son gré ; cependant il faut qu'il use de ce droit, selon l'enseignement de l'Apôtre, pour édifier et non pour détruire... mais on devait désormais couper court à ces discussions sans Gn, et s'occuper exclusivement de définir ce qui est nécessaire pour constituer les véritables ministres de l'Eglise.

k. Après avoir passé en revue les chapitres de la doctrine, il arriva aux canons et dit qu'il n'approuvait pas l'expression de principauté sacrée dont on s'était servi dans le sixième. Il désirait que l'on conservât le terme de hiérarchie , qui revêt la même idée d'une couleur plus modeste. D'ailleurs, celte detnière dénomination, employée en grec par saint Denys, avait toujours été depuis en usage dans la langue de l'Eglise latine ; il invoqua donc encore en sa faveur le privilège de la perpétuité. Enfin, il proposa, pour le septième canon , celte formule qu'il avait communiquée aux légats quelque temps auparavant dans un entretien particulier : Si quelqu'un dit que les évêques ne sont pas ms~ lilués par Jésus Christ dans l'Eglise, ou que, ]><ir la sainte ordination, ils ne sont pas supérieurs aux simples prêtres, qu'il soit excommunié !

Outre ce canon assez court, il en proposa deux autres plus étendus (1) ( mais non pas dans celte congrégation, autant qu'il m'est permis d'en juger ). Ces deux nouveaux canons avaient pour but d'établir et de faire regarder comme établies par Dieu lui-même, d'une part, l'éminente dignité des évêques et leur supériorité sur les prêtres, et d'autre part, la prééminence du pape et sa supériorité sur les évêques. Le premier condamnait quiconque dirait que les évêques ne sont pas institues par Jésus-Christ dans l'Eglise, ou que, par leur ordination, ils ne sont pas audessus des prêtres ; qu'ils n'ont pas le pouvoir d'ordonner, ou que s'ils ont ce pouvoir, ils ne font que le partager avec les prêtres; ou que les ordres conférés par eux sans le consentement et l'élection du peuple ne sont d'aucune valeur. L'autre frappait d'analhème celui qui oserait dire que Pierre n'a pas été, par l'institution de Jésus-Christ, le premier d'entre les apôtres et le vicaire suprême de son divin Maître; qu'il n'est pas nécessaire qu'il y ait, dans l'Eglise, un souverain pontife successeur de Pierre et qui possède au même degré que lui l'autorité du gouvernement ; enfin, que les successeurs légitimes de ce même Pierre sur le siège romain n'ont pas eu jusqu'au temps présent, le droit de la primauté dans l'Eglise.

5. Les autres Français parlèrent après le cardinal (2), et beaucoup d'entre eux déclarèrent qu'ils se rangeaient à son sentiment, sans vouloir en dire davantage. Il s'en trouva cependant qui favorisèrent l'opinion des Espagnols. Parmi ceux-ci, et au premier rang , fut François Beaucairc , évêque de Metz, auteur d'une histoire remarquable par l'élévation des pensées, ce qui nous a sonvent donné occasion de parler de cette œuvre avec éloges. Il dit que plusieurs mesuraient la puissance intrinsèque du pape sur l'étendue de sa domination extérieure, et que, comme le monde chrétien était immense, il s'ensuivait, d'après leur calcul, que la puissance du souverain pontife participait de celle immensité : tellement que les évêques qu'il appelait in partem soliieitudinis, ne recevaient de lui qu'une autorité d'emprunt et une charge tout à fait précaire ; que les choses lui paraissaient bien différentes dans la réalité, puisque les évêques étaient les successeurs des apôtres, et que ceux-ci furent élus par Jésus-Christ, sans en excepter saint Matthias, à l'égard de qui le sort ne fit que manifester le choix de la volonté divine; que les évêques avaient, par conséquent, leurs fonctions propres en dehors de la délégation du souverain pontife; que, quant au terme de plénitude de puissance sur lequel un grand nombre de prélats s'appuyaient, il l'expliquait dans le même sens que saint Chrysoslome expliquait le terme de plénitude de grâce ; car, comme il était évident que celte dernière plénitude avait

(l)Lcllro. île Foscarari, que nous avons déjà Citée , el acies de Paleollo.

{-!) Actes de Paleollo ; lettre de Foscarari ; autre lettre de l'archevêque de Zara, 7 décembre 15l>2.

été différente en Jésus-Christ, dans la sainte Vierge, dans les apôtres et dans tous les autres saints, selon la diversité des sujets, ainsi la plénitude de la puissance était restreinte dans le pape par certaines bornes. Mais Beaucaire ne s'apercevait pas qu'en parlant de la sorte, il dépassait lui-même de beaucoup les bornes.

6. Le bruit s'était répandu que leveque avait été le précepteur du cardinal (1). Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il existait entre l'un et l'autre une union intime jusqu'à la familiarité ; ce qu'il y a de sûr encore, c'est que Beaucaire devait au cardinal le poste éminent qu'il occupait alors. Ces différentes raisons les firent soupçonner d'agir de concert; et on alla jusqu'à dire que le disciple n'écrivait qu'un texte obscur, et que le maître répandait ensuite sur cette matière informe les clartés de sa brillante exégèse. Mais le cardinal, ayant été informé de ces bruits, dit à Guallieri qu'il n'avait jamais (2) été l'élève de Beaucaire. Il ajouta qu'il le connaissait pour un prélat très-versé dans la connaissance des lettres, mais aussi pour un^homme de très-peu de jugement. Et non content de celte protestation, il fit publiquement des reproches à son prétendu maître, en présence des deux orateurs français et de douze évêques au moins. Quelque temps après, comme il s'entretenait avec les légats, et que ceux-ci cherchaient adroitement à connaître la vérité de sa bouche, il leur dit (3) qu'il pouvait bien lui arriver de se tromper quelquefois lui-même, par défaut d'expérience ou de réflexion , mais que jamais il ne lui arriverait de vouloir tromper les autres par la dissimulation ou la duplicité : vice indigne d'un homme bien né. Simonetta , qui avait conçu et manifesté ce soupçon, ayant entendu les paroles du cardinal'de Lorraine , lui prit affectueusement la main et lui avoua que le discours de l'é-

pour s'occuper entièrement du soin de condamner l'erreur et de réformer les abus ; mais que la route lui ayant été tracée par ses devanciers , il allait, lui aussi , exposer son sentiment sur le canon proposé. 11 commença par la définition, qui est le point de départ de tout procès scientifique dans l'investigation de la nature des choses ; et il établit en principe que le pouvoir de la juridiction ecclésiastique est une certaine prélaturc conférée à un clerc relativement à d'autres personnes, afin qu'il les dirige dans le chemin de la vie éternelle, selon l'ordre des préceptes divins ; ce qui suppose, tant dans le supérieur que dans les subordonnés,la qualité de chrétien et, au moins, dans le supérieur, la qualité de clerc. Cela posé, il s'efforça de montrer que cette prélature dérive du pape. 11 l'inféra d'abord de plusieurs autorités, et entre autres preuves de ce genre, il produisit un décret d'Innocent III, un autre de Lucius III, et un autre de Clément III, qu'il avait trouvé en Sicile et dont il fit lecture en présence de l'assemblée. Il ajouta que ce sentiment avait été celui d'un grand nombre de Pères du concile de Iâle, comme on le voit dans une lettre qu'ils écrivirent au pape Eugène. De là, passant aux

raisons théologiques, il fit observer que l'on peut quelquefois assigner la matière sans donner la juridiction , à savoir quand le délégué possède déjà, par lui-même, des pouvoirs très-étendus, ce qui eut lieu dans la personne de Paul lorsqu'il fut envoyé aux gentils, et dans celle de Pierre lorsqu'il fut envoyé aux circoncis ; ce qui a lieu aussi en quelque façon, à l'égard des patriarches, quand le pape leur soumet un nouveau diocièsc ; mais que le plus souvent, quand le pape donne le troupeau, il confère en même temps la prélature nécessaire pour le gouverner; que s'il ne faisait autre chose qu'asla matière, il suivrait de là ou que

la main et lui avoua que le discours de le- signer la matière, il suivrait de la ou que

vêque de Metz avait fait naître dans son es- la puissance des évêques leur serait intrin-

prit quelques pensées de défiance : sur quoi sèque en tant que résultat du sacrement de

ils redevinrent amis ; car si nous voulons l'ordre, ou qu'ils la recevraient d'un autre

supérieur que du souverain pontife; que la seconde hypothèse ne pouvait venir à l'esprit d'aucun catholique, et que la première était évidemment fausse, puisque les évêques, même avant d'être consacrés, possèdent la juridiction, selon la doctrine ensei-

faire croire à quelqu'un que nous avons maintenant confiance en lui , c'est assez de lui dire qu'auparavant nous n'avions pas celle confiance.

Les Italiens soutinrent presque généralement le sentiment le plus favorable au pape.

Le dernier des opinants fut Diego Lainez, gnée par Clément V dans sa dernière extradont la coutume était de ne parler qu'après vagante. Et il appuya encore l'autorité de tous. Bien qu'il se fût déjà expliqué assez ce pontife du onzième canon du concile de amplement sur la question présente, comme Chalcédoine, par lequel il est ordonné qu< nous l'avons vu plus haut, il voulut néan- l'on s'assure, avant la consécration, si ce^u moins, à l'exemple des autres, ajouter quel- qui va recevoir le caractère possède un titre ques réflexions à propos de la nouvelle for- c'est-à-dire s'il a charge d'âmes, ce qui iml mule. Il dit [k) que les Pères du concile plique la juridiction. En outre , disait-il | auraient dû laisser aux combats de l'école l'opinion de ceux qui soutenaient que la ju

toutes ces opinions plus ou moins fondées,

T) Actes de Paleollo.

[-2) Lelires de Guallieri au cardinal Borromée, 7 et

8 décembre 1562.

(5) Actes de Paleollo.

(4) Actes du Château Saint-Ange, et de Paleollo,

9 décembre 15G2.

ridiction est conférée par Dieu en memi temps que le caractère, était inadmissible! car d'une proposition semblable résulte!

raient ces corollaires : que la puissance esT répartie entre tous d'une manière égalel sans aucune différence entre les simples évt ques, les métropolitains et les patriarche:! la consécration étant égale pour tous, et, e|

feIVRE DIX-NEUVIEME.

lecond lieu, que le souverain ponlife ne peut

li retirer ni limiter la juridiction. 11 accor-

lait à ses adversaires que le pape ne confère

ette juridiction que comme ministre de

ieu ; mais, ajoule-t-il, le souverain pontife

ie doit pas être regarde en cela comme mi-

îistre simple. Il est ministre à la manière

le Jean dans son baptême, qui s'appelait

)aptéme de Jean par la raison que c'était le

Yécurseurqui l'avait institué, quoiqu'il ne

eût fait que par l'autorité de Dieu; tandis

|ue le baptême conféré par Pierre ne se

lommait pas baptême de Pierre, mais de Jé-

us-Christ, parce qu'il remettait les péchés,

t qu'ainsi Pierre ne pouvait en être que la

ause purement ministérielle. La juridiction

st donc conférée par le souverain pontife,

ui se sert pour cela de l'autorité qui lui est

ropre, et qui commande comme prince de

Eglise ; et cette juridiction, tant celle qui

st en dehors de l'ordre que celle qui s'y rat-

ache, résulte du commandement du pape, et

onde la consécration. Autrement le pape

e conférerait à personne la juridiction ,

uisqu'il ne consacre personne. Cette doc-

ine était, disait-il, la plus généralement

dmise, et, à son appui, il cita les théolo-

iens et répéta, en leur donnant une nou-

! elle force, diverses preuves déjà exposées

ar lui et par nous dans son discours précé-

:nt. A la vérité, il est dit dans la consécra-

J on : Je vous donne la chaire; je vous donne

is clefs, etc.; mais ces paroles doivent être

I ilendues dans le sens que saintThomas as-

gne à celle autre formule dont on se sert

■ jur le sacre des rois : Recevez la puissance ; ■cevez l'empire. Et de même que, selon le aint docteur, ces dernières paroles se rapbrtent à l'usage ou à l'exercice, comme si

ibn disait : Je vous donne de pouvoir faire m bon usage de l'empire; ainsi quand on dit

■ l'évéque, dans la consécration : Recevez esprit de gouvernement, cela signiûe : Je

yvus donne de pouvoir bien gouverner. Ces ^pressions lirent leur origine de l'usage où ma était anciennement de créer et de consa- <icr les évoques presque en même temps. »tianmoins, la juridiction n'est pas, dans les laques, simplement déléguée; mais ils la I ssèdent en qualité de juges ordinaires conspués par un autre magistrat supérieur. Quelle cs-uns l'ont reçue de Jésus-Christ sans intmediaire, comme les apôtres ; mais comi inément elle est octroyée par le souverain gnlife, qui agit alors en vertu de son autoré de supérieur , et non pas seulement cume simple minisire. Lainez conclut qu'il •«■lait délinir que les évêques sont de droit | in pour ce qui est de l'ordre, sans parler d|Ia juridiction, au sujet de laquelle les docl< rs catholiques étaient partagés.

.a véhémence de cette dispute, à laquelle o semblait sacrifier toutes les autres quesli-is comme étant d'une bien moindre imp -lance, stimulait la curiosité de plusieurs e leur faisait rechercher (1) la cause d'une o losition si animée. Quelques-uns pen-

I Actes de Palcollo

saient que la conduite des prélats espagnols avait pour but d'ébranler la puissance du grand inquisiteur, qui était à cette époque, en Espagne , l'archevêque de Séville , personnage dont le caractère leur était odieux et insupportable. D'autres croyaient que «e véritable dessein des ultramontains était de se rendre plus indépendants du souverain pontife en lui ôlant quelque chose de sa prépondérance et de son autorité absolue. Mais la conjecture la plus simple et la plus naturelle fut aussi jugée la mieux fondée, parles hommes sensés, comme il arrive d'ordinaire. Ces derniers se persuadèrent que les Espagnols parlaient avec sincérité, d'autant plus que l'opinion qu'ils soutenaient avait été récemment enseignée par le dominicain François Victoria. (Ce théologien célèbre répandit pour ainsi dire , en Espagne, la semence de la théologie scolastique qui , après avoir été longtemps négligée dans ce royaume, y fut depuis cultivée avec succès et y devint très-florissante. ) Et comme chacun est disposé a se faire une haute idée de sa propre dignité, celle opinion avait facilement trouvé accès dans l'esprit des évêques. D'un autre côté, ceux qui étaient jaloux de défendre les droits du siège apostolique trouvaient, dans leur zèle, de quoi motiver une résistance opiniâtre, résistance qui ne faisait qu'enflammer davantage le désir des opposants et qu'accroître leur animosité. Ainsi voyonsnous qu'on se livre plus généralement et avec plus d'ardeur a l'élude des autres sciences philosophiques , dans lesquelles on peut douter et contester, qu'à l'étude des mathématiques, dans lesquelles on arrive toujours à des résultats certains et incontestables.

Il paraissait à quelques Pères que cette querelle se réduisait à une dispute de mots, parce que les uns voulaient que la juridiction des évêques dérivât immédiatement du pape, et que les autres, qui la faisaient remonter à Jésus-Christ, finissaient toujours par se retrouver au même point , en accordant que l'usage et la matière dépendent du souverain pontife. Mais les plus subtils ou les plus scrupuleux voyaient entre ces deux opinions une différence bien marquée, disant que de la seconde résultait cette conséquence, qu'une fois la matière assignée à la. juridiction de l'évéque par le pape, elle le serait irrévocablement et sans que ce dernier pût la retirer ou la diminuer, à mains d'avoir pour cela une raison légitime , selon la doctrine fameuse exposée par l'abbé de Païenne et par Dccius sur le chapitre huitième; de Confirm. util..., et par le mémo abbé dans la question qui commence par Episcopus. Bien qu'en admettant le sentiment contraire , disaient-ils, il ne soit pas plus permis au pape de retirer ou de restreindre la matière sans raison, néanmoins en cas 'qu'il en agisse de la sorte , l'acte conserve sa valeur ; tandis qu'on verrait bientôts'introduiredansIEglise les plus grands désordres, si ces coups d'autorité n'étaient pas pli'.s valides, en tant que déraisonnables, qu'ils ne sont licites. Et ils

insinuaient adroitement W^*^ supposition ne serait en effet sujette a aucun

inconvénient, si le raisonnable e te derai

innnable étaient deux, couleurs toujours la-

Sf distinguer l'une de r^^Jjg

toutes les choses morales étant susceptibles

ï kl, rprétationsdifférentes, .1 paraissait p «^

convenable que le pape, que Ion c^t

d'ordinaire parmi les personnages es plus

Dieux et les plus éclaires, et qu se sent rap pelé au devoir par la voix de la conscience fÊe l'honneur pût quelquefois obliger ses nferieurs môme par un commandement déraisonnable ; qu'ainsi on ne JjgjPg^ rendre le pape de son rang de souverain a une condition humiliante, en le subordon n an lui-même aux jugements divers et passionnés de ses subordonnés : ce qui aura. V eu dans l'autre hypothèse , puisque toutes es fois que le pape voudrait se reserver un Snéfice'siluéd^ns^un diocèse étranger, ou

la collation de l'ordinaire, ou exempter un sujet de la ur.dic lion de son 3ou transférer un évêque d'une cathédrale aune autre, on pourrait toujours contester la valeur de ces actes, en les attaquant par le défaut d'une raison légitime. Ces considérations préoccupaient singulièrement plusE Pères. On ne pouvait presque prononcer une parole qui ne choquât leurs oreilles délicates ; et ils ne voulurent pas qu il fut défni que les évoques sont évêques par Jesus-Christ sans intermédiaire, a moins qu on n'aioulât, pour écarter toute interpréta ion SanWeuse de celte formule la restriction suivante : Pour ce qui est de la puissance de l'ordre.

Il arriva de là que la rédaction du cardinal de Lorraine ne fut pas ««f «;me^"1^ \V accueillie comme il s'en était flatte. Cette déception l'affligea et il ne se donna pas la peine de renfermer sa tristesse au dedans de lui-même. La formule qu'il avait proposée plaisait infiniment aux deux cardinaux Se- Fipandi et Hosius ; mais Simonetla toujours attentif à défendre l'autorité ponliuca.c, demanda que l'on nommât une commission composée de neuf membres, tant théologiens que canonisles , pour examiner celle affaiie ïvec un soin spécial. Les théologiens furent Pierre-Antoine de Capoue, Léonard Manno, Gaspard del Fosso, tous trois archevêques, le premier d'Olrante, le second de Lanciano, le troisième de lleggio ; et Diego Lainez , général de la compagnie de Jésus. Au nombre des canonistes étaient deux futurs pontifes, Ugo Buonco.mpagno, évoque de Vesta , et Jean-Ànloim-. Facchenclli, eveque de fcicastro ; deux futurs cardinaux, Gabriel Paleollo, auditeur de ro.te, et ScipionLaneelotti, avocat du concile; on leur adjoignit, pour compléter la commission , le promoteur Jcan-Baptisle Castclli. Les trois premiers theo ogiens agréèrent la réda ction du cardinal de Lorraine ; mais il n'eu fut pas ainsi de Lainez,

i crovait (1) entrevoir de loin un schisme dans l'Eglise. Les canonisles finirent par se ranger au sentiment du général.

La somme des oppositions fut, comme il

' Oue le septième canon, seion la forme indiquée, ne pouvait remplir es intentions du concile, s'il ne condamnait l'erreur. Or il ne la condamnait nullement en déclarant nue les évêques sont institués par Jésus- Christ; car les hérétiques ne niaient pas celle proposition , mais ils disaient que les évêques promus par le pontife romain ne sont pas véritablement et légitimement eveques les appelant têtes rases, têtes ointes, letes huilées, ombres et fantômes de papes;

Oue l'on réprouvait par la 1 opinion d un grand nombre d'écrivains catholiques qui Pensaient qu'un seul évêque, saint Pierre, a été institue par Jésus-Christ, cl que tous les autres l'ont été par saint Pierre;

Que celle formule fournirait un prétexte

pour croire que les évêques élus, dans les

pays hérétiques, par les rois ou par le peuple

sont véritablement et légitimement eveques

parce qu'en affirmant d'une manière absolui

que los évêques sont institués par Jésus

Christ il semble qu'on donne à entendre qu

leur puissance vient tout entière de Jésus

Christ, de telle sorte que l'électeur n exerc

à leur égard qu'un ministère stérile et qi

n'a pas la vertu de cause efficiente : ce qu

l'évoque d'Irlande avait déjà fait observei

en montrant comment ce principe était sur

dans la pratique par la reine d'Angleterre;

Que celte manière indistincte de paru

présentait un sens général, et qu'ainsi e

disant des évêques sans restriction qu ils soi

institués par Jésus-Christ,on laissait laliber

d'appliquer ces paroles et à la juridiction

à l'ordre ; , . ,.'

Qu'enfin dire que les évêques sontinstiti par Jésus-Christ, c'était parler avec plus force que de dire qu'ils sont de droit dwi cette seconde variante admettant une înle prétation plus large et moins pressante. < on avait trouvé à reprendre dans la secon formule; et le cardinal de Lorraine lui-mer avait voulu qu'on la rejetât. Donc et plus forte raison la première devait <

écartée. , . . . J

Celui-là court grand risque de von ses

forts demeurer sans fruit , qui propose u

formule intermédiaire pour accorder de

partis contraires, subtils et jaloux 1 un

l'autre. Parce qu'ils son», contraires, 1 uni

ce que l'autre recherche ; parce qu ils s

subtils, l'un et l'autre découvrent dam

formule d'accommodement ce que le mça

leur voulait leur dérober sous le voile

lettres ; parce qu'ils sont jaloux chacui

trouve son désavantage, des paroles seirij

blcs ne pouvant manquer d être doutcu:

et le propre des personnes jalouses elant

se représenter comme certain un mal

n'est que douteux pour elles.

Il; Lettre de Visconti av.» ca>di»al Borro"léo' 6 dé' oombre 1562.

( I ) Leilre de Gualtieri au cardinal Borromée, < cembre 1562.

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