‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 29 sur 373 · LIVRE DIX-NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEUVIEME

qu'elle avait de la paix , désir naturel à son sexe, s'était abaissée à des conditions funestes (l) et honteuses tout à la fois. Signé , un jour avant le combat, cet indigne Iraité arriva quand l'action était déjà engagée : aussi fut-il promptemenl effacé par le sang des ennemis.

15. Le concile ne se borna pas à ces signes d'une pompeuse allégresse. Conformément aux désirs du cardinal , d'autres démonstrations plus importantes (2) et plus dignes de mémoire suivirent ies premières. Douze jours furent accordés à Beaucaire, évêque de Metz, prélat d'une grande éloquence, pour qu'il se préparât à faire l'éloge des vainqueurs. Au jour (ixé , Beaucaire prononça , en présence de son immense auditoire , un discours magnifique (3), et cet effort fut d'autant plus louable, que l'orateur, pour se faire l'organe de la joie publique, avait dû surmonter sa douleur personnelle; car Gilbert Beaucaire, son neveu, avait péri dans le combat. C'est l'évêque de Metz lui-même, qui rapporte ces : diverses circonstances dans son élégante histoire (4). Le même jour, le cardinal de Lorraine offrit un sacrifice solennel d'actions il de grâces; après quoi il retint â dîner les cardinaux, les ambassadeurs et un grand nombre de prélats. Mais il était juste démontrer aussi de la reconnaissance envers ceux qui avaient fait triompher la sainte cause, non-seulement en exposant, mais encore en donnant en effet leur vie; c'est pourquoi Louis de Preste , évêque de Meaux, fut désigné pour dire le lendemain une messe de Requiem à l'intention de ces nombreuses et illustres victimes. Tout le concile se montra fidèle à leur souvenir en assistant à la cérémonie funèbre.

6. Cependant les quinze jours prescrits pour indiquer le terme de la session étaient passés (5). On sentait la nécessité de faire une nouvelle prorogation; mais en même temps on craignait de rencontrer des obstacles dans un grand nombre des Pères. Les égals, qui avaient cette appréhension, invièrent le cardinal de Lorraine à délibérer iveceux; et ils agissaient de la sorte afin ,]ue le cardinal ayant approuvé, dans un onseil privé, les résolutions auxquelles ils 'arrêteraient, s'intéressât ensuite publiquement à l'exécution de ces mesures et en soutint les auteurs. Les présidents donc, forts de on assentiment, chargèrent Seripandi de proposer un nouveau délai , bien que celte onction semblât appartenir au cardinal de

(1) Lettre de Guallieri an cardinal Borromée, 4 jaunir 1565.

(2) Lettre des légats au cardinal Borromée, 4 janer 1565; \cies du château Saint-Ange, 10 et 11. iiarto, aux mêmes datés.

(3) Ce discours se trouve dans le recueil des Actes îja plusieurs fois cité, et imprimé à Louvam en 1567.

•*) Voir Beaucaire, livre xxx, depuis le n° G, iush au n<= 10. J

(5) Diana, lettre des légats au cardinal Borromée, 'ire lettre de l'archevêque de Zara, dernier jour de •comble 1502.

Mantoue. heripandi fit observer qu'on avait encore à entendre un grand nombre de Pères et que, comme il était impossible, à cause de cela, de prévoir l'époque précise oùon serait en mesure pour célébrer la session, il paraissait à propos de différer encore quinze jours. Dans cet intervalle on achèverait infailliblement de recueillir les voix, et on verrait, en avançant, pour quoi jour on pourrait enfin indiquer la session. Les choses furent en effet réglées de celle manière , et la session fut prorogée pour la cinquième fois. Tous consentirent simplement à celle prorogation; Guerrero fut le seul qui dit qu'il était du devoir des légats de remédier au grand abus de la perte du temps d'où naissait la nécessité de nouveaux délais ; que pour cela il était expédient de partager le concile en plusieurs sections dont chacune aurait son travail particulier, et qu'ainsi chaque chose serait l'aile plus promptemenl par chacun que toutes ne le seraient par tous.

CHAPITBE XL

Trente-quatre demandes présentées, au nom du roi, par les orateurs français aux légats. — Sentiment du cardinal de Lorraine SUT ces demandes. — Gualtieri envoyé d Rome pour en traiter avec le souverain pontife.

i. Tandis que les congrégations se continuaient et se succédaient chaque jour sans interruption, les ambassadeurs fiançais portèrent (1) enfin aux légats, le 3 janvier, les demandes de la cour dont la rédaction était attendue depuis si longtemps. Ils en firent lecture devant eux et leur en envoyèrent une copie le lendemain matin, les priant de la manière la plus pressante de les proposer sans délai et assurant que le roi s'en remettrait entièrement à la décision du concile. Les légals prirent leur temps pour délibérer et parlèrent le jour même au cardinal de Lorraine, après la congrégation.

Toute leur pensée se résumait en trois chefs principaux.

Le premier était conçu sous une forme interrogalivè. Les -légats demandaient au cardinal s'il avait approuvé toutes les propositions sans exception ?

Dans le second, les présidents témoignaient au prélat français leur surprise et leurélonnemenl. Il leur avait promis, disaient-ils, qu'avant de soumettre les demandes de la cour à l'examen du concile, on en donnerait pleine communication au souverain pontife, et maintenant les ambassadeurs voulaient à tout prix que L'on proposât sur-le-champ les demandes à l'assemblée, quoique la condition ne fût pas encore remplie.

En troisième lieu, les légals priaient le cardinal de veiller à ce que les demandes ne fussent point divulguées, tant qu'on n'aurait pas eu connaissance des intentions du souverain pontife. Mais cette prière n'était au fond qu'un reproche ; car les légats se plai-

(I) Lettre des légats au cardinal Borromée, 4 janvier 1505.

gnaient qu'en eût déjà tiré plusieurs copies nues de fondement, et ils attendaient avec de ces propositions etqu'on leseût laissées se anxiété la promulgation des demandes de la

it employé son crédit à l'égard quelque penib es qu elles pussent être. importantes; qu'il s'était op- 3- Les légats firent partir es demandes es orateurs proposassent ccr- pour Rome le soir même, et le sur lende-

répandre dans le public.

2. Le cardinal affecta des manières affables, et prenant à propos cet air de candeur qui le secondait si merveilleusement dans les circonstances difficiles, il répondit-, au premier chef, que quelques-unes de ces propositions lui déplaisaient, et qu'il en donnerait une preuve évidente et publique dans la congrégation du lendemain, s'il y était appelé à déclarer son sentiment sur celte matière ; que si quelqu'un lui demandait pourquoi il n'avait pas usé de L'autorité dont il jouissait dans le conseil privé du roi et de l'influence qu'il exerçait sur les ambassadeurs pour faire retrancher ces propositions, il répondait à l'avance qu'il avai de choses plus

posé à ce que les orateurs proposa tains articles qui eussent été odieux au souverain pontife, comme la suppression des annates et d'autres qui tendaient à faire tort à la religion ; qu'il tiendrait toujours à l'avenir une conduite semblable pour tout ce qui pourrait blesser la conscience ; qu'il ne violerait jamais les prescriptions de cette voix intérieure etsacrée, quand même le roi lui en ferait un commandement formel, mais que, comme les propositions présentées par les ambassadeurs n'étaient pas de nature à compromettre la conscienceetque d'ailleurs elles avaient été unanimement approuvées par le conseil royal, il n'avait pas cru devoir les combattre. En outre, ajoutait-il, le monde et les affaires ont bientôt fait de changer de face ; et dans des temps postérieurs, on aurait pu lui demander compte de son opposition, comme on l'avait déjà fait de certains actes de sa vie passée qui remontaient à l'époque du roi Henri et de François II. C'était une leçon salutaire pour l'avenir, et il n'avait garde de l'oublier et de n'en pas profiter, surtout quand il l'avait achetée si cher.

Secondement, pour faire revenir les présidents de leur surprise, le cardinal leur dit que les ambassadeurs ne montraient tant d'impatience relativement à la proposition de leurs demandes, que parce qu'ils voulaient obéir aux ordres du roi et montrer qu'ils n'entraient eux-mêmes pour rien dans la lenteur des opérations du concile. Néanmoins les légatsétaient libresde communiquerpréalablement au souverain pontife les matières contenues dans l'écrit des orateurs ; car les prélats français pas plus que lui-même ne s'opposeraient jamais à ce qu'on procédât d'après les règles de la justice et des convenances.

Arrivé au troisième point, il assura qu'il avait toujours désiré que l'on tînt sous le secret les trente-quatre propositions, jusqu'à ce qu'on eût reçu la réponse du pape ; mais que les ambassadeurs avaient jugé plus à propos de les divulguer sur la demande d'un grand nombre de Pères, parmi lesquels on remarquait beaucoup d'Italiens. Ces prélats s'étaient laissés préoccuper de certains bruits dé-

cour. On disait, enlr'autres choses, que les Français voulaient ériger un palriarchat dans leur pays et que lccardinal de Lorraine devait le premier occuper cette place. Or les ambassadeurs craignaient que ces mensonges ne vinssent à s'accréditer, et ils s'étaient hâtés de publier les propositions du roi, persuadés qu'il n'y avait pas d'autre moyen d'imposer silence à la calomnie et de faire cesser tous les faux bruits.

11 fit part aux légats, en terminant, des espérances de succès qu'il avait conçues , et il promit que, pour amener cet heureux résultat , il ne craindrait pas d'affronter toutes les fatigues, soit d'esprit, soit de corps ,

main , ils envoyèrent au pape l'évêque de Vilerbc (1) , qui devait communiquer à Sa Sainteté tous les renseignements secrets qu'ils tenaient du cardinal.

A l'occasion de ces derniers faits, Soave est tombé dans trois erreurs. Premièrement il dit que les légats proposèrent au cardinal de Lorraine d'envoyer à Rome Gualtieri, pour porter au souverain pontife les propositions des Français ; à quoi

le cardinal

consentit. Or il est certain que les légats avaient préféré et choisi Visconli pour ce message, dans la persuasion où ils étaient que Gualtieri serait plus utile à Trente qu'à Rome. Mais comme il devint ensuite nécessaire de précipiter le départ de Visconli, et que, sur ces entrefaites, le cardinal de Lor-j raine proposa Gualtieri, comme nous l'avons i dit plus haut, les légats se rendirent aux vœux du prélat, et l'évêque de Viterbe fut] accepté.

En second lieu , Soave raconte que lesl propositions des Français furent communi-| quées au souverain po'ntife, par l'entremise! de Gualtieri. Il avait été ainsi résolu d'abordj Mais les légats apprirent bientôt que plusieurs copies de ces propositions s'étaienll déjà répandues au sein de la ville , et que kl courrier qui allait partir pour Rome ntl manquerait pas d'en emporter quelques-une.1 avec lui ; et comme ils ne voulaient paj qu'elles arrivassent, pour la première fois] au palais par un autre moyen que par leurl lettres, ils remirent celles-ci au courrier! qui fut chargé de les présenter au souveraij pontife.

Ces deux premières erreurs sont et peu importantes; mais nous allons

légère!

alterl l'f

signaler une troisième qui mérite une att< tion spéciale, parce qu'elle est d'un p grand poids dans la balance de l'histoire l'on en croit l'insidieux narrateur que noil réfutons, les Français , en présentant leuj demandes aux léga'ts, protestèrent que si concile général refusait de leur donner sij tisfaction sur ces différents points , ils sai|

(1) Lettres des légats au souverain ponlifo et cardinal Borromée. 5 janvier 1503.

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