‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 184 sur 373 · Elle se présente encore comme non · texte numérisé non relu

Elle se présente encore comme non

Toute doctrine religieuse serait la parole de Dieu ; tout homme qui enseignerait une religion quelconque serait l'envoyé de Dieu.

Autant vaudrait-il dire qu'il n'y a jamais eu de révélation ; que toutes les religions sont bonnes; ou, ce qui revient au même, qu'il n'y en a aucune qui soit vraie.

83. Les calvinistes cl les zwingliens ne veulent reconnaître, dans l'Eglise, d'autre autorité que celle de l'Ecriture sainte. Mais l'Ecriture sainte, les livres du Nouveau Testament ont-ils été écrits dans le but et avec l'intention de donner, à l'Eglise, la charte qui devait servir de base à sa constitution ? renferment-ils quelque part le symbole de foi que Jésus-Cbrisl lui-même donna à ses apôtres? Ces messieurs l'ont toujours supposé. Us auraient mieux fait de le montrer. Car , pour quiconque les examine sans prévention, les Evangiles ne sont autre chose qu'une vie abrégée de notre divin Sauveur, dans laquelle on parle à la vérité de ses prédications, mais où on ne les résume nulle part en corps de doctrine, où quelquefois même on ne se donne pas la peine de les analyser. Jésus , dit sainl Mathieu, IV, 23, parcourait toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues et prêchant l'Evangile du royaume. Qu'enseignail-il ? que disait-il? c'est ce que les évangclisles ne nous apprennent pas toujours. Ils n'ont même pas jugé à propos d'écrire tout ce que Jésus-Christ av~il fait../' y a aussi, dit saint

DISCUSSION DES MOTIFS CONTRE LE CONCILE

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Jean, en terminant son Evangile, beaucoup d'autres choses que Jésus a faites. Si on les écrivait en détail, le monde entier ne pourrait pas, je pense, contenir les livres qu'on serait obligé d'en faire. Dans leurs Epîlrcs les apôtres ont donné des conseils. Nulle part ils n'ont prétendu exposer la foi dans son intégralité. Les Actes des apôtres sont une simple relation de ce que ceux-ci ont fait, durant les premières années de leur prédication. L'Apocalypse est un récit allégorique qui fait allusion à des constitutions ecclésiastiques déjà établies, et cependant mentionnées nulle autre part. C'est un livre de conseil comme les Epîlres, et nullement un code de doctrine. Quelle est celle de ces quatre parties du Nouveau Testament que le calviniste ou le zwinglien choisira pour être la règle de sa foi? Dans laquelle des quatre ira-t-il prendre sa croyance?

84. Le dépôt de la foi, la charte chrétienne, les constitutions chrétiennes furent confiées aux apôtres de vive voix, dans des instructions qui sont mentionnées par ces évangéUstes, mais qu'ils n'ont pas rapportées, du moins dans leur entier : Allez donc , leur dit Jésus-Christ avant de les quitter, enseignez tout-es les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, leur enseignant à garder tout ce que je vous ai ordonné ; et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles ( S. Malth., XXVIII , 20). Nous voyons bien par là qu'il y a eu des ordres donnés et reçus. C'est aussi ce que les apôtres nous disent eux-mêmes; mais quels sont ces ordres, en quel endroit de l'Ecriture les a-t-on expressément consignés? Il faudrait répondre à celle question avant d'établir l'Ecriture seule règle de la foi; car s'il y a des choses qui n'aient pas été écrites , et si celles qui ont

Christ lui-même dans le passage de saint Matthieu que nous avons cité : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles. » Il y a dans cette promesse un choix d'expressions qui mérite d'être remarqué. Jésus -Christ ne dit pas avec chacun de vous, mais avec vous; il ne dil pas je serai, mais/e suis, c'est-à-dire je continue à rester ; il n'ajoute pas jusqu'à la fin de votre vie, mais jusqu'à la fin des siècles; enfin ce n'est pas pour une époque, pour un temps, qu'il fait cette promesse, mais pour tous les jours.

88. A propos de quoi Jésus-Christ auraitil pris un engagement pareil avec les pasteurs de l'Eglise, s'il n'avail pas voulu, par son assistance, garantir la pureté de leur doctrine et assurer l'infaillibilité de leurs décisions? Quel aurait donc été le but et l'effet de cette belle prière qu'on voit dans le dix-septième chapitre de saint Jean, où Jésus-Christ, après avoirexposéàDieulePèrc sa consubslantialilé éternelle avec lui et déclaré qu'il a remis à ses apôtres les paroles qu'il avait reçues, demande qu'ils soient consenés de telle sorte qu'ils soient un comme lui et son Père sont un, qu'ils soient préservés de mal , qu'ils soient sanctifiés dans la vérité^ sollicitant l'unité non-seulement pour eux , mais encore pour ceux qui recevront la foi de leur bouche? Pour quelle raison leur aurait-il promis l'assistance permanente de l'Esprit-Saint, Esprit de vérité chargé de tout leur enseigner? Je prierai mon Père, et il vous donnera un autre consolateur pour qu'il demeure avec vous éternellement , Esprit de vérité que le monde ne peut pas recevoir, parce qu'il ne le voit pas, ne le connaît pas, mais vous, vous le connaîtrez, parce qu'il demeurera avec vous et sera en vous; je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous. Or

été écrites ne l'ont pas été dans la vue d'ex- le consolateur, Esprit saint que mon Père en poser complètement le dogme chrétien, per- verra en monnom,vous enseignera toutes choses sonne ne peut être reçu à prendre l'Ecriture et vous suggérera tout ce que je t'ows ai dit

pour règle unique de sa foi

85. Supposons maintenant établi ce qui ne l'est pas, supposons que la doctrine chrétienne tout entière soit éparse dans l'Ecriture sainte, qui est-ce qui la recueillera? et quelle garantie aurai-je que ce travail aura été bien

J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les recevoir en ce moment. Lorsque cet Esprit de vérité serai venu, il vous enseignera toute vérité, car t/j ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu'il entendra, et il vous annoncera ce qui

fait , si celui qui s'en est chargé n'a pas été doit arriver (S. Jean, XIV et XVI) assisté de Dieu, de telle sorte qu'il n'ait rien pu omettre?

86. Le corps de doetrine étant une fois réuni, qui est-ce qui m'en donnera l'intelligence, la véritable intelligence, et qui me la donnera avec une autorité qui mette ma foi à l'abri du doute? Il ne suffit pas d'avoir un code, il faut un tribunal qui lecomprenne, l'interprète et l'applique sans faillir; il ne suffit pas d'avoir une règle , il faut quelqu'un qui sache s'en servir et s'en serve toujours de la manière la plus convenable; de sorte que, même enadmettanlque l'Ecriture soitlaseulc règle de la foi, la règle véritable, il faudrait encore accorder l'infaillibilité a l'Eglise enseignante , c'esl-à-di-re an corps des pasteurs.

r 87. Ce privilège leur est accordé par Jésus-

89. Nous recommandons aux protestants de bonne foi, la méditation de ces paroles, non moins remarquables et non moins significa-| tives que les précédentes.

90. Jésus-Christ a donc promis l'infaillibi-l lilé aux pasteurs de son Eglise, et c'est enl vertu de celte concession, et non pas à rai-| son de leurs lumières réunies, que les Père d'un concile œcuménique décident avec infaillibilité les questions de foi. Comme boni mes ils sont faillibles, nous en convenons Ils le sont mêflae individuellement comrne| pasteurs; dès lors Dieu peut fort bien en envoyer de mauvais à son peuple, quand veut le punir. Il peut aussi permettre que quelques-uns d'entre eux soient privés de lu mière et d'intelligence, dans l'ordre du salut Mais réunis au nom de l'Eglise de Jé^us-

SECT. II. INFAILLIBILITE DES CONC. OEC

Christ, agissant pour elle cl de ooneerl avec elle, ils deviendront infaillibles.

91. Pour attaquer l'infaillibilité d-j l'Eglise chrétienne, Calvin va chercher des armes dans l'Eglise juive, comme s'il pouvait y avoir parité entre deux Eglises dont l'une est venue remplacer l'autre, précisément parce que celle-ci ne convenait plus ; entre deux Eglises

père cl le fils , dit le saint docteur, sont donc d'une seule et même substance. C'est là cet homousion que, dans le concile de Nicée, les Pères catholiques affermirent contre les hérétiques ariens , par l'autorité de la vérité et la vérilé de l'autorité. L'impiélé hérétique essaya ensuite de le renverser, dans le concile de Rimini , sous Constantin , empereur

qui diffèrent essentiellement par l'étendue du hérétique, la nouveauté du mot. lequel était.

dogme, l'organisation et les promesses, c'està-dire entre lesquelles on ne peut raisonnablement établir aucun rapport de similitude. 92. D'ailleurs, il n'y a jamais eu de concile chez les Juifs, par la raison qu'il ne devait pas et qu'il ne pouvait pas y en avoir. Les quatre cents prophètes rassemblés par Achat) n'étaient que quatre cents imposteurs, fai

moins bien compris qu'il ne l'eût fallu , quoique exprimant la foi ancienne, ayant fait tomber beaucoup de personnes dans les pièges de quelques-uns. Mais, bientôt après, la liberté de la foi catholique prévalut, et, lorsque le sens du mot eut été compris comme il devait l'être, cet homousion trouva des défenseurs au loin et au large, dans la

sant métier de prédire l'avenir et ne jouissant partie saine de la foi catholique. Qu'est-ce, pas de beaucoup d'estime auprès de ce prince, en effet, que homousion , si ce n'est d'une puisqu'il jugeail à propos de les rassembler tous pour a\oir d'eux une réponse sûre (III Rois, XXII, 6).

93. Il y a pour le moins autanl de maladresse que de mauvaise foi, à citer un fait de celle nature : car Achab était roi d'Israël et non pas de Juda, ses prêtres par conséquent étaient des prêtres schismaliques, et ses prophètes de faux prophètes. La seule conclusion raisonnable qu'on pourrait tirer de ce fait, ce serait que l'Esprit de Dieu n'est plus avec ceux qui se sont séparés de son Eglise.

9V. Les princes des prêtres et les anciens

seule et même substance? qu'est-ce, dis-je, que homousion , si ce n'est : Moi et mon père nous sommes un? Mais cessons maintenant de nous prévaloir, moi, du concile de Nicée, loi , de celui de Himini. Ne nous arrêtons , ni moi à l'autorité du premier, ni loi à celle du second. Recourons à l'autorité des écritures , témoins , non pas particuliers à l'un de nous , mais cornu. uns à l'un et à l'autre : opposons thèse à Ihèse, cause à cause , raison à raison. Nous lisons l'un et l'autre , etc. »

96. Certes, il est facile de voir que le saint docteur, après avoir prouvé sa thèse p.:r

ri., „™„:i„ J„ lVT.-„i- . .

du peuple s'étaient réunisnon paspour cher- l'autorité du concile de Nicée, annonce qu'il

cher la vérité, mais pour aviser aux moyens v;' 'a prouver par celle de l'Ecriture sainte ;

de prendre Jésus-Christ parruseet de le met- c'est une transition qu'il fait , et non pas un

tre à mort. Alors se réunirent les princes des PrL1ciP.e °«u '* pose.

prêtres et les anciens du peuple dans l'atrium du prince des prêtres qui s'appelait Caîphe, et ils tinrent conseil pour prendre Jésus t ar ruse et le mettre à mon (S. Mallh. XXVI, 3 et 4). Il faut ou s'abuser d'une manière étrange, ou compter beaucoup sur la crédulité du lecteur pour donner comme concile régulier une assemblée de prêtres et de laïques qui complotent, et concertent entre eux les moyens dont ils doivent se servir pour arriver plus sûrement à des fins homicides(l).

9o. C'est encore en changeant le sens des paroles de saint Augustin, que Calvin lui fait rejeter l'autorité des conciles, pour s'en remettre à celle de l'Ecriture sainte (2). « Le

(1) Pierre Grégoire de Toulouse, docteur ès-droils

civil cl c;nion, profes eur el doyen eu l'université île

Ponl-à-Mousson, en Lorraine, dans sa ié,>niiscaucnu-

Mil donné par Charles du Moulin, prétend que < le

Saint Esprit ne dédaigna se trouver au complut et

monopole des scribes ci phari>iei s, fait sur l.i mort

le Noire-Seigneur Jésus- Christ, hien qu'il n'y lui

M>P''lé, et que là, parce que l'affaire lui louchait, il

il prononcer à ce grand prêtre de l.i loi, qu'il était

'xpedienl qu'un homme mourût pour conserver tout

e peuple. » Nous ne sommes i ulleineni de son avis.

-'esprit de Dieu est un esprit d'ordre, de paix et de

"Slice, il ne pcui pas se trouver dans un complot et

Monopole.

(2) « Pater ergo et Filius unius sunt eju.-denique •ilMlaiiliae h >c est illml homousion, quod in concilio liçoeno ad\cr us haereticos Arianos a calbolicis pj- "bis Tcrililis auelorilaieclaucloritalis veritalc lir-v

97. Calvin sera-t-il plus exact, du moins lorsqu'il cite le concile de Trente? C'est ce que nous allons voir.

98. Ce concile s'exorime de la manière suivante , au sujet de la confessiou secrète, du purgatoire et du culte des saints (1) :

malum est : quod poslea in concilio Arimincnsi , propler novitaiein verni minus quam oportuit inlel* leclum, quod lanien lides antiqua pepererat , mullis paucorum fraude deceptis, lia-relica impietas sub liocretico imperalore Consianrino labefactare leniavit. Sed posi non longum tempus liberiale fidei caiholicae prxvaleute, posiea quam vis verni, sicut debuit, inlelleci:i est, homousion illud catholicse fidei sanilate longe laieipic defensum e^. Quid est enim homousion , nisi unius ejnsdemque substanliai? Quid est. inqiiaut, homousion, nisi Ego et Pater unum sumus ? Sed nunc nec ego Nicœnum , nec tu debes Arimiihmiso lamqiiam pnijudicatarus proferre concilium. Nec ego liujiis auctoritate nec tu illias detineris : Scriplurarain auotoritalibus, non quorumque propres, sed ulrisque communibus teslibus, res cum re, caussa cum caussa, rdio cum r.itione concerte! ntrique legimus, eic i (S. August. contra Maximium, I. m, c. 5. )

(1) < Si quis . . . dixeril modum secrète confilendi soli sacerdoti, quem Ecclesia catholica ab initio semper observavit et observât, alienum esse ab institulione et mandalo Chrisii, et invenlum cs«e humanum ; analbema sit. i (Sess. XIV, can. 6.)

« Cum calliolica Ecclesia , Spiritu sanclo edocta , r-x sacris litteris cl antiqua patrum tradilione, in s.icris concil.is , et novis>ime in bac œcumenica synodo docucrii , piirgttorium C;se, animasque ibi delenU»,

DISCUSSION DES MOÏ1KS ( ONïiU<: LE CONCILE.

99. « Si quelqu'un... dit que la manière de se confesser secrètement au prêtre seul , que, <lès le commencement , l'Eglise a toujours observée et observe, est étrangère à l'institution et au précopte du Christ, et est une invention humaine, qu'il soit analhème.

100. « Comme l'Eglise catholique , instruite par le Saint-Esprit, a enseigné, d'après les livres sacrés et l'antique tradition" des Pères, dans les saints conciles, cl tout récemment dans ce synode œcuménique , qu'il y a un purgatoire, et que les âmes qui y sont retenues sont aidées par les suffrages des fidèles , et plus particulièrement par le sacrifice acceptable de l'autel, le saint synode ordonne, etc.

101. « Le saint concile ordonne à tous les évoques et autres ayant la charge et le soin d'enseigner, que, suivant l'usage de l'Eglise catholique et apostolique, reçu dès les premiers temps de la religion chrétienne, et le consentement des saints Pères, et les décrets des saints conciles, ils instruisent surtout avec soin les fidèles, touchant l'intercession des saints, leur invocation, l'honneur des reliques et le légitime usage des images, etc. »

102. L'Eglise n'a jamais parlé autrement. C'est donc sciemment et pour servir sa doctrine que Calvin lui prête un autre langage.

103. Nous accorderons à Jurieu qu'il n'y a pas eu de prophètes parmi les Pères des conciles œcuméniques ; nous lui accorderons encore qu'il ne s'est trouvé dans ces assemblées solennelles de l'Eglise aucun homme qui fût, individuellement cl par un privilège à lui personnel, assisté du Saint-Esprit d'une manière sensible. Faudra-l-il conclure avec lui que les conciles œcuméniques, régulièrement tenus, n'ont pas pu décider infailliblement les questions de foi? Non, certes, puisque l'infaillibilité, a été promise à l'Eglise enseignante tout entière, dans la personne de ses pasteurs, et non pas à chacun deux en particulier.

104. 11 n'est nullement besoin que les pasteurs se réunissent en concile pour décider avec une souveraine autorité les questions de foi, il suffit que le premier pasteur prononce , et que les autres acquiescent; ou qu'un concile particulier donne une décision, et que les diverses Eglises de la catholicité, d'accord avec celle de Rome, l'adoptent, pour qu'il y ait spntencc sûre et irrévocable. C'est ainsi que l'Eglise de Jésus- Christ fut gouvernée avant Constantin ; c'est ainsi qu'elle l'a été depuis, dans l'intervalle d'un concile œcuménique à un autre, et qu'elle l'est encore aujourd'hui.

fidelium suffiagiis, potissimum vero acceptabili allatis sncrificjn jiivari , prsreipH sancia synodus , etc. > {Sess. XXV, décret de Purg.)

t Mandai sancia synodus omnibus episcopis , et creteris doeendi inunus curamque susiinentibus, ut juxia caiholica et ajnstolicae Ecclesire usum, a primaîvis cûislianac religionis leniporibus recepluni, sanciorumqne pairum çonsensionem , et sacioruin conciliorum décréta , inprimis de sanctorum inlercessione, invoealione, reliquLaruin honore, cl legilimo imaginum «su . fidèles diligenter instruani , etc. » ( Ibid.t de lnvoc, etc.)

105. Un concile particulier, quelque nombreux qu'il soil, n'est jamais un concile œcuménique. Sa voix est celle d'une seule Eglise, ses pasteurs ne représentent qu'une partie du corps; ils peuvent, à raison de leur savoir, de leur prudence, de leur expérience, mériter beaucoup de confiance, et prendre des délibérations extrêmement sages, comme ils peuvent aussi, soit par esprit de parti, soit par sentiment de nationalité, soit par erreur et sur de fausses inductions, faire des choses répréhensibles et donner des décisions erronées. C'est ce qui est arrivé aux conciles dont parle Jurieu, et qui n'étaient que des conciles particuliers, quoi qu'il en puisse dire.

106. Ce fut bien Constantin qui assembla le concile de Tyr et de Jérusalem, en 335. Il y appela des évêques de toutes les parties de l'empire peut-être, mais seulement ceux que les accusateurs d'Athanase lui avaient indiqués (1), et ils ne durent pas manquer à l'appel : d'abord, parce que c'était pour eux une affaire de parti; ensuite, parce que l'empereur avait pris une précaution qui ne permettait pas que leur zèle pût se ralentir. Il les prévenait que s'ils ne se rendaient pas à son invitation, il les exilerait (2). Ces faits,1 que les protestants connaissent tout aussi bien que les catholiques, et que Jurieu ne pouvait ignorer, auraient dû l'empêcher de prendre un concile particulier pour un concile général, un conciliabule pour un concil œcuménique légitime, d'autant plus que les évêques orthodoxes, au nombre de quarantes:pt, prolestèrent en masse contre ce qui venait d'être décidé.

107. Il ne faut pas jouer sur les mots. Bellarmin, d'après ses principes (3), ne pouvait pas reconnaître comme œcuménique le concile d'Anlioche, et il ne le reconnaît pas comme tel. 11 l'appelle en effet concile général, pour parler le langage reçu, mais concile général en faveur de l'arianisme; ce qui explique suffisamment sa pensée.

108. Si Jurieu s'était donné la peine di consulter les actes de ce concile, il aurait

(1) « Noble iglur cunctari . . . Nihil vero, quod est noslrarnm parlium, noslrrque prudenlix', deeril: nam qu:e lilleris mihi veslris significasiis, omnia ciiravi: scripsi ad quos volebalis cpîscopos , ut vesiras curas ci solhciliidines prxseniia et laboriluis suis adjuvarenl. i ( Lettre de convocation, Constantin an. 535. )

(2) i Misi ctiam Diouysium consubircm , ul omnium rerum gerendarum eos admoneat qui vestne synodo adesse debenl, maxime \ero, ut idem nui madvertor sit cl custos conservandœ :rquahililalis et («rdiuis. Quod si quis ( quod equidcin non fiituriun arbilor) rejecto ci spreto mandato nostro adesse miliierit, delcgabimus aliquem , qui regia illmn :>"cloritaie in exilium cjcclum docebil hominem mini 1 1 1 c decere summi imperaloris praccepiionibus ;m tuendam verilatem edilis repugnarc. >

(5) < Generalia dicunlur ea , quibus intéresse possunt cl debenl episcopi lôlius orbis, nisi légitime impcdianlur, et quibus nemo recte pravsidel , nisi summus p'intifcx aut a!iu< ejus iiomine. Inde enim dicunlur œcumenica , ï«l csl, orbis terrai lotius concilia. » (Bellarmin., de Concil. cl lùcl. I. I, c. 4. )

SF.CT. I!. IM-AiLUliiLiïi; DES CONC. OiX.

vu qu'il n'y avait aucun cvéque des provinces d'Italie el du reste de l'Occident; que c'était par conséquent une assemblée générale de l'Eglise d'Orient, un concile particulier, par rapport à l'Eglise universelle, ainsi que les Pér< s le reconnaissent eux-mêmes, dans la 1< lire synndique qu'ils écrivent aux é\équesde chaque provinee (1).

109. Il est vrai que, dans son Irailé des Conciles et de l'Eglise, Bellarmin met le concile de Sardique, tenu en 351, au nombre de ceux qui sont en partie reçus et en partie rejetés; mais, dans son traité du Pontife romain, livre II, c. 21, il dit, en propres termes (2) : « Ceci est prouvé d'abord par le concile de Sardique, qui fut général et a toujours été reçu dans l'Eglise : car Sulpice, livre II de son Histoire sacrée, dit qu'il fut convoqué de tout l'univers ; et Socrale, livre 11, chapitre 16 de son Histoire ecclésiastique, l'appelle concile général. En oulre, comme le disent Athanase, au commencement de sa seconde Apologie, el Hilaire,dans son traité des Synodes, il y eul plus de trois

j cents évoques catholiques* de trente-six pro- | vinces du monde chrétien, lesquelles Athanase nomme, savoir : l'Italie, la Gaule, l'Espagne, !a Bretagne, l'Afrique, l'Egypte, la Syrie, la Thrace, la Pannonie, etc. Les légats du pape Jules y furent aussi présents,

omme Athanase le rapporte au même en- Iroit. De plus ce synode lie toute l'Eglise ;

ela est évident par ces paroles qui sont à la in du concile : Que toutes les choses qui ont :lé établies, l'Eglise catholique, répandue

ur toute la terre, les garde. »

110. Bellarmin a donc lait une erreur dans c. traité des Conciles , ce qui, du reste, s'explique aisément. Le concile de Sardique ne lécida rien en matière de foi ; il adopta le yinholc de Nicée, qu'il se contenta d'expli- |uer cl de confirmer : il était composé, en rande partie, des mêmes Pères qui avaient onmosé le concile de Nicée. Il était présidé uir Osius, comme celui de Nicée: on le rearda, pour celte raison, comme un appenice de ce dernier, auquel il se trouvait joint, ar forme de supplément, dans l'exemplaire

(1) f Eliam hoc perfecil (gratin el voritas .1 mi lirisii ) , ut ex jiulici», uni omnibus nohis Aniinti i.e ex diversis provinciis ( èx Stayôponi i-v.y/j.',» ) ,i tinum colleclis episcopis in veslram notiliaiu dc-

rrenlur. i

(2) « Probaliir primo ex concilio Sardicensi , qund .eneralc fuii , et semper in Ecclcsia reccpluin. Non ,"lpiiiiis, lib. II Sticrœ Imtoriœ, ex loin orbe convoitom sciihit, et Socrales , lib. II. c. 10, Mat. cecaiasiicœ, générale concilium appellal.

iPraclerea, ni scribunt Aibanasiu> in secuudac H)logi;v inilio, ri llilarius in lit». deSynodis, fuerunl i en concilio plusquam treceiui episcnpi caih*dici, * Iriginla sex provincïs loi i us orbis curisliani, ■as oinnes Alliaitasiiis nominal, ul Iialiam , Gaiun , liispaniam , Briiamiiam , Africain , jËgypluui ,

ii mi, Tliraciaui, l'annoniain,etc. AdluoruiU etiam ^:<ti papac Julii , ul Athanasius ibidem iclerl. I em n»d Oinnem Ecclcsia m hxc symdns oblige) , palet

illis verbis , qn.n hahenliir in fine cnnrrlii : Vnir*a quœ contùtuta snnt , catkélica Eectetin in u»ifto orbe diffutu cuxlodiul. »

sur lequel Dcnys le Petit a fait sa traduction latine.

Ul. Les évoques ariens présents au concile de Sardique se réunirent à Philippopolis, et tinrent là un conciliabule auquel ils donnèrent le nom de concile de Sardique. C'est évidemment de celui-ci que saint Augustin parle à Cresconius : Inscris principium Sdrdicensis cuncilii.... Quod quidem concilium, nec te latent, arianorum est (L. IV, n° 52j.

112. Il n'y eut pas de concile à Milan. On ne vit là qu'un despote couronné abusant de sa puissance el de son autorité pour donner un air de légalité à sa haine el à sa vengeance. << Constance se levant de sa place, dit Bas nage dans ses Annales politico-ecclésiastiques , parle ainsi : C'est moi qui sais Vaccusateur à" 'Athanase; recevez leur témoignage (celui des accusateurs) en mon nom L s évéques ayant répondu : Comment pou vcz-vous être accusateur, l'accusé étant absent? Il ordonne impérieusement de souscrire contre An.ilhasc et de communiquer avec les hérétiques; et. comme on était surpris de la nouveauté Je ce zèle et qu'où disait que cela n'était pas conforme aux cnions ecclésiastiques , il ajouta aussitôt : Que ce que je veux vous tienne lieu de canons. Mon langage s'accorde avec la manière de penser des évéques de Syrie; obéissez ou bien allez en exil, vous aussi. »

113. Les évéques rassemblés à Ilimini, au nombre de plus de quatre cents, étaient venus d'Illyrie, d'Italie, d'Afrique, d'Espagne et des Gaules. Ils étaient par conséquent occidentaux, comme le dit Socrate (1), d'accord avec Sulpice-Sévère, et comme ils le déclarent eux-mêmes dans leur lettre synodique à l'Empereur (2). Le préfet Taurus, à qui il avait été enjoint de réunir ce concile, avait reçu ordre en même temps de ne pas permettre que les évéques se séparassent avant d'être d'accord avec les Ariens. Le consulat devait êlr,> le prix de ce service. C'est encore Sulpice-Sévère qui nous l'apprend. Dans la lettre que Constantin adressait au synode, il lui recommandait de ne prendre aucune décision contre les évéques orientaux (3), d'expédier promptemenl les

(1) i Qnod ubi coni péril Imperalor (Consianlius) , illus quidem in exilium ablegavil : générale vero concilium convncare slaluil, ul cunciis oricniis episcopis ad uccidenlis partes acccrsiiis, uni versos, si lieri pos^ct, ad nnius lidei concordiam adducerei. So<l cum ei lalia cogitauli dillicullatem afterret itinciis longitiiilo, duas in parles concilium dividi j ns^L i . El eus quidem qui luiu aderani apud urbein Iialia: Aninininni congregari mandavil: episcopos aut'.'n) oricniis, Nicomctliac quai civilas est Biiliyni.c colli^i daiis ad eo~ lillcris prxcepil. > (Socrate, Hisl. Eccl., I. II, c. "i. )

{i) i Nam Aiiminiuin ex omnibus ad Occidcntcm posilis civiiatibns in uuuia convenimus, ut fi. les caibol;( a: Ecclesijc cognoscerelur, ci qui allerius epinionis estent, manifesli lièrent. «(Concile de Riinini, épine synodique. )

(ô) , 5idii enini de nricnlalibiis episcopis in concilio vesiro palilur raiio aliquid definiri. Proinde snpei bis lanlum qnx ad vos périmera cngnoscil gravitas ves- Ira, traciair debebilis, et cumplclis cclerilcr univer-

7(3 DISCUSSION DES MOTIFS CONTRE LE CONCILE

affaires du concile et- île lui envoyer uno députalion de dix membres, laquelle pourrait

s'aboucher avec les Orientaux, régler définitivement avec eux les questions de foi, et terminer tous les différends.

114. Le concile fit preuve d'une noble indépendance. La foi de Nieée. fut maintenue. Les Ariens furent condamnés, et les députés envoyés à l'Empereur eurent ordre de ne rien faire de contraire à ce qui venait d'être décidé (1). Alors Constantin , déçu dans ses espérances, différa de donner audience aux députés, fit retenir à Ilimini , loin de leur troupeau , et manquant de beaucoup de choses, les Pères du concile. Pendant ce temps les Ariens travaillèrent adroitement à les faire tomber dans le piège, changèrent leurs formules de profession de foi, et l'Empereur aidant, parvinrent à en obtenir la souscription de presque tous les évoques qui avaient assisté au concile d ■ Ri mi ni.

115. Lors même que cet acte de faiblesse ou de sottise n'aurait nas été fait en dehors du concile, il est évident qu'on n'en pourrait rien conclure contre» infaillibililédesconciles oecuméniques.

116. C'est précisément parce que le second concile d'Ephèse est un détestable concile, queJurieu n'aurait pas dû le mettre au nombre des conciles œcuméniques, parmi lesquels personne avant lui ne s'était avisé de le compter. Cette assemblée, appelée communément le brigandage d'Ephèse, fut convoquée par les amis de Neslorius, composée de ses amis, conduite et terminée à l'aide delà violence.

117. Les Etats protestants d'Allemagne supposent que tout ce qui est arrêté par les conciles œcuméniques doit l'être irrévocablement,, même en fait de discipline ecclésiastique, et parlant de là comme d'un principe incontestable, ils citent quelques décisions étrangères à la foi , et par conséquent variables de leur nature. Nous serions dispensés de leur répondre, puisqu'ils se sont mis volontairement et sciemment, hors de la question, nous leur dirons néanmoins que les canons péniienliaux sont antérieurs au concile de Nicée ; que ce concile soumet à la pénitence publique ceux qui, après avoir quitté le service militaire pour faire profession de la foi , s'y engagent de nouveau au grand scandale des fidèles, qui avaient contracté l'habitude de considérer ce retour comme, une apostasie; que la vie cénobilique a toujours impliqué en elle-même le vœu de continence, et qu'ainsi, en défendant sous peine d'excommunication aux religieux et aux religieuses de se marier, le concile de

sis, consciittenle consens" , droem miiicro ad cnmilaltini ineuni, ut prtideiiii:e veslne prioiilms liiieiis iiitimavimiis. PiM-ilicli ei>itf polonmt omnibus, qiitfe eisdeiu orieii(:»!il)u< prciposuerilll, respomlcre, vol iraciarc <!e fi le, ni oxilu compctenli onuiis qthcsiio icrminetiir, et amhiguiias sopiatNr. >

(J) i CaMcrmn jain per hasce liueras confilemur, lilmpie coiifiriHanms, ne.s a noslro proposilo ei sen- • cMiia i);'r|ti:u|iiuiM dise cssui'os : legalis eiiaiii nostris :(lc»i imucraviiuus. *

Chaleédoine ne faisait que sanctionner un loi déjà existante.

118. Les sophismes d'Heidegger sont réfu lés d'avance par les explications que nou avons données, les principes que nousavon établis, et les réponses que nous avons faite aux allégations de Jurieu. Les décision dogmatiques des conciles œcuméniques de viennent celles de Jésus-Christ lui-même qui est dans toutes les réunions qui se fon en son nom, qui a promis à celles-ci en par liculier une assistance spéciale. Elles ne son jamais contraires à l'Ecriture sainte, mai elles sont quelquefois plus explicites qm l'Ecriture ne l'est, quelquefois aussi elle portent sur des points de doctrine qui n'on pas été consignés dans l'Ecriture, mais alor elles sont conformes à l'enseignement universel des temps apostoliques. Les pasteurs qui ne sont individuellement que de simple délégués, forment en même temps qu'ils I; représentent l'Eglise enseignante qui le envoie.

119. En accordant l'infaillibilé aux déci sions de l'Eglise enseignante, et par consé quent aux décisions des conciles œcuméni ques, Jésus- Christ a garanti d'avance cell1 des actes authentiques qui ont été dressé pour les porter à la connaissance de tous lé fidèles et les transmettre à la postérité.

120. Il est bien certain que les question de foi regardent tous les hommes, cl que per] sonne ne devrait êire indifférent sur ce poiui C'est pour celte raison qu'il fallait un tribu] nal, un véritable tribunal qui mît un lerml aux divagations, fixât les incertitudes et conl serval la croyance purepardes arrêts définf tifs et sans appel. Nous avons montré qui Jésus-Christ l'a établi. Heidegger prétcnl rencontrer la preuve du contraire dans 1[ Heuleronome XVIII, 20; dans Isaïe. VIll 20 et XLII, 3, k; dans le psaume XCIV (XC\| selon la Vulgalc), 14, 15; dans les prophétie! de Daniel, Vil, 10; dans l'Apocalypse, X>| 12; dans la deuxième Epîlrc de saint Pail aux Corinthiens, IV, 3; dans celle aux Hi'l breux, IV, 12. Nous renvoyons à ces difli renls passages ceux qui veulent se faire utl idée de la manière dont on tourmente les II vrcs saints quand on veut leur arracher il témoignage qu'ils n'ont pas voulu donnel

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