Mais les légats n'éprouvèrent pas autant
(1) Lettre, de Foscarari an cardinal Mm-onc, 10 janvier, el de l'archevêque de Zara au cardinal Cornaro, il janvier 1503.
(2) Lettre des légats au cardinal Borromée, 11 janvier 1503.
(3) Voir une lettre de Visconii au cardinal Borromée, 2 février 1563.
de satisfaction de la part du saint-siége par rapport aux affaires publiques du concile. On ne saurait donner une idée du tourment que leur causa la réponse du cardinal Borromée dont nous avons parlé plus haut. Ils la communiquèrent sur-le-champ au cardi, nal de Lorraine avec les observations dont elle était accompagnée relativement à la formule des canons et des décrets. Le prélat français lut loin de se montrer favorable à ces modifications ; et les légats, s enhardissant d'autant plus qu'ils étaient appuyés de l'autorité du jugement d'autrui, allèrent jusqu'à désapprouver sans détour la marche qu'on leur avait indiquée. Us écrivirent à Rome sur le ton du mécontentement , et peu s'en fallait même qu'ils ne manquassent au respect qu'ils devaient au chef de l'Eglise. Ils commençaient par se plaindre amèrement de n'avoir pas su , avec tous leurs écrits et tous leurs envoyés, représenter efficacement au pape quel était l'état du concile et à queis dangers on serait bientôt exposé, si on ne prenait les moyens de le terminer d'une manière paisible. Et ne semblait-on pas vouloir s'opposer à celle conclusion pacifique , lorsqu'on ordonnait aux légats d'en venir à certains actes nonobstant toute espèce de contradictions? Combien de difficultés n'aurait-on pas à surmonter; combien n'auraiton pas à garder de ménagements pour arriver à une parfaite harmonie ? On avait donc bien peu étudié les circonstances, quand on avait cru pouvoir parer à tout par des injonctions limitées et précises, comme si la volonté et la puissance étaient une mémo chose. Ils disaient ensuite que les considérations qui leur étaient venues de Rome n'avaient pas paru aux Pères et aux théologiens du concile, d'une valeur égale àcelledu temps qu'on y avait employé , el qu'elles n'avaient pas satisfait l'attente générale; que cependant pour prouver au cardinal de Lorraine qu'ils avaient confiance en lui, ils lui avaient communiqué cet écrit selon qu'ils y étaient portés naturellement , et selon qu'ils en avaient aussi reçu l'ordre du souverain pontife; que le cardinal s'était tout d'abord montré peu satisfait de ces observations, les jugeant indignes, el du lieu d'où elles étaient sorties, etdes hommes qui les avaient méditées. Le même prélat, continuaient-ils, avait depuis rendu visite aux présidents , accompagné du cardinal Madrucci, et il avait confirmé dans celle circonstance ce qu'il avait dit la première fois. Chacun s'élail étonné qu'on n'eût pas pensé à Borne que, si on faisait la proposition sans s'être auparavant assuré du résultat, on allait donner naissance à une violente dispute sur l'autorité du souverain pontife. Pourtant il fallait à tout prix éviter celle dispute. Le cardinal de Lorraine avait ensuite posé ses objections contre la formule de Borne, et les légats lui ayant répondu avec tous les égards qui étaient dus à sa personne et à sa dignité, il avait fini par dire : que le malheur dos temps demandait qu'on établît dans les décrets de la doctrine comme dans les canons
lie
l'autorité du souverain pontife ; qu'il pensait, en conséquence, qu'on ferait sagement d'établir ce point avant de parler de l'autorité des évêques, puisque celle-ci est inférieure à l'autorité du pape et qu'elle en dépend; que pour cela, il ne fallait que mettre le huilième canon à la placedu septième, et celuici à la place de l'autre ; qu'il ne tiendrait pas à lui que le premier ne fût unanimement accepté avec les expressions mêmes qui avaient été envoyées de Rome, sauf une seule qu'il voulait ajouter et qui avait rapport au second canon , comme nous le verrons ; que, pour ce second canon, il jugeait convenable d'y apporter quelques modifications.
Ces changements étaient au nombre de quatre (1), et le cardinal les avait donnés par écrit.
3. Le premier, qui devait se faire dans le premier canon, était de ne pas appeler simplement le pape vicaire de Jésus-Christ , mais vicaire suprême de Jésus-Christ ; parce qu'aussi bien les évêques, et même les simples prêtres, sont en quelque manière vicaires de Jésus-Christ, selon le canon Mulierem. Cette vérité était reconnue à Rome, comme on le voyait par l'écrit adressé aux légats.
Le second changement consistait à retrancher de la première des trois formules proposées par le saint-siége pour le septième canon, ces mots : In parlera soUicitudinis. On déclarerait simplement que les évêques choisis par le pape sont établis par le Saint- Esprit.
Le troisième changement était qu'on ne parlât pas des fonctions des évêques, sans ajouter qu'ils peuvent gouverner et excommunier, ce qui fait partie de la juridiction.
Enfin le quatrième, qu'on ne se bornât pas à dire des évêques qu'ils sont au-dessus des prêtres, mais qu'on déclarât qu'ils sont leurs supérieurs, ce qui implique l'autorité.
k Dans la suite de leur lettre, les légats disaient au cardinal Borromée qu'ils avaient réuni, pour délibérer sur ces matières, un conseil spécial composé d'évêques renommés, les uns comme théologiens, les autres comme canonisées ; qu'ils avaient fait entrer dans ce conseil Marc-Antoine Colonne, archevêque di* Tarente, et Dominique Bolani, 4vêque de Brescia, tous deux fort instruits; que les changements en question avaient été approuvés par tous les membres de cette congrégation particulière, excepté par Pierre- Antoine de Capoue, archevêque d'Otranle, Alexandre Sforza et Sébastien Vanzio, évêques, l'un de Parme, et l'autre d'Orvieto, qui s'étaient montrés plus ou moins opposés in sentiment général; mais que les autres s'étaient peu embarrassés de leurs scrupules. Je lis quelque part (2) que le cardinal Seripandi parla un jour très-fortement contre
(1) Pour (ont ce qui précède, voir les Actes du Château et de Paleollo, les leitres des légats et une Jeltie do Foscarari au cardinal Morone , 18 janvier 15G3.
(2) Actes de Paleollo.
ces difficultés qu'on faisait d'admettre certaines expressions, sous prétexte qu'elles pouvaient être prises en mauvaise part. A son avis, on n'était point obligé à tant de ménagements, quand l'esprit de Dieu lui-même avait permis que les paroles écrites sous son inspiration fussent exposées aux perfides attaques et aux interprétations mensongères des hérétiques de tous les temps. Les légats disaient ensuite qu'ils avaient pris note des modifications demandées par les évêques opposants, et qu'ils les avaient envoyées au cardinal de Lorraine. Celui-ci avait été mécontent de rencontrer celte résistance, et, dans une visite qu'il avait rendue aux trois évêques, il leur avait dit qu'il ne voulait pas se charger de faire accepter leur sentiment par les Espagnols et les Français, et que luimême ne serait jamais disposé à se rendre à leurs désirs, à moins que le Saint-Esprit ne lui inspirât une résolution contraire. Alors les légats , affligés des malheurs qu'ils voyaient déjà prêts à fondre sur l'Eglise si on n'obtenait la paix, pressés d'un autre côté par le temps, puisqu'on était arrivé au terme prescrit pour indiquer le jour de la session, avaient appelé Paleotto et l'avaient chargé de préparer le dernier chapitre da la doctrine et les deux derniers canons, dans la forme qu'il jugerait être la plus agréable aux deux partis. Chacun avait été satisfait de la rédaction de Paleotto, et en conséquence on envoyait au cardinal Borromée une copie de son travail. Il avait paru aux légats que l'addition de ces mots , choisis par le pape , devait être un puissant préservatif contre toute interprétation dangereuse des autres expressions. 11 serait impossible de ne pas entendre celles-ci de la juridiction; et bien qu'il ne fût pas dit en termes formels que les évoques sont appelés in partem soUicitudinis, on le faisait assez comprendre, puisqu'on établissait d'ailleurs très-clairement l'autorité suprême du pape, et qu'il ne peut être douteux que les évêques sont nommés pour exercer le ministère, dont la nécessité les rend eux-mêmes nécessaires à l'Eglise et à son chef. Les présidents avaient adopté cet arrangement, parce que, d'un côté, loin de porter atteinte à la prééminence du pape, il était très-propre, au contraire, à l'affermir contre les violentes attaques des nouvelles hérésies ; et que, d'autre part, si on ne s'entendait pas de cette manière, il n'y avait nulle apparence qu'on pût tenir la session ce que le cardinal de Lorraine avait prédit et ce qui devait être un grand scandale pour les nations ultramontaines. En effet, quoi de plus capable d'ébranler la foi des peuples que des disputes de prélats catholiques, qui ne peuvent s'accorder sur l'autorité du premier pasteur? En outre, il y avait lieu de craindre une protestation, et non pas une protestation simple, mais accompagnée peutêtre d'un appel à un concile plus libre, et formulée avec l'a prêté de la colère et du mépris. Ces discordes pouvaient même amener I la dissolution du concile. Or les légats déclaraient qu'ils ne consentiraient jamais à en
l.IVUi; lilX-.NEUYIEME.
venir à cette extrémité sans un ordre exprès des auditeurs. Mais celte première lettre des
et signé du pape, parce que, comme ils pré- légats fut accompagnée d'une autre écrite
voyaient que les plus grands maux sorti- par eux peu d'heures après, (1) laquelle chan-
raient de la, il n'était pus juste que toute la geait entièrement la face des affaires Le soir
responsabilité retombât sur ceux qui, loin même, le cardinal deLorraincavail fait venir
d avoir quelque chose à se reprocher à cet Paleotto, et lui avait dit qu'il n'avait pu
égard, s'étaient au contraire constamment réussir à gagner les prélats et les théologiens
opposés à ce que le concile fût dissous. S'il de sa suite, quelques efforts qu'il eût faits
notait pas en leur .pouvoir d'opérer tout le pour les amener à accepter le décret et les
bien désirable, ils ne voulaient pas, du moins canons en question.
en abusant de leur autorité, favoriser des désordres funestes. Ils attendaient donc que le souverain pontife leur ordonnât ou d'adopter l'expédient qui paraissait le plus conforme aux règles de la prudence, ou de le rejeter et de laisser par là libre carrière à toutes sortes de calamités. Les Impériaux, les Français et les Espagnols faisaient cause commune. On pouvait le conjecturer soit par l'uniformité des réclamations des Impériaux et des Français, soit par l'inclination que montraient les Espagnols à favoriser le désir des Français relativement à la résidence : ce qui donnait lieu de croire que ces derniers condescendraient à leur tour aux volontés de leurs voisins en d'autres matières. Les légats disaient que, dans l'espérance d'obtenir la paix, ils avaient, le 15 au soir, indiqué, dans l'assemblée générale et d'un consentement unanime, le quatrième jour de février pour la session ; après quoi on était convenu qu'ils choisiraient quelques-uns des membres du concile pour rédiger le décret de la résidence. Ils étaient d'avis de désigner à cet effet le cardinal de Lorraine et le cardinal Madrucci. Ce dernier, quoique jeune encore, se recommandait par son savoir, sa
Ils refusaient d admettre, dans le décret, ces expressions : que les évéques occupent un rang dépendant du pape. Ils disaient, pour motiver ce refus, que certainement les évéques ne dépendent pas du pape pour l'ordre, et que pour la juridiction la chose est très -incertaine.
En outre, dans le canon qu'on était convenu de placer le septième, ils ne voulaient pas qu'il fût dit que le pape a le pouvoir de gouverner VEglise universelle ; parce que ces expressions étaient une sorte de condamnation pour ceux qui n'admettaient pas que le pape est supérieur au concile. Au lieu de VEglise universelle, il fallait mettre: tous les fidèles cl toutes les Eglises.
En troisième lieu, ils demandaient à ce qu'il fût formellement déclaré, dans l'autre canon, que les évéques sont institués par Jésus-Christ. Alors on n'ajouterait pas ces paroles : promus par l'autorité du pape, mais simplement : promus par le pape.
Enfin ils s'opposaient à ce qu'il fui défini que le souveruin pontife est égal à saint Pierre pour l'autorité du gouvernement ;
parce que là où la sainteté est plus grande,
là aussi l'autorité doit être plus étendue: ce
prudence et son profond dévouement aux in- qui fait que saint Pierre avait certains pou-
terels du siège apostolique et du souverain voirs qui ne sont pas accordés à ses sneces-
pontife. Son intervention ne pouvait donc être que très-utile dans ces circonstances. Tel était le contenu de la lettre des légats au cardinal Borromée.
5. C'était le cardinal de Mantouc qui avait proposé d'indiquer la session pour le quatrième jour de février. Il l'avait fait en peu de mots (lj, parce qu'il devait lui en coûter à lui-même de parler et qu'il devait être pé
seurs, comme le pouvoir d'écrire des livres canoniques.
Ces difficultés ne furent pas exprimées (2) le soir même avec tant de précision à Paleotto par le cardinal. Celui-ci s'excusa si -riiement d'avoir trop compté sur son autorité, et de s'être persuadé qu'après avoir gagné les plus savants, il viendrait facilement à bout des autres. I avait, ajoulait-
nible pour les Pères de l'entendre parler sur il, été trompé dans son attente ; pourtant il :etle matière. Tous avaient accepté la pro- ne désespérait pas encore entièrement du position, exepté Antoine Ciurelia de Bari , succès de ses négociations.
îvéquc de Budoa. Quant au projet que l'on ivail de remettre aux légats le choix des •éformateurs du décret , pas une voix ne 'était élevée pour le combattre.
G. La première partie de la lettre des léats, qui roulait sur les considérations ve
Les légats, ayant eu connaissance de c<; nouvel incident, arrêtèrent le courrier tout prêt à monter à cheval, et lui remirent une seconde lettre par laquelle ils annonçaient ce qui venait d'arriver. Ensuite Hosuis et Simonella entrèrent en conférence (3) avec ues de Rome, parut très-offensante (2) au le cardinal de Lorraine, pour réclamer de rmverain pontife; et le chef de 1 Eglise re- lui l'exécution de ce qui avait été arrêté
précédemment. Le cardinal déclara qu'il persistait dans son sentiment ; mai? en même temps il se reconnut impuissant à vaincre la résistance des Français et de leurs adhé-
ou
ominanda à ses représentants et au serélaire Olive , par l'entremise de Visconli, >rsquc celui-ci retourna à Trente , d'écrire ésormais avec plus de calme, afin qu'en sant leurs lettres dans les congrégations , a n'eût pas à craindre de blesser les oreilles
(1) Diario, 15 janvier 1563 {'!) Lettre de Visconli au cardinal Berroniee, 5 fêter 1503.
(1) Lettre des légats au cardinal Borromée, 16 jan vier 1563.
(2) Aeies de Paleotio et lettre des légats
(3) Lettre des légats au cardinal Borromée, 18 janvier 1563.
rents. Le lendemain il fit la même déclaration et le même aveu à tous les légats, et ce fut alors qu'il leur signala les quatre difficultés indiquées plus haut.
Les présidents en étaient réduits a une grande incertitude. Parmi les difficultés qui se présentaient, il s'en trouvait de faciles a surmonter; d'autres semblaient plus serieu- : es et plus alarmantes. Mais ils demeuraient fermes dans leur opinion, qu'il fallait avoir recours à tous les autres expédients avant que d'en venir à une rupture. En conséquence ils chargèrent Castagna, Buoncompagno , Facchenetti , Paleotlo et Caselio d'examiner les quatre difficultés et de faire sur chacune d'elles les observations convenables, lis communiquèrent ensuite ces observations au cardinal de Lorraine (1) et aux ambassadeurs, les priant d'user de leur crédit pour amener les prélats à un accord, et de les éclairer eux-mêmes de leurs lumières et de leurs conseils. Pénible situation de qui n'a plus à attendre que l'une de ces deux choses, ou une grande perte ou une rupture absolue, et qui prévoit que la rupture sera elle-même une grande perte l