CHAPITRE XV
[rrivée de l'ambassadeur de Savoie au concile. — Retour de Lancelolti à Trente. — Répugnance que montre le comte de Lune à venir dans cette ville, à cause de la question de la préséance. — Entrevue des présidents avec les français à ce sujet. — Lettres rapportées de Rome par VisconCi, en réponse aux instructions générales des légats et aux informations particulières du cardinal de Mantoue. I
LIVRfc DII-NfclUVIl-MF.
HG
1. A cette époque arriva au concile un ouvel orateur, qui non-seulement ne causa ucun trouble, comme c'était la coutume de resque tous les ambassadeurs, mais qui fut lême d'un grand secours pour apaiser les iscordes excitées par d'autres. Cet orateur tait Marc-Antoine Bobba, évêque d'Aosle, ui fut dans la suite nommé cardinal. Il était nvoyé (2) par Emmanuel Philibert, duc de avoie, qui, pour ne pas fournir une nouelle occasion aux disputes de la préséance, ispnles si funestes au concile, avait voulu iiisir un ambassadeur ecclésiastique. Il it, peu de temps après, imité en cela par le ac de Florence, comme on le verra. Bobba yant donc reçu les honneurs accoutumés, t son entrée a l'assemblée générale le derier jour de janvier (3). Depuis le 18, c'est-
(1) U janvier t'(>".
(2) Diario et lettre» de Foscarari au cardinal Mone, 25 janvier 1563.
(3) Actes du Chàleau, 31 janvier 15G5.
a-dire depuis qu'on avait donné aux deux cardinaux le pouvoir de tenir conseil avec des prélats de leur choix, pour réformer le décret de la résidence, on avait interrompu (1) les séances générales, parce qu'on voulait d abord trouver quelque accommodement que Ion y pût proposer. L'ambassadeur fit son discours de cérémonie qui lui mérita de grands éloges (2) ; elle secrétaire étant alors indisposé, on nomma, pour répondre à sa place, Barthélémy Scrigo, évêque de Caslellanetla.
2. Un autre ambassadeur était attendu à Trente avec une plus vive impatience ; mais on reçut bientôt à son sujet des nouvelles assez inquiétantes. Lancelolti, qui avait été envoyé au comte de Lune, revint le 23 janvier (3) et rapporta que le comte, après de vagues protestations de zèle et de dévouement, avait ou vertement déclaré qu'il ne se rendrait point au concile, à moins d'être certain d'y obtenir la place qui convenait a sa dignité, ou à moins de recevoir du roi 1 ordre de se mettre en route sans celle garantie. Lancelolti n'avait pas réussi à le faire changer de sentiment, en lui représentant que le roi avait écrit au souverain pontife que là où il s'agissait du bien public, il ne voulait pas t. nir à ces frivoles honneurs, à ces va ni! es (c'étaient les termes dont se servait Philippe). Le comte, interrogé sur le rang qu'il croyait dû à sa dignité, avait repondu qu'il voulait elre place immédiatement après les envoyés de l'Empereur, soit après l'ambassadeur séculier, soit après le premier ambassadeur ecclésiastique, parce que le second ne représentait plus FerJinand comme empereur. Les légats, persuadés que la présence du comte rehausserait l'éclat du concile et contribuerait à l'affermissement de 1 autorité pontificale, eurent recours au cardinal de Lorraine, afin qu'il disposai les Fiançais à accepter la seconde proposition, la première n'étant pas admissible. Les présidents espéraient que les envoyés de France se prêteraient à cel arrangement, ne fût-ce que par le désir de s'aider de la coopération du comte, représentant du souverain d'un grand royaume catholique ; mais le cardinal prolesta que leseeond accommodement n'était pas plus possible que le premier, parc» que la place occupée par les orateurs ecclésiastiques était réputée plus honorable que celle où siégeaient les ambassadeurs laïques. Il ajouta que c'était peul-ctre par le conseil de Lansac et pour prévenir celle proposition qu'on avait résolu en France de remplacer Lansac lui-même, après lavoir rappelé à la cour, par Jean M >rvilliers, évêque d'Oi lé ns, dont il a été question plus haut, et qui venait tout dernièrement d'arriver au concile (i ; qu'ainsi on verrait désormais paraître a
M) Diario, 18 janvier 1365
("2) Diario et les Actes du Château, dernirr ioni de janvier; de plus, une leiirc de Foscarari au cardirt.il Horniie, itr lévrier 1ÔG5.
(5) Lettre des légats au cardinal Borromée, 23 janvier loJô. ' f4) Diario, 17 janvier 1565
sï»wa?ssaw== t-«rtS,l'J3Sr **= fis:
zélé et plus calme que ses collègues, aurait assez d'influence sur eux pour les déterminer De son côté, le cardinal croyait que des lors qu'on laissait les Français en possession de leurs anciennes prérogatives, ils ne devaient pas trouver mauvais qu on donnât au comte une place en dehors du rang assigne aux Espagnols. Mais les ambassadeurs répondaient que leur unique attention était île conserver auRoiTrès-Chrelien la première place après l'Empereur ; et que cet honneur et cette justice dus à leur souverain ne lui seraient pas pleinement et manifestement
nais, ui i cii^uiu. *^ ~«« -- —
voyait pas le moyen de sortir de cet embarras, à moins que l'ambassadeur espagnol ne cédât après avoir protesté. Du reste, même pour les congrégations , il lui sembla qu on pouvait y admettre le comte, en lui donnant un siège vis-à-vis des légats, mais en dehors du rang des ambassadeurs et près du secrétaire , en sorte que sa place ne parût pasi lui avoir été assignée par le concile ou par les présidents, et qu'ainsi on prévînt tout sujet de contestation. Mais le cardinal, en faisant ces dispositions, ne parlait que d anrès ses idées particulières, et il ne pouvait
seraient pas pleinement e M™™»" fenondre de T'a sentiment des orateurs fran-
rendus, si l'orateur espagnol ne siégeait a la repondr de «^n» Jf ge calmèrenl à
place qui ^^JS^S^Si^- pea et on obtint' d'eux que leurs agitations
au-dessous des trançais. lin cas qu un « 1 » d'autres suites,
sayâl d'élever des conCçslaUous sur ce poM.l n «~gjg» ^Utut' u„ peu calmée I
de r2X&EfafiStt,p&ï& à ceue époque par le retour* VisconU. Il
ter leur exemple, sous peine d'être accuses de révolte ouverte et de voir leurs biens confisqués. Cependant les légats espérant les amener à ce qu'ils voulaient par une résistance courageuse, se prononcèrent fortement et dirent aux ambassadeurs que leur obsli-
était parti de Rome sur la fin de janvier ; et. malgré la faiblesse de son tempérament et 1; rigueur de la saison, quatre jours lui suffirent pour faire le voyage. Il espérait , en si hâtant ainsi, arriver à temps pour éclaire! par ses informations les représentants d
place q«
de fermeté mit le comble a 1 irritation des Français. Us croyaient que le nouvel arrangement regardait les congrégations aussi bien que les sessions; et comme, dans les premières, la place qui se trouvait en face des légals eût été, à cause de la disposition des lieux, plus honorable que celle même occupée par les orateurs de l'Empereur, ils demeurèrent convaincus que les légats cherchaient une occasion de faire dissoudre le concile. Or, comme ils ne voulaient pas que celte dissolution arrivât de manière à produire une rupture entre le roi de France et celui d'Espagne, d'autant plus que le premier avait un extrême besoin des secours de l autre, ils commencèrent à s'ingénier et à chercher les moyens de forcer les légats à rompre avec les Français eux-mêmes. Déjà ils avaient résolu de 'faire partir un courrier chargé d'informer la cour ; mais les légats , avertis à temps par le cardinal , se servirent de lui pour détromper les orateurs. Ils dirent que la mesure à laquelle ils voulaient s'arrêter regardait seulement les sessions, ou la place destinée à l'Espagnol n'avait pas , à
(1) Deux 18 janvier.
lettres des légats au cardinal Borromée,
courrier parti de Rome en même temps qu lui, et à qui on avait confié les instruclior les plus pressées sur les matières de l'auto rite pontificale et de la résidence.
Or voici le contenu des lettres de Rome (2
Le pape disait, en premier lieu, qu'il r
voulait ni la dissolution du concile, ni ui
rupture avec les nations étrangères , puis
indiquait divers moyens non-seulement i
se rendre aux désirs manifestés d'abord p
le cardinal de Lorraine, mais même d'aece
der aux autres Français ce qu'ils avaie
ensuite demandé, le tout autant qu il et
possible et permis de le faire. 11 ne parai
sait pas difficile de s'entendre avec eux s
tous les points, à l'exception d'un seul d
consistait à refuser au pape le droit qui
était accordé par le concile de Florence
gouverner l'Eglise universelle. Rien n e
plus injuste qu'une semblable dénégalio
car à une époque déjà éloignée , un ai
concile œcuménique tenu en France, le ce
(1) Deux lettres des légats au cardinal Borroi 1er et 2 février 1563.
(2) Diverses lettres du cardinal Borromée aui gats et au cardinal de Manloue, 24. 27 et 28 vier 1565.