LE PAPE AVAIT DES AGENTS SECRETS A TRENTE
581. Il est possible que le pape eût à Trente des agents secrets ; nous n'en savons rien pourtant. On n'en a rien su jusqu'à présent, puisque ceux qu'on a fait passer pour tels étaient connus de tous les Pères, pour être en correspondance, non avec le pape, mais avec les cardinaux. Lors même que le pape aurait eu, parmi les évêques et les autres personnes que le concile avait attirés à Trente, des hommes affidés, qui lui auraient rendu compte de ce qui se passait, qui lui auraient fait connaître la disposition des esprits, les projets qui se manifestaient, nous ne voyons pas en quoi ceci aurait pu empêcher les Pères de voter librement, et aurait compromis leur indépendance ou la légalité de l'assemblée. Les légats seuls aurait eu le droit de se plaindre, parce qu'ils auraient pu trouver dans la mission de ces employés quelque chose d'injurieux pour eux.
SECT. V. DES FORMAXIILS JURIDIQUES
18" LK PAPE SE FIT ATTRIBUER LE DROIT DE CONFIRMER, EXPLIQUER, INTERPRÉTER TOUT CE QUI ÉTAIT ARRÊTÉ A TRENTE, AFIN DE POUVOIR TOUT CHANGER A SON GRÉ.
585. Nous allons parler bientôt de ce qui concerne la confirmation du concile. Occupons-nous pour le moment de ce qui regarde l'explication et l'interprétation des décrets. Les Pères de Trente savaient qu'ils ne seraient pas éternellement assemblés, et que | leurs décisions, quoique conçues de la ma- : nière la plus simple et la plus convenable, lie laisseraient pas cependant que de donner lieu à des interprétations diverses qui en affaibliraient et pourraient même en détruire ; l'autorité. En ce cas, il n'y avait rien de 'mieux à faire que de laisser au souverain pontife le soin de les expliquer lui-même au nom de l'Eglise, et de les interpréter
qui faisaient leur résidence habituelle à Rome, et résolut de se servir de protonotaires et de référendaires pour gouverner Rome et les états de l'Eglise. L'histoire ecclésiastique montrerait, à chacune de ses pages, les heureux résultats du concile de Trente, dans la information progressive des abus , et le bon sens dirait que les souverains pontifes auraient été bien mal avisés de poursuivre vivement, pendant plus d'un demi-siècle, la réception de ce concile en France (Voy. section II), si on avait pu leur reprocher qu'ils ne le faisaient pas observer à Rome.
589. Les protestants prétendent que le droit exclusif d'interpréter tous les canons du concile de Trente, laissa le pape seul maître de prescrire les règles de discipline, et d imposer celles de la foi. M. Léopold Ranke a reproduit cette singulière assertion comme
586. Le souverain pontife n'avait nulle- beaucoup d'autres semblables, dans son his-
menl besoin de demander ou de faire demander une faculté qui, d'après les usages reçus, lui revenait de droit, et qui ne pouvait être laissée à nul autre que lui. Il s'en servit comme il s'en sert encore, non pas pour élu-
toire de la papauté pendant les seizième et dix-septième siècles. Nous serions bien fâchés de le dire à un homme aussi estimable que nous a paru l'être M. Ranke, mais cette manière de raisonner n'est pas rigoureuse-
der, changer ou abroger les décrets du con- ment conforme aux règles de la saine logi-
cile. ce qu'il ne pourrait pas faire valable- que- Le pouvoir d'interpréter et d'expliquer
ment, mais pour les maintenir en vigueur, le texte d'une loi ne donne pas plus le droit
11 déclara d'abord en plein consistoire qu'il de l'aire tout ce que l'on veut que celui de ne
voulait les observer lui-même rigoureuse- "en faire du tout.
ment, et qu'il n'y dérogerait que pour des
causes pressantes et nécessaires, et après §. k. Irrégularité dans l'issue du concile.
ivoir consulté les cardinaux. II nomma bien- KnA -
ôt après une commission composée de huit 59°- Uualre auteurs seulement, parmi ceux
cardinaux
"eillei
le Tre
Tiême. n d'un livre (t) intitulé : Notes sur le concile de
587. Tout ce zèle, dit l'auteur de Vhistoire Trenle touchant les points les plus importants
'e la réception du concile de Trenle art 6 de la discipline ecclésiastique et le pouvoir des
•'était qu'extérieur et apparent. La' cour de évê(lues, <es décisions des saints Pères, des
iome ne changea point de face. Le pnpe lui- Conclles et (les papes, et les résolutions des plus
léme, enfreignant le premier les décrets du haoiles avocats sur ces matières avec une dis-
oncile, fut tout occupé de ramasser de l'ar- serla'ion sur la récention et l'autorité de ce ent, pour en gratifier les cardinaux Annibal,
Uemps et Marc Sittico. Débarrassé des alar
rès une commission composée de huit oyu- quatre auteurs seiuemem, parmi ceux
aux, et la chargea spécialement de q«e nous avons lus, ont s.gnalé comme irre-
à l'observation des décrets du concile Snl,ère ' lssue du concile. Ce sont Gentillet
mte et de ceux qu'il avait faits lui- et VarSas> Heidegger et l'auteur anonyme
es et délivré des inquiétudes que lui avait onnées le concile, il ne s'occupa plus qu'à M spectacles et à des divertissements. Il fit ire dans le Vatican une espèce d'amphithéâf, d'où il s'amusait à voir des jeux, des 'urses et des tournois, ne remplissant presque icun des devoirs d'un bon pasteur. Ses sucmurs donnèrent encore des preuves plus taenles que, bi"n loin qu'on eût remédié au sordre, le mal était au contraire accru ; de rteque l'on peut dire que, quoique Rome ait ns tous les temps témoigné beaucoup d'ar- «*r pour faire recevoir et exécuter les décrets | concile de Trente , il n'est point de lieu où 'soient moins observés.
)88.Fra-Paolo aurait répondu à cet auteur jCnelV chargea les cardinaux Morone et jnoneta, qui avaient été ses légats à Trente, i avenir quand on proposerait ou quand traiterait dans le consistoire quelque »»e (Je contraire aux décrets de ce concile; mu renvoya dans leurs diocèses les évoques
concile en France.
ALLEGATIONS
591. 1° Gentillet. — Environ six semaines après, assavoir le 9k de janvier 156k, le pape Pic envoya partout ses bulles de confirmation dudit concile, par luy soussignées en ceste façon: Pie évesque de l'Eglise universelle. Nous avons cy devant assés parlé de ce tislre d'évesque universel, ou évesque de l'Eglise universelle. Néantmoins pour le couronner du diadème qu'il mérite, nous adjousterons ici ce qu'en dit saint Grégoire, escrivant aux évesques de laGrèce:Puisque nous voyons, ditil, que l'antechrist ennemi du genre humain se commence à manifester en ce dernier temps par ses précurseurs, et que lesprestres mesmes qui luy deussent résister par une saincte et humble vie, sont ceux qui luy servent de précurseurs en s'intitulant de ce nom orgueilleux d'universel, je vous prie et exhorte que jamais
(I) C'est Esticnne Kassicod, avocat au parlement de Paris.
DISCUSSION DES OBJECTIONS CONTRE LE CONCILE
nul de vous en reçoive ce nom, nul n'y c on- duite n'est conforme ni à l'esprit de l'humilit
sùnt e, nul ne l'escrive, nul ne l'appreuve estant chrétienne, ni aux exemples que lui on
escrit, nul ne le soussigné. Duquel passage donné les saints ; que l'évéque de Rome à qu
résulte appertement que cesle intitula-lion, Pie le concile de Chalcédoine a donné ce titre pa
tresque de l' Eglise universelle, est équipolente honneur ne l'a jamais voulu prendre, etc. (1
à ceste-ci, Pie précurseur de l'antechrist. (Bu- 596. Si en appelant le pape pontife d:
reau, l. IV, sess. 25.) l'église sainte et universelle (2),ainsiqu'i
592. 2° Vargas. — Tout ce qui se déterminait dans le concile général, on ordonnait de l'observer comme étant émané d'une autoriléà laquelle il n'est pas permis de résister. La confîrmnlion du pape n'était nullement nécessaire pour la validité des décrets. C'est une formalité qui n'apas été miseen usage pour cet effet, mais pour des raisons justes et honnêtes. Je
le fil dans ses acclamations par la bouche di cardinal de Lorraine, le concile avait vouli déclarer ou reconnaîire que le pape est évé que universel; c'est-à-dire l'évéque de loi tes les Eglises, comme du Ferrier s'en plain au roi lorsqu'il dit: Et d'autant, Sire, que pa icelle conclusion le pape est appelle évesqu de l'Eglise univers elle, nous y estons, eussion
l'ai déjà remarqué : ce que le Saint-Esprit a aussi empesché cette qualité et dénomination
dicté dans le concile ne peut pas demeurer en et plusieurs autres poincts qui se trouvent e\
suspens. C'est une chnse qui ne dépend point icelle conclusion, par lesquels on infère néces
delà volonté d'un autre; mais seulement de sairement que le pape est par-dessus le concil
l'assemblée même, quocl semcl est verum, per- contre l'opinion de l'Eglise de France et de h
petuo est verum. Cela est évident: et il n'y a Sorbonne de Paris; et ce que nous, par le con
que des flatteurs qui ont cherché certains dé- sril de mon dit seigneur le cardinal, et suivan
tours, pour diminuer l'autorité des conciles {Mém. 29.)
593. 3° Heidegger. — Concilii illius in ipso papatu fruclus nullus vel certe exiguus emicuit, et si quae salulariter conslitula videri potuerunt, eaconniventibuspapa el episcopis in nervum haud eruperunt denique inde a concilio res in pejus urgere visae sunt. (B. 1266.) V
594. k° Etienne rassicod. — Le roi de France avait été celui de tous les princes de la chrétienté
l'opinion des docteurs en théologie, que vostn majesté à envoyés à Trente, avons plusieur fois requis et empesché, comme M. d'Orléan scait que le pape ne fusl appelle pasteur d l'Eglise universelle (6 déc. 1563).
Si en signant lui-même Pie, évêque d l'Eglise catholique (3), il avait eu une idé semblable, nous ne conclurions pas de là avec Gentillet, que le pape est le précurseu de l'antechrist. Car une pareille conclusiol serait ridicule; nous ne dirions pas non pluj
qui avait le plus contribué à la convocationde que, d'après le concile de Trente, le pape e ce concile, qu'il avait jugé nécessaire pour la l'évéque de toutes les églises, car la doctrir)
conservation de la foi et dont il avait souhaité la continuation dans l'espérance de rétablir par celle voie la paix et l'union parmi ses sujets que la diversité de religion commençait à troubler. Mais, dans la suite, les choses se passèrent d'une manière si peu conforme à ce qu'il avait souhaité, on y traita si indignement les ambassadeurs de sa couronne, on flatta et on éleva si haut les abus et les prétentions de la cour de Rome , et les évéques de France eurent si peu de part aux décisions et aux décrets de ce concile, qu'au lieu d'arrêter le cours des hérésies en ramenant les luthériens et les calvinistes par son autorité, il jeta même la division parmi les catholiques qui avaient été unis jusqu'alors, et fit naître de nouvelles contestations entre le pape et le roi, entre les évéques et les chapitres, et entre le clergé et les parlements. (Dissert., p.l.)
REPONSES
595. Nous n'avons vu qu'une seule letlre de saint Grégoire aux évéques de la Grèce. C'est bien inutilement qu'on y chercherait le passage cilé par Gentillet : il n'y est pas. Mais il existe une autre letlre du même saint à Jean, évêque deConslanlinople, dont l'objet principal est le litre d'universel que ce prélat venait de prendre. Saint Grégoire ne lui dit pas qu'en se donnant ce nom ambitieux il se soit fait le prédécesseur de l'antechrist; il lui représente simplement qu'il a l'air de se considérer comme seul évêque, au mépris de ses frères dans l'épiscopal ; que sa con-
du concile de Trente doit être cherchée darl ses décrets et non pas dans ses acclamef tions ; nous déclarerions au plus que l[ Pères de ce concile et le papeont eu toij mais telle n'a pas été leur intention. Lf expressions pontife de l'Eglise universel II évêque de l'Eglise catholique ont été prj ses par eux , comme elles avaient été do| nées par les Pères et les écrivains eccli siastiques des siècles antérieurs, c'est-à-dij selon une acception large, basée sur de siil
(1) Qui enim indignum te esse latebaris, utepisdj pus dici debuisses , ad hoc quandoque perduclus <f ul despeclis frairibus episcopus appelas solus '■ cari...
Veslra autem sanciitas agnoscat quanium apucll tumeat, qux illo nomine vocari appétit, quo v«(f nullus pfâesinDpsit , qui veraciter sanclus fuit. Nil quid non, sicut vestra fralernilas novit, per ve| randum Calcliedonense concilium hujus apostoî sedis antistites, cui Deo disponente deservio, uni j sales obi a to honore vocali sunt. Sed tamen nul unquam tali vocabulo appellari voluil, nullus sibi , leniernriuni nomen arripuit : ne si sibi in pontill tus gradu gloriam singularitatis arriperet, banc J nibus fralribus denegasse videretur. I
(Saint Grégoire, letlre à Jean, évêque de ConsJ linople, lib. iv, lettre 38.)
(2) Beatissimo Pio papie et domino no9tro, sail et universalis Ecclesiae pontifici, multi anni eiœtj niemoiia.
(5) Ego Pins caiholicse Ecclesiœ episcopus.
Evêque <le l'Eglise catholique peut signifier al évêque catholique. Celte explication conviendrait! (alternent avec le titre que prend babiiuellenul pape, celui de serviteur des serviteurs de Dieu.
SiXT. V. DES FORMALITES JURIDIQUES.
pie» rapports de similitude. La politesse emploie ces manières de parler, même dans les les actes les plus sérieux. Ou pouvait donc s'en servir.
597. La confirmation du pape était-elle nécessaire pour valider les décrets du eonc!e de Trente? Cette question que soulève Vargasnous n'avons nul besoin de la traiter
doute pas qu'il n'ait informé votre éminence illustrissime de ce qu'il en crotoit, quand Lorraine lui eut fait cette ouverture (24 juin 1563).
601. Le cardinal de Lorraine, dont l'opinion était alors celle de la Sorbonne, pensait donc qu'une partie des décrets du concile avait besoin de l'approbation du pape,
ici, parce que dans l'hypothèse d'une réponse tandis que le cardinal Simonetle, dont l'opi
négative, comme dans celle d une réponse affirmative, il sera également vrai de dire que la conduite du concile n'a pas été sans exemple dans les temps anciens (1), et n'a pu aucunement invalider ce qui avait été déjà arrêté.
598. On pourrait dire avec raison que, le pape n'yanl pas assisté personnellement au concile, il était convenable qu'on lui fit ratifier ce que ses légats avaient fait en son nom, et approuver, comme le premier des pasteurs, ce que les autres pasteurs avaient décidé de concert avec eux. Mais ce motif, qui n'a peut-être pas été étranger aux délibérations du concile, n'est pas le seul qu'on puisse îlléguer.