LIVRE DIX-NEUVIEME
lie de Lyon, avait reconnu au pape cette jèmc prérogative. De plus dans dos bulles lès-anciennes , on voyait que les papes raient coutume de s'intituler : Evéques de [Eglise catholique; ce qui est la même chose lie l'Eglise universelle. Enfin l'Empereur ■ rivant au pape, adressait toujours sa lettre: m pontife de l'Eglise universelle. Sa Sainteté boulait que cependant, pour nepassehcurler Lntre une opposition obstinée , on pouvait pbslituer à la formule indiquée, les mots livanls : Conduire tout le troupeau du Seimeur (1) , comme parle Innocent IV, au Irap. 5, de Schism., liv. VI des Décrétales. « i pourrait même laisser simplement : Eglise If Dieu, sans ajouter universelle; à condition «ion modifierait aussi quelques-unes des Lires expressions employées par le concile « Florence, afin que le changement ne pa- ■f.t pas tomber précisément et seulement sur I mot en litige. Le pape disant un jour la [l'esse, dans le temps où on était le plus occpé de cette dispute, remarqua et fit ensuite imarquer aux présidents que dans les trois Raisons qu'on a coutume de réciter à l'in- Iblion du souverain pontife, tous les prêtres <lholiques,ens'adressant à Dieu, répétaient ■ois fois qu'il avait voulu que Pie fût à la me de son Eglise : aucun fidèle ne pouvait enc contester au pape l'autorité suprême, (pendant la conclusion de la lettre était trie si l'on trouvait à cela même des difficulté insurmontables, le souverain pontife, l'ilôt que d'exposer l'Eglise aux funestes c'nséquences d'une rupture, consentirait à Cqu'on ne parlât ni de son autorité , ni de elle des évoques; et qu'alors on ne définirit que ce qui serait admis du consentement l'ianime des Pères. En somme, pourvu que lulorité du siège apostolique ne reçût auéne atteinte, les légats pouvaient faire tout à qui devait tourner à la gloire de Dieu et àl'avantage du monde chrétien; que s'ils aaient encore à lutter contre la violence di passions et l'agitation des intérêts, ils Raient prudemment de différer la session e d'attendre l'effet ordinaire du temps, qui c de calmer toutes choses.
*. En outre (2), dans sa réponse au compte nduqueles légats avaient remis à Visconti, hpape déclarait qu'il était pleinement satisfct de la conduite de ses représentants. Leur fr et leur courage, disait-il , lui étaient d'un gind secours pour porter, sans fléchir, le pant fardeau dont il était chargé. El ce Unoignage qu'il se plaisait à leur rendre ne 1 ait pas leur être suspect, puisqu'ils en t aient chaque jour la confirmation dans ^conduite publique et privée à leur égard. Un'avaient pas besoin de se justifier auprès Mai ; car il n'avait rien à leur reprocher. Une se trouvait nullement blessé de la i:rlé dont ils avaient usé dans leur lettre; :ll les priait, à son lour, de ne point prenn sa franchise en mauvaise part. Au reste, :ce franchise ne pouvait pas leur causer
: ) Univertum Domini gregem ) 2t janvier 1563.
de peine, puisqu'ils savaient bien qu'il finissait ordinairement par s'en remettre à leur prudence. 11 serait toujours content du terme fixé pour les sessions, dès qu'il saurait que ce terme, éloigné ou prochain, aurait revu leur approbation. Il élait bien résolu de suivre le conseil qu'ils lui donnaient de se défier des rapports malveillanls qui lui arrivaient de Trente sur leur compte; mais ils devaient pareillement se mettre en garde contre les fausses informations qui leur venaient de Rome, et contre les discours supposés qu'on lui attribuait. Ce qu'ils affirmaient des dispositions favorables du cardinal de Lorraine et des fruits qu'ils se promettaient pour l'Eglise de sa présence au concile, lui avait causé beaucoup de joie et peu de surprise. Il désirait que l'on continuât à s'attacher ce prélat par les voies de la douceur, à lui faire honneur et à lui témoigner de la confiance. A l'égard des demandes des Français, Guallieri devant sous peu retourner au concile avec des réponses satisfaisantes, il n'était pas croyable que les orateurs en voulussent venir aux dernières extrémités; mais, en général, les légats avaient à conserver leur droit de proposition , sans permettre que personne osât le leur enlever. Du reste, il était inutile de leur rappeler que l'exercice de ce droit ne devait jamais s'étendre à des choses préjudiciables à l'autorité du souverain pontife et du siège apostolique; et tous les conciles légitimes leur donnaient en cela l'exemple. Le pape joignit à celle lettre différentes bulles qu'il avait promulguées pour la réforme de la rote et de quelques autres tribunaux. 11 mandait aux légats qu'il se disposait pareillement à introduire une réforme très-sévère dans la dalerie, et ailleurs : il lui semblait que les nouvelles lois qu'il était à propos de porter devaient regarder seulement l'avenir : cependant, si le concile le jugeait nécessaire, il consentirait peut-être à ce qu'elles eussent un effet rétroactif.
5. Visconti avait remis au pape une autre lettre particulière dont il avait été chargé par le cardinal de Mantoue. Celui-ci, après avoir exposé qu'il se sentait consumé par les fatigues et par l'âge, suppliait Sa Sainteté de le retirer des affaires publiques, au cas que le concile ne fût pas terminé pour le mois d'avril; et comme il réunissait deux litres: celui de cardinal qui l'appelait à Rome, et celui d evêque qui 1 attachait à son diocèse de Mantoue, il demandait très-humblement de pouvoir renoncer à la gloire du premier pour s'employer tout entier aux fonctions laborieuses du second.
Celte dernière demande n'eut point de réponse; et en effet la plus honorable réponse qu'on pût y faire était le silence, puisqu'une proposition , si ouvertement contraire aux intérêts et à la gloire du siège apostolique, ne méritait pas même l'examen qui suffit à un refus. Quant à la première, on la combattit, en disant que le concile ne devant pas sitôt arriver à sa fin, on ne pouvait le priver d'un de ses pi i i,. ipaux appuis sans nuire
- 4 ,..„ riivîno in bien se- davantage encore après que les lettres dont
.nfinimenl à une œuvre divine, J^ ™ a J ,, £ f élé écrites par le
néral a la gloire personnelle du cardinal, cl Tans affliger d'une manière sensible le souverain pontife. En conséquence, celui-ci l'exhortait à continuer avec courage et gai e de cœur l'exercice de sa charge, ann qu us pussent tous ensemble se réjouir, un jour, de l'heureuse issue de celte grande entrcpr.se.
Le cardinal de Mantoue avait averti le souverain pontife qu'il jugeait à propos que, lorsque l'Empereur arriverait a Inspruck, on députât vers lui le cardinal Hosius pour lui présenter les hommages de tous les Pères Hosius était très-agréable a ce prince ; , et il v avait tout lieu de croire qu il aurait assez d'influence sur lui pour dissiper tous es soupçons qu'il pourrait avoir conçus contre "tle sainte assemblée. Le pape trouva que cet avis était sage, et il accorda aux légats le pouvoir d'en conférer et de le meltre a exécution par eux-mêmes.
On suivit encore le conseil qu'avait donne le cardinal de Mantoue de permettre au cardinal Altemps de se démettre absolument de
surcharge de légat.
Enfin plusieurs de ses protèges reçurent, en sa considération, différentes faveurs.
6 Visconli était aussi charge des compliments affectueux du pape pour le cardina de Lorraine. Celui-ci, lors du départ de 1 eveque de Vinlimille, lui avait spécialement recommandé trois choses : la reforme le voyage du souverain pontife à Bologne, et les subsides qu'il était à propos d envoyer aux catholiques de France pour les soutenir et les encourager. Pour le premier article, Visconli devait informer le cardinal des mesures que Sa Sainteté avait résolu de prendre. Pour le second, le pape faisait réponse qu il suivrait les avis de ses conseillers. Enfin pour le troisième , l'évêque devait faire entendre a Son Eminence que si on avait tarde a fournir les subsides, il fallait s'en prendre aux ministres qui ne semblaient pas désirer qu on accordât ce secours aux catholiques, puisque les conditions demandées par le souverain ppnlile étaient non-seulement très-justes , mais encore très-faciles à remplir : toutes choses que le cardinal comprendrait parfaitement a la simple exposition, comme ayant une grande expérience des affaires et des hommes de son pays. Néanmoins le pape avait fini par envoyer une grande partie de ces subsides.
7 Visconli rapporta en même temps des réponses favorables à plusieurs demandes (]„i avaient été adressées au souverain pontife par les légats soit en commun, soit en particulier, par le cardinal de Lorraine et par différents évêques. Il avait, en outre, pour Martin Mascarègne, Qratta**» Porlu- Lal, deux lettres, l'une du pape et 1 aulie du cardinal Borromée. C'étaient des remerciants et des éloges très-flalteurs fmtote a Mascarègne pour le zèle ardent qu il avait montrTà rétablir la concorde et à soutenir Sis le concile la dignité du s.egc apostolique. Cet orateur avait bien mente précédemment les félicitation
nous avons parlé eurent été écrites par le souverain pontife et avant qu'elles n'arrivassent à Trente. Car, dans le fort de la dispute sur le canon où l'on établissait le pouvoir du pape sur l'Eglise universelle, Mascarègne employa (1), de concert avec ses théologiens, trois jours entiers à presser le* Français d'accepter la formule. Durant ce temps-là, Diego Pereira (2) et le docteur Comane, envoyés par le roi de Portugal au concile, composèrent divers écrits remplis d erudilion en faveur de l'autorité pontificale. Ces pièces furent communiquées avec de grands éloges par les présidents au cardinal Borromée. Elles reçurent aussi du pape et des théologiens de Rome une approbation très-flatteuse (3). Et le souverain pontife voulut qu'on adressât, en son nom, aux auteurs, un de ces remercîmenls particuliers qui sont le gage non pas seulement d'une cordiale affection, mais d'une haute estime. Et l'on sait que ces deux sentiments, lorsqu'ils se trouvent réunis dans les princes, ont coutume de produire, pour ceux qui en sont l'objet, quelque chose de plus que de la gloire.