SECT. IV. LE CONCILE FI
dant, elle pouvait l'être. Voici ce que rapporte Gentillet:
« L'Empereur donc, estant lors à Spire , escrivit fort amiablement à Philippe, landgrave de Hesse, qu'il désiroit de parler à lui. Le landgrave, à ce mandement, le v;i incontinent trouver audit lieu de Spire, où il arriva sur la Gn de mars, audit an 4G. L'Empereur le reçut fort humainement avec caresses non a'ccoustumées , et lui fit entendre que l'ayant recognu auparavant fort amateur de paix, il désiroit savoir de lui , quels moyens il eslimoit pour pacifier le faict de la religion cil Allemagne. Et partant le prioit de lui en dire librement et familièrement son advis. Là dessus le landgrave, après l'avoir remer- 1 cié du courtois accueil et bon visage qu'il 1 lui faisoit , commença à lui dire en toute li- 1 berlc et hardiesse, que lui et ses compagnons dès le commencement avoyent demandé un 1 sainct et libre concile en Allemagne : mais que celui de Trente n'étoit pas tel, parce- I qu'en icelui n'y avoit que les evesques qui eussent pouvoir de résoudre et qu'on cxduoit toutes autres personnes, qu'ils appellent idiots; que cela leur faisoit avoir peu d'espérance de voir le différent de religion composé par le moyen d'icelui concile , et qu'il eslimoit qu'un concile national en Allemagne seroit beaucoup plus utile , parce qu'on y pourroit facilement tomber d'accord tic laisser le libre exercice de l'une et de l'autre religion, et de vivre en bonne paix îles uns avec les autres : veu même que la bhose estoit devenue à ce poinct, qu'il estoit mpossible d'en oster leur religion; qu'au ;oncile de Trente la pluspart des evesjues estoyent Italiens et Espagnols , enîemis mortels de leur dite religion, et peu oucieux de voir la paix cultivée en Allema- ;ne, ains pluslost désireux d'y voir une ombuslion de guerre civile. Mais qu'entre Ulemans, à qui le péril touche, il y avoit rande apparence qu'on se pourroit accorer de la doctrine controversée, vue que ésia l'on est d'accord des plus grands et rincipaux articles de foi. Car les uns et les utres croyent les symboles des apôtres, du ancile de Nicée et de saint Athanase. A cette ige réponse du landgrave, l'Empereur ne îpliqua autre chose sinon, que ce qu'il avoit rocuré la tenue du concile de Trente, estoit )ur faire que les gens ecclésiastiques se formassent eux-mêmes, et non pour tntraindre lui, ni ses associés, à rien inno- •r ni changer en leur confession d'Augs- >urg.» ( L. I, sess. IV. ) 172. Passons sur ce singulier raisonnement : Le concile de Trente n'était ni saint '• libre, parce qu'il n'était composé que d'éques. 11 est certain qu'un concile national, lésidé par l'Empereur, composé de minisll protestants, de nobles, de magistrats et i tous ceux auxquejs les luthériens aui ent reconnu la science ou la piété, fermé 'X évoques qui ne l'étaient, selon eux, que j nom, et à tous les ecclésiastiques auxqels ils auraient refusé soit la vertu néces- • re, soit la prudence, soit les lumières, soit
Cour, de Trente. III.
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l'intelligence, aurait pacifié, au gré des protestants d'Allemagne, sur le faict de la religi on. Car il aurait non-seulement permis l'exercice public du luthéranisme, mais il aurait encore étouffé, autant que cela lui aurait été possible, la religion catholique romaine.
1T3. Un concile national est un tribunal de première instance; on peut en appeler de ses sentences : son jugement est toujours susceptible d'être réformé. Quel aurait donc été le résultat d'un concile de cette nature, en supposant même que les luthériens et les catholiques se fussent entendus sur sa composition ? La partie condamnée aurait refusé de se soumettre, et l'état des choses serait demeuré le même qu'il était auparavant, si toutefois il n'avait pas empiré.
174. Le Vassor aurait peut-être raison de dire qu'il n'y a pas de moyen plus sûr et plus efficace qu'un concile national, pour conserver le bon ordre et la discipline dans une province ; mais prétendre que c'est aus«i le moyen le plus sûr et le plus efficace de réprin>er les mauvaises doctrines et citer en témoignage l'histoire ecclésiastique, c'est se jouer du bon sens et de lacrédulitédu lecteur.
175. La diète de Ratisbonne pensait exactement comme le landgrave de Hesse. Pour elle les dissidences religieuses n'étaient qu'une affaire de vanité, qui tombait naturellement dans le domaine de la police, et pouvait être réglée au gré de l'Etat.
176. La demande d'un concile œcuménique, tel qu'il plaisait aux luthériens de l'imaginer, n'était donc pas sérieuse; celle d'un concile national n'avait d'autre but que celui d'obtenir la libre prédication des doctrines nouvelles, et ne pouvait promettre aucun résultat satisfaisant. Il fallait donc passer outre et procéder à la célébration d'un concile œcuménique, selon les formes ordinaires. C'est ce que l'on fit.