‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 254 sur 373 · SECT, XI, LES CVTIIOL. ONT-ILS REF. DE RECEV. LE CONC · texte numérisé non relu

SECT, XI, LES CVTIIOL. ONT-ILS REF. DE RECEV. LE CONC

lOlo

qu'elles devinssent lois de l'Etat , et trouvassent dans cette adoption un appui efficace contre la perversité du cœur humain , qui sacrifie bien souvent le devoir aux passions.

1038. Le concile de Trente , tenu de concert avec l'autorité civile, avait réglé quelques points de discipline mixtes ; il fallait donc" recourir à l'autorité civile pour les faire exécuter. Les Pères avaient décidé en même temps une infinité d'autres questions que les novateurs soutenaient les armes à la main , sorte d'argumentation à laquelle un concile ne saurait répondre par luimême ; il fallait donc laisser ce soin à l'autorité civile.

1039. Le refus que celle-ci faisait d'accepter les décrets du concile , les rendait nuls >de plein droit en ce qui touchait réellement à son autorité , et ne permettait pas aux officiers civils de prêter main-forte aux tribunaux ecclésiastiques pour l'exécution de out le reste ; ce qui laissait subsister la plu- Dart des abus que les Pères avaient voulu •etrancher.

lOiO. C'est pour ce motif seulement que 'acceptation et la publication du concile de "rente fut demandée à tous les princes chréjens, et qu'elle fut vivement poursuivie en 'rance par le clergé , durant l'espace de 52 u 53 ans.

lOil. L'auteur anonyme de l'histoire de la teeption de ce concile voit dans les démaries du pape et dans les instances réitérées ? nos prélats , la preuve que les décrets des mciles n» font loi que du consentement et ir l'autorité du prince ; opinion qui avait îjà été émise par Pierre de Marca , et qui ■puis a été celle de Leibnitz, mais qui n'en t pour cela ni mieux établie, ni plus rainnable dans sa généralité.

10i2. Nous ne nions certes pas que,àl'aurilé civile seule n'appartienne le droit de ire des lois civiles ; nous disons seulement /avant d'être loi de l'Etat, et même sans

• devenir jamais, les lois ecclésiastiques Mit obligatoires pour tous les fidèles, quels «,e soient leur rang et leur dignité, et doi-

nt être religieusement observées par eux. 10V3. Les vues et les intérêts des hommes

• sont pas toujours selon les desseins de l'u; il peut donc se faire que les lois ccc Mastiques les plus sages paraissent inopllunes à l'administration civile. C'est ce ( arriva en France par rapport au concile " Trente. La reine régente répondit au "ice , Prosper de Sainte-Croix, qu'on ne pivaitle publier, 1° parce que cette publi- ' 'on irriterait les huguenots ; 2° parce que " oncile défendait les commendes et plusieurs 0 res usages permis en France. (Hist. de la "•|/;, n. 38.)

, )44. Mettez abus à la place d'usages, et Réponse de la reine nous donnera le vérité motif d'un refus auquel on ne devait

* s'attendre à une époque où la religion

aolique romaine étant la religion de t'E-

|a ses intérêts devenaient ceux de toute la

'i Jll.

10i5. La cour redoutait les calvinistes (1), et ce n'était pas sans raison : car ils étaient alors très-puissants. Les conseillers en parlement et les autres magistrats voulaient conserver à leurs enfants et petits-enfants, nièces et neveux, cousins et cousines, amis et protégés, les riches bénéfices dont l'Etat s'était mis en possession de disposer (2). Ces

(1) E di molli ne diro un solo che occorse a san Germa no in cospetlo di moite genii, alcuni messi sono.

Dovendosi mandarun edilioper publicarloa Roano in inaieiia di qnesle cose délia religione. Ando nno degli capi ugonoiii alla regina a persuaderla a non mandarlo. E perche sua maesta non si mu lava d'opinione per le sue parole, venue in tanla arroganzia che incliemlo la mano su la spada, disse : A madama, se si vorra puhlicare l'ediilo quesla spada con moite allre l'impediranno. lEsebene clii mencre la mano sulla spada in faccia de principi, si suol t'ai morire immédiate, pero non solameuie alcuni non ebbe pena, ma l'ediilo non fu publicalo, e la regina testarsi con qucll' affronte (Michèle Suriano, ambassadeur de Venise en France, 1561.)

("2) Ceux-ci respondaienl en général à cela qu'ils n'esloienl pas mouins oculés que les députés du liers-esiat pour considérer l'importance de cette proposition, et à quoy elle se peut esiendre : n'y mouins zélés qu'eux au service du roy et de Testât, pour ne rien proposer (pli leur lût préjudiciable. Que la vérité est qu'il y a en France quatre sortes de personnes qui s'opposent a ce que le concile de Trenle y soil reçu : la première, des hérétiques, parce que leurs erreurs y sont condamnées; la seconde, des libertins, lesquels désirant de jeller les semences d'un schisme en l'Eglise, tascheni d'y introduire le dé>>ordre avec les mêmes arlilices que les hérétiques; la iroisiesme, ei de ceux qui tiennent des bénéfices incompatibles, lesquels seroienl obligés de se contenter d'un seul, si le concile esloil reçu en France (mais ils doivent sçavoir que le défaut de publication procédant des séculiers, ils ne laissent pas d'eslre obligez au décret du concile); la qualriesme est de ceux lesquels, par une louable affection et zèle politique, résistent à la publication du concile, s'iroaginant que Testai lempoiel de la France en recevroit quelque préjudice. Que les députez calvinistes conspiraient ici avec les libertins et avec ceux qui sont chargés de bénéfices incompatibles, pour suggérer des raisons aux politiques zelez, afin d'empescber la réception et publication du concile. Mais de quelque pari qu'elles viennent, le clergé el la noblesse sousteuoient qu'ils feraient voir qu'elles sont très foibles. (Dupleix., Hist. de Louis Xlll.)

Pour le regard du concile de Trente, que Sa Sainteté se pouvoil souvenir que Voue Majesté luy avoit l'ail dire pins d'une lois qu'elle en desiroil la publication, el y alloit préparant les choses, mais que cela ne se pouvoil faire si lost comme Sa Sainteté el vosire Majesté vouloiem.Jit quand il sérail vra'y que pour la publication dudil concile il n'aurait esté fait instance si pressée à la Cour de parlement, comme pour la publication de cet édil, ce ne serait pas que vosire Majesté eusl plus tant d'affeclion aux choses qui sont pour les hérétiques , qu'à celles qui sont poulies catholiques; mais la cause en seroil, que si cel edicl ne lust pas.^é, Vosire Majesté sçavoit bien qu'elle rentrait aux guerres civiles : mais si le concile de Trenle n'estoil public, il n'y avoit point pour cela aucun danger de guerre, d'amant que les hérétiques qui abhorrent tous conciles, et mesme celuy de Trente, ne l'approuvent point, et que la plusparl des catholiques, et ceux qui plus peuvent, comme les parlements, et les chapitres, et les principaux sei- L-neurs, ne veulent point duilil concile, pour n'avoir

DISCUSSION DES OBJECT. CONTRE LE CONC

cfioses-là étant du nombre de celles que l'on ne peut décemment avouer, on eut recours aux libertés de l'Eglise gallicane. Personne no savait positivement en quoi elles consistaient. Rien n'empêchait, par conséquent, de les étendre et de les interpréter de manière à fournir un prétexte apparent de rébellion contre des décisions dont la validité ne pouvait être douteuse, mais auxquelles on ne voulait pas se soumettre.

1016. Les mauvaises chicanes commencèrent à Trente et se continuèrent à Paris avec une opiniâtreté jusque-là sans exemple, et qui n'a certainement pas été sans influence sur les luttes qui eurent lieu depuis entre la magistrature et le clergé, au sujet des jésuites, des jansénistes et des philosophes du dix-huitième siècle. Luttes déplorables qui rompirent les digues du pouvoir et laissèrent déborder sur la France le torrent des révolutions.

1047. Le Roy monsieur mon fils, écrivait, le 27 février 1563, la reine-mère à l'évéque de Rennes, ambassadeur du roi auprès de l'Empereur, a fait voir depuis l'arrivée de mon cousin le cardinal de Lorraine, les décrets dudit concile, en pleine compagnie de son conseil, appelez les quatre pre'sidens de sa cour de parlement, et ses advocats et procureurs généraux, par Codris desquels s'est trouvé tant de choses contraires à son authorité et préjudiciables aux privilèges et libériez de V Eglise gallicane, qu'il a esté advisé et résolu que la chose se surseoira encore pour quelque temps. Cependant nous verrons comme ledit sieur Empereur, et mon bon frère le roy des Romains, qui ont leurs estais divisez comme nous, par la diversité des opinions en la religion, en useront, pour par après y prendre meurement une bonne résolution.

1018. Que pensez-vous de ce conseild'Etat flanqué des quatre présidents, des avocats et procureurs-généraux, de la cour de parlement, qui découvre, dans les actes du concile de Trente, une quantité prodigieuse de choses contraires à l'autorité du roi et aux privilèges et libertés de l'Eglise gallicane,et qui conseille gravement, non pas de protester contre ces empiétements de l'autorité ecclésiastique sur l'autorité civile, encore moins de rejeter le concile, mais de surseoir, pour quelques temps, à sa réception, afin de voir quelle sera la conduite de l'Empereur, qui se trouve, vis-à-vis des luthériens, dans une position à peu près semblable à celle de la France vis-à-vis des calvinistes? Hé bienl l'Empereur accepta les décisions du concile et les fit publier. Tous les princes chrétiens les acceptèrent à leur tour, et les firent publier. Le roi de France seul, le fils aîné de l'Eglise, continua de délibérer meurementy sans oser prendre une bonne résolu-

pointà laisser les bénéfices incompatibles, les confidences et :mlres abus que la reformaiion portée par ledit concile osteroit. El c'esloit une chose naturelle, que non seulement les roys, mais tous les hommes se remuent plus pour les choses là où il y a danger grand et évident, que pour celles où il n'y en a point du tout. (D'Ossat, 28 mars 1589.)

tion. Il est vrai que ses conseillers le prévinrent qu'il y allait de son indépendance, el que, une fois le concile accepté, il sérail bientôt le sujet du pape (1). On lui faisail craindre aussi la guerre civile.

1019. Cependant son intention était de U faire publier : car la reine-mère dit au cardinal Prosper de Sainte-Croix, nonce du pape, de tenir pour certain que cela si ferait; mais qu'il fallait encore en différa l'exécution pendant quelque temps (Hist. dt la Récept. n. 38). Charles IX répondit aussi en 1568, à une députalion de la Faculté d< Sorbonne, qui venait la lui demander : qu'il donnerait un édit pour la publication du concile de Trente, lorsqu'il en trouverait l'occasian (ib. a. 44).

1050. Henri IV, dans un mémoire qu'i remit lui-même à du Perron, alors évêque d'Evreux, en l'envoyant à Rome pour obtenii son absolution, disait pareillement : « Davantage, si sa saincteté leur parle du resta: blissement de la messe, aux lieux où elle è esté discontinuée, tant en ce royaume, qu'er Béarn, de la publication du concile de Trente:, et de l'instruction et nourriture de monsieur le prince de Condé, à la religion catholique\ qui sont choses que sa saincteté s'est laissé, entendre d'affectionner ; ils lui diront que s> majesté les a encore plus à cœur que personne, comme celle qui ne désire autre chose, que a\ voir toujours ses sujets réunis au giron 4 l'Eglise, et vivre en la religion de laquelle elli fait profession. Partant ils luy déclareront soit qu'elle accorde sa bénédiction, ou nod que sa majesté ne cessera de rechercher totil moyens de les accomplir.

1050 (6is).L'article7* des engagements pris| cette occasion et consentis par le roi e: ainsi conçu : Article 7, Que le roy fera pi blier et observer le concile de Trente, excep aux choses qui ne se pourront exécuter, sar troubler la tranquillité du royaume , et s'il s\ en trouve de telles.

1051. Du Perron et d'Ossat l'avaient fal

(1) Bref nous deviendrons insensiblement snje| du pape, qui aura un plus fort party en France m le roy lui-même, par le moyen des ecclésiasiiquj et de leurs grands biens, ei y donnera séance et ai Ihorilé à qui boa luy semblera, comme il a fut a| irefois es mutations advenues à celte couronne; pour lier le peuple par la conscience, qui n'a rii de plus tendre et plus clier, le privera du service <| vin, jusques à ce qu'il ait pris tel party qu'il vej dra

Est aussi ce concile directement contraire au rej et à la tranqnilliié de ce royaume, c'est-à-dire à si bien et salut, qui aujourdhuy ne dépend de rien pif que de la paix : car il n'y a celuy qui ne voye quel moindre reclieute de guerre civile luy sera mortell et qui n'ait peu conuoître en l'école des années pj sées, que la paix n'y peut subsister, sans l'exercj des deux religions, des quelles l'une est condainnj analhemalisée, et en tant qu'en !uy est interdite I ce concile, à l'exécution duquel, s'il est une fois I prouvé, on invoquera et exhortera le brasséculif c'est à dire l'aulhorité et force du roi.

(Advertissement de RI. Jacques Faye conseillerl roy en ses conseils d'Eslal et privé, el son advol au parlement de Paris, en Pan 1575, sur la receptl et publication du concile de Trente.)

SECT. X!. LESCaTIIOL ONT-ILS REF. DE RECEY. LE CONt..

iou

uivre des réflexions suivantes dans le pro-

<t qu'ils en envoyèrent au roi. La publica-

ion et observation du concile de Trente est

our réussir non seulement à l'honneur et

luire de Dieu, et à la ré formation et décora-

:on de toute V Eglise: mais aussi à la seureté

t accroissement de l'authorité du roi, et de

obéissance qui est deue à sa majesté, quelque

hose que certaines personnes sçacltent dire au

onlraire. Et si les preslres et autres person-

es ecclésiastiques eussent esté reiglez en

'rance, selon ledit concile, faisants leur de-

oir, et ne se meslants que de la function spi-

■tuelle, ils n'eussent causé au feu roi, ny a

>stuy-cy , les travaux que leurs majestez ont

is, ny à la France, et à eux-mesmes, la ruine

désolation , qui s'y est veue par tant d'an-

!es, et dont tout le royaume se ressentira

icy à long temps. Au demeurant, l'exception

•i est au pied de cest article, pour la quelle

ire recevoir il a fallu ausdits du Perron et

Jssal, suer sang et eau, monstre assez le soin

l'ils ont eu de ne rien promettre ny accepter

ii peust troubler la tranquillité du royaume,

:t])0)ir le regard de ceux de la prétendue

liyion réformée, ou autrement. Lesdits pro-

ieurs ont encore tasclté d'y faire mettre

i utres exceptions; mais il n'a esté possible

Clés faire accepter, et semble qu'elles pour-

r t aucunement estre comprises sous ceste cy.

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